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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

24 février 2017 5 24 /02 /février /2017 02:54

Des auteurs égyptiens : Israël dépasse les Arabes dans l’innovation et le développement scientifique

 

Dans de récents articles, plusieurs éditorialistes égyptiens ont déploré le fait que les Arabes en général, et l’Egypte en particulier, soient à la traîne en termes de développement scientifique, en comparaison des prouesses scientifiques d’Israël et de son classement international élevé en matière d’innovation et d’esprit d’entreprise. L’un des éditorialistes écrit que, si les Arabes avaient réalisé des progrès technologiques, ils auraient certainement refusé de les partager avec le reste du monde, afin d’éviter toute coopération avec les “infidèles” et les “ennemis”.

Ces éditorialistes appellent les Arabes à s’inspirer des pays occidentaux au lieu de les considérer comme des infidèles, et de profiter de leurs ressources pour créer des institutions académiques comme l’Institut Weizmann et l’Institut de Technologie israéliens [Technion], au lieu de construire de plus en plus de mosquées. Extraits :

Si nous avions inventé ce qu’a inventé l’Occident, nous ne l’aurions pas partagé avec eux car ce sont des Infidèles

L’éditorialiste d’Al-Masri Al-Yawm Osama Gharib écrit : “Les contributions arabes à la modernité ont pris fin il y a plus de 1 000 ans. Au cours des derniers siècles, nous avons exploité les découvertes et les inventions des autres. Ils pensent, travaillent et inventent pendant que nous restons assis les bras croisés. Cela soulève une question : qu’aurions-nous fait si nous avions été nous-mêmes les innovateurs et les inventeurs du téléphone, de l’automobile, du train, de l’avion, du réfrigérateur, de la machine à laver, du radiateur, de la radio, de la télévision, du téléphone portable, de l’ordinateur, du pistolet, de la bombe, des missiles et des canons ? Nous aurions probablement gardé ces inventions pour nous seuls et n’aurions pas laissé les autres en profiter, par le troc ou par l’exportation. Cela, au motif que les autres sont des infidèles, et qu’il est [par conséquent] inapproprié de se lier d’amitié ou de partager avec eux l’essence de notre philosophie, et de leur permettre de profiter de ce dont nous profitons ou que nous utilisons, pour leur permettre de gagner du temps et leur simplifier les choses. Nous qualifions l’Occident “d’Occident croisé”, pour signifier que c’est un ennemi que nous devons affronter, au lieu de collaborer avec lui. Est-ce que j’exagère en disant que nous aurions refusé [de partager avec] l’Occident nos inventions et les aurions conservées pour nous-mêmes, même si leur exportations nous auraient aidés à faire fonctionner nos usines, à embaucher des salariés et à faire entrer de l’argent dans nos coffres ? Selon moi, ce n’est pas une exagération, car [nous autres musulmans] aurions émis des fatwas interdisant le commerce, [affirmant] que même si cela représente beaucoup d’argent, nous n’en avons pas besoin. [Nous aurions soutenu] que les relations bilatérales avec ces gens [en Occident] suscitent la colère d’Allah et de Son Prophète, qu’il n’y a aucune bénédiction dans l’argent provenant du commerce avec eux, et que nous serions perdants si notre subsistance dépendait de la collaboration avec les infidèles.

