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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

13 février 2017 1 13 /02 /février /2017 06:42

Un ancien émir de l’EI : la corruption, les défaites militaires et la disparition de Baghdadi ont démoralisé les membres de l’Etat islamique ; l’EI a obtenu du sarin et oeuvré à l’élaboration d’armes chimiques à l’Université de Mossoul

Dans une interview diffusée en plusieurs fois sur la chaîne télévisée Alaan, Abou Al-Qassem Al-Suri, émir de l’Etat islamique (EI) chargé des dépôts d’armes en Syrie et en Irak, qui a déserté l’organisation, a évoqué le silence prolongé d’Al-Baghdadi, l’incertitude et la démoralisation en résultant parmi les membres, commandants et émirs de l’EI. Tous au sein de l’EI savent que l’organisation est « sur la voie de la défaite », a-t-il affirmé. « Il n’y a pas de victoires, pas de conquêtes, rien que des défaites. »

Concernant les armes chimiques, Al-Suri a déclaré que l’EI avait obtenu « de grandes quantités » de sarin, de chlore et de gaz moutarde de Tel Afar et procédait à des expériences dans les laboratoires de l’Université de Mossoul pour développer des armes chimiques. Il a affirmé que la baisse des revenus pétroliers avait conduit l’EI à augmenter la zakat [impôt islamique]. En outre, les camions d’approvisionnement avaient été taxés et les commerçants aisés forcés à financer les frais des batailles.

Il a par ailleurs affirmé que l’immolation du pilote jordanien Muath Al-Kasasbeh avait été une « erreur » que l’EI regrettait, un « tournant majeur » qui « a changé la façon dont beaucoup perçoivent le califat ».

« L’Etat [islamique] n’est rien d’autre qu’une milice raciste », a déclaré Al-Suri. L’interview s’est échelonnée entre le 23 janvier et le 5 février 2017. Extraits :

Abou Al-Qassem Al-Suri : Il y a 22 émirs encore en vie qui pourraient remplacer Al-Baghdadi, mais aujourd’hui, personne ne sait où Al-Baghdadi se trouve et qui lui est proche, ou qui pourrait effectivement le remplacer. On suppose actuellement qu’Abou Al-Yaaqub héritera du poste d’Al-Baghdadi à la tête de l’organisation. Mais aujourd’hui, la situation est différente de ce que croient les gens. L’organisation en est venue à ressembler au régime baathiste. Aujourd’hui, les membres de l’EI ne se soucient plus de savoir qui est le calife, car le calife est devenu tel un fruit de l’imagination, qui a fait une apparition puis s’est évanoui. Aujourd’hui, il n’y a aucune preuve qu’il est encore en vie. […]

La disparition d’Al-Baghdadi est source de profonde détresse pour les membres, les commandants et les émirs de l’EI. Elle cause beaucoup de détresse, de confusion et de problèmes. Par exemple, deux membres me demandaient sans arrêt : « Pourquoi Al-Baghdadi ne se montre pas ? Où est-il, avec tout ce qui se passe, avec le déclin, les défaites et les pertes qu’essuie l’organisation ? » Certains émirs disent aussi qu’il devrait faire une apparition, afin d’unir les rangs et de remonter le moral. Nous, les émirs, nous demandons aussi pourquoi Al-Baghdadi ne fait jamais d’apparition, ne donne jamais de discours, ne rend jamais visite aux membres de l’organisation. Cela amène à s’interroger : serait-il mort, serait-il blessé, ou peut-être a-t-il honte car il a promis la libération, et que tout indique la défaite : Baiji est tombée, et Mossoul est sur le point de tomber. Il est quelque peu honteux d’avoir promis une chose et de constater que tout évolue exactement en sens inverse. Il est inconcevable qu’il puisse accepter la situation actuelle et tous ces détournements de fonds… D’un autre côté, peut-être qu’il accepte cette situation, et c’est pourquoi il se tait et ne fait pas de discours. Il y a des escroqueries et beaucoup de corruption, et le calife doit certainement en être conscient. Son silence à ce stade ne fait qu’aggraver les choses, et laisse présager la chute de l’Etat islamique. […]

J’ai essayé plusieurs fois de faire l’inventaire des armes chimiques, mais toutes mes requêtes [d’informations] ont été rejetées. A ma connaissance, [l’EI] a obtenu des matériaux bruts de Tal Afar, comme du sarin, du chlore et du gaz moutarde. Ces substances existent en quantités considérables, et peuvent causer d’importants dommages. Plus grave encore, ils ont prélevé des échantillons de ces substances, et ont procédé à des expériences à l’Université de Mossoul, afin de développer [des armes chimiques], sous la supervision d’universitaires et de scientifiques dans ce domaine. Certains de ces scientifiques venaient de l’Université de Mossoul, et ils ont continué à travailler dans ces laboratoires, entièrement équipés pour des expériences en chimie et en physique. Il y a aussi des universitaires étrangers détenant des diplômes étrangers, et il y a deux personnes qui ont fui le régime [syrien] et qui travaillaient pour les Etudes scientifiques [et le centre de recherche] du régime. Ils recevaient des salaires élevés de l’EI pour poursuivre leurs expériences, et pour développer quelque chose de nouveau, en introduisant des produits chimiques dans les armes légères et lourdes, comme des canons de tanks ou même des armes personnelles – tout cela dans l’intention de tuer. […]

A un moment, l’organisation se trouvait [en position] offensive. Puis vint un temps où elle s’est retrouvée sur la défensive, et maintenant nous sommes dans une période de retrait. Il n’y a pas de victoires, pas de conquêtes. Rien que des défaites, des défaites et encore des défaites. […]

Aujourd’hui, tout le monde au sein de l’EI – ses membres, ses commandants et émirs – sait que l’époque où l’Etat islamique était là pour rester et pour s’étendre est révolue. Aujourd’hui, ce ne sont que des pertes, des pertes et encore des pertes. Ils savent que l’organisation est sur la voie de la perdition. Ils ont compris que tout ce qui a un début doit avoir une fin. Les membres de l’organisation ont perdu leur patience et leur force de volonté. Les membres s’étaient unis dans la conviction qu’il y aurait des victoires et des conquêtes, et qu’il y aurait un Etat islamique, ou peu importe… Tout ce narratif est dépassé maintenant. L’Etat [islamique] n’est rien d’autre qu’une milice raciste, qui prétend parler au nom de l’islam, mais n’a rien à voir avec l’islam. Il n’a d’islamique que le nom. […]

Les frappes aériennes de la coalition ont commencé à viser les puits de pétrole et les convois qui transportent du pétrole. Les recettes du pétrole ont baissé. Au début, lazakat et les taxes sur les camions transportant des denrées alimenataires étaient des sources secondaires de revenus, mais à présent, ils ont dû augmenter la zakat. Ils ont confisqué la propriété des gens qui veulent partir. La dernière année environ, en raison de difficultés financières et pour couvrir les dépenses des batailles, ils ont commencé à forcer les riches commerçants à couvrir tous les coûts d’un mois de batailles, par exemple, y compris la nourriture, les vêtements et le transport. […]

Le cas [du pilote jordanien] Al-Kasasbeh occupait les esprits de tout le monde. Jusqu’à ce jour, l’EI regrette cette erreur. C’était un tournant majeur. Il a changé la façon dont beaucoup perçoivent le califat, et le type de batailles menées contre lui. En outre, d’un point de vue humanitaire, personne ne peut accepter une telle chose.

 

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans MEMRI
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