Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

8 mars 2017 3 08 /03 /mars /2017 00:57

Sarah Cattan : la relaxe de Georges Bensoussan

Posté le 7 mars 2017 par admin 2 commentaires

Georges Bensoussan vient d’être relaxé. Il n’aura fait, en somme, que la chronique d’une catastrophe annoncée. Il aurait presque convenu de lui en être reconnaissant. Mais non : il s’est pris un procès. Un procès qui aura déshonoré ceux qui le lui ont fait. Un procès qui aurait pu déshonorer la France qui permit que ce procès eût lieu : heureusement, des esprits libres ont tranché, Georges Bensoussan est relaxé.

Nous nous rencontrons la veille du délibéré. Et comment en effet ne pas en parler, du délibéré, de ce jugement qui lui sera rendu le lendemain. Mardi. 13 heures. A-t-il eu des sollicitations d’interviews récemment ? L’arche. Le bel article de Barbara Lefèvre pour Causeur. Celui de Martine Ghozlan pour Marianne. Actualité juive. Tribune juive. Ah : il s’exprimera sur Radio J mercredi matin, au lendemain du délibéré, et après, il y aura Le Figaro.

Tribune juive : Et c’est tout, Georges Bensoussan ?

Mediapart, rien. Mediapart qui au départ a abrité la pétition qui initia le procès, Mediapart qui, il y a deux jours, publia un texte en ligne, vous savez, ce type de texte abrité lâchement sur un blog qu’on héberge et auquel on donne la parole, méthode perverse propre à Mediapart, c’est comme Mehdi Meklat et son double, le poète maudit. Donc ce texte mis en ligne, une horreur absolue, un texte que j’ai envoyé à 40 personnes dont Richard Prasquier, et qui pose la question : comment le Directeur éditorial du Mémorial, lui une machine à étouffer la souffrance des arabes et des palestiniens, peut-il travailler au Mémorial. Ce n’est pas moi seulement qui suis mis en cause, c’est le Directeur lui-même du Mémorial : on me reproche de diaboliser l’histoire du monde musulman. L’auteur remet en cause la validité de la Mémoire de la Shoah. Il écrit : Lui donnerait-on une telle ampleur s’il n’y avait pas le conflit israélo-palestinien ?

Tribune juive : Il y a un goût de perversité dans ce papier. L’auteur du blog, il a 26 followers. 32 contacts ! Quand ilo vous compare au directeur de Radio-Courtoisie, il n’est pas crédible ?

Dans le texte en question, un fond d’antisémitisme avéré pose en filigrane la question suivante, et ce n’est plus une question, c’est une affirmation : il n’y a plus d’avenir pour les Juifs dans ce pays. Les Juifs en France sont des empêcheurs de vivre ensemble, des empêcheurs de tourner en rond et des empêcheurs de cohabiter avec la population arabo-musulmane. Ceux qui liront ce texte verront les comparaisons infâmes de moi avec Drumont. Ce que je dis d’une partie de la population maghrébine ce serait ce que Drumont disait des Juifs, en oubliant au passage qu’il y avait 80 000 juifs lors de l’affaire Dreyfus et qu’il y a des millions et des millions de personnes d’origine arabo-musulmane, dont une partie nourrissent des sentiments pas forcément très tendres vis-à-vis des Juifs. Ces gens qui se disent intellectuels devraient savoir qu’une comparaison se fait à partir d’éléments comparables, c’est le b.a. ba de la vie intellectuelle. Eux, ce sont des amalgames qu’ils font, et quand ils n’arrivent pas à me confondre intellectuellement, ils me prêtent des pensées ou propos calomnieux pour mieux m’accuser ; ils fabriquent une sorcière qui porte mon nom pour l’amener au bûcher comme je l’ai dit à la Présidente à la fin de ma déposition et là, par exemple, ils parlent carrément d’un génome structurel, or génome ça relève de la génétique.

 

Tribune juive : Georges Bensoussan, ils vous l’ont reprochée, cette essentialisation ? Et vous avez réusssi à convaincre que vous n’aviez pas essentialisé ?