Toutefois, si l’on descend des hauteurs de l’imagination pour revenir à la réalité, force est de constater que c’est l’Occident qui a inventé tout ce dont tout le monde profite, alors que nous sommes de simples spectateurs, qui acclament le match… Peut-être est-il temps pour nous de comprendre que les inventeurs étaient plus généreux et plus humains que nous, en partageant tout ce qu’ils ont inventé avec nous, au lieu de le garder pour eux-mêmes. Je sais qu’un impertinent pourrait faire remarquer qu’ils ne nous ont pas fait partager les produits de leurs inventions par humanisme, mais pour des considérations commerciales, afin que nous devenions un marché [pour leurs produits], leur apportant des bénéfices et des opportunités d’emploi, de revenus et d’autoréalisation. C’est un fait indéniable, mais il y a un autre aspect. S’ils nous avaient considérés de la même manière que nous les considérons – à savoir comme des infidèles avec lesquels il ne faut pas avoir de relations réciproques – ils ne nous auraient rien vendu et n’auraient pas réalisé de profits avec nous. Toutefois, leur conception, aussi motivée par le profit qu’elle soit, est plus ouverte et humaine, car elle reconnaît l’humanité et l’importance d’autrui, et comprend qu’il est essentiel de partager une certaine dose de progrès avec l’autre, afin que le monde ne soit pas divisé en un camp civilisé et un camp barbare. Un autre impertinent pourrait soutenir que l’Occident partage ses inventions avec nous mais ne divulgue pas ses secrets, afin de nous empêcher de les concurrencer et de les dépasser. Toutefois, il ignorerait le fait que la connaissance est accessible à ceux qui travaillent, et que nul ne se porte volontaire pour se réprimer et aider ses concurrents. Au bout du compte, je sais que les paroles des cheikhs l’emporteront, et que des gens [parmi nous] continueront de croire qu’Allah a placé les étrangers à notre service pour nous épargner le mal et les migraines causés par [l’impératif] de réfléchir. » [1]

Israël est au sommet de la recherche scientifique dans le monde alors que les Arabes sont à la traîne

Metwali Salem, un autre éditorialiste d’Al-Masri Al-Yawm, écrit : Dans les pays qui valorisent la connaissance, l’invention est considérée comme l’un des pivots et l’un des sommets de l’investissement, alors qu’en Egypte, le niveau des investissements du gouvernement et de la population reste minime. C’est une honte [pour nous] qu’Israël soit considéré comme le deuxième pays au monde en termes d’inventions… En outre, la recherche scientifique est l’une de ses priorités essentielles, peut-être même sa priorité absolue, alors que nous sommes encore dotés de la mentalité de l’échec et de l’extrémisme, et que notre intérêt pour la science se confine aux vantardises de comptoirs de café et aux conversations de salon…

Hélas, nous sommes une nation qui est passée du premier rang dans le monde [en termes de science et de progrès] au dernier, et tout le monde festoie sur le corps malade et déformé [de notre peuple]… En attendant, Israël est au sommet du trône de la science, que nous avons ignorée à tel point que nos diplômés d’université et les titulaires de maîtrises et de doctorats sont une petite minorité, à la recherche d’un gagne-pain, car tout ce que leurs connaissances leur ont apporté est un diplôme inscrit sur leur CV et aucun avantage.[2]

Dans la même veine, l’éditorialiste d’Al-Ahram Ibrahim Al-Naggar écrit : Israël a vaincu les Arabes dans la compétition scientifique en s’attirant les scientifiques européens et américains, tandis que dans les pays arabes, la fuite des cerveaux se poursuit et ils ne parviennent pas à faire revenir [leurs diplômés] et à en bénéficier. La Ligue arabe a averti du danger que cela représente pour l’avenir sécuritaire, politique et économique des pays arabes, après avoir vu Israël parvenir à la 24e place des pays développés, à la deuxième place – juste après les Etats-Unis – en matière de recherche et de capacités scientifiques et à la quatrième place – après le Japon, les Etats-Unis et la Finlande – en matière d’adoption des développements technologiques. [3]

Israël sait comment exploiter ses ressources, alors que les Egyptiens n’ont pas exploité les leurs

Dr Bahgat Korany, expert en relations internationales et en économie politique, directeur du forum de l’Université américaine du Caire, écrit dans Al-Ahram : Même s’il y a de nombreuses écoles [de pensée] scientifiques concernant le développement, tout le monde s’entend sur une chose : l’échec ne provient pas du manque de ressources naturelles. Le Japon est pauvre en ressources, alors que le Congo et le Nigéria en sont riches. Le développement se rapporte à la manière d’exploiter les ressources existantes et de les gérer – et c’est pourquoi les ressources humaines sont d’une importance cruciale, notamment les gens éduqués et talentueux, dans leur pays ou en dehors. Cela tient au fait que, à l’ère de la mondialisation et du développement accéléré des technologies, alors que nous disposons de [technologies] de téléconférences comme Skype ou [d’outils] similaires, les frontières entre les pays sont devenues insignifiantes. Par conséquent, nos scientifiques à l’étranger sont un élément fondamental de nos ressources [humaines], comme beaucoup ont pu en témoigner.

