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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

22 avril 2017 6 22 /04 /avril /2017 18:53

PRÉSIDENTIELLES 2017 VERS UN PARLEMENT FRANÇAIS SANS MAJORITÉ?

Une victoire de Le Pen ou de Macron entraînerait une configuration inédite pour les législatives des 11 et 18 juin.

Les 577 députés de l'Assemblée nationale sont élus au scrutin majoritaire à deux tours, une méthode qui favorise le parti dominant de chaque camp. (Photo d'archives)

Les 577 députés de l'Assemblée nationale sont élus au scrutin majoritaire à deux tours, une méthode qui favorise le parti dominant de chaque camp. (Photo d'archives) Image: AFP

 

La possible défaite des deux grands partis traditionnels, droite et gauche, à la présidentielle d'avril-mai en France ouvre tous les scénarios de recomposition politique. L'assemblée nationale pourrait même se retrouver sans majorité lors des législatives de juin.

Pour le vote prévu dans l'élan de la présidentielle, les données sont habituellement simples: les Français accordent au nouveau président une majorité pour gouverner. La question est d'autant plus cruciale que les principaux candidats en tête des intentions de vote à la présidentielle, de Marine Le Pen, à l'extrême droite, à Jean-Luc Mélenchon, à la gauche radicale, en passant par le centriste Emmanuel Macron et le conservateur François Fillon, ont tous promis des réformes rapides dès leur arrivée au pouvoir.

«Si je suis élu, j'aurai une majorité parlementaire, ce qui ne serait le cas ni pour M. Macron, ni pour Mme Le Pen», fait valoir François Fillon, fort de l'alliance déjà scellée par son parti Les Républicains (LR) avec les centristes de l'UDI.

«La majorité, un truc de fou!»

En revanche, dans un système à quatre partis (parti socialiste, LR, mouvement En Marche! d'Emmanuel Macron et Front national de Marine Le Pen), «il y aura des élections où cela se jouera à rien... Donc, la majorité, c'est un truc de fou», craint aujourd'hui un ministre.

Le mode de scrutin, majoritaire à deux tours, a longtemps favorisé le parti dominant de chaque camp. Les 577 députés nouvellement élus votaient ensuite la confiance au premier ministre désigné par le président et au gouvernement formé dans la foulée des élections.

Mais la campagne difficile de François Fillon, éclaboussé par les affaires, et l'incapacité du vainqueur de la primaire socialiste, Benoît Hamon, à unir les différents courants de son parti, risquent de sonner le glas du bipartisme.

L'hypothèse actuellement dominante dans les sondages annonce un second tour à la présidentielle le 7 mai entre Marine Le Pen et Emmanuel Macron. La victoire de l'un ou de l'autre entraînerait une configuration inédite pour les législatives des 11 et 18 juin.

Gouvernement de coalition

Le prochain chef d'État pourrait ainsi devoir composer avec une majorité fragile, aux contours fluctuants, voire former un gouvernement de coalition, une pratique qui a disparu de la culture politique française depuis 60 ans.

Emmanuel Macron, 39 ans, dont le mouvement n'a qu'un an d'existence, a déjà conclu un accord avec le parti centriste Modem de François Bayrou. Il se veut optimiste: «Si les Français votent pour m'élire président, ils me donneront une majorité à l'assemblée nationale».

L'ancien ministre de l'économie compte aussi attirer des élus d'autres formations, en particulier à gauche même si, soucieux de ne pas apparaître comme l'héritier de l'impopulaire président socialiste sortant François Hollande, il a prévenu qu'il n'entendait pas servir de «maison d'hôtes» aux élus socialistes, dans la foulée du récent ralliement de l'ancien premier ministre Manuel Valls. Il a aussi promis en gage de renouvellement une moitié de nouveaux candidats à la députation, issus de 13'000 curriculum vitae reçus au mouvement.

A gauche, le parti socialiste espère peser même en cas de défaite de son candidat à la présidentielle. «Aux législatives, la notoriété locale, cela joue. Des gens me disent qu'ils voteront utile pour Macron, mais pour moi en juin», témoigne Michel Pouzol, député socialiste de l'Essonne, en région parisienne. Mais en cas d'élection d'Emmanuel Macron, les risques d'éclatement du parti socialiste sont grands.

Alliance avec des LR

Autre incertitude: le nombre de députés du Front national, probablement en forte hausse par rapport au scrutin de 2012 qui lui avait apporté deux sièges. Mais si Marine Le Pen l'emportait à la présidentielle, elle aurait besoin d'élus au-delà de son parti pour constituer une majorité, même relative, à l'assemblée nationale.

Le vice-président du Front national Louis Aliot espère réunir «une majorité de rupture», autour de «la ligne directrice» du programme: «la renégociation totale du schéma européen».

En coulisses, le Front national a déjà commencé à poser des jalons, espérant rallier une vingtaine de députés de droite - ce qui inquiète suffisamment les responsables du parti LR pour prévenir ses membres que tout accord avec le FN serait immédiatement sanctionné par une exclusion.

Dans le pire des cas, le nouveau président pourrait se voir imposer une cohabitation, qui le contraindrait à désigner un premier ministre issu d'une autre famille politique mais disposant d'une majorité à l'assemblée nationale. (ats/nxp)

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Le Matin
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