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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

5 janvier 2017 4 05 /01 /janvier /2017 07:30

Je vous reproche de considérer tout musulman comme un terroriste en puissance

Publié le 4 janvier 2017 - par  

Parfois, les choses vont très vite, entre personnes efficaces. Ce mardi 3 janvier, sur le site « Le Nouveau Cénacle », un journaliste, Guillaume Duhamel, publiait un texte intitulé « Riposte Laïque, enquête sur les rois de la fachosphère ».Le soir même, notre ami Paul Le Poulpe lui répondait, et, de manière surprenante, le félicitait.L’article se terminait par une proposition d’interview. Ce jour, notre fondateur, Pierre Cassen, contactait donc Guillaume Duhamel, qui, après quelques échanges, acceptait le principe? Et ce soir, à 18 heures, l’affaire était réglée. Nous remercions encore le journaliste du « Petit Cénacle », qui ne cache pas ses divergences avec nous, d’avoir accepté ce dialogue.

Ce qu’est « Le Petit Cénacle »

Riposte Laïque : Vous êtes le journaliste qui, sur « Le Petit Cénacle » avez publié un texte intitulé « Riposte Laïque, Enquête sur les rois de la Fachosphère ».http://ripostelaique.com/felicitations-a-guillaume-duhamel-pour-son-excellent-article-contre-riposte-laique.html

Pouvez-vous d’abord nous présenter ce site ? Depuis quand existe-t-il, quels sont ses objectifs, comment fonctionne-t-il, qui le finance, a-t-il beaucoup de lecteurs ? On veut tout savoir…

Guillaume Duhamel : Le Nouveau Cénacle (en hommage au Cénacle de Victor Hugo) est une revue en ligne qui s’intéresse à la création littéraire, à la philosophie et à l’actualité politique. Le but est de toujours prendre du recul, soit en traitant un sujet original, soit en l’évoquant d’un point de vue inédit. Ses contributeurs, dont je fais partie, parce que ce projet m’a séduit et m’offre beaucoup de latitude, n’ont pas d’œillères. Le Nouveau Cénacle dit par exemple le plus grand bien du livre de Patrick Buisson, ce qui ne l’a pas empêché d’être critique vis-à-vis de Riposte Laïque.

Le site a été fondé par Julien de Rubempré (https://lenouveaucenacle.fr/reveillons-nous), que je connais depuis longtemps et qui, lassé de piger un peu partout et de ne pas pouvoir s’exprimer librement, a voulu SON média. Vous trouverez en ligne, assez facilement, des renseignements sur lui. Rémi Loriov co-dirige le site également, et ils font fonctionner le site sur leurs deniers.

Il n’existe aucun financement extérieur.

Journaliste professionnel, mes principaux sujets sont la politique, le sport et la géopolotique

Riposte Laïque : Vous êtes journaliste professionnel, avec une carte de presse. Etes-vous indépendant, ou avez-vous un ou plusieurs employeurs ? Quels sont vos domaines de prédilection ?

Guillaume Duhamel : Je suis historien de formation (M2 d’histoire contemporaine, spécialisation dans la guerre froide) et ai fait une école de journalisme. Je suis journaliste de profession depuis 2009 et, après diverses expériences de courte durée dans le sport suivie d’une autre, de plusieurs années, dans l’environnement, je me suis spécialisé dans l’information financière, à dominante boursière. Je n’ai jamais été indépendant (au sens journalistique du propos bien entendu) et n’ai qu’un seul employeur, qui n’est pas Le Nouveau Cénacle, site pour lequel je contribue cependant régulièrement. Il me permet en effet de garder la main sur des sujets qui me tiennent à coeur, politique, géopolitique et sport principalement.

Votre obsession autour de l’islam m’a frappé et intéressé

Riposte Laïque : Venons-en à l’article que vous avez publié. Vous paraissez connaître notre site depuis longtemps. Pourquoi cet intérêt, et quelles étaient les motivations d’un tel texte ?