Ainsi, par exemple, Chaim Weizmann, le premier président de l’Etat d’Israël, était chimiste en Grande-Bretagne, et il a contribué au développement de l’industrie de l’armement dans ce pays, et en retour, a convaincu le gouvernement britannique de publier la Déclaration Balfour, qui est le fondement de l’Etat d’Israël actuel. Le développement d’Israël depuis lors, et les victoires remportées par ce petit pays contre ses voisins, malgré leurs populations et leurs ressources bien supérieures, ne peut s’expliquer que par la manière dont Israël exploite ses ressources humaines externes, le fameux lobby israélien aux Etats-Unis, au Canada, en Europe et même en Amérique latine…

Même si l’Egypte possède des ressources [humaines] précieuses similaires, trop de temps a été gaspillé dans des efforts [infructueux] pour les exploiter… Si de nombreux efforts ont été investis [dans ce domaine], par exemple par l’ancien ambassadeur [égyptien] auprès de la Ligue arabe Tahseen Bashir ou par le [conseiller de Moubarak] Osama El-Baz, aucun plan au niveau gouvernemental n’a jamais été entrepris.[4]

Nous devons créer des institutions comme le Technion et l’institut Weizmann, et non de nouvelles maisons de prière

Après l’annonce par le président Al-Sissi selon laquelle la nouvelle capitale administrative de l’Egypte [5] inclura la plus grande mosquée et la plus grande église du pays, l’éditorialiste d’Al-Watan Khaled Montaser a appelé à créer un institut de recherche ou une grande usine, et pas seulement des lieux de culte. Il écrit : « Quand le monde nous respectera et prendra en compte notre opinion ? Il nous respectera et nous prendra en considération, pas seulement en raison de la quantité d’armes dans nos dépôts d’armes, mais en raison de notre capacité à produire ces armes [par nous-mêmes] et à en inventer de nouvelles. Non en raison du nombre de nos minarets ou des croix au sommet de nos dômes d’églises, mais en raison de nos inventions, de notre recherche scientifique et des certificats de participation à des formations universitaires étrangères… Au lieu d’importer quatre sur cinq miches de pain que consomment les Egyptiens, le chercheur [égyptien] devrait [explorer] avec diligence la manière d’augmenter la production de farine dans nos moulins… Il devrait investir des efforts pour traiter les maladies et les épidémies, et inventer des outils d’ingénierie… »

« Notre rival et voisin Israël, qui était censé utiliser la religion pour ses besoins et [l’exploiter] pour justifier sa création et le vol de la Palestine, n’a jamais annoncé ou évoqué la construction de la plus grande synagogue au monde. Au lieu de cela, il s’enorgueillit, non de ses synagogues, mais de ses institutions – l’Institut Weizmann et le Technion. Ce sont les deux plus grands instituts de recherche du Moyen-Orient, parmi les plus importants du monde… Monsieur le Président, nous devons construire un Technion arabe aux côtés de la plus grande mosquée et de la plus grande église. »[6]

Lien vers le rapport en anglais

Notes :

[1] Al-Masri Al-Yawm (Egypte), 27 décembre 2016.

[2] Al-Masri Al-Yawm, 24 novembre 2016.

[3] Al-Ahram (Egypte), 21 décembre 2016.

[4] Al-Ahram (Egypte), 27 décembre 2016.

[5] En mars 2015, les autorités égyptiennes ont annoncé qu’une nouvelle capitale administrative serait construite à l’est du Caire. Voir notamment ahram.org.eg, 19 mars 2015.

[6] Al-Watan (Egypte), 7 janvier 2016.

 

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans MEMRI
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