Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

5 mai 2017 5 05 /05 /mai /2017 08:41

L’intellectuel bahreïni Al-Musawi lance un appel en faveur de la laïcité et de la séparation de la religion et de l’État : nous avons besoin d’une révolution culturelle

 

L’intellectuel bahreïni Dhiyaa Al-Musawi a appelé à « réformer les notions religieuses et à baisser les taux de cholestérol [idéologique] qui bouchent nos veines », ajoutant que, sur le plan idéologique, « nous, dans le monde arabe, sommes [encore] au point où se trouvait l’Occident au Moyen Age ». Interviewé par la chaîne saoudienne Khalijiyya, Al-Musawi a lancé un appel en faveur de la laïcité, affirmant que « les gens présentent la laïcité comme une bombe à retardement et comme un croque-mitaine », alors que « comme en Occident, nous devrions sanctifier les libertés personnelles ». L’interview a été diffusée le 23 avril 2017. Extraits :

Journaliste : Pourquoi avez-vous cessé de porter le turban religieux ?

Dhiyaa Al-Musawi : Car je pensais que cela me restreignait. Certains disaient : Comment un homme qui porte un turban va au centre commercial ? Comment un homme avec un turban écoute de la musique ou porte des vêtements à la mode ? Oui, je m’en souviens de notre précédente interview. Je me suis rendu compte que l’objectif du port du turban est totalement mal interprété.

Journaliste : Que voulez-vous dire ?

Dhiyaa Al-Musawi : La religion n’est pas contre la beauté. La religion n’est pas contre la créativité, ni contre les femmes, ni contre la vie. Le problème, c’est qu’ils ont mis dans la tête des gens que la religion équivaut à l’isolement cellulaire et que les gens doivent s’envelopper dans une certaine religion ou confession. Ils essaient de prendre en otage le Paradis, et d’en faire le monopole d’une certaine religion ou d’une certaine confession. Moi, pour ma part, je crois au Paradis de l’Homme. Je suis donc convaincu que si ce sont les restrictions… Rien n’est plus beau que la liberté de l’Homme. [Le poète] Adonis a déclaré : « La pire prison n’a pas de murs. » Vous n’avez pas vraiment besoin de vivre dans une cellule de prison. La culture et l’idéologie peuvent être les pires cellules de prison qui confinent un être humain. […]

Journaliste : Soutenez-vous la séparation de la religion et de l’Etat ?

Dhiyaa Al-Musawi : Bien sûr. Pourquoi voulons-nous séparer la religion de la politique ? Si vous donnez à une certaine religion ou confession le contrôle sur les lois étatiques, où iront les chrétiens ? Ou les juifs ? Ou même des musulmans d’autres confessions ?

Journaliste : Ils peuvent vivre en tant que minorités.

Dhiyaa Al-Musawi : Oui, ils peuvent vivre en minorités persécutées et être considérés comme des citoyens de quatrième ou cinquième zone, et nous connaîtrons les mêmes problèmes qui existaient en Occident au Moyen Age. Sur le plan idéologique, nous, dans le monde arabe, en sommes là où l’Occident était au Moyen Age. Nous avons des cheikhs que nous vénérons comme des idoles, et ils décident pour nous de la façon dont nous devons penser dans le domaine des mathématiques, des sciences nucléaires, de la psychologie… Comme je l’ai déjà dit, le cheikh est comme une tomate. Vous le trouvez dans chaque plat.

Journaliste : Vous ne pouvez pas vous en passer.

Dhiyaa Al-Musawi : Exact, il est l’un des ingrédients de base. Nous avons été pris en otages au nom de la religion. La religion est très simple. Elle appelle à la beauté, à l’amour, à l’humanité, c’est tout.

Journaliste : Je suis sûr que vous n’aimez pas les tomates… […]

Dhiyaa Al-Musawi : La philosophie appelle à déconstruire la réalité puis à la reconstruire. Nous, dans le monde arabe, devons déconstruire cette culture. Nous souffrons d’une gangrène culturelle. Nous devons amputer cette culture et construire une nouvelle culture dans son sillage. […] La religion est une relation personnelle entre l’individu et son Créateur.

Journaliste : Qu’en est-il de toutes les pratiques…

Dhiyaa Al-Musawi : Elles doivent être soumises au droit civil dans chaque pays. C’est pourquoi j’appelle à la laïcité dans le monde arabe. Je dis cela haut et fort : la laïcité est la solution. Les gens présentent la laïcité comme une bombe à retardement, un croque-mitaine. […]

Ils affirment que la laïcité rime avec prostitution, permissivité religieuse, faillite spirituelle… Non. Nous parlons de laïcité au niveau de l’Etat, de séparer la religion de l’État. Ce que cela signifie, c’est qu’il existe une loi qui régit les relations entre les gens. Quant à vos relations avec votre Créateur, vous avez des mosquées et d’autres lieux de culte, où vous pouvez accomplir les rites. […]

