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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

3 avril 2017 1 03 /04 /avril /2017 06:36

Cinq anciens présidents et premiers ministres libanais adressent au Sommet de la Ligue arabe une lettre contre l’ingérence du Hezbollah en Syrie et celle de l’Iran dans le monde arabe

 

En prévision du sommet de la Ligue arabe du 29 mars 2017 en Jordanie, cinq anciens présidents et premiers ministres libanais – Amine Gemayel, Michel Suleiman, Najib Mikati, Fuad Al-Siniora et Tammam Salam – ont envoyé une lettre au roi Abdallah de Jordanie, qui présidait le sommet, et aux autres dirigeants arabes qui y ont pris part.

Dans cette lettre, publiée le 28 mars 2017 dans le quotidien libanais Al-Nahar, les cinq dirigeants ont présenté les principes qui devraient, selon eux, guider la politique intérieure et extérieure du Liban, à savoir : éviter toute affiliation aux axes régionaux et internationaux et toute implication dans la crise syrienne ; condamner toute ingérence extérieure dans les affaires arabes ; respecter les résolutions de la Ligue arabe et de l’ONU, en particulier la Résolution 1701 du Conseil de Sécurité des Nations unies ; soutenir la compétence exclusive de l’Etat libanais et de ses organes de sécurité à détenir des armes, à s’opposer aux armes illégales et à défendre la souveraineté de l’Etat libanais sur tous les territoires libanais.

Ces principes expriment implicitement l’opposition des cinq personnalités à la possession d’armes par le Hezbollah, à son contrôle de plusieurs régions du Liban et son ingérence en Syrie, ainsi que leur rejet de l’ingérence iranienne dans les affaires arabes. Rédigée et envoyée sans consultation préalable du président libanais Michel Aoun, qui représentait le Liban au sommet, aux côtés du premier ministre Saad Hariri, la lettre témoigne du conflit qui sévit au Liban entre partisans et opposants du Hezbollah, concernant les armes de l’organisation et son intervention armée en Syrie, et concernant l’intervention de l’Iran dans le monde arabe. Elle semble aussi exprimer l’opposition des signataires aux récentes déclarations d’Aoun soutenant l’armement du Hezbollah, déclarations qui avaient suscité des critiques de la Coordinatrice spéciale pour le Liban aux Nations unies, Sigrid Kaag.[1]

Cette lettre a été rédigée alors que le discours d’Aoun au sommet était attendu avec appréhension, chacun se demandant quelle serait la position du Liban quant à l’ingérence de l’Iran dans les affaires arabes. Le Liban s’était en effet abstenu de condamner l’Iran lors des précédents sommets arabes et islamiques, ce qui avait déclenché l’ire de l’Arabie saoudite et des pays du Golfe et conduit à une rupture entre [le Liban et les autres] pays, et à l’adoption de sanctions économiques contre le Liban.[2]

La lettre des Cinq a suscité de vives condamnations de la part des partisans du Hezbollah au Liban.

 

Les signataires de la lettre (de droite à gauche) : les anciens présidents Michel Suleiman et Amine Gemayel ; les anciens premiers ministres Najib Mikati, Tammam Salam et Fuad Al-Siniora (image : Al-Nahar, Liban)

Traduction de la lettre :[3]

“A Sa Majesté le Roi Abdallah bin Al-Hussein, monarque du Royaume hachémite de Jordanie et président du sommet arabe.

Au vu des dangers qui menacent notre patrie, le Liban, et notre Oumma arabe, nous, anciens présidents et premiers ministres du Liban, estimons approprié de vous présenter un appel aux dirigeants arabes qui doivent assister au sommet en Jordanie, dans quelques jours, pour clarifier notre position sur la situation au Liban et dans la région, sur les dangers auxquels le Liban se trouve confronté, et sur la nécessité d’y faire face. En conséquence, nous soulignons [que le Liban doit respecter les principes suivants] :

