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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

17 janvier 2017 2 17 /01 /janvier /2017 18:06

Signification et implications de la démonstration de force du Hezbollah à Qousseir, en Syrie

 

Le 13 novembre 2016, le Hezbollah a marqué sa Journée annuelle du Martyr en organisant sa première parade militaire dans une ville syrienne, Qousseir, qu’il a conquise en 2013, au terme d’une bataille longue et sanglante contre les forces rebelles, et qui est devenue depuis lors le principal symbole de l’implication du mouvement dans la guerre syrienne, aux côtés du régime d’Assad. Ce défilé militaire a réuni des centaines de combattants en uniforme, des tanks, des transporteurs de troupes blindés de fabrication américaine M113, des canons, des mitrailleuses et un régiment motorisé. La division Al-Radwan, qui comporte quelque 10 000 combattants des “forces d’intervention” du Hezbollah et des “forces spéciales” combattant en Syrie, qui constituent le fer de lance de l’organisation dans le pays, a également pris part au défilé.[1]

En programmant ce défilé à ce moment et en ce lieu, le Hezbollah informe ses adversaires, locaux et régionaux – à savoir les acteurs politiques au Liban, les rebelles syriens et leurs partisans arabes, mais aussi l’Occident et Israël – qu’il est à présent une force militaire internationale qui peut contrôler des zones situées en dehors des frontières du Liban. Le défilé a effectivement suscité des remous considérables parmi les partisans, mais aussi les adversaires du Hezbollah. Le présent rapport examine l’importance et les ramifications du défilé de Qousseir et les messages qu’il comporte.

Photos du défilé. Nn-lb.com, 13 novembre 2016

Le Hezbollah affirme sa présence sur le sol syrien

La tenue par le Hezbollah de ce défilé militaire sur le sol syrien, en particulier à Qousseir, est un acte symbolique et très significatif, qui montre le contrôle par l’organisation d’une partie du territoire syrien. Qousseir est le fleuron de l’implication militaire du Hezbollah en Syrie, et il est gravé dans les mémoires des rebelles syriens comme le lieu de leur défaite face au Hezbollah en 2013, à l’issue d’une âpre bataille qui a duré des semaines et causé des pertes nombreuses des deux côtés. En outre, Qousseir est aussi la porte d’entrée du Hezbollah en Syrie. Après l’avoir prise aux mains des rebelles, le Hezbollah l’a vidée de ses habitants et transformée en quartier général et en zone d’entraînement pour ses combattants venus du Liban, depuis laquelle ils se rendent sur les autres champs de bataille en Syrie.

De plus, la tenue du défilé sur le sol syrien, plutôt qu’au Liban, est une tentative flagrante de la part du Hezbollah de souligner sa présence en Syrie et d’affirmer que celle-ci est désormais fait établi. Elle pourrait aussi refléter le fait que pour le Hezbollah, Qousseir et ses environs sont un territoire militaire qui lui appartient, et non un territoire syrien – sans égard pour la souveraineté de la Syrie ou pour la position du Liban à ce sujet. [2] Le secrétaire-général adjoint du Hezbollah, Na’im Qassem, a fait une allusion en déclarant, quelques jours après le défilé : « Nous sommes en Syrie, et nous n’avons pas besoin de donner la moindre explication ou justification à ce sujet. Nous sommes aux côtés de l’armée syrienne et de l’Etat syrien”. [3]

Les déclarations de Qassem ont été soutenues par des déclarations du général de l’armée libanaise (à la retraite) Amin Hatit, proche du Hezbollah : “La présence du Hezbollah en Syrie est une chose fondamentale… Pour autant que nous sommes concernés, il n’y a aucune différence entre Qousseir et le Sud-[Liban]”.[4]

En tenant son défilé le Jour du Martyr, le Hezbollah voulait aussi envoyer un message au public chiite au Liban, qui le soutient et qui est la source de son pouvoir politique et son réservoir de combattants, grâce auquel le Hezbollah conserve sa force, en dépit de ses pertes. Pour les chiites libanais, dont beaucoup ont été tués ou blessés au cours des quatre années de guerre en Syrie, et en particulier durant la bataille en cours pour Alep, le défilé était destiné à leur remonter le moral et à leur dire que les pertes n’étaient pas vaines, car elles ont finalement renforcé l’organisation et lui ont permis de devenir une puissance régionale.

