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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

2 février 2017 4 02 /02 /février /2017 17:39

Selon des articles dans les médias arabes : Le président syrien Bachar Al-Assad serait gravement malade

 

Ces derniers jours, des informations et des rumeurs ont circulé dans les médias, selon lesquelles le président syrien Bachar Al-Assad serait gravement malade ou grièvement blessé. Selon les rumeurs – dont la crédibilité n’est pas claire, et qui ont été initialement postées sur des réseaux sociaux – son garde du corps lui aurait tiré dessus, il aurait été victime d’une attaque cérébrale ou souffrirait d’une tumeur au cerveau. D’après certaines informations, Maher Al-Assad, frère du président, remplace Bachar pendant que celui-ci reçoit des soins.

Des articles dans la même veine sont parus dans les médias arabes, y compris dans un quotidien libanais proche d’Assad, ainsi que dans des médias non arabes. Il est intéressant de noter que de nombreuses informations de la presse arabe sur ce sujet ont été retirées des sites web peu après leur publication.

Suite à l’afflux d’informations sur la santé d’Assad dans les médias et les réseaux sociaux arabes, des auteurs ont abordé la question sur des sites web de l’opposition syrienne, et spéculé notamment sur les scénarios possibles au cas où ces informations se révéleraient exactes.

Le régime syrien et ses partisans, de leur côté, ont démenti les rumeurs concernant la maladie d’Assad, les qualifiant de mensonges ridicules et soulignant que le président est en excellente santé.

Le quotidien officiel saoudien Okaz : Assad a une tumeur au cerveau ou a été victime d’une attaque

Le quotidien saoudien Okaz a rapporté le 27 janvier 2017 que, selon des « informations exclusives » qu’il a obtenues, Assad souffre d’une tumeur au cerveau et a tenté sans succès de dissimuler les symptômes visibles de sa maladie. Citant certaines « sources », le quotidien informe que, si Assad s’est récemment entretenu (le 26 janvier) avec Amir Abdollahian, conseiller du président du parlement iranien Ali Larijani, il s’est absenté de rencontres importantes avec d’autres dirigeants. En outre, il a subi des examens réguliers à l’hôpital Al-Shami de Damas, notamment récemment, et son cas a été traité par une équipe de médecins russes. Les sources ajoutaient qu’Assad avait subi des examens médicaux à Moscou lors de sa dernière visite en Russie. Le quotidien mentionnait aussi que, selon des informations non confirmées, Assad aurait été victime d’une attaque cérébrale, ajoutant que les événements au palais présidentiel étaient tenus dans le plus grand secret, car il est sous contrôle du Corps des gardiens de la Révolution islamique d’Iran (CGRI). [1]

Des journaux du Golfe publient, puis retirent, des informations sur la maladie d’Assad

Des informations sur l’état de santé d’Assad sont également parues dans la presse du Golfe, mais ont été retirées des sites web peu de temps après. On ignore si elles ont été retirées en raison de leur caractère incertain ou pour une autre raison. Le 27 janvier, le site d’informations Khalif Online a publié un article intitulé “Assad a-t-il été assassiné ? Un journal prétend que son garde du corps lui avait tiré dessus”, [3] et le lendemain, le quotidien koweïtien Al-Qabas a publié un article intitulé “Assad a-t-il été victime d’une attaque ou un de ses gardes du corps lui a-t-il tiré dessus ?” [4] Ces deux informations ont été par la suite retirées.

 

L’article du site Kahlij Online : “Assad a-t-il été assassiné ? Un journal affirme que son garde du corps lui a tiré dessus”.

Un article d’un quotidien libanais pro-Assad : Assad a subi une attaque, son frère Maher mène la guerre

La presse libanaise a également fait état de la santé d’Assad. Dans un article du 27 janvier, lui aussi retiré après avoir été mis en ligne, le quotidien libanais pro-Assad Al-Diyar affirmait, citant « des sources semi-officielles à Damas », selon lesquelles Assad avait été hospitalisé suite à une attaque ayant touché un de ses yeux et une partie de son corps, et qu’il avait été victime d’un état d’épuisement. L’article expliquait que le président syrien était hors de danger mais qu’il était resté à l’hôpital en observation ; que les médecins lui avaient recommandé le repos, sous peine de subir une nouvelle attaque, et que le président russe Poutine avait envoyé trois spécialistes du cerveau pour superviser son traitement. Selon ces informations, les organes de sécurité syriens avaient donné pour instruction à l’hôpital de ne pas divulguer d’informations sur la santé d’Assad, et il devrait reprendre une activité normale d’ici une ou deux semaines.