Guillaume Duhamel : Curieux de nature, je m’intéresse aussi à ce à quoi je n’adhère pas. Votre site ne m’a pas laissé indifférent parce que, même si je ne les partage pas du tout, vous avez le courage de vos opinions, aussi extrêmes et controversées soient-elles. Il a récemment fait le buzz avec l’affaire « Ali Juppé » et cet épisode m’a définitivement donné envie de creuser la « question » Riposte Laïque. Je me suis aussi dit que votre campagne à charge a pu jouer un rôle dans la défaite du maire de Bordeaux, qui a certes mené une campagne quelque peu mollassonne, mais je m’éloigne.

Je suis frappé par le fait que tous vos articles tournent autour de la question de l’islam, pour lequel je n’ai pas de sympathie particulière, mais que vous accusez de tous les maux et qui vous obsède littéralement. Votre fascination quotidienne m’a intrigué, parce qu’en premier lieu, je l’admets, j’ai du mal à concevoir que l’on puisse passer tant de temps et dépenser tant d’énergie pour une démarche profondément négative. Partant, je me suis interrogé, de loin, sur les vies des contributeurs, sur celle des commentateurs aussi. Je me suis en particulier demandé la place réelle de cette religion dans vos existences et si elle dictait, même relativement, vos choix et vos habitudes.

Votre réaction a été plus affable que prévu…

Riposte Laïque : Avez-vous été surpris de la « riposte » de Paul Le Poulpe, plutôt bienveillant à votre égard ?

Guillaume Duhamel : J’espérais, sans trop y croire, une réponse de votre part, mais je ne m’attendais pas à ce qu’elle soit de cette nature. Nous ne sommes pas sur la même longueur d’onde, mais j’ai essayé de vous appréhender de façon moins convenue que les médias dit « mainstream », que vous abhorrez et je peux comprendre pourquoi si je me mets à votre place.

Je sais que vous n’êtes pas l’organe de propagande du FN, dont certains membres ne partagent d’ailleurs pas vos méthodes de dénigrement, à l’image de Florian Philippot. Vous êtes de surcroît assez réservé concernant Marine Le Pen et il peut aussi vous arriver de lui taper sur les doigts.

Je fais aussi la différence entre votre site et d’autres comme Fdesouche. La « fachosphère » est un terme générique, un mot commode, mais qui englobe des sites qui n’ont pas forcément très exactement la même sensibilité.

Par ailleurs, certains passages dans mon article montrent que je ne suis pas un addict du « Padamalgam ». Quand j’évoque par exemple « l’épineuse question de l’islam en France », cela démontre bien que je ne suis pas un béni-oui-oui pour qui rien ne se passe.

Je pense que vous l’avez perçu et c’est peut-être ce qui explique votre réaction, plus affable que prévu donc.

Vous n’êtes pas, vous et vos partisans, seuls contre tous…

Riposte Laïque : Si nous avons bien compris votre approche, vous considérez qu’il y a deux groupes radicalement opposés, les « anti-islam » comme RL, et les pasdamalgame. Et, entre ces deux antagonismes, vous adoptez une position « nuancée ». N’est-ce pas un peu facile, et cette position est-elle tenable, si nous sommes en période de guerre ?

Guillaume Duhamel : Excellente question. Il n’existe pas uniquement deux groupes antagonistes et vous n’êtes pas, vous et vos partisans, seuls contre les autres ! Il existe aussi, j’en suis la preuve, des individus voire des médias pour qui il existe un milieu, une nuance et qui accessoirement ne font pas de l’islam, quelle que serait leur relation avec lui, l’alpha et l’oméga de leur vie.