Après un mois et demi, après toutes ces insultes et après 16 mois que dure cette affaire, je me suis posé – et je ne suis pas le seul – la question : pourquoi tant de violence ? Sans qu’on se soit concerté, d’autres avec moi nous en sommes arrivés à ce qu’aura montré cette ultra gauche totalitaire – je n’ai pas dit la gauche – cette ultra gauche qui a avalisé il y a 40 ans les khmers rouges, bien avant, la révolution culturelle chinoise, le goulag, les grandes passions des années 60-80, cette ultra gauche qu’est-ce qu’elle me reproche ? Eh bien elle me reproche mon livre Les Juifs en pays arabes: Le grand déracinement 1850-1975. Voilà. C’est au cœur de la polémique. Ce livre, ils n’ont pas pu le réfuter quand il est sorti en 2012, ils n’ont pas pu le réfuter car c’est un livre d’archives, ils n’ont pas pu réfuter des documents d’archive. Mais maintenant ils emploient des arguments spécieux pour le réfuter en disant : ce sont des archives qui ne viennent que d’une seule source, ou de source juive, ou de source coloniale. Ils me reprochent de ne pas m’être posé la question de savoir l’origine des sources elles-mêmes. Comme si je découvrais mon métier d’historien. Sauf que les sources arabes on les connaît, que je les utilise mais qu’ils ne veulent pas les voir. Donc ils n’ont pas pu attaquer sur le plan historique ce livre-là, alors maintenant ils tirent à boulets rouges sur le Mémorial de la Shoah. Ils se disent : on va pouvoir maintenant se le faire, parce qu’il a dérapé, sur France culture. Et là, ce qu’ils me reprochent, ce ne sont pas Les Territoires perdus de la République, ce n’est pas l’histoire de la Shoah car ils s’en foutent éperdument, non, ce sont Les Juifs dans les mondes arabes, parce que ça casse leur baraque qui consiste à dire : l’antisémitisme dans les banlieues oui il existe mais il est lié à la Palestine, et moi je démontre dans mon livre qu’il n’est pas lié à la Palestine. Leur deuxième cheval de bataille c’est l’antisémitisme ; ils veulent en faire l’héritage de la colonisation française, non il est bien antérieur cet antisémitisme-là, la colonisation française l’a exacerbé, a fait se creuser les fossés entre les communautés, ça c’est vrai, particulièrement en Algérie, mais à l’origine, certainement pas ! Il y a donc un tissu de contre-vérités que ces gens-là balancent au mépris de toute déontologie, qui est frappant, mais quand on les met bout à bout, ces contre-vérités convergent sur un point : avec Juifs en pays arabes, j’empêche leur machine idéologique de fonctionner, totalement, c’est un verrou total.

Tribune juive : La métaphore qui vous fut reprochée était donc bien un prétexte ?

Sur le sionisme, il y eut Un nom impérissable. Israël, le sionisme et la destruction des juifs d’Europe, paru en 2008, qui fait une analyse historique du sionisme : ils n’ont rien pu dire. Sur Juifs en pays arabes, ils essaient de trouver des arguments spécieux. Or c’est imparable, je n’invente rien, je ne cherche pas à voir la réalité en noir, je dis toujours au contraire qu’il faut se méfier de la vision lacrymale de l’histoire, je dis juste : voilà, 99 % des juifs du monde arabe ont quitté ce monde dès qu’ils l’ont pu ! Pourquoi, s’ils y étaient si heureux ? Comment ne peuvent-ils pas voir une vérité aussi évidente, aussi aveuglante ? Parce qu’on est dans l’idéologie totale. Ils en ont donc fait un prétexte pour tenter d’essentialiser mes propos, c’est-à-dire de les diaboliser, alors que ces propos sont uniquement de nature culturelle. Ils le savent parfaitement et c’est pour ça que ça a donné au tribunal des contorsions intellectuelles à n’en plus finir, quand Mohamed Sifaoui, revenant sur la fameuse métaphore de l’antisémitisme tété au sein, a évoqué, lui, un biberon empli d’un lait fabriqué en Israël, et quand Nacira Guénif voulut, elle, établir la nuance entre déhistoriciser et essentialiser. Mohamed Sifaoui, je ne le connaissais pas personnellement, mais je reviens toujours à Juifs en pays arabes, décidément on en revient toujours à ce livre, on m’a dit que Sifaoui se répandait en propos violents contre moi, disant que j’étais un raciste de terrain. Moi j’avais entendu comme tout le monde parler d’un militant courageux, anti islamiste, un éditeur en commun, Le Cherche Midi, le tenait en grande estime, jusqu’au moment où le masque est tombé : j’ai vu un personnage haineux à partir de 2012, et a fortiori le jour du procès.