La transformation du Hezbollah d’une force de résistance en armée quasi-régulière

La démonstration par le Hezbollah de sa puissance militaire, en faisant défiler des centaines de soldats armés de tanks, de canons, de mitrailleuses etc., reflète aussi sa volonté de faire savoir qu’il est à présent une force bien entraînée et surarmée, disposant de nouvelles unités, et ressemblant à une armée régulière, et non plus une milice de résistance qui mène une guérilla contre Israël.

Cette modernisation de ses capacités militaires découle de l’expérience militaire acquise lors de la guerre syrienne contre les rebelles opposés au régime. Dans ce contexte, les quotidiens libanais ont cité les déclarations de Naim Qassem concernant les capacités militaires du Hezbollah. Le quotidien libanais Al-Mudun a cité Qassem affirmant que “le Hezbollah a développé son expertise, ses capacités de combat et ses capacités militaires. Cette force devient plus puissante et plus développée, plus qu’une force de résistance et moins qu’une armée régulière”.[5] Le quotidien Al-Safir a cité ses propos selon lesquels “nous avons désormais une armée entraînée et la résistance ne repose plus sur des méthodes de guérilla. Nous sommes mieux armés et mieux entraînés, et nous disposons de connaissances professionnelles sophistiquées”. [6] Il convient d’observer qu’un communiqué officiel du Hezbollah a démenti que Qassem ait qualifié le mouvement d’armée. [7]

Il semble que la démonstration de force du Hezbollah, à ce moment précis, s’explique par ses succès et ceux de son camp sur le terrain, l’axe de la résistance. Ces accomplissements incluent le renforcement du Hezbollah, de l’armée syrienne et des milices opérant aux côtés de l’armée syrienne depuis le début de l’implication militaire russe en Syrie, il y a un an, ainsi que l’amélioration du statut politique du président syrien Bashar al-Assad dans le monde arabe et en Occident, et le renforcement du statut régional et international de l’Iran, lié à sa présence militaire accrue en Irak et en Syrie, au lendemain de l’accord sur le nucléaire et de l’élection de l’allié du Hezbollah, Michel Aoun, à la présidence libanaise.

Le Hezbollah, une force régionale transfrontalière

L’un des messages du défilé était que dans la région, le Hezbollah est devenu une force militaire transfrontalière qui n’est pas liée à un territoire particulier et ne reconnaît pas la frontière Syrie-Liban, ni aucune autre des frontières entre les Etats du Moyen-Orient, fixées par les accords Sykes-Picot.

Le Hezbollah et son sponsor, l’Iran, qui s’efforce lui-même de diffuser sa Révolution islamique et sa doctrine de la “Souveraineté du Juriste-théologien”, ne considèrent pas les frontières géographiques comme importantes, et poursuivent leur pénétration de nombreux pays dans la région. Cette approche se traduit par l’implication militaire de l’Iran et de ses agents en Syrie, Irak et au Yémen, et par le contrôle militaire total du Hezbollah d’une partie du territoire syrien, dont la région de Qousseir.

Le défilé militaire a envoyé un message non seulement aux rebelles de Syrie, mais aussi à leurs sponsors dans le monde arabo-musulman – Arabie saoudite, Qatar et Turquie – en soulignant le fait que l’axe de la résistance en Syrie avait le dessus, et que le Hezbollah n’hésiterait pas à faire montre de sa puissance partout où cela serait nécessaire pour soumettre ses adversaires. Sur ce sujet, le général (à la retraite) de l’armée libanaise Amin Hatit a déclaré : “Si le Hezbollah avait voulu envoyer un message au Liban, il aurait organisé sa parade ici, pas en Syrie ; ce qu’il a fait à Qousseir est un message pour la région”.[8]

Dans une interview parue sur le site iranien Tasnim, proche du Corps des Gardiens de la Révolution islamique (CGRI), Qassem a déclaré : “Si nous voulons avoir un regard réaliste [sur cette situation], force est de constater que le Hezbollah est devenu une puissance régionale. La manière dont le Hezbollah affronte l’ennemi sioniste et lestakfiriyyoun [i.e. les organisations salafistes-djihadistes]… montre que l’organisation est une puissance régionale, et les changements survenus dans la région en sont la preuve”.[9]

