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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

29 février 2016 1 29 /02 /février /2016 06:22

« Fatima » : l’imposture de la victimisation, contre la France

Publié le 28 février 2016 - par

 

Césars 2016Dans « 1984 » Orwell montrait comment les dictatures effaçaient le passé en trafiquant les photos et les mots pour y retirer ce qui gênait le pouvoir. Dans nos « démocratures » les médias aux ordres (intériorisés) font de même, par exemple la présentation du film « Fatima » : ainsi sur le site du Ministère de l’Éducation nationale, Eduscol, il est indiqué ceci dans le résumé de ce film qui avait déjà eu le Prix Jean Renoir :

« Fatima vit seule avec ses deux filles : Souad, 15 ans, adolescente en révolte, et Nesrine, 18 ans, qui commence des études de médecine. Fatima maîtrise mal le français et le vit comme une frustration dans ses rapports quotidiens avec ses filles. Toutes deux sont sa fierté, son moteur, son inquiétude aussi. Afin de leur offrir le meilleur avenir possible, Fatima travaille comme femme de ménage avec des horaires décalés. Un jour, elle chute dans un escalier. En arrêt de travail, Fatima se met à écrire en arabe ce qu’il ne lui a pas été possible de dire jusque-là en français à ses filles. »

L’Obs fait lui aussi un résumé mais sans les deux mots (mis en gras ci-dessus) indiquant la langue dans lequel cette femme écrit :

« Et lorsque Fatima se met à écrire et évoque toutes les Fatima qui, en trimant, en se sacrifiant, offrent à d’autres femmes de mener une autre vie que la sienne ».

Observez que l’intitulé de la langue dans laquelle écrit l’héroïne a disparu (alors qu’il y était quelques heures auparavant).

Comme si l’OBs s’était rendu compte de l’énormité véhiculée ici (alors que sur Eduscol elle reste bien au milieu de la figure) à savoir le fait que cette femme se « libérerait » enfin de ses diverses blessures en particulier celle de ne pas pouvoir s’exprimer dans sa langue originaire que le cinéaste suppose être « l’arabe » bien sûr, alors qu’en « Algérie » les langues les plus originaires sont les divers parlers berbères dont le Kabyle et ce parler appelé « arabe populaire » qui est en réalité le produit de toute la diversité habitant cette terre depuis des siècles (il y a en fait peu de mots « arabes » dans le dit « arabe populaire »…). L’arabe littéraire, langue officielle et nationale, a été par contre imposé depuis ladite « indépendance » alors qu’il n’est parlé (et écrit) que par la minorité oppressante qui domine grâce à la férule d’une armée et surtout de ses services secrets tenus à bout de bras par la « politique arabe de la France ».
Mais revenons au film : pourquoi en premier lieu cette femme et son univers de femme de ménage immigrée sont montés ainsi en épingle alors que l’on ne voit guère une « Fatima » portugaise ou espagnole, femmes de ménage pourtant elles aussi et parlant mal le français aussi, être montées ainsi en épingle.

Peut-être parce qu’il n’y a pas eu des fils de femmes de ménage portugais, espagnols, mais aussi congolais, sénégalais, aller mitrailler des buveurs de bière… Pourtant le réalisateur persiste et signe puisqu’il a prétendu le contraire dans son opus précédent appelé  » la désintégration  » concernant uniquement les gens originaires d’Afrique du Nord. Ainsi, un « portos », un « espingouin », un « polack », un « rital », un « feuj » (dont les parents ont été pourtant sacrifiés au Vel d’hiv) n’ont pas le droit d’être terroristes, eux, alors qu’ils subissent aussi la « domination ».

Plus encore, suinte de ce film l’idée que la France aurait empêché en quelque sorte cette femme d’apprendre « sa » vraie langue (sa « vraie » religion tout autant) et lui aurait imposé la sienne à l’époque de « la » colonisation, ce qui est déjà complètement faux puisque la France n’a cessé au contraire d’encourager simultanément l’arabisation d’une population réfractaire ; ensuite rien n’indique dans ce film que cette femme, tout comme la femme de ménage portugaise, espagnole, serbe, roumaine, camerounaise… parle mal le français non pas parce qu’elle n’a pas le temps de l’apprendre, mais surtout par fidélité à un passé recomposé dont la langue reste le dernier imaginaire teintée d’âge d’or ressassé.

Or, si cela se comprend pour des personnes nées à l’étranger (et encore car la majorité des immigrés des premières générations faisaient tout de même l’effort d’apprendre un français non argotique) par contre le fait de croire qu’il faudrait plaquer cette constatation (parcellaire) sur les 3ème et 4ème générations actuelles nées et vivant en France à savoir les obliger en quelque sorte à leur apprendre leur supposée langue (et religion) « originaire » afin qu’elles ne deviennent pas « frustrées » et à terme « terroristes » en dit long sur le degré de méconnaissance (abyssale) des divers mécanismes permettant l’émergence d’une estimation de soi.
En effet, celle-ci ne passe certainement pas par le plaquage artificiel d’une identité de surcroit fictive (arabe littéral et islam wahhabite pour l’Afrique du Nord) alors que cette population préfèrerait (en majorité) être plutôt jugée sur ses compétences et non pas sa couleur de peau.

Mais en France, on en est toujours à la vieille vision ethnocentrée de grand papa (même liftée depuis les années 70) où l’étranger est toujours renvoyé à ses supposées racines, de peur en réalité qu’il fasse concurrence par son intégration aux autochtones supposés, eux, connaître, d’emblée, ce qu’il en est d’être Français… Il semble, par les nombreuses récompenses obtenues avec ce film, que se perpétue la même antienne…avec les résultats que l’on sait.

Car ce sont ces mêmes redresseurs de torts qui ont depuis des décennies réduits l’étranger à ses origines et en fait exigent d’édifier encore plus une sorte de différentialisme racialiste où le coloré serait cette fois de plus en plus obligé en quelque sorte de ne pas s’assimiler en se coltinant désormais l’histoire et « la » langue de ses « origines » (bien sûr magnifiées par un enseignement orwellisé, mâtiné de bâtiments construits à la hâte rappelant sa religion supposée) de peur qu’un jour il le fasse encore plus regretter. Pourtant, l’on est arrivé au résultat exactement inverse puisque cette politique de différentialisme diffus existe depuis les années 70 et n’a fait en réalité qu’empirer les choses.

Bienvenue en Absurdie. Bien française, elle.

Lucien Samir Oulahbib

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Riposte Laique
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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