 

Tribune juive : Mohamed Sifaoui, cité par la LICRA …

J’ai, comme tout le monde, été étonné par le positionnement intenable de la LICRA, ils en ont, depuis, essuyé des démissions par dizaines, des membres importants de la LICRA, ils ont éjecté Mano Siri, Présidente de la Commission Culture, parce qu’elle a eu le courage de prendre ma défense, d’autres dirigeants de sections locales ont démissionné, ils l’ont payé cher. Mais ça pose la question de savoir qui à la LICRA a pris la décision. C’est un petit comité qui n’en a pas référé à la Fédération, ça s’est fait de façon autoritaire, antidémocratique, je ne savais pas comment ça fonctionnait, c’était donc de façon antidémocratique. Alors après ça pose deux questions. La première c’est la présence de Mohamed Sifaoui, là depuis un an. Apparemment c’est lui qui a mené l’assaut. On peut s’interroger sur le pourquoi d’une telle autonomie, d’une telle marge de manœuvre, après un an de présence… Et puis une deuxième personne, Sabrina Goldman, l’avocate. Le rôle de Jakubowicz ? En tout cas il a donné son accord. Non, il ne pouvait rétorquer à ma réponse à sa lettre ouverte.

La deuxième question: quel est le petit noyau à la LICRA qui a été aussi violent contre moi. Qui a manifesté de l’antisémitisme ? Et là, je me pose la question de savoir quelle est la capacité du non-dit ashkénaze à comprendre ce qu’a été la condition juive en terre arabe. Après, par le fait qu’un Jakubowicz, une Sabrina Goldman viennent de mouvances de gauche, cette gauche peu sioniste, c’est le moins qu’on puisse dire, cette gauche peu sensible à l’internationale juive, une chose est sûre c’est qu’ils font partie du monde ashkénaze qui ne comprend rien au monde sépharade et qui entretient parfois des préjugés à la limite de la diffamation : ces sépharades sont des abrutis primitifs, des racistes…

Tribune juive : La présence de Sibony ?

Sibony ? Je ne veux justement pas en faire une catégorie, je ne veux pas tomber dans un travers de simplisme, mais quand même on est frappé : on retrouve cette mouvance, et en particulier cette mouvance d’anciens juifs communistes, toujours dans le camp de l’antisionisme, et parfois dans le camp du combat anti-Israël ou anti-juif !

Tribune juive : N’est-ce pas alors le procès de tout votre travail sur le sionisme, donc le procès d’Israël ?

Ça a été avancé par quelques-uns, moi je persiste à croire que c’est mon travail sur les Juifs en pays arabes. On s’en prend à mon travail d’historien. La Shoah, les Juifs morts, ça ça ne leur pose aucun problème, par contre, les origines d’Israël d’une part, la question du judaïsme du monde arabe et sa disparition en 25 ans d’autre part, ça, ce sont des questions sensibles. D’ailleurs ça nous ramène toujours à Israël qui est décidément leur empêcheur de dormir. Et çà, je ne peux pas le supporter. Parce que tant qu’il s’agit d’un travail polémique, admettons. Mais lorsqu’il s’agit d’un travail étayé sur des sources d’archives, qu’on n’est pas vraiment en phase avec la vulgate… La vulgate il y aurait beaucoup à revoir là-dessus… Et ça, ce n’est pas possible.

Tribune juive : Le rôle des Frères musulmans ?

Ils sont aux commandes, mais avec un grand nombre d’alliés du côté de la gauche. Le CCIF a lancé sa dénonciation, c’est le mot exact, le terme juridique. Le parquet donne suite. Personne ne bougeait et les 4 autres associations se sont engouffrées dans la brèche ! Ils sont les alliés du CCIF dont on sait la vision, l’ambition politique : installer en France l’islam politique, qui entend bien imposer la loi.

Tribune juive : C’est ce qu’a dit Boualem Sansal ?

Est-ce qu’on peut encore nommer l’islam, dire qu’il s’agit de population arabo-musulmane, dont une partie est animée d’un dessein politique qui est en contradiction avec la Nation et avec les idéaux républicains.

Tribune juive : Les sondages de l’Institut Montaigne sont éloquents ?

