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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

28 mai 2017 7 28 /05 /mai /2017 19:59

Un journaliste saoudien aux dirigeants palestiniens : Vous avez manqué plusieurs fois l’occasion de résoudre le conflit avec Israël ; l’heure de la paix avec Israël est venue

 

Dans son éditorial du 21 mai 2017, paru dans le quotidien basé à Londres Al-Sharq Al-Awsat, le journaliste saoudien Mashaal Al-Sudairi critique les dirigeants palestiniens. Selon lui, ces derniers ont laissé passer plusieurs occasions diplomatiques de résoudre le conflit avec Israël, et ont dans le même temps perdu des terres palestiniennes en Cisjordanie et causé la destruction de Gaza.

Dans un appel au nouveau chef du bureau politique du Hamas, Ismaïl Haniyeh, Al-Sudairi écrit que l’acceptation par le Hamas d’un Etat palestinien dans les frontières du 4 juin 1967 implique la reconnaissance d’Israël. En conséquence, le Hamas doit cesser les violences contre Israël, renoncer au slogan « La Palestine du fleuve [du Jourdain] à la mer [Méditerranée] » et lancer une initiative pour parvenir à l’unité inter-palestinienne. Et d’ajouter que la taille d’un pays n’est pas nécessairement une indication de sa prospérité et de sa réussite économique, et qu’il est grand temps pour les jeunes Palestiniens d’avoir une vie normale, à l’instar des jeunes gens du monde entier. D’après lui, le peuple palestinien tout entier mérite de « profiter de la vie dans des conditions pacifiques ». Extraits :[1]

http://memri.fr/wp-content/uploads/2017/05/soudairi.jpgMashaal Al-Sudairi (Source : Al-Sharq Al-Awsat, Londres, 21 mai 2017)

Certains dirigeants palestiniens, lorsqu’ils étaient au pouvoir, ont excellé dans deux éléments : la rhétorique et les occasions manquées. Ils se distinguent dans ces deux domaines depuis les années 1940 jusqu’au début du 21e siècle. En 1947, ils se sont opposés à la décision de partition [de l’ONU], alors qu’elle leur attribuait 49 % des terres de la Palestine ; ils ont accusé le [président égyptien] Gamal Abd Al-Nasser de trahison car il a accepté le Plan Rogers,[2] et plus tard, ils ont également accusé le [président égyptien] Anouar Al-Sadate de trahison car il avait signé l’accord de paix avec Israël à Camp David. Ces deux [présidents] ont du moins reconnu la réalité, et la [péninsule du] Sinaï a été intégralement restituée à l’Egypte.

L’une des occasions impardonnables manquées par les dirigeants palestiniens a été leur refus de s’asseoir dans le siège qui leur était destiné par Sadate à la table de négociations, derrière leur propre drapeau, à l’hôtel Mena House du Caire.[3] Il convient d’observer qu’à ce moment, aucune implantation n’existait en Cisjordanie, ni même une seule maison détruite à Gaza.

Après plusieurs décennies, lorsque la moitié de la région de Cisjordanie regorgeait d’implantations, ils [les Palestiniens] ont signé les Accords d’Oslo, qui se sont avérés par la suite dénués de valeur pour eux. [Cette situation] a-t-elle causé Septembre noir ? [4] A-t-elle déclenché la guerre civile qui a éclaté au Liban et fut-elle la raison pour laquelle Gaza a été détruite trois fois ?

Avec tout le respect que j’éprouve pour le chef [Ismail] Haniyeh, je lui dis : Lorsque vous avez établi [dans le nouveau document politique que les frontières de la Palestine sont les frontières] d’avant le 5 juin 1967, vous avez reconnu Israël implicitement et indirectement.[5] Par conséquent, désormais, vous ne pouvez plus lui lancer une seule pierre, sans parler de tirer un seul missile contre lui.

Je m’interroge alors sur la valeur de l’expression poétique et futile « la Palestine du fleuve à la mer », tant que Gaza est détachée de la Cisjordanie. La valeur et le sacrifice inciteront-ils le dirigeant Haniyeh à lancer une initiative historique et à consolider l’unité au sein de l’Etat palestinien, qui sera soutenue par les frères arabes et par le monde entier ?

Les jeunes Palestiniens méritent de vivre, d’espérer et de se comporter comme les jeunes des autres nations. Nous avons eu notre dose de douleur, d’oppression, d’idiotie et de débit de slogans extrémistes, qui ont éradiqué toute sagesse et nous ont dans le même temps [fait perdre] beaucoup de terres. Si le peuple palestinien pouvait profiter de la vie dans des conditions pacifiques, vous pourriez découvrir que c’est un peuple créatif, comme l’atteste le fait que le récipiendaire du prix du meilleur enseignant du monde est l’enseignante palestinienne Hanan Al-Hroub.[6]

Et si nous abordons l’aspect territorial de [l’Etat palestinien], [rappelons] que Singapour occupe une zone de seulement 710 km2 – à savoir, un neuvième de la région [combinée] de Cisjordanie et de Gaza. En outre, la population des deux pays [Singapour et les territoires palestiniens] est similaire – et pourtant, le revenu annuel de Singapour dépasse les 400 milliards de dollars – davantage que le revenu de chacun des Etats pétroliers… alors même qu’il ne dispose d’aucune ressource naturelle.

Lien vers l’article en anglais

Notes :
[1] Al-Sharq Al-Awsat (Londres), 21 mai 2017.
[2] Le Plan Rogers comprenait trois plans de paix entre Israël et l’Egypte et entre Israël et la Jordanie, présentés par le Secrétaire d’Etat américain William P. Rogers entre 1969 et 1971.
[3] Après la visite de Sadate en Israël, une conférence de paix s’est tenue à l’hôtel Mena House du Caire, le 14 décembre 1977 ; les participants incluaient des représentants d’Israël, de l’Egypte, des Etats-Unis et un observateur de l’ONU.
[4] Les affrontements de septembre 1970 entre l’armée jordanienne et les organisations armées palestiniennes affiliées à l’OLP qui se trouvaient à l’époque en Jordanie.
[5] Il convient d’observer le passage de la nouvelle feuille de route du Hamas concernant un Etat palestinien dans les frontières de 1967, qui atteste de manière ostensible de l’évolution pragmatique de l’organisation, est rédigé de telle manière qu’il est impossible de comprendre clairement si le Hamas accepte la création d’un Etat palestinien dans les frontières de 1967 ; il note seulement que le Hamas “considère [cela]… comme une formule nationale, convenue et acceptée conjointement » entre le Hamas, le Fatah et l’OLP. Il affirme : « Il n’y a aucun compromis sur une quelconque partie de la Palestine, sous aucune condition, en aucune circonstance, aussi longtemps que l’occupation devra se poursuivre. Le Hamas rejette toute alternative à la libération totale de la Palestine, du fleuve à la mer. » Il