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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

23 mars 2017 4 23 /03 /mars /2017 02:09

Les Frères musulmans créent un lobby aux Etats-Unis pour empêcher le gouvernement de les classer organisation terroriste

 

Après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis, la question de désigner les Frères musulmans (FM) comme organisation terroriste a refait surface. Pendant et après sa campagne électorale, le conseiller pour le Moyen-Orient de Donald Trump, Walid Phares, a affirmé à plusieurs reprises que le nouveau président agirait en vue d’adopter une loi en ce sens. Ainsi, suite à la rencontre entre Donald Trump et le président égyptien Abd Al-Fatah Al-Sissi en septembre 2017, en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Phares a confié au quotidien égyptien Al-Watan que Trump avait promis à Al-Sissi de promouvoir un projet de loi visant à désigner les FM comme organisation terroriste.[1] Après l’élection, Phares a de nouveau soulevé le sujet dans la presse.[2]

Il convient de mentionner qu’en novembre 2015, le sénateur Ted Cruz (Républicain, Texas) et le membre du Congrès Mario Diaz-Balart (Républicain, Floride) avaient annoncé qu’ils avaient présenté un projet de loi désignant les FM comme une organisation terroriste.[3] En janvier 2017, Cruz avait twitté : « Fier d’introduire la loi sur la désignation comme organisation terroriste des Frères musulmans @MarioDB [Mario Diaz-Balart]. Il est temps d’appeler l’ennemi par son nom. » [4]

Le tweet de Ted Cruz.

Réagissant à ce projet de loi, et aux déclarations d’officiels de l’administration Trump sur leur intention de le promouvoir, les FM se sont mis en train pour le contrer et empêcher son adoption. Ils ont lancé une campagne médiatique internationale, recourant à des cabinets américains de lobbying et d’avocats, s’efforçant de sensibiliser les médias aux Etats-Unis et diffusant des contenus destinés à améliorer leur image en Occident, et notamment aux Etats-Unis, l’objectif étant de faire passer le message qu’ils ne sont pas une organisation terroriste, mais un mouvement idéologique aux méthodes pacifiques.

De son côté, le régime égyptien s’est efforcé de persuader la nouvelle administration américaine que les FM sont bien une organisation terroriste, qui chapeaute d’autres mouvements terroristes. En outre, selon des sources, les services de renseignements égyptiens auraient également fait appel à un cabinet de lobbying américain pour améliorer l’image du régime égyptien aux Etats-Unis. [5]Des représentants parlementaires égyptiens ont rencontré en janvier 2017 des membres du Congrès américain pour les convaincre de la nécessité de désigner les FM comme organisation terroriste. Une autre visite d’une délégation parlementaire égyptienne a été prévue en janvier, mais elle a été apparemment reportée à avril. En outre, le quotidien égyptien Al-Yawm Al-Sabi, proche du régime, a fustigé ces dernières semaines les médias occidentaux, et notamment le New York Times, pour avoir offert une tribune à la défense des idées des FM.

Les FM tentent de créer un lobby aux Etats-Unis

En fait, dès novembre 2016, immédiatement après la victoire de Donald Trump aux élections présidentielles américaines, les FM se sont préparés à contrer les décisions américaines visant à les classer organisation terroriste. L’Institut égyptien d’études politiques et stratégiques, qui appartient aux FM et opère en Turquie sous la direction d’Amr Darrag, ancien ministre de la Planification et de la Coopération internationale sous le gouvernement de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi, a publié un document signé par Badr Shafi’i le 29 novembre, comportant des recommandations au mouvement sur la manière de réagir aux intentions américaines. Ces recommandations incluent : la désignation d’éléments au sein du mouvement, chargés de superviser ces mesures et de contacter des experts en relations internationales ; des contacts avec des politiciens, des cheikhs et des pays susceptibles de soutenir les FM pour améliorer leur image au Congrès ; la création d’une équipe juridique-médiatique et le développement de relations avec des membres du Congrès ; l’engagement d’un cabinet d’avocats et d’équipes de relations publiques aux Etats-Unis ; et la création un lobby islamique important aux Etats-Unis, tout en renforçant les liens avec les mouvements opposés à la politique de Trump.[6]

En janvier et mars 2017, l’Institut a publié deux autres documents de Shafi’i qui abordaient également la question, dans lesquels il réitérait ses recommandations.[7]

En outre, au cours des derniers mois, la presse arabe en général et la presse égyptienne en particulier ont fait état des initiatives des FM pour empêcher l’administration Trump de les classer comme organisation terroriste. Ainsi, des sources des FM en dehors de l’Egypte ont affirmé au quotidien Al-Shurouq que l’organisation internationale des FM menait une activité tous azimuts à cette fin. Selon ces sources, le mouvement serait aidé par les gouvernements turc, tunisien et marocain et de pays dans lesquels les FM ont des groupes parlementaires importants, comme le Koweït, la Jordanie et l’Algérie. Ces sources ont également révélé que les mesures prises par le mouvement, non seulement en Egypte mais dans 82 pays, ainsi que ses contacts avec des membres du Congrès et d’importants auteurs américains et des organisations de la société civile, visaient à empêcher cette décision.[8] Entre autres preuves, les commentaires du représentant officiel des FM basé à Londres, Mohamed Soudan, qui a déclaré en janvier dernier que des éléments du mouvement étaient en contact avec des hommes politiques, des officiels du Département d’Etat, des membres du Congrès et des universitaires américains, afin d’exposer le passé non-violent du mouvement depuis sa création en 1928.[9]