A-t-on encore le droit de parler d’antisémitisme arabo musulman ? En fait on ne peut pas parler du tout d’un monde qui a pris une importance considérable, qui est en train de procéder à une refonte de la société, qu’on le veuille ou non. Aujourd’hui si on veut parler du paysage politique sociétal français, il faut dire qu’il a explosé sous l’effet de l’immigration arabo-musulmane. Cette immigration a posé des problèmes partout et chacun est obligé de se repositionner, la montée du Front national ce n’est pas uniquement là-dessus que ça s’appuie mais ça s’appuie aussi là-dessus. Un grand nombre de français ne savent plus du tout qui ils sont, où ils vivent, quelle est leur identité, et se replient sur l’identité définie par Marine Le Pen.

Tribune juive : l’islamophobie, ce mot valise ?

Ces alliés de l’ultragauche… Bruckner a bien dit que c’était un racisme imaginaire. L’islamophobie c’est la phobie d’une religion, or l’Islam est légal en France, donc s’il s’agit d’un racisme antimusulman, qu’on dise autre chose. On m’a reproché d’essentialiser, on ne m’a pas parlé de racisme antimusulman, mes accusateurs confondent avec le monde arabe et musulman et m’accusent, moi, sauf que moi j’ai, la preuve qu’il s’agit des familles arabes, en France, dans lesquelles on tête l’antisémitisme au lait de la mère. Quand je parle de musulmans qui tentent d’imposer leurs valeurs, c’est-à-dire d’un peuple qui est en train de se constituer au sein d’un autre peuple, il s’agit pas de l’islam au sens originel, il s’agit même de gens convertis à l’islam, qui sont souvent les plus radicaux, les plus violents, et qui veulent imposer la charia aujourd’hui en France. Qui considèrent pour 28% d’entre eux que la charia est supérieure à la loi de la République, 40% chez les jeunes de moins de 30 ans : la jeune génération encore plus contaminée par cet état d’esprit. Demain, dans 20 ans, dans 30 ans, ce procès, comme d’autres, deviendra un cas de figure sur le suicide d’une nation. Car c’est bien du suicide d’un pays qu’il s’agit, quand une partie des élites tend à ce point la main à l’oppresseur.

Tribune juive : quand ce procès est rendu possible sur un sol encore emprunt du sang des victimes des islamistes…

Je suis l’objet d’une vague de violence extraordinaire, alors que ceux qui, aujourd’hui, m’accusent de tous les maux de la terre, sont les mêmes qui ont couvert Mehdi Meklat, et quand Mehdi Meklat est découvert, ils hurlent à Rimbaud, à Lautréamont, à des erreurs de jeunesse.

 

Tribune juive : Cette histoire confirme que ce sont les mêmes…

Oui, même si Meklat n’a pas eu de rapport direct avec Mediapart. Mediapart a chapeauté le Bondy blog, et publié Affaire Bensoussan : le Memorial de la Shoah en question.

Tribune juive : La députée tunisienne et son expression figée ?

Pour aller vite, disons que Mort aux juifs en français, ça veut dire mort aux juifs. Mais mort aux juifs, en arabe, non : c’est une expression métaphorique qui ne veut plus rien dire dans la vie quotidienne d’aujourd’hui. Prononcé dans la vie quotidienne, ça ne traduirait aucun fond anti juif, culturel, traditionnel. Alors que le fameux Yaoudi hachak, le pédiatre Aldo Naouri m’en a parlé en premier, et Daniel Sibony l’a confirmé… Mais moi, quand j’ai écrit Juifs en pays arabe, je n’avais pas lu ça. C’est après que je l’ai découvert.

Tribune juive : Albertbel Chennouf-Meyer m’a dit que son père, berbère, avait été élevé comme ça.

Nacera Guenif le reconnaissait pour dire que ça n’avait aucune importance. Sifaoui a eu l’honnêteté d’en reconnaître la connotation antisémite. Ce que cette histoire révèle, et ce en quoi elle est emblématique, c’est aussi la force du déni, il ne suffit pas qu’un fait soit avéré pour qu’il soit accepté, il faut des tas d’autres conditions d’acceptabilité pour que les gens puissent l’entendre, vous pouvez apporter toutes les preuves de la terre sur l’antisémitisme maghrébin ou la situation dans les banlieues, rien à faire, si la doxa culturelle ne permet pas de l’entendre. C’est exactement ce qui se passe : regardez ce qui se passe aujourd’hui entre Meklat d’un côté, les attentats, la situation politique, quelque exemple que l’on prenne, notre démonstration restera absolument vide ; quoi qu’on dise, elle sera inaudible et en plus jamais répercutée par les media du courant dominant, disons plutôt du courant dominateur, ceux qui font la pluie et le beau temps en matière médiatique et qui vous donnent ou pas la parole !