D’autre part, Nasser Qandil, rédacteur en chef du quotidien libanais pro-syrien Al-Binaet proche d’Assad, a écrit dans un article du 16 novembre 2016 intitulé ”Le Hezbollah, nouvelle armée du Moyen-Orient”, que l’organisation était une force transfrontalière et que les frontières entre les pays ne signifiaient rien. Il a déclaré que le Hezbollah était devenu une “Armée du Moyen-Orient”, du fait de ses capacités militaires et parce qu’il disposait d’une force militaire transfrontalière, et qu’il avait atteint cette position grâce aux organisations populaires dans la région qui le soutiennent, qui représentent environ un million de combattants répandus dans tout le Moyen-Orient. Ces forces prennent part à ses guerres et partagent ses positions, considérant le secrétaire-général du Hezbollah Hassan Nasrallah comme un dirigeant qui “possède un statut spécial et comme une source d’autorité pour les guerres au Moyen-Orient”. Il a ajouté qu’aujourd’hui le Hezbollah avait “déchiré [les accords] Sykes-Picot” en transformant les zones de la Syrie frontalières Est et Nord-Est du Liban en une “continuation directe et vitale de la résistance”.

Dans ce contexte, Qandil a ajouté qu’alors que la force militaire d’Israël et la puissance économique et politique de l’Arabie saoudite sont en déclin, et alors qu’Al-Qaïda est mise en échec, que les Etats-Unis sont plus préoccupés par leurs affaires intérieures et que la Russie est concernée par la neutralisation d’autres puissances régionales comme la Turquie, “le Hezbollah et le réseau de ses alliés se développent, devenant comme un Etat de soft-power qui vit au sein de plusieurs pays. [Le Hezbollah] n’est pas un rival [des Etats sur le territoire desquels il existe], mais il les complète, en vivant et en se développant avec leur accord, en tant que force de dissuasion et de valeur stratégique ajoutée. Ainsi, cette force est devenue le fait le plus important apparu au début du 21e siècle… et aucune force existante ne peut menacer la croissance de cette nouvelle armée au Moyen-Orient, qui est déployée du Liban à l’Afghanistan, et d’Alep à Bab Al-Mandeb. »[10]

Le Hezbollah, une force indépendante opérant en dehors du cadre des lois et des institutions libanaises

Le défilé militaire de Qousseir revêt aussi une grande signification à l’égard du Liban. Le contrôle du Hezbollah dans la région de Qousseir supprime la frontière Liban-Syrie et crée une étendue de territoire ininterrompue allant de la Syrie au nord de la Beqaa, un de ses bastions au Liban, sans l’accord du gouvernement libanais et malgré les critiques virulentes de plusieurs acteurs politiques dans le pays.[11]

En organisant ce défilé militaire, le Hezbollah a montré une nouvelle fois au Liban et au monde entier qu’il n’était pas soumis aux lois et aux institutions du Liban, mais qu’il opérait selon ses propres intérêts et ceux de l’Iran et de l’axe de la résistance. Pour autant qu’il est concerné, sa présence en Syrie dépend uniquement de lui, et pas d’une décision quelconque de l’Etat libanais. A ce sujet, Qassem a déclaré : “Nous sommes aux côtés de l’armée syrienne et de l’Etat syrien, et sans notre intervention en Syrie, les terroristes parviendraient en tout lieu au Liban. La question de notre implication en Syrie n’est plus sujet à débat dans les cercles libanais.” [12]

Ce message s’oppose à celui des adversaires du Hezbollah au Liban, qui ont exprimé de vives critiques contre le défilé de Qousseir. Ashraf Rifi, ministre de la Justice au sein du gouvernement provisoire du Liban, ennemi acharné du Hezbollah, a ainsi déclaré que ce défilé envoyait un message menaçant la souveraineté du Liban. Il a twitté : “Le Hezbollah a prouvé de manière flagrante sa force militaire en Syrie occupée… Que dira le ‘président fort’ [Michel Aoun] des milices armées qui sont devenues une armée participant à l’occupation de la Syrie, divisant et tuant sa population?” Il a précisé que “le Liban est en danger” et a appelé toutes les forces opposées au parrainage iranien du Liban à agir ensemble “pour sauver le Liban que le Hezbollah a exploité, avec le soutien de la charia, et qu’il a transformé en plateforme au service des projets de l’Iran”.[13]