En fait, je vous reproche surtout de généraliser, étant par nature allergique à toutes les généralisations. Dans votre esprit, j’ai le sentiment que les musulmans sont autant de terroristes en puissance et je ne crois pas en cette thèse. Des millions de musulmans vivent en France, mais combien sont salafistes, proches du wahabisme et adeptes de l’idéologie que prône l’Etat islamique ? La proportion est objectivement faible, quoique trop élevée, bien entendu, et assurément en augmentation, mais à ce titre, on ne peut pas, ne serait-ce que par honnêteté intellectuelle, rejeter tant de nos concitoyens.

Tout comme on ne peut pas, toujours par honnêteté intellectuelle, se contenter de dire « cépacalislam » et appeler à ne pas faire d’amalgame. Il existe une déviance terrible, l’islamisme, qui se doit d’être combattue, en durcissant l’arsenal législatif, en réintroduisant les peines plancher voire la double peine, en renforçant les contrôles aux frontières, en interdisant le retour des djihadistes dans notre pays, en fermant les mosquées salafistes et en mettant hors d’état de nuire les imams radicaux, lesquels doivent être expulsés ; mais cette dérive ne peut pas être combattue en stigmatisant une religion dans sa globalité, sans aucune nuance, par-delà les ambiguïtés qui existent dans le Coran.

Une telle stigmatisation incite en effet à entretenir le rejet mutuel, à attiser la ou plutôt les haines, avec des conséquences potentiellement cataclysmiques et, au bout du compte, la naissance d’une oumma internationale radicale qui pour le coup ferait peser une menace bien plus lourde encore sur notre civilisation.

Je crois au roman national et au sursaut national

Riposte Laïque : Vous avez 35 ans, vous avez donc encore, si « Dieu vous prête vie », une bonne cinquantaine d’années à vivre. Quand Michel Onfray affirme justement que dans 50 ans, avec l’immigration et la démographie, la France et l’Europe seront sous domination musulmane, et qu’il conclut, fataliste, que les grandes civilisations sont faites pour mourir, cela ne vous inquiète-t-il pas un peu ?

Guillaume Duhamel : Vous oubliez l’ouvrage Soumission, d’un autre Michel, Houellebecq, et qui a lui aussi fait couler beaucoup d’encre… Face à cette littérature, il est impossible d’être stoïque. Je crois toutefois, avec candeur peut-être, au roman national et au sursaut national. Je ne crois pas en une France déracinée, colonisée et qui tomberait – et l’Europe avec elle – sous un joug musulman. Sous réserve toutefois d’une vigilance accrue, d’un discours dominant moins lénifiant et Bisounours que celui qui a cours aujourd’hui, et d’une Europe réformée, avec une prise de conscience plus importante des enjeux et des menaces du moment, et une collaboration renforcée entre les pays.

Je ne suis pas non plus un fervent partisan de l’accueil inconditionnel des migrants, d’abord parce qu’aucun pays d’Europe n’a les moyens de tous les recevoir décemment, ensuite parce qu’il y a, dans le flux, des cadeaux empoisonnés que nous envoie Daech. A cet égard, je le redis, il faudra bien que nos décideurs s’entendent pour renforcer les contrôles aux frontières et être en mesure d’opposer à cette marée humaine une sélection sérieuse à l’entrée.

Les grandes civilisations sont faites pour mourir, l’histoire le prouve, mais certains peuples qui ont pour trait commun une histoire chargée d’épreuves ont aussi la capacité à se soulever, à refuser ce que vous et d’autres avec vous pensent inexorable. Il faut être vigilant, encourager la démographie, et en matière éducative cesser absolument la culpabilité systématique, refuser la repentance, les réécritures de l’histoire, assumer notre passé, qui ne peut se juger à l’aune du présent pour paraphraser Jean Sévillia et ne se résume pas à 4 années malheureuses durant la dernière guerre mondiale…

Je préfère la vision d’Abdenour Bidar à la vôtre…

Riposte Laïque : Quand Salem Ben Ammar, qui a grandi dans un pays musulman, compare l’islam au nazisme, ou quand Pascal Hilout, qui a passé les vingts premières années de sa vie au Maroc, dit que l’islam n’a rien à faire en France, les considérez-vous comme des dangereux manichéens incapables de nuance ?