Tribune juive : Le Figaro ?

C’est le seul grand organe de presse à me donner la parole depuis un an et demi. D’ailleurs avant même l’émission de France Culture d’octobre 2015, en aout 2015, dans un entretien au Figaro, j’avais employé cette expression un peuple dans le peuple. Ce qui n’avait fait bondir personne.

Tribune juive : L’antisémitisme tété dans le sein maternel, on voit que c’est de plus en plus accessoire : ce qu’on vous reproche, c’est ce fameux un peuple dans le peuple.

A l’époque où c’est sorti, je n’ai aucune désapprobation publique et j’ai même eu des approbations privées. On me dit tu as eu le courage de la dire, cette vérité. Je parle d’approbations de haut niveau.  D’approbations venues de l’Etat.

Tribune juive : mais privées ?

Personne n’avait osé le dire plus clairement.

Tribune juive : C’est pour ça que vous parlez de suicide de la nation. Parce que vous y allez très fort !

Vous allez voir. Si on reprend ce terme suicide de la nation, vous allez voir toute la gauche, la gauche totalitaire, dire : ah voilà, c’est bien la preuve qu’il est zemmourien. Il emploie le même mot que Zemmour. Ça procède par amalgame. A partir du moment où vous employez le mot employé par votre voisin…

Tribune juive : Le procès qui vous a été fait et celui qui a été fait à Bruckner sont très proches.

Oui. Zemmour c’est autre chose. Il est sur d’autres propos que ceux que je dis, mais l’avocat des parties civiles a cité Zemmour et s’est bien gardé de les évoquer, ces nuances.

Tribune juive : Cette tentation de l’exil ?

C’était la première fois, aussi puissamment. Ce n’est pas la dernière. Aujourd’hui quand j’ai lu ce tombereau d’insultes, de malveillance, de mauvaise foi, l’antisémitisme cru de ce texte hébergé par Mediapart, j’ai eu le même réflexe que le 25 janvier. Envie de partir. Quitter le pays.

Tribune juive : Ce sentiment d’impuissance ?

L’individu seul, il a une capacité de résistance limitée. Ce n’est pas le procès. Ce ne sont pas les longues heures d’audience. C’est autour. C’est le torrent d’insultes qu’on reçoit, de la part de l’ultra gauche. Ils sont une répercussion médiatique qui démolit systématiquement votre travail et votre personnalité. Ils vous font passer pour un monstre absolu. Ils vous présentent comme une sorcière, ils démolissent en mon cas le travail d’historien en concluant que c’est là un travail de peu d’intérêt, ils en décrètent le peu de rigueur, en un mot ils cherchent à vous ruiner personnellement et professionnellement. Ils ont quand même voie au chapitre Mediapart, France Inter, France 2 ! Je n’ai plus été sollicité à France Culture depuis l’affaire du lait maternel ! C’est de la censure pure et simple !

Tribune juive : Antonio Gramsci, emprisonné vingt ans par Mussolini pour empêcher son cerveau de fonctionner, évoque, en 1927, qu’étaient en train de naître les monstres…

Moi ça m’a fait penser davantage à La Plaisanterie de Kundera. Cet univers cauchemardesque. On va passer 12 h d’audience, dans une justice française qui manque de moyens, on mobilise magistrats et greffiers, du temps d’audience, du temps de préparation, pour une phrase ridicule, qui enfonçait une porte ouverte mais qui n’était en rien une phrase essentialisante sur le plan biologique, qui reprenait, de façon certes maladroite, la citation d’un sociologue français d’origine algérienne, là, on était vraiment dans le motif de La Plaisanterie : ce jeune homme qui envoie à une copine qu’il veut séduire une carte postale où il est écrit : Vive Trotski. Et c’est le début de l’enfer.

Tribune juive : Oui c’est exactement ça.

Oui, un univers totalitaire, ce qui est en train de se mettre en place aujourd’hui c’est une sorte de totalitarisme sous la houlette de la gauche totalitaire.

Tribune juive : la gauche totalitaire, aidée par les Frères musulmans ?

