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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

7 mars 2017 2 07 /03 /mars /2017 02:57

Le quotidien russe Kommersant : L’Iran est un partenaire capricieux et imprévisible

Dans un article récent, l’éditorialiste du quotidien russe Kommersant Maxim Yusin analyse les relations Russie-Iran. Selon Yusin, l’Iran a “toujours agi” comme un “allié de circonstance” mais cette “alliance de circonstance” en Syrie n’est pas “aussi solide qu’il n’y paraît”. Il a ajouté que Moscou considérait l’Iran comme un partenaire “capricieux” et “imprévisible”, et que cela pourrait ouvrir une fenêtre à la diplomatie du président Donald Trump. Extraits :[1]

 

Maxim Yusin (Source : Kommersant.ru)

« Washington n’offre [à la Russie] aucun marché géopolitique susceptible de compenser un refroidissement des relations avec Téhéran”

« Moscou fait face à un choix délicat, résultant de l’escalade des tensions entre Washington et Téhéran. D’une part, dans de nombreux conflits régionaux au Moyen-Orient – et tout d’abord en Syrie – Téhéran a toujours agi comme un allié de circonstances avec Moscou. D’autre part, les relations entre Moscou et l’administration de Donald Trump commencent seulement à prendre forme, et si la Russie ne répond pas aux attentes du nouveau président lors de la première crise sérieuse et qu’elle donne l’impression d’être un adversaire plutôt qu’un partenaire, cela va détruire tous les espoirs de normalisation entre les deux superpuissances. Pour des raisons évidentes, la Russie ne veut pas mettre en péril ses relations avec l’Iran – en particulier dès lors que Washington n’offre aucun ‘marché géopolitique’ pouvant compenser un éventuel refroidissement de ses relations avec Téhéran, comme la reconnaissance de l’intérêt spécial du Kremlin pour les territoires post-soviétiques, des concessions en Ukraine ou l’allègement des sanctions.

Il y a une autre raison qui fait que Moscou aurait du mal à s’aligner sur la position de Washington dans le litige relatif au dossier nucléaire iranien. Le fait est que dans les négociations avec Téhéran menées depuis de nombreuses années par les six médiateurs – les cinq membres permanents du Conseil de Sécurité des Nations unies et l’Allemagne, la Russie a toujours été un acteur essentiel. Entre 2005 et 2013, alors que le président iranien Mahmoud Ahmadinejad avait adopté des positions radicales, c’est Moscou qui avait sauvé les négociations. La Russie a essentiellement joué le rôle d’intermédiaire entre Téhéran et les puissances occidentales. Et les officiels de l’administration Obama qui avaient critiqué avec virulence Moscou sur de nombreuses autres questions ont souligné à de nombreuses reprises son rôle constructif dans les négociations sur le dossier nucléaire iranien.

Le fait que Donald Trump ait changé le cap de la politique américaine vis-à-vis de Téhéran ne peut être considéré par Moscou comme un argument convaincant pour réviser radicalement sa propre position. Et pour les partenaires de la Russie dans la région, un virage à 90 degrés comme celui-ci pourrait aussi constituer une surprise déplaisante – car pendant la crise syrienne ils se sont habitués à ce que la Russie défende fermement ses principes et ne fasse aucune concession, même lorsqu’elle fait l’objet de fortes pressions”.

« L’alliance de circonstances entre [la Russie et l’Iran] en Syrie n’est pas aussi solide qu’il n’y paraît”

« Toutefois, l’Iran aussi peut difficilement compter sur le soutien inconditionnel de Moscou, en particulier s’il devait prendre des mesures drastiques susceptibles d’ébranler la sécurité régionale. L’alliance de circonstance créée entre les deux pays en Syrie n’est pas aussi ferme qu’il n’y paraît. Comme une source informée à Moscou me l’a récemment confié, ‘les griefs mutuels ne font que s’accumuler, même s’ils sont rarement formulés à voix haute’. Téhéran, vers qui les jusqu’au-boutistes de Damas regardent, est favorable à la guerre sans merci – pour que l’armée syrienne reprenne la totalité du territoire occupé par les forces d’opposition. Pour les ayatollahs iraniens, qui regardent le conflit syrien à travers le prisme de la confrontation chiite-sunnite remontant à un millénaire et demi, les enjeux sont plus importants. Téhéran s’oppose à toute concession en faveur de l’opposition, qui réunit les groupes sunnites, et reste sceptique quant à l’implication de la Turquie – son adversaire traditionnel – dans le processus de paix.

Dans le même temps, les objectifs de Moscou sont beaucoup moins maximalistes et plus spécifiques : conclure la paix à des conditions acceptables pour Damas, en tenant compte des intérêts de l’opposition modérée, maintenir Bashar Assad au pouvoir, et garantir une présence militaire russe continue dans le pays. A la différence de Téhéran et de Damas, Moscou évite soigneusement d’évoquer une victoire inconditionnelle des adversaires du régime et la reconquête de la totalité du territoire des mains des forces d’opposition.

Les divergences entre la Russie et l’Iran concernant leurs approches du conflit syrien sont formulées en public de manière occasionnelle. La dernière occasion s’est produite en août dernier, lorsque Hossein Dehghan, ministre iranien de la Défense, a parlé de Moscou avec une virulence sans précédent. Il l’a accusé de “gesticulations”, de “comportement discourtois” et de “vouloir faire ses preuves en tant que superpuissance” et, en conséquence, a interdit aux avions russes prenant part aux opérations militaires en Syrie d’utiliser l’aéroport iranien de Hamadan. Le scandale a finalement été étouffé, mais a laissé un goût amer – et le sentiment pour Moscou que l’Iran est un partenaire vraiment capricieux et imprévisible. Voilà qui ouvre la fenêtre à certaines opportunité pour la diplomatie de Donald Trump.”

[1] Kommersant.ru, 14 février 2017.

 

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans MEMRI
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