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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

7 février 2015 6 07 /02 /février /2015 04:28
Quand Al-Azhar appelle à punir les impies de l’Etat islamique

Posté le Vendredi 6 février 2015 par James

L’exécution par le groupe terroriste Etat islamique du pilote jordanien, révélée dans une vidéo le 3 février, a attisé la colère du monde arabe et de l’Occident. Jusqu’au grand imam d’Al-Azhar, qui a lancé un appel pour en finir avec ces hordes de barbares.

Par Christian Merville

L’Orient-Le Jour

5 février 2015

0502-MOazhar

Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb, octobre 2013

Dans la descente vers l’horreur absolue, existe-t-il un ultime palier ? Si oui, alors il vient d’être franchi par les responsables de la mort atroce de Maaz Al-Kassasbeh [le pilote jordanien brûlé vif le 3 février par les terroristes de l’Etat islamique (EI)], forts nous dit-on de l’enseignement d’un théologien radical du XIIIe siècle, Ibn Taymiya, qui disait : « Si la mort horrible (…) permet de repousser l’agression, il s’agit d’un djihad légitime. »

Ce doux vieillard condamnait alors les envahisseurs mongols qui prétendaient s’être convertis à l’islam alors qu’ils n’en suivaient pas les préceptes.

 

Il faut croire que les tortueux stratèges de l’EI ont voulu dépasser le recours aux formes d’exécution capitale – lapidation, décapitation, crucifixion – en cours depuis leur entrée en lice dans les guerres moyen-orientales.

Ils ont jugé propre à frapper l’imagination, le retour au bûcher médiéval pour dissuader la coalition de poursuivre ses frappes en Irak, en Syrie et au Yémen. Il s’avère qu’ils se sont trompés du tout au tout : depuis mardi [3 février], la colère ne cesse de monter d’un bout à l’autre du monde arabe et dans tout l’Occident, en même temps que les appels à en finir avec les hordes barbares « ennemies de l’islam », comme l’a dit un porte-parole officiel saoudien.

Les appels à une mobilisation contre l’EI

Le grand imam d’Al-Azhar, cheikh Ahmad Al-Tayeb, a été plus loin, réclamant à l’encontre des impies « la punition prévue dans le Coran : la mort, la crucifixion ou l’amputation de leurs mains et de leurs pieds ».

En outre, les voix qui critiquaient l’engagement d’Amman dans les frappes aériennes contre les positions des terroristes ou encore la manière dont étaient menées les négociations pour la libération de l’otage se sont brusquement tues, laissant s’élever les appels à une mobilisation qui ne laissera aucun répit aux nouveaux Huns [peuple nomade d’Asie centrale, les Huns ont contribué au IVe siècle à l’écroulement de l’Empire romain].

Ainsi donc, en recourant à une vidéo de 22 minutes, destinée à « terroriser » l’ennemi, Abou-Bakr Al-Baghdadi et ses psychopathes, autoproclamés justiciers de droit divin, auront réussi à mobiliser contre eux une opinion publique pourtant mithridatisé depuis longtemps et qu’avait fini, jadis, par ne plus émouvoir le spectacle des bonzes vietnamiens qui s’immolaient par le feu, sur la place publique, pour protester contre la guerre et ses méfaits, ou bien, hier encore, l’insoutenable vue des entassements de morts fauchés par les barils d’explosifs d’un tyran qui prétend défendre la civilisation [depuis novembre 2012, le régime syrien a recours au largage par des hélicoptères de barils d’explosifs contre ses opposants].

Dix minutes après la diffusion du film montrant le supplice de l’aviateur jordanien, et comme s’il réalisait soudain la monstruosité de son acte, l’EI se fendait d’une liste de justifications destinées à expliquer, face aux critiques, ses mobiles.

Les auteurs de cette bien étrange défense révélaient dans le même temps que le pilote avait été enterré vivant. On peut en douter car la victime affichait des traces évidentes de la torture subie durant ses multiples interrogatoires et marchait péniblement « comme s’il lui avait fallu répéter plusieurs fois la scène », selon les spécialistes qui ont examiné le film. Enfin, il est difficile, sinon impossible, à un organisme diminué par des jours de détention de résister longtemps aux flammes.

Pour la religion, l’erreur est un crime

Selon la télévision jordanienne, Maaz Al-Kassasbeh aurait été exécuté par ses geôliers il y a un mois, jour pour jour. Ce qui signifierait que, depuis, les daéchistes [appartenant à Daech, acronyme arabe de l’Etat islamique] négociaient, par voie indirecte, avec le pouvoir hachémite, réclamant la libération d’une Irakienne détenue par les Jordaniens, alors qu’ils n’avaient plus à leur offrir en échange que l’un des deux otages japonais qu’ils détenaient [Haruna Yukawa et Kenji Goto également exécutés par l’EI fin janvier].

Le 9 novembre 2005, Sajida Al-Rishawi et son époux, Ali Hussein Al-Shamari, étaient entrés dans la salle des fêtes de l’hôtel Radisson de Amman, où se tenait une réception de mariage, pour y perpétrer un attentat.

Contrairement au sien, le dispositif que portait son mari avait fonctionné, faisant 38 tués. Arrêtée, elle était passée aux aveux avant de se rétracter et de devenir l’icône de l’EI, puis de se balancer hier [le 4 février] au bout d’une corde, en même temps qu’un certain Ziad Khalaf al-Karbouli [pendus à Amman après le meurtre du pilote jordanien, brûlé vif par l’EI].

Khalaf est un Irakien paumé, prétendument membre d’Al-Qaida et même bras droit d’Abou-Moussab Al-Zarqaoui [d’origine jordanienne, le fondateur d’Al-Qaida en Mésopotamie est tué dans un bombardement américain en 2006], qui avait assassiné un automobiliste jordanien.

Et maintenant ? L’EI vient de se faire de nouveaux ennemis : outre les redoutables services de renseignements jordaniens, le peuple hachémite, l’importante tribu de Karak à laquelle appartenait l’infortuné pilote de F-16 et une opinion publique arabe qu’ont fini par lasser les abus de ceux qui, depuis longtemps, n’ont plus rien d’humain.

Au fait, ceux-là connaissent-ils Lamennais [1782-1854, prêtre français et philosophe] et son œuvre ? Elle est de lui cette pensée : « Pour la philosophie, le crime est une erreur ; pour la religion, l’erreur est un crime… »

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Extremecentre
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