Oui, la gauche totalitaire, on l’a dit sur tous les tons tant c’est vrai, a trouvé dans là ce prolétariat qui n’existe plus puisque passé au Front National. Les salauds de pauvres, salauds d’ouvriers sont devenus maintenant des salauds des infréquentables, si la figure du paysan chinois, celle de l’ouvrière russe, celle du paysan cubain se sont volatilisées, qu’est-ce qu’il nous reste, il nous reste une population arabo-musulmane, ou africaine, victime de l’islamophobie, ces nouveaux damnés de la terre. Et donc au nom de cette solidarité avec les damnés de la terre, cette ultragauche totalitaire emboite le pas à un totalitarisme de la pensée, à une stérilisation du débat intellectuel qui effraie.

Tribune juive : La peur, le stress, tout ça, ça empêche de réfléchir, de travailler, comment avez-vous bossé pendant ce temps ?

Depuis deux mois je ne travaille plus. J’ai des projets, j’ai des contrats à honorer, je n’arrive pas à m’y mettre, ce matin j’étais sur le prochain livre concernant le Mémorial, supposé sortir en septembre chez Calmann-Lévy, et voilà que me tombe dessus le texte de Mediapart. Je le lis. Je l’envoie. J’ai fait en sorte de faire connaître ce texte à un maximum de gens.

Tribune juive : Georges Bensoussan, de quoi l’antisémitisme est-il le résultat ?

L’antisémitisme en France aujourd’hui est à la foi le résultat d’une histoire de longue durée des pays du Maghreb, l’immigration d’origine arabe en France est maghrébine, arabe et kabyle, cherchons pourquoi c’est une histoire de longue durée, en quoi les facteurs purement conjoncturels français et le conflit israélo-arabe peuvent jouer sur elle. Dans la plupart des analyses, surtout celles de l’ultragauche, il n’y a que le facteur palestinien qui est évoqué. Le facteur français un peu, à savoir la crise, le ressentiment, la jalousie sociale, le sentiment de relégation dans les banlieues, d’ostracisation : tout ça est vrai. Tout ça ne fait qu’aggraver le ressentiment qui va se focaliser sur les Juifs.

Tribune juive : La sociologue citée a dit que la faute était à cette population juive mieux traitée…

Elle a parlé du décret Crémieux ? L’éternel contentieux du décret Crémieux. Je le disais hier encore à propos d’une énième intervention contre moi d’un professeur d’histoire à Nice, par ailleurs enseignant d’arabe… Il disait carrément que le Décret Crémieux avait divisé, séparé les Juifs de leurs compatriotes musulmans en Algérie. C’est une blague ! Le Décret Crémieux a séparé quelqu’un ? Le Décret Crémieux a effectivement fait s’éloigner des communautés qui ne s’aimaient pas. La vraie question est de savoir comment des indigènes comme les Juifs peuvent-ils accueillir comme libérateurs des envahisseurs ? Pris dans leur verrou idéologique, leur antisémitisme devient pour eux soit du ressentiment social en France, soit du conflit israélo-arabe. Pour eux, si matrice il y a, c’est le colonialisme qui en est responsable.

Tribune juive : Georges Bensoussan, votre exil, il serait où ? En Israël ?

Ce n’est pas un exil Israël ! Mes racines sont ici, l’exil c’est la langue, ma langue c’est le français, ma patrie c’est la France, c’est l’histoire française, c’est l’amour de la France, que je choisis encore, pas comme les autres d’ailleurs. Eux, dans la France de demain, eux-mêmes le disent, ils vont grand-remplacer, néologisme d’Elizabeth Levy dans son éditorial du mois. On se moquait de Renaud Camus mais c’est un projet, écoutez les démographes : il y a un rapport de force démographique, quand mathématiquement la population donnée devient très importante, elle fait pencher la balance politiquement d’un côté plutôt que de tel autre.

Tribune juive : La campagne présidentielle et ses accommodements électoralistes ?