Guillaume Duhamel : Je fais clairement la distinction entre l’islam et l’islamisme, et c’est ce dernier seul qui, d’après moi, n’a rien à envier au nazisme. Je ne connais pas les experts que vous citez, mais je vais pour ma part en évoquer deux autres, des intellectuels reconnus, y compris pour leur courage, auquel je m’identifie davantage.

Philosophe spécialiste des évolutions contemporaines de l’islam et des théories de la sécularisation et post-sécularisation, Abdennour Bidar a rédigé une « Lettre ouverte au monde musulman » en octobre 2014 dans laquelle il a accusé ledit monde d’avoir « enfanté un monstre qui prétend s’appeler Etat islamique » et d’avoir l’immense tort de ne pas reconnaître que Daech « est né de (ses) errances, de (son) écartèlement interminable entre passé et présent, de (son) incapacité à trouver ta place dans la civilisation humaine ». J’avais déjà cité monsieur Bidar dans un longue enquête en deux parties parue il y a un an sur Le Nouveau Cénacle, intitulée « Daech, les raisons d’un succès » et je partage à 100% son énoncé des maladies chroniques du monde musulman : « impuissance à instituer des démocraties durables reconnaissant comme droit moral et politique la liberté de conscience vis-à-vis de la religion ; prison morale et sociale d’une religion dogmatique, figée, et parfois totalitaire ; difficultés chroniques à améliorer la condition des femmes dans le sens de l’égalité, de la responsabilité et de la liberté ; impuissance à séparer suffisamment le pouvoir politique de l’autorité de la religion; incapacité à instituer respect, tolérance et reconnaissance du pluralisme religieux ».

Certains m’ont reproché dans leurs commentaires de ne pas avoir lu le Coran et c’est exact, même si j’ai lu certaines sourates. C’est un ouvrage définitivement compliqué, dont le message de fond est difficile à déchiffrer, avec des versets « abrogés » et « abrogeant ». Blogueur qui a de quoi craindre pour sa vie, le Palestinien Waleed Al-Husseini a à plusieurs reprises souligné que la règle est alors que quand deux versets se contredisent, le verset révélé en dernier abroge le verset révélé en premier. Sachant que Mahomet est devenu un chef de guerre, on peut bel et bien s’interroger sur ce que prône véritablement ce livre saint.

De surcroît, comme l’ont écrit Faker Korchane, professeur de philosophie, et Sophie Gherardi, fondatrice du site d’information Fait-religieux.com, « aucun livre sacré n’est aujourd’hui aussi souvent invoqué à l’appui de la violence ou de l’oppression, au point qu’il est légitime de se demander ce qui, dans ses versets ou dans son statut même, peut prêter à une telle instrumentalisation politique et religieuse ».

Néanmoins, si j’ose dire, le Coran est l’Evangile de tous les musulmans ! Tous ne le prennent pas pour argent comptant, tout comme les catholiques ne prennent pas tous la Bible pour argent comptant. Sur cette question capitale, je laisse en fait le dernier mot au philosophe et anthropologue Youssef Seddik, selon lequel « en islam, chacun peut interpréter selon ses moyens, même le plus simple des croyants. Seule compte l’intention ». On ne me fera pas croire que tous les musulmans sont animés de mauvaises intentions, par-delà ce qu’il y a de suspect voire pire dans le Coran.

La presse est majoritairement de gauche, moi je ne le suis pas…

Riposte Laïque : En acceptant de répondre aux questions que je vous pose, ne craignez-vous pas, dans le milieu qui est le vôtre, de devenir suspect ?

