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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

5 mai 2016 4 05 /05 /mai /2016 05:23
Mishka

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Hans

Hans

HANS ET MICHKA, MES DEUX RESCAPÉS DE LA SHOAH

PAR

THÉRÈSE ZRIHEN-DVIR

 

Comment peut-on décrire l’enfer ? Comment peut-on imaginer une aventure qui dépasse l’imagination ? Quelles sont les limites de la force et du courage humain ? Où puise-t-on cette résistance et ce dynamisme qui nous empêchent de sombrer dans le désespoir, dans la faillite de notre volonté de vivre ?

C’était face à ces questions que je me mesurais lorsque j’avais pris l’initiative de les interviewer. Mais au lieu de vous décrire mes dilemmes, je préfère partager avec vous la préface de Hans qui veut tout dire :

Qu'est-ce qui rend l'homme vraiment « humain », au regard de la bête ? Nombreux sont les auteurs, célèbres ou anonymes, qui ont cultivé l’analogie entre condition animale et conscience humaine et exprimé leurs différences irréductibles. Un tel dédale initiatique se fraie un chemin incertain à travers les totems claniques des âges premiers, les bestiaires du Moyen-âge, les fables (La Fontaine...) ou les théories de l'évolution. L'humanisation est censée s'arracher radicalement à ce qui la précède. Cette expérience singulière lui confère un sentiment de singularité étrange, de saut qualitatif dans l'inconnu, guidé par le désir, et partant, de supériorité dans le règne des espèces.

D'aucuns prétendent que la séparation s'est faite lentement, par la complexification du système nerveux et cérébral. La différenciation serait telle, désormais, qu'il ne subsisterait que des liens ténus entre les diverses branches de la grande famille du vivant. Ils ne seraient plus que de l'ordre de la réminiscence dans la métamorphose, pure métaphore littéraire.

Voici donc venu l'âge de l'Homme Debout !

Et pourtant ! La bête réagit à son environnement immédiat selon les codes instinctuels que l'espèce lui a légués, se servant de ses griffes et de ses crocs pour se défendre, survivre, se reproduire et marquer son espace vital, en quête d'harmonie avec le monde qui l'entoure. Il n'est que dans de rares situations extrêmes qu'elle attaquera, pour se nourrir ou face à une menace soudaine mettant son existence en péril.

L'homme, en revanche, riche de toute l'expérience et de la sagesse acquises par ses prédécesseurs, avec son intelligence quotidiennement sollicitée, son habileté toujours plus grande, pourra se laisser aller à tuer pour des raisons souvent obscures : Parfois, il est vrai, pour sa survie ; d'autres, sous le seul empire de ses pulsions, surgies de nulle part, le poussant à se détruire et à s'avilir à travers la dissection du visage de l’autre. Il pourra vouer sa liberté tant chérie à échafauder des stratagèmes pour léser ou aliéner son prochain, sans autre motif plausible que sa satisfaction égotique, celle d’infliger sa marque à autrui pour le dominer, le réduire ou l'annihiler.

Certains iront jusqu'à se distinguer dans l'Histoire, par leur aspiration à dompter les foules, notamment. Ils s'en démarqueront au point de les stupéfier par leurs aptitudes à la mystification. Ils exhiberont leur fascinant pouvoir de mobilisation des forces, les signes ostentatoires d’appartenance à une prétendue élite. Prétentions de supériorité qu'ils chercheront surtout à se prouver à eux-mêmes, mus par une crainte troublante de l'altérité. Ils s'inventeront une race de seigneurs, au nom d'idéaux pervertis de pureté, à l'image défigurée d'une Nature frappée du sceau de la distorsion qu'exhale la boîte de Pandore de leurs esprits ombrageux et torturés.

Déchirés de l'intérieur entre soif de pouvoir, cruauté aux ressources débridées, avidité sans limites, cupidité et tant de noirs desseins de leur caractère et de ses appétits, ils resteront à jamais une énigme pour l'humanité entière, à commencer par eux-mêmes.

Un simple d'esprit saurait plus aisément faire la part entre ce qui lui apparaît, naturellement, bien ou mal, alors que le plus savant, le plus « civilisé » et le plus raffiné d’entre les hommes posera que la différence peut être remise en cause, selon les circonstances, et ce, par simple attrait du pouvoir…

Pourquoi ? L'éternelle lutte sans merci entre le bien et le mal finit-elle fatalement par faire tressaillir l'esprit humain en équilibre sur la corde raide de sa propre volonté de puissance ? En vient-il inexorablement à mépriser le socle des valeurs nécessaires et suffisantes pour se maîtriser et se porter à des buts empreints de plus d'équité ? Ou bien cette fatalité n'est-elle due qu'à quelque imperfection de la structure d'un psychisme altéré ? Subit-il les ordres, tous aussi impératifs que contradictoires de son patrimoine génétique ?

Les spécialistes de la psyché se pencheront volontiers – post-mortem – sur le cas de tel despote, invoquant une dramaturgie aussi inconsciente qu'hypothétique à la source de ses délires. Mais ce n'est jamais que pour mieux l'exonérer du caractère le plus spécifique de l’être humain : La responsabilité entière de ses actes.

Le génie le disputerait à la folie, bateau ivre dérivant, empli d'irrationnel, et serait donc déclaré « irresponsable ». Retour à l'animalité première comme au jardin de l'innocence primitive à jamais enfouie, piétinée.

Qui crée, d'où surgit le tragique insoluble du dilemme de la marche vers le pouvoir qui induirait, comme par principe de nécessité, la déshumanisation d'autrui ? Aucune de ces dernières raisons ne paraît satisfaisante. Ne subsistent que les questions.

Mettons de côté, pour un instant, l'interrogation quant à la source originelle des comportements. Il semble que l'incontestable défi que l'homme réside dans sa seule capacité à être honnête et sincère envers lui-même. « Connais-toi toi-même », disait Socrate, le sage.

Avant de se jeter aveuglément dans la prochaine aventure qui diviserait délibérément les peuples et changerait le cours de leurs vies, parfois à des échelles dépassant les pires cauchemars, l'être humain devrait essayer d'analyser lucidement et en profondeur les circonstances qui le poussent à agir. Peut-être pourra-t-il alors s'éviter de plonger dans les tréfonds infernaux que ses élans démiurgiques auront excités. Comme les mâchoires de la bête qui sommeille, immonde.

Thérèse Zrihen-Dvir

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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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