Les endroits les plus laïcs seront Mossoul et l’Iran. Ils se tourneront vers la laïcité. J’espère qu’ils n’iront pas jusqu’à l’athéisme, en réaction à l’effondrement de leur idéal. Nous avons des précédents historiques. La France avec toutes les églises, et Rome et l’Italie… Ils ont atteint une sorte d’athéisme en raison de l’effondrement de l’idéal. Si vous dites aux gens que l’islam, ou toute autre religion, appelle aux meurtres, aux massacres, aux bombardements, etc., il y a forcément une réaction lorsqu’ils constatent que ce n’est pas vrai. […]

C’est pourquoi nous appelons à des réformes. Ce n’est pas la religion qui appelle à la culture de la mort. Nous demandons que la religion soit filtrée. Nous avons besoin d’un bulldozer culturel qui démolira les causes de l’extrémisme dans le monde arabe et ailleurs. Nous devons réformer les notions religieuses et baisser les taux de cholestérol [idéologique] qui bouchent nos veines. Ils ont transformé notre religion en un effrayant croque-mitaine. Les mots « Allah Akbar » devraient apporter la sérénité dans nos cœurs, mais quand les gens entendent le cri « Allah Akbar! », ils pensent immédiatement que quelqu’un tue quelqu’un d’autre. […] J’appelle à une révolution culturelle dans le monde arabe, menée par les philosophes.

Journaliste : Il y a eu des révolutions arabes. Tout le monde est descendu dans la rue…

Dhiyaa Al-Musawi : C’était une révolution [menée par] l’islam politique. Ce n’était pas une révolution civile. C’était une révolution politique submergée par l’idéologie : les Frères musulmans, le mouvement Al-Wefaq, les Houthis… Vous ne vouliez pas des régimes [arabes] qui, malgré tout ce qu’ils comportaient de mauvais, octroyaient un minimum de libéralisme et de changement, puis vous obtenez un cheikh et en faites mon président et mon guide ? C’est tout ce qu’il nous faut – plus de guides. Le monde est rempli de guides qui le détruisent. Ils vous disent que c’est exactement comme la Révolution française. La Révolution française et les autres révolutions en Europe étaient menées contre les religieux. Elles ont posé les fondements philosophiques de la séparation entre l’Église et l’Etat. […]

Plus d’un million de personnes ont été tuées dans le soi-disant « Printemps arabe », plus de 800 billions ou milliards de dollars ont été perdus, il y a plus de 14 millions de réfugiés, sans parler de l’infrastructure détruite, des veuves, des orphelins, des rêves brisés… Quel genre de printemps apporte de telles catastrophes ?

Journaliste : Il s’est transformé en un printemps imbibé de sang…

Dhiyaa Al-Musawi : Exact, et pourquoi ? Pour une raison : il n’y avait pas… Nous avons besoin d’une révolution culturelle. […]

Les gens continuent de débattre pour savoir s’il s’agissait d’un « Printemps » arabe, ou s’il y avait « d’autres » responsables, si quelqu’un l’a conçu… [Ils disent] que les pays d’Europe et de la région s’évertuent à répandre les catastrophes et les crises dans le monde arabe, pour en extraire un peu plus de pétrole…

Journaliste : Même s’il y avait un complot, ce sont les Arabes qui ont causé la destruction.

Dhiyaa Al-Musawi : C’est parce que la mentalité arabe repose toujours sur la violence. […] Le libéralisme concerne votre relation personnelle avec Dieu. Il s’agit de transformer votre pays en patrie pour tous et de votre relation avec Dieu. Il s’agit de séparer le gouvernement des notions religieuses et de jouir de libertés personnelles. C’est quelque chose que je considère comme sacré. Chaque être humain a son propre jardin privé, où il peut pratiquer ses propres croyances, et personne n’a le droit d’espionner les autres derrière la porte. Par conséquent, je ne crois pas en la théorie qui prétend « ordonner le bien et interdire le mal » [Coran, 3-110, N.d.T.], sous la forme d’une police religieuse des mouvements islamiques dans le monde arabe. « Ordonner le bien et interdire le mal » est déterminé par la loi. Vous ne pouvez pas dire aux gens ce qu’il faut porter, comment se couper les cheveux, quelle musique ne pas écouter. Vous n’êtes pas un dieu, et vous n’avez pas été envoyé par Dieu. Comme l’a dit [feu le poète syrien] Mohammed Al-Maghout : « Notre problème n’est pas avec Dieu, mais avec ceux qui prétendent être Ses successeurs. » Par conséquent, les libertés personnelles pour les femmes et les hommes doivent être considérées comme sacrées. Personne ne peut venir, émettre une fatwa, imposer des restrictions à quelqu’un d’autre et décider comment il devrait vivre. Comme en Occident, nous devons sanctifier les libertés personnelles, afin que nul ne puisse s’ingérer dans ce que vous portez, mangez ou pensez, tant que cela ne va pas à l’encontre de la loi étatique. […]

 

Partager cet article

Repost 0
Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans MEMRI
commenter cet article

commentaires

Pimprenelle Pourprée

  • : Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • : Cherchant les points communs entre les peuples, les nations et les religions pour creer un monde meilleur...et une paix durable.
  • Contact

Profil

  • PIMPRENELLE POURPRÉE
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

PIMPRENELLE POURPRÉE

Recherche

Pimprenelle Pourprée