Guillaume Duhamel : Pourquoi serais-je suspect ? Oui, la presse est majoritairement de gauche et il se trouve que je ne le suis pas, mais l’essentiel est d’avoir sa conscience pour soi et d’être à même de défendre son point de vue. Je n’ai rien écrit de compromettant, ni ici, ni ailleurs, et j’assume pleinement la totalité de mes écrits.

Je n’ai pas cette prétention, mais peut-être réussirai-je aussi à montrer à vos lecteurs que non, tous les journalistes ne sont pas des gauchistes candides, des sectaires aux ordres et qui auraient des schémas préconçus. Il existe en effet des professionnels en quête désintéressée de vérité, des journalistes qui s’informent avec précaution et qui veulent informer aussi honnêtement que possible. J’espère faire partie de cette caste, et autant vous ne changerez pas d’avis et moi non plus, autant je veux croire qu’il est encore possible de se confronter sans que ça aille trop loin.

Journaliste, c’est le but professionnel de ma vie

Riposte Laïque : J’ai lu, dans les commentaires qui accompagnaient votre article, des textes sympathiques, mais aussi d’autres, plus agressifs. Cela vous étonne-t-il, d’appartenir à une profession qui, sur la réinfosphère, n’a pas bonne presse ?

Guillaume Duhamel : En écrivant un article à votre sujet qui ne va pas dans votre sens, je m’exposais à une réaction. Je m’attendais à ce que vous soyez plus vindicatif, mais la véhémence de certains commentaires – ils sont majoritaires -, elle, ne m’étonne pas. Les journalistes sont suspects en France et cela se tient, étant donné la force des médias d’opinion et le comportement de certaines figures de proue du métier (je pense à l’interview trafiquée de Fidel Castro, aux plaidoyers d’Edwy Plenel et plus récemment au traitement médiatique de la bataille d’Alep, que j’ai dénoncé dans un article).

Je suis journaliste par vocation, je n’ai pas suivi cette voie par hasard, je ne suis pas tombé accidentellement dans la marmite. C’était le but professionnel de ma vie, je l’ai atteint, même s’il me reste beaucoup à faire (le journalisme politique serait pour moi l’aboutissement suprême), et je savais que ce ne serait pas forcément sans dommage. On s’expose aux courroux, aux insultes, aux outrances de ceux qui voudraient lire autre chose. Il faut l’accepter et je l’accepte, même si j’ai aussi le droit de me défendre.

Riposte Laïque : Comment réagissez-vous au fait que ce sont des journalistes qui ont obtenu la tête de Robert Ménard, à ITélé, et demandent celle d’Eric Zemmour sur RTL ?

Guillaume Duhamel : Je le regrette, même si je n’ai pas beaucoup de sympathie pour l’un et pour l’autre (je m’incline cependant devant la culture du second). Les pressions dans leur ensemble me révulsent et je voudrais dire ceci : on ne peut pas « être Charlie » et dans le même temps appeler à museler Zemmour ou réclamer votre disparition. Ce n’est pas logique. Il existe une seule liberté d’expression, la tolérance ne peut être sélective.

Je ne suis pas à vos côtés, je vous reproche une analyse que je crois beaucoup trop caricaturale, réductrice et qui élude à mon sens l’aspect géopolitique – j’y reviendrai -, contrairement à vous je suis réfractaire à la généralisation, mais s’il existe des sites marqués à l’extrême-gauche, alors il doit aussi exister des sites identitaires (vous aurez noté qu’encore une fois, je ne vous ai pas classé à l’extrême-droite). Question d’équité, tout simplement.

Je suis fier d’être journaliste, je suis fier d’être français

Riposte Laïque : Aimeriez-vous être journaliste dans un pays comme les Etats-Unis, où l’article 1 garantit la liberté d’expression aux citoyens, ou préférez-vous les limites mises par les lois Pleven-Gayssot-Taubira ?