Plus tard le même jour, le site web du quotidien a rapporté que le frère d’Assad, Maher, remplissait les fonctions de président à la place de Bachar, et qu’il continuerait d’assumer ce poste jusqu’à ce que Bachar se rétablisse. Maher Al-Assad, selon le quotidien, supervise les mouvements de troupes syriennes et les combats au sol, en coordination avec le chef d’état-major et le ministre de la Défense syrien, ainsi que des experts russes et les commandants des forces iraniennes et du Hezbollah en Syrie. [5]

De manière intéressante, deux jours plus tard, Al-Diyar a publié des informations démentant ces « rumeurs absurdes » concernant la santé d’Assad et évalué qu’il allait faire une apparition télévisée pour dissiper les rumeurs.[6]

Le quotidien libanais Al-Mustaqbal, connu pour son opposition au régime syrien, a cité un dirigeant de l’opposition affirmant que des sources fiables avaient confirmé qu’Assad avait été victime d’une attaque et transporté à l’hôpital Al-Shami sous surveillance rapprochée.[7]

Sur les réseaux sociaux, plusieurs posts sur la maladie d’Assad et son éventuel remplacement par son frère Maher Al-Assad

Comme indiqué, de nombreuses informations ont été publiées sur les réseaux sociaux concernant la santé d’Assad. Ainsi, le célèbre journaliste syrien d’Al-Jazeera Faisal Al-Qassem, opposant véhément au régime d’Assad, a posté sur sa page Facebook, avec un avis bien visible en rouge “Breaking News”, le message suivant : “J’essaie depuis plusieurs jours de vérifier les informations concernant la maladie du tyran Bachar Al-Assad. J’ai obtenu des informations contradictoires à ce sujet. Hier, j’ai reçu des informations qui étaient certaines à 90 % selon lesquelles il avait été victime d’une attaque… Pour l’heure, je peux dire, selon des informations obtenues de mes sources personnelles, que Bachar Al-Assad est alité mais conscient, et qu’il est en danger de mort à 70 %… » [8]

 

Le post de Faisal Al-Qassem sur Facebook, 29 janvier 2017.

Le commentateur politique Amjad Taha, qui demeure au Royaume-Uni, a écrit, dans une série de tweets, qu’une « source à l’intérieur de Damas occupée » avait confirmé qu’Assad était gravement malade et qu’une présence militaire russe se trouvait sur place. Il a aussi tweeté qu’un grand nombre de médecins étaient arrivés d’Iran et d’un pays d’Europe orientale pour soigner Assad, et que la Russie refusait de lui procurer des soins médicaux et ne prenait en charge que sa sécurité.[9]

Le tweet d’Amjad Taha concernant l’arrivée des médecins d’Iran, 20 janvier 2017.

Un autre tweet, provenant du compte “Abou Rakan Al-Dafari », affirmait : “Il y a des informations selon lesquelles Assad serait gravement malade et c’est la raison pour laquelle il y a une alerte de sécurité et la présence de forces russes et de médecins d’Iran”. [10]

L’utilisateur de Twitter @90Drkurdy a tweeté : “Il semble que [les informations selon lesquelles] Bashar Al-Assad aurait subi une attaque cérébrale sont exactes. La police militaire russe a encerclé Damas et des photos de Maher Al-Assad apparaissent à travers tout Lattaquié. »[11]

 

Le tweet de Drkurdy concernant l’attaque cérébrale d’Assad, 29 janvier 2017.

Des personnes privées ont également tweeté des informations sur la désignation du frère d’Assad, Maher, comme président syrien en exercice.[12]

Mohammed Darkoushi, vice-président de l’Union des journalistes syriens, a tweeté : “Une révolution menée par Maher Al-Assad est-elle organisée en Syrie sur les ordres de la Russie [?] Dans quelques jours, le brouillard se dissipera ».[13]

 

Le tweet de Mohammed Darkoushi, 28 janvier 2017.

La présidence syrienne et des officiels libanais proches du régime d’Assad nient les informations sur la maladie d’Assad

Le 27 janvier 2017, le bureau de la présidence syrienne a rejeté les rumeurs concernant la maladie d’Assad. Un communiqué de l’agence de presse gouvernementale syrienne SANA, publié sur le compte Twitter officiel de la présidence syrienne, a affirmé : « La présidence de la République rejette totalement les rumeurs et les informations concernant la santé du président Bachar Al-Assad et souligne qu’elles sont totalement erronées et que le président Assad est en excellente santé et qu’il remplit ses fonctions tout à fait naturellement ».