Dans d’autres déclarations aux médias, Soudan a affirmé que la plupart des contacts des FM aux Etats-Unis étaient effectués via une société de relations publiques, ajoutant : « Nous défendrons notre histoire et l’avenir du mouvement par tous les moyens légitimes et légaux. » Selon lui, les FM ne resteront pas passifs, mais agiront sur tous les fronts et s’entretiendront avec tous les acteurs américains afin d’empêcher une telle décision.[10]

Le 5 février, le site saoudien Elaph a rapporté que les FM avaient signé un contrat avec un cabinet de lobbying américain, lui versant 4,8 millions de dollars pour les aider à établir des liens avec des officiels de l’administration Trump afin d’améliorer leur image dans les médias américains. Selon cette information, le contrat inclurait l’organisation de réunions avec des officiels de l’administration Trump, la soumission de documents sur les mauvais traitements infligés par le gouvernement égyptien au mouvement et à ses membres, la publication d’articles dans les médias américains, et la fourniture de tribunes aux officiels du mouvement dans les médias écrits et la TV aux Etats-Unis. Elaph a ajouté que des éléments proches de l’administration Obama avaient aidé le mouvement à signer le contrat avec cette société, dont les représentants incluent des personnalités proches de la campagne électorale d’Obama et d’Hillary Clinton. Selon Elaph, cette société emploie des dizaines d’anciens membres de la Maison Blanche et du Département d’Etat qui ont des liens étroits avec des membres du Congrès et des centres de recherche politique et stratégique aux Etats-Unis.[11] En outre, l’ancien représentant des FM Tareq Abu Al-Sa’ad a déclaré que dans le cadre de ses efforts visant à améliorer son image aux Etats-Unis, le mouvement pouvait compter sur certaines familles américaines membres des FM ayant des relations étroites avec l’administration américaine. Il a mentionné une famille, qui a selon lui des liens avec des officiels et des instituts de recherche aux Etats-Unis, ainsi que d’autres officiels des FM qui devraient contacter des organisations de défense des droits de l’homme pour aider à améliorer leur image à Washington.[12]

Un exemple des efforts menés par les FM sur ce front est un article du New York Times, écrit par Gehad Al-Haddad, ancien porte-parole égyptien des FM, qui a été arrêté en 2013 et est actuellement incarcéré dans la prison de Tora en Egypte. Gehad est le fils d’Essam Al-Haddad, assistant de l’ancien président égyptien Mohamed Morsi.[13] Dans un article du 22 février, intitulé « Je suis membre des Frères musulmans, pas un terroriste », Al-Haddad a rejeté les arguments selon lesquels les FM seraient une organisation terroriste, affirmant que leur idéologie découle de l’interprétation islamique fondée sur la justice sociale, l’égalité et le respect du droit. Il a souligné que malgré l’hostilité du régime égyptien, le mouvement avait toujours lutté pour les éléments les plus faibles au sein de la société, et qu’il croyait en la démocratie et au pluralisme, ajoutant que pendant l’ère Moubarak, il avait même coopéré avec des mouvements démocratiques pour l’empêcher de léguer la présidence à son fils Gamal. Il a ajouté que les FM s’opposaient à la violence et avaient toujours agi de manière pacifique, et que les éléments violents qui seraient issus des FM avaient en réalité quitté le mouvement, qui ne pouvait accepter ces méthodes violentes.[14] Des éléments proches du mouvement ont affirmé qu’il avait choisi Gehad Al-Haddad pour rédiger cet article car il entretient des liens étroits avec des officiels américains sous la présidence de Morsi.[15]

L’article d’Al-Haddad dans le New York Times (New York Times, 22 février 2017)

Selon un autre article du New York Times publié le 20 février par Declan Walsh, une classification terroriste des FM, qui comptent des millions de partisans, pourrait avoir des conséquences négatives, en particulier dans les pays où les partis liés aux FM sont au pouvoir ou ont une position importante au parlement, avec des implications graves pour la politique intérieure, la diplomatie américaine et le combat global contre l’extrémisme islamiste. La marginalisation du mouvement pourrait décourager certaines de ses branches modérées qui ont récolté des louanges pour leur engagement démocratique, tout en renforçant les groupes djihadistes. En outre, cette classification confirmerait le soutien de Trump au président égyptien Al-Sissi, qui a fait l’objet de vives critiques internationales pour le médiocre bilan de l’Egypte en matière de droits de l’Homme au cours des dernières années à sa persécution impitoyable des FM.

Il convient de mentionner que le 23 février, le quotidien Al-Masri Al-Yawm a cité Mohamed Soudan affirmant que les FM avaient réussi à convaincre le Congrès de ne pas les classer organisation terroriste. L’article a citait Soudant affirmant que les FM avait réussi à établir des contacts avec des représentants de l’administration et du Congrès, et avaient fourni des documents établissant que qu’ils ne sont pas et ne seraient jamais impliqués dans des attentats, et qu’ils condamnaient régulièrement les attentats perpétrés dans la plupart des pays. [16] Toutefois, le lendemain, Soudan a démenti ces déclarations qu’Al-Masri Al-Yawm lui a attribuées, et a posté un article du quotidien égyptien Al-Misriyyoun sur sa page Facebook, avec ce commentaire : « J’ignore tout de cette déclaration et de ces commentaires, et je ne sais pas où (Al-Masri Al-Yawm) est allé chercher cette invention. » [17]

Lire l’article dans son intégralité en anglais

* C. Meital est chargée de recherche à MEMRI ; H. Varulkar est directrice de la recherche à MEMRI.

 

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