Ali Al-Husseini a également émis des critiques dans son éditorial publié par le quotidien libanais Al-Mustaqbal, associé aux Forces du 14 mars : “Il est étrange que ce défilé se soit tenu en même temps que les préparatifs de l’armée libanaise en vue du Jour de l’Indépendance [du Liban le 22 novembre]… Le message au Liban est que le Hezbollah est une force indépendante qui n’est pas soumise aux lois de l’Etat libanais et qui ne veut pas que le [Liban] soit indépendant… Le Hezbollah s’est imposé comme un occupant et a déclaré que Qousseir et d’autres régions [en Syrie] étaient sous son contrôle et sous son égide ; il a fait savoir que toute négociation à leur sujet se ferait à l’avenir uniquement avec [le Hezbollah] et selon ses conditions”. [14]

Le Hezbollah, une force de dissuasion dans la politique interne au Liban

Le défilé du Hezbollah, qui est intervenu aussi plusieurs semaines après que son allié Michel Aoun eut été élu président du Liban,[15] et à l’apogée des consultations en vue de la constitution d’un nouveau gouvernement dirigé par Saad Al-Hariri, chef du courant Al-Mustaqbal, était aussi un moyen de bander ses muscles à l’attention de différentes forces de l’arène politique du Liban, en particulier du président Aoun et de son parti, qui sont encore considérés comme des alliés du Hezbollah. Cette démonstration de force était destinée à réitérer le fait que l’organisation dispose d’une puissance militaire et qu’elle n’acceptera aucun changement de l’équilibre des forces politiques qui ne serait pas en sa faveur, et qu’elle ne permettra pas non plus que l’on touche à ses armes.

Si l’élection d’Aoun a été considérée comme une victoire par le Hezbollah et les Forces du 8 mars qu’il dirige, il existe, selon des informations parues dans les médias libanais, une grande appréhension au sein du Hezbollah et des Forces du 8 mars concernant la possibilité qu’Aoun mette fin à son soutien à la résistance et qu’il modère ses positions et trouve un compromis, s’orientant davantage vers le centre que dans le passé, en faisant preuve de neutralité tant envers les Forces du 14 mars qu’envers celles du 8 mars.

La coopération entre Aoun (qui représente la majorité des chrétiens du pays, après avoir formé une alliance avec le parti des Forces libanaises chrétiennes dirigé par Samir Geaga) et Al-Hariri (qui représente la majorité des sunnites) – coopération qui a conduit à l’élection d’Aoun et à la désignation d’Al-Hariri pour former le prochain gouvernement – est aussi une préoccupation pour le Hezbollah chiite. Sa principale crainte est celle de la possibilité de changements de l’équilibre des forces politiques dans le pays, du fait que l’alliance d’Aoun avec l’ennemi du Hezbollah, Geaga, a créé un groupe chrétien puissant et fédéré qui a réparti les portefeuilles ministériels entre ses membres, aux dépens des autres partis chrétiens faisant partie des Forces du 8 mars – et Aoun risque de donner la priorité à ce groupe chrétien puissant, au détriment de son alliance avec le Hezbollah et de son soutien à la résistance.
 

 

 

Ces craintes se sont encore accrues après les visites d’émissaires saoudiens et qataris chez Aoun, à la suite desquelles ce dernier a promis que l’Arabie saoudite serait la première étape de ses visites dans les pays arabes, et au vu de sa déclaration, qui s’inscrit dans une volonté de faire du Liban un acteur indépendant, et le Liban sous sa direction “adoptera une politique indépendante et ne sera soumis à personne”.[16]

Le Hezbollah, une force de dissuasion anti-israélienne à partir des territoires libanais et syrien

Le Hezbollah a également utilisé le défilé pour envoyer un message concernant sa position sur une guerre contre Israël. Au vu de son implication militaire en Syrie, dans les combats contre les rebelles aux côtés du régime d’Assad, le Hezbollah a été accusé par des éléments à l’intérieur et à l’extérieur du Liban d’abandonner la voie de la résistance contre Israël, et d’être devenu un complice du plan iranien visant à éliminer la présence sunnite en Syrie. En réaction, par son défilé, le Hezbollah a voulu clarifier que le fait d’asseoir sa puissance en Syrie faisait partie du plan de résistance, qui sert sa guerre contre Israël et intensifie sa capacité de dissuasion à son égard. A ce sujet, Naim Qassem a déclaré que le renforcement des capacités du Hezbollah et sa transformation en véritable force militaire “étaient suffisants pour dissuader l’ennemi israélien”.[17]