C’est le résultat d’un rapport de force démographique : on s’accommode. On veut acheter la paix. Ceux qui renoncent pour avoir la paix, ce sont ceux qui ne sont pas positionnés. Ce fameux oui, mais… Ce procès est emblématique de beaucoup de choses, dont le dévoiement de l’antiracisme. Qui a eu pour finalité de museler toute parole. Comment un combat légitime peut être dévoyé et fournir des arguments aux pires ennemis. C’est le parallèle que j’ai fait entre le pacifisme des années trente et l’antiracisme aujourd’hui : le pacifisme des années trente est né du grand carnage de 14-18. Réaction légitime d’hommes et femmes qui ne veulent plus jamais revivre ça. Jamais. C’est honorable. Mais au nom du pacifisme, ils vont pratiquer une politique munichoise qui consistera à tout accorder par étapes à Hitler. Plutôt qu’avoir la guerre. Le résultat c’est qu’une partie de ces pacifistes-là, on va les retrouver dans les camps de la collaboration. Non pas par attrait pour le fascisme. Non pas par attrait pour le pétainisme. Encore moins pour le nazisme : juste pour avoir la paix. C’est Giono. J’ai ébauché cet argument dans Le Figaro au mois de janvier. Eh bien voilà ce qui s’est passé avec le pacifisme. Complètement dévoyé, il a cautionné le pire. Et là, avec cet antiracisme dévoyé, on a fait taire toute parole dissidente et on a donné des armes aux pires ennemis de la démocratie, qui s’en servent aujourd’hui pour nous museler et préparer un mode de vie totalitaire en France, sous la loi de l’islam, cet islamisme-là c’est du totalitarisme.

Tribune juive : Tous ces apostats qui dénoncent cette déviance… Vous, vous n’êtes pas du tout optimiste.

Non, quand vous conjuguez cette tendance , cette propension au suicide national d’une partie des élites, ce musellement de la parole populaire, ces classes moyennes et populaires confondues qui vont se réfugier dans les bras de Marine Le Pen, avec ce défaitisme et cette propension aussi à ,la collaboration, un pays qui a massivement collaboré du côté des élites, je ne parle pas du peuple, la collaboration des élites culturelles est terrible, l’histoire de la NRF, l’histoire de l’Edition, combien d’écrivains se sont couchés pour mieux résister, on est dans un état d’esprit de tropisme avec le maître de demain, c’est un rapport de force : aujourd’hui, démographiquement, il est en train de pencher de ce côté-là. Qu’on l’appelle le grand remplacement ou pas, peu importe. La meilleure façon de ne pas entamer le débat c’est de le stériliser avec des mots tabou. La question est démographique. Et la démographie est impitoyable. « L’avenir n’est écrit nulle part. Si : dans l’Etat civil. Si vous dites cela, vous êtes accusé immédiatement de racisme. Le premier prénom dans l’état civil à Marseille est Mohamed. Une population trop nombreuse pour être intégrée et qui n’a plus tout à fait envie d’être intégrée. Elle est majoritaire dans certains quartiers. On intègre des minorités. Quand la minorité devient si nombreuse que des quartiers entiers désormais sont à l’aune d’une seule communauté et d’une seule religion, il n’y a plus d’intégration possible. Et dès lors que cette intégration ne se fait pas, il y a ostracisation, stigmatisation, vous n’aurez pas de travail etc, il y a forcément un repli identitaire et on va retrouver dans l’islam une identité bafouée, un honneur perdu. On peut d’ailleurs très bien comprendre… Et donc, ça renforce le communautarisme et la ghettoïsation, on n’en sort plus, et là, on est dans un peuple dans le peuple. Je décris une réalité.

Tribune juive : Et vous avez un procès pour avoir nommé les choses…

C’est l’illustration d’un proverbe chinois : quand le doigt montre la lune, l’imbécile regarde le doigt.

Cloué au pilori, insulté, oui j’ai eu la tentation de l’exil. Envie de dire débrouillez-vous. Foutez-moi la paix. C’est bien ce qu’ils cherchent. Et demain d’autres auront peur de parler, de peur d’avoir le procès de Bensoussan.

Un procès qui fera date. Un procès qui fera tache. Qui a ouvert pour la France une page peu glorieuse. Mais la France s’est ressaisie. A temps.

Sarah Cattan

Partager cet article

Repost 0
Published by PIMPRENELLE POURPRÉE
commenter cet article

commentaires

Pimprenelle Pourprée

  • : Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • : Cherchant les points communs entre les peuples, les nations et les religions pour creer un monde meilleur...et une paix durable.
  • Contact

Profil

  • PIMPRENELLE POURPRÉE
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

PIMPRENELLE POURPRÉE

Recherche

Pimprenelle Pourprée