Guillaume Duhamel : Aux Etats-Unis, la parole du journaliste est littéralement sacralisée. Mes confrères américains le savent et jouissent d’une latitude considérable. Ils en ont tellement conscience qu’ils se sentent pousser des ailes et, parfois, détenteurs absolus de la vérité.

Cela s’est récemment retourné contre eux, de façon spectaculaire, pour votre plus grande joie d’ailleurs, comme si les Américains se mettaient à ne plus gober tout et n’importe quoi, à davantage réfléchir… ou à ne plus se fier du tout aux médias ?

Je n’ai pas de préférence, je suis journaliste et fier de l’être. Surtout, je suis Français et fier de l’être… Donc en fait si, j’ai une préférence, même si j’aimerais que mon pays, si prompt à donner des leçons, si habité par la culture, fasse preuve de plus de fermeté d’une façon générale et que les journalistes qui la représentent donnent une meilleure image d’eux-même et de la France.

Sans notre interventionnisme, aurions-nous eu le terrorisme ?

Riposte Laïque : Cher Guillaume Duhamel, merci pour cet entretien. Souhaitez-vous ajouter quelque chose ?

Guillaume Duhamel : Vous êtes très méfiants à l’endroit des journalistes. Vos thèses extrêmes expliquent à mon sens que vous puissiez être vilipendé, mais vous méritez aussi, comme tout un chacun, que des professionnels de l’information s’emploient à appréhender votre cas avec sérieux. Je trouve vos points de vue caricaturaux, mais ce n’est pas une raison pour que votre contradicteur vous caricature !​​​​​​​

J’ai essayé, dans mon article, de regarder Riposte Laïque en face et de l’analyser honnêtement, quoi que pensent vos lecteurs les plus remontés… De votre côté, vous m’avez offert, dans cette interview, et même si j’ai cru percevoir quelque ironie dans votre démarche, à tort ou non, la possibilité appréciable d’expliciter mon propos, mes motivations et de formuler mon propre diagnostic sur la religion musulmane. Je vous en remercie. J’avais par ailleurs écrit que vous étiez fermé à la contradiction et votre attitude à mon endroit prouve que vous êtes plus ouvert que ce que je croyais de prime abord. J’ai eu tort sur ce point, je le concède volontiers, tout comme j’ai eu tort de vous associer à Henry de Lesquen, dont les prises de position récentes vous sont étrangères.

Je souhaiterai enfin évoquer la question géopolitique, absente dans cette interview jusqu’ici. Je trouve que vous ne l’abordez pas suffisamment, partant du principe que l’homme musulman est fondamentalement mauvais, ce qui exclurait tous les autres facteurs.

Sans excuser du tout les islamistes (minorité faible, mais bien trop importante), la recrudescence du terrorisme sur le Vieux Continent n’est-elle pourtant pas liée, pour une large part, au va-t-en-guerrisme américain et à l’atlantisme européen, qui ont tous deux concouru à une ingérence dévastatrice en Syrie et en Libye ? Lorsque la France se tenait à distance, par exemple en n’intervenant pas en Irak, n’était-elle pas plus paisible qu’elle l’est aujourd’hui ?

Notre interventionnisme mal à propos – nous avons armé des rebelles qui n’avaient pas grand-chose de démocrates ou qui, à tout le moins, ont été surclassés, écrasés par l’Etat islamique – nous coûte cher, tout comme l’angélisme européen. Un angélisme qui s’applique aussi à Recep Tayyip Erdogan, à qui l’UE laisse passer beaucoup de choses et qui se décide enfin à combattre Daech après lui avoir pour ainsi dire dérouler le tapis rouge.

Reste la question capitale des tensions entre Washington et Moscou, dont il faut souhaiter qu’elles s’apaisent au plus vite. Pour le bien de notre civilisation, ce pour quoi nous serons tous d’accord.

Propos recueillis par Pierre Cassen

*** Attention ce texte est une TRIBUNE LIBRE qui n’engage que son auteur***

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Riposte Laique
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