La tentative du Hezbollah de montrer par ce défilé sa force face à Israël s’est aussi traduite par le fait que le principal élément y prenant part était issu de la division Radwan, divulgué ici pour la première fois. Selon une source libanaise,[18] cette division a été conçue par l’ancien dirigeant du Hezbollah Imad Mughniyeh, assassiné en 2008, et comporte quelque 10 000 combattants entraînés dans des bases du Hezbollah spécialement construites à cette fin à Al-Qusayr. La division a été initialement créée pour envahir la Galilée en Israël lors du prochain conflit, mais elle combat actuellement les rebelles en Syrie et acquiert une expérience militaire, et le Hezbollah la considère comme son fer de lance en Syrie. La participation de ses combattants au défilé est un message à Israël indiquant que la division, considérée comme une force de dissuasion contre Israël, est prête à l’action à tout moment.

 

Abdallah Kamah a écrit sur le site Internet libanais Alhadathnews.net : « Alors que les guerriers de [la division] Al-Radwan combattent et gagnent de l’expérience militaire en Syrie, ils considèrent la Galilée comme leur objectif stratégique. Afin d’atteindre cet objectif, nous devons nous préparer à une guerre [contre Israël], dont Imad Mughniyeh avait dit qu’elle ‘serait différente de celles qui se sont déroulées précédemment’. Cette différence ouvre la voie à l’adoption de nouvelles méthodes [de combat], parce que cette campagne ne sera pas la même que dans le passé. Alors, elle était menée selon un scénario par lequel l’ennemi envahissait et la résistance était en embuscade, tirait des roquettes de derrière des bosquets et utilisait des lanceurs mobiles, à déclenchement manuel, au sol. La prochaine guerre, comme l’a montré le Hezbollah hier, sera plus offensive que défensive, et inclura des véhicules blindés pénétrant en Haute-Galilée occupée”.[19] Il convient de mentionner dans ce contexte que, dans un discours de février 2011 marquant le troisième anniversaire de l’assassinat de Mughniyeh, le secrétaire-général du Hezbollah Hassan Nasrallah a menacé Israël, et prévenu que dans le prochain conflit, il donnerait pour ordre à ses hommes de conquérir la Galilée.[20]

En outre, en tenant ce défilé sur le sol syrien, le Hezbollah a lancé un défi à lsraël, qui est opposé à l’installation de forces du Hezbollah en Syrie, en particulier sur le plateau du Golan. Le renforcement de sa présence sur le Golan syrien s’inscrit dans le plan de l’organisation visant à élargir l’arène du conflit avec Israël du Sud-Liban aux plateau du Golan, et à les transformer en un front unique effaçant les frontières politiques. Dès janvier 2016, Nasrallah avait affirmé que le Hezbollah ne reconnaîtrait plus les règles de combat avec Israël ni la séparation entre les fronts du Sud-Liban et du Golan.[21]En mai 2016, Ibrahim Al-Amin, chef du conseil d’administration du quotidien libanaisAl-Akhbar, proche du Hezbollah, a affirmé que l’organisation avait créé une infrastructure de résistance sur le plateau du Golan syrien avec l’aide d’habitants locaux.[22]

Dans un article publié quelques jours après le défilé, le rédacteur en chef politique du quotidien libanais Al-Safir a sous-entendu qu’une des raisons pour lesquelles le Hezbollah s’était installé en Syrie était sa volonté d’ouvrir un nouveau front contre Israël sur le plateau du Golan : “Les armes exposées par le Hezbollah [lors du défilé] sont des armes dont disposent les armées [régulières], et c’est un message clair à l’attention d’Israël, lui signifiant que l’arène de chaque campagne future ne sera absolument pas limitée à certaines frontières libanaises et à une population locale qui soutient ou non [la résistance], mais sera plutôt une arène plus vigoureuse, plus profonde et plus large – stratégiquement, géographiquement et militairement”.[23]

* Yael Yehoshua est vice-présidente de la Recherche et Directrice de MEMRI Israël

Lire le rapport en anglais

Notes :

[1] Pour plus d’informations sur le défilé militaire, voir Dépêche spéciale MEMRI No. 6677, Hizbullah Military Parade In Syrian Town Of Al-Qusayr: Tanks, Cannon, And Machine Guns, 14 novembre 2016. Il convient d’observer que l’armée libanaise a rejeté les affirmations selon lesquelles les véhicules blindés M113 et autres équipements militaires ayant participé au défilé lui appartenaient. Al-Nahar (Liban), 15 novembre 2016.