Le communiqué ajoutait : “Le peuple syrien est immunisé contre de tels mensonges, qui se sont multipliés depuis le début de la guerre en Syrie. Ces mensonges ne sont rien de plus que des illusions et une tentative de relever le moral bas [de l’opposition syrienne et de ses partisans], et ils ne suscitent que moqueries et ridicule… La source de ces rumeurs se trouve parmi les éléments et les journaux dont l’affiliation, le financement et les partis-pris sont connus de tous. Ces mensonges surviennent au même moment où des changements qui ont commencé sur le terrain et au niveau politique, qui sont contraires à tout ce qu’ils [les auteurs des rumeurs] ont espéré pour la Syrie ces dernières années. »[14] Il convient de noter que les agences de presse russes ont également tweeté le démenti de l’agence SANA.

 

 

 

Les tweets du bureau de la présidence syrienne, 27 janvier 2017.

Des démentis ont aussi été publiés par des officiels libanais haut-placés connus comme étant proches du régime Assad. Ainsi, le général (retr.) Jamil Al-Sayyed, proche d’Assad, qui a dans le passé dirigé l’appareil de sécurité générale libanais et avait été arrếté pour des soupçons d’implication dans l’assassinat de l’ancien Premier ministre libanais Rafiq Al-Hariri, a tweeté : « Des rumeurs selon lesquelles le président Assad aurait une tumeur au cerveau ! Ils ont échoué dans la guerre contre lui [et à présent] ils recourent à la cartomancie et aux espoirs d’un événement fatidique. Soyez rassurés ! [Assad] continuera de vous déranger… » [15]

 

Le tweet d’Al-Sayyed, 26 janvier 2017.

Sur sa page Facebook, l’ancien ministre libanais Wiam Wahhab, également connu pour être proche du président Assad, a démenti les informations sur la maladie d’Assad, écrivant le 29 janvier : « A tous ceux qui vivent dans l’anticipation, le président Assad est en bonne santé. Il supervise les batailles et contrôle la restauration de l’approvisionnement en eau [potable] pour les résidents de Damas ».[16]

 

Le post de Wahhab sur Facebook, 29 janvier 2017.

Après des informations concernant sa santé, des articles sur des sites d’opposition débattent de la période post-Assad

Le flux d’informations concernant la santé d’Assad dans les médias et les réseaux sociaux arabes a conduit les journalistes des sites d’opposition syrienne à aborder la question, et à spéculer sur des scénarios possibles si les informations s’avéraient exactes.

Ainsi, le journaliste Ayman Mohammed, dans un article intitulé « La mort d’Assad suffit-elle pour [déclarer que] le régime est tombé ? », publié sur le site d’opposition Baladi-news.com, a affirmé que même si les rumeurs selon lesquelles Assad serait mort ou paralysé étaient vraies, et même si le régime et ses alliés le reconnaissent, « cela ne suffira pas [pour déclarer que] le régime est tombé ». Il a ajouté que les Alaouites ont une ferme prise sur le régime, et qu’un successeur à Assad serait rapidement trouvé, afin d’assurer la continuité du régime. Ayman Mohammed a ajouté que la mort d’Assad ne signifierait pas grand-chose pour les rebelles syriens, et qu’elle ne garantirait certainement pas la victoire de la révolution, en raison de la situation désastreuse des rebelles sur le terrain. Il a observé que, même si Assad est neutralisé, la Russie ne pourra modifier le visage du régime que de manière superficielle : elle écartera plusieurs figures et les remplacera par d’autres issues de l’opposition, avec lesquelles elle pourra collaborer aisément, et créera ainsi une situation dans laquelle ceux qui seront élus lors d’élections « démocratiques » qui auront lieu en Syrie seront des gens que les Russes veulent voir élus, et qui permettront aux Russes de les contrôler. Il a conclu : « Même s’il y a un changement de l’image extérieure du régime après la mort de Bachar Al-Assad, son noyau dur, qui repose sur les organes de sécurité syriens, restera en place » et servira d’instrument à la Russie pour dominer la Syrie. [17]

Dans la même veine, le journaliste Fouad Abd Al-Aziz, dans un article intitulé « Que se produira-t-il si Bachar meurt ? » publié sur le site d’opposition Zamanalwsl.net, a analysé ce qui attend la Syrie si les informations concernant la mort d’Assad se révèlent exactes. Il a présenté deux scénarios qu’il estime probables dans une telle situation : soit l’Iran et la Russie s’emparent de la région, soit la Syrie sera divisée en cantons sous influence internationale, chacun étant contrôlé par un pays différent – les Etats-Unis, la Russie, la Turquie ou l’Iran. Il a conclu par un appel à l’opposition pour qu’elle demande l’aide de l’Europe occidentale.[18]

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