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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

20 juin 2016 1 20 /06 /juin /2016 04:57

Nous nous sommes habitués à vivre avec le terrorisme

Publié le 19 juin 2016 - par

 

« L’homme s’habitue à tout » selon Dostoïevski. Se pourrait-il que ce soit valable aussi pour les attentats? Le propos peut heurter: il s’agit du meurtre d’innocents par une idéologie mortifère. Ne plus s’indigner, ne plus verser de larmes et ne plus se venger après de pareilles horreurs relèvent, au sens moral, d’une lâcheté, voire d’une complicité avec la barbarie.

Il n’empêche que peu de jours après le meurtre sanglant d’un couple de policiers – tués parce qu’ils étaient des policiers Français et de ce fait « mécréants » – par un terroriste de l’État Islamique, je n’ai guère l’impression de sentir un peuple en deuil. En dépit de quelques gerbes de fleurs timidement déposées devant le domicile du couple, de discrètes minutes de silence observées dans l’enceinte close des commissariats, je constate avec effroi que nous nous sommes bel et bien « habitués » à vivre avec le terrorisme, comme nous y enjoignait le Premier-Ministre au lendemain des attentats de janvier 2015. Le même nous dit aujourd’hui que « d’autres innocents perdront la vie. » C’est là que le bât blesse.

Le jour même des faits, après une petite matinée consacrée à cet assassinat, l’après-midi était occupé par la grande manifestation parisienne et ses débordements. Le soir, toutes les chaînes traitaient doctement de la rencontre sportive opposant l’Islande au Portugal. Les deux policiers tués à cause de leur profession et leur fils orphelin se voyaient relégués au second plan. C’était l’heure de la prière au dieu Foot, les sujets profanes devaient être laissés de côté.

J’ai évoqué plus haut la manifestation contre la loi El Khomri… Parlons-en: au lendemain de l’odieux attentat, des centaines de casseurs lançaient des projectiles sur les policiers. Même  l’hôpital Necker où l’enfant du couple était soigné s’est vu vandalisé. Un slogan lapidaire revenait sans cesse parmi les rangs des grévistes: « Tout le monde déteste la police! »

Pas de « Je suis policier », guère plus de cérémonies, mis à part celle, d’une durée d’un quart d’heure, qui s’est tenue à Magnanville en présence de Bernard Cazeneuve, et celle de vendredi matin lors de laquelle un courageux policier a refusé de serrer la main du chef de l’État. Dans les stades, la traditionnelle minute de silence a été remplacée par une « minute solennelle d’applaudissements » (sic!). Quant aux journalistes, ils nous reparlent volontiers d’Orlando, larmes aux yeux et tremolos dans la voix. Une apathie similaire est à déplorer chez les citoyens lambdas, fatigués par ces attentats, ces drapeaux en bernes et ces incessants « Je suis… » clamés comme des mantras. Même les larmes ne coulent plus.

« L’homme s’habitue à tout », voilà une maxime qui est monstrueusement d’actualité.

Nicolas Kirkitadze

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Riposte Laique
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