[2] Al-Mudun (Liban), 16 novembre 2016.

[3] Al-Safir (Liban), 16 novembre 2016.

[4] Al-Nahar (Liban), 14 novembre 2016.

[5] Al-Mudun (Liban), 16 novembre 2016.

[6] Al-Safir (Liban), 16 novembre 2016.

[7] Alahednews.com, 16 novembre 2016.

[8] Al-Nahar (Liban), 14 novembre 2016.

[9] Tasnim (Iran), 22 novembre 2016.

[10] Al-Bina (Liban), 16 novembre 2016.

[11] Pour plus d’informations sur les critiques libanaises concernant l’implication du Hezbollah dans les combats en Syrie, voir MEMRI Inquiry & Analysis No. 980, Liban Openly Enters Fighting In Syria, 13 juin 2013; Special Dispatch No. 6383, Lebanese Writer: Hizbullah Is No Longer A Resistance Organization, But An Occupier And Target For Resistance, 12 avril 2016; Inquiry & Analysis No. 1147, Lebanese Elements Furious Over Hizbullah’s Activity In Golan, Shebaa Farms, Critical Of Nasrallah’s Statements About Uniting Lebanese, Syrian Resistance Fronts, 11 mars 2016.

[12] Al-Safir (Liban), 16 novembre 2016.

[13] Twitter.com/Ashraf_Rifi, 14 novembre 2016.

[14] Al-Mustaqbal (Liban), 15 novembre 2016.

 

[15] Voir MEMRI Inquiry & Analysis No. 1276, Al-Hariri’s Choice Of Hizbullah Ally Aoun For Lebanese Presidency Is Another March 14 Forces Concession To Pro-Iran Axis, 28 octobre 2016.

[16] Al-Safir (Liban), 12 novembre 2016; Al-Akhbar (Liban), 26 novembre 2016.

[17] Al-Mudun (Liban), 16 novembre 2016.

[18] Par exemple, Alhadathnews.net, 15 novembre 2016.

[19] Alhadathnews.net, 15 novembre 2016.

[20] Al-Akhbar (Liban), 17 février 2011. Voir MEMRI Special Dispatch No. 6051, The Emergence Of ‘Galilee Force’ – Palestinian Forces Fighting Alongside Syrian Regime, 20 mai 2015.

[21] Pour des critiques libanaises de la déclaration de Nasrallah, voir MEMRI Special Dispatch No. 5994, Lebanese Elements Furious Over Hizbullah’s Activity In Golan, Shebaa Farms; Slam Nasrallah’s Statements About Uniting Lebanese, Syrian Resistance Fronts, 10 mars 2015 ; Pour plus d’informations sur l’activité du Hezbollah et du CGRI iranien dans le Golan syrien et à la frontière israélienne, Voir MEMRI Inquiry & Analysis No. 1138, Following Killing Of Hizbullah Operative Jihad Mughniyah, New Information Comes To Light Regarding Hizbullah, Iranian Activity In Syrian Golan On Israeli Border, 28 janvier 2015; MEMRI Daily Brief No. 1146, From The Mediterranean to the Golan, Iran Builds Active Front And Direct Military Presence On Israel’s Border To Deter Israel And Further Ideology Of Eliminating The Zionist Regime, 16 février 2015.

[22] Pour plus d’informations sur l’activité du Hezbollah dans le Golan, Voir MEMRI Special Dispatch No. 6039, Board Chairman Of Pro-Hizbullah Lebanese Daily: Hizbullah Has Established Resistance Infrastructure In Syrian Golan In Cooperation With Locals, 30 avril 2015.

[23] Al-Safir (Liban), 16 novembre 2016.

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