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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 02:38

Colonisation et crime contre l’humanité ? Parlons du Congo belge, Macron…

Publié le 23 février 2017 - par 

Quand Macron proclame que « la colonisation est  un crime contre l’humanité », ça me concerne ! Je n’étais pas dans cette Algérie qui avait été libérée du joug ottoman par les Français, mais j’étais au Congo Belge qui avait été acheté par le roi Léopold II avec ses petites économies personnelles. Quand Léopold II a voulu donner le Congo au peuple belge, celui-ci n’en a pas voulu parce que l’entretien allait coûter trop cher… La Chambre finira par accepter le testament de Léopold en 1908.

De 1914 à 1918 la Belgique est dévastée par la première guerre mondiale. Elle se relève, mais en 1940 rebelote avec  la deuxième guerre mondiale. Des villes comme Tournai ont été rasées par les bombardements. A partir de 1945, la Belgique doit à nouveau tout reconstruire. En 1956 donc à peine 10 ans après la fin de la guerre, ma mère et moi avons accompagné mon père qui avait été envoyé au Congo Belge pour y créer une école pour former des enseignants indigènes, non pas pour le compte d’une ONG mais pour le compte du gouvernement belge, malgré tous les soucis qu’il avait en métropole.

De 1956 à 1959 nous avons vécu au Congo Belge. Dans l’entre deux guerres, l’armée belge avait mis fin à la traite des nègres arabo-musulmane vers Zanzibar. Le Congo Belge était devenu un pays moderne, où, pour tout le monde, tout fonctionnait : routes, ponts, chemins de fer, aéroports, navigation sur les fleuves, poste, banques, hôpitaux, commerce, écoles, installations sportives, égouts, eau potable courante, électricité, agriculture, lutte contre la malaria, poliomyélite, maladie du sommeil et autres.

Il y avait des écoles primaires, secondaires et les premières années d’université.

Il y avait des noirs dans les écoles des blancs, pas avec des diplômes de complaisance, mais des élèves dont les parents étaient conscients de la nécessité d’étudier et d’obtenir des diplômes pour l’avenir, des élèves qui avaient suivi le cursus complet : école primaire et secondaire.

La sécurité était telle que le soir nous allions encore faire un tour au “Centre”, que nous assistions aux fêtes dans la prison de haute sécurité où les prisonniers jouaient du Molière traduit en kiSwahili, sécurité à tel point que mon père, ma mère et moi avons fait le trajet Jadotville – Cape Town tranquillement avec notre petite Coccinelle VW : 5236 km à nous trois dans la brousse.

Si les enfants dont je faisais partie avaient pu continuer l’école qui était multiculturelle avec non seulement des Belges et des Congolais mais aussi toutes les autres nationalités avec lesquelles nous vivions, Grecs, Portugais, Italiens, Indiens, Chinois, Suisses, Juifs souvent séfarades qui formaient une communauté très active et même des Américains dont on disait que c’étaient des espions… si les enfants de tout ce monde bariolé avaient pu continuer à grandir ensemble comme c’était le cas, aujourd’hui le Congo serait le pays le plus riche et le plus moderne du monde.

Et pourtant, un pas beau matin, on nous a dit Stop ! C’est fini !

Ce n’est qu’en 2008 que j’ai compris. En passant à la FNAC de Bruxelles j’ai vu par hasard le livre “Chief of station, Congo : fighting the cold war in a hot zone” de Larry Devlin le chef de la CIA à Léopoldville en 1960.

Ce qu’il écrit est très simple : la décolonisation du Congo Belge ça n’a rien eu d’humanitaire, ni d’idylliquement vertueux, mais, tout à fait prosaïquement, les Russes voulaient l’uranium du Katanga, les Américains ne voulaient pas que les Russes s’en approprient mais le voulaient pour eux-mêmes… alors vous savez quoi ? Simple : ils ont foutu le bordel et le tour était joué.

Lumumba ? Un héros? Mais nooon… un pauv’type manipulé par les uns et par les autres et qui va finir victime de tous les plus sinistres cynismes…

Et les idiots utiles ont marché dans la combine. Les petites gens ont payé le prix très fort, pas seulement nous qui avons perdu notre paradis terrestre mais surtout les Congolais et les Rwandais.

Eh bien, ça, Monsieur Macron, ça, c’est un crime contre l’humanité !

Larry Devlin nous explique qui était derrière l’assassinat du Congo Belge, maintenant il faut nous expliquer qui est derrière  Macron.

Anne Lauwaert

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Riposte Laique
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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