  1. Respect entier de l’Accord de Taëf et application totale de toutes ses clauses, ainsi que de la constitution [libanaise] et de la coexistence entre tous les Libanais – car ce sont les principes qui protègent le Liban et les relations entre Libanais.
  1. Respect par le Liban de son affiliation arabe, du consensus arabe et des résolutions de la Ligue arabe et des [organes] internationaux légitimes concernant le Liban et les Arabes – et avant tout de la Résolution 1701 [de l’ONU] qui garantit la sécurité du Liban vis-à-vis d’Israël et défend son droit de récupérer son territoire demeurant sous occupation israélienne.
  1. Respect de la Déclaration de 2011 [sic] de Baabda,[4] qui avait proclamé la neutralité du Liban à l’égard de la politique des axes [régionaux] et des crises régionales et internationales, afin de lui épargner les conséquences négatives des tensions et crises régionales et de protéger ses intérêts supérieurs, son unité nationale et la sécurité de ses citoyens. Ceci, à l’exception de l’engagement [du Liban] à respecter les résolutions internationales et le consensus arabe, ainsi que la juste cause palestinienne, y compris le droit des réfugiés palestiniens à retourner dans leur pays et dans leurs foyers au lieu d’être naturalisés [au Liban] ; ainsi que l’engagement à s’abstenir de toute ingérence dans la crise syrienne et à condamner l’intervention étrangère dans les affaires du Liban et des [autres] pays arabes.
  1. Les Arabes doivent montrer leur solidarité à l’égard du Liban [concernant les questions suivantes] : la libération de ses terres [les fermes de Sheba, détenues par Israël] ; le rejet des armes illégales [à savoir les armes du Hezbollah] ; et la nécessité pour l’Etat libanais et ses organes militaires et sécuritaires d’exercer un contrôle exclusif sur tout le territoire libanais, comme le veulent [les principes] de souveraineté, de respect de la loi et de légitimité. [Les Etats arabes] doivent aussi soutenir le Liban pour qu’il puisse répondre aux défis posés par la crise des réfugiés syriens vivant au Liban et leur apporter son aide politique et matérielle, en attendant le retour des réfugiés dans leurs foyers.
  1. Nous, soussignés, croyons que la sécurité et l’unité du Liban reposent sur plusieurs fondements, et tout d’abord le soutien à un Etat libanais qui exerce un contrôle entier et exclusif sur tout le territoire libanais ; le rejet des armes illégales ; l’opposition à toutes les formes de terrorisme et le respect de la légitimité arabe et internationale [à savoir les résolutions] et les principes de coexistence. Nous espérons vivement que, dans les circonstances présentes, le sommet de la Ligue arabe à Amman abordera les problèmes urgents de l’Oumma et en particulier des pays du Mashrek [pays arabes du bassin méditerranéen oriental]. Nous attendons aussi que cette convention des dirigeants arabes ouvrira un nouvel horizon élargi à la solidarité envers le Liban, au vu des menaces qu’il affronte à l’intérieur comme à l’extérieur”.

[1] Sur les déclarations d’Aoun et les critiques de Kaag, voir MEMRI, Special Dispatch No. 6783 Le quotidien libanais Al-Akhbar attaque la coordinatrice spéciale de l’ONU au Liban pour son opposition aux armes du Hezbollah, février 14, 2017.

[2] Sur la crise entre le Liban et les pays du Golfe, voir MEMRI Inquiry & Analysis No. 1232, Lebanon’s Failure To Support Saudi Arabia In Struggle With Iran Sparks Crisis Between Lebanon And Saudi-Led Gulf, 7 mars 2016. Traduction française :L’abstention du Liban dans le conflit avec l’Iran déclenche une crise entre le Liban et les pays du Golfe menés par l’Arabie saoudite.

[3] Al-Nahar (Liban), 28 mars 2017.

[4] Une déclaration publiée en 2012 par les principales forces politiques au Liban, y compris le Hezbollah, dans laquelle elles convenaient, notamment, que le Liban éviterait toute affiliation à un axe régional et toute implication dans un conflit régional. Cette déclaration a été initiée par l’ancien président Michel Suleiman, au vu de la crise syrienne et du conflit au Liban concernant la position qu’il devait adopter sur cette crise.

 

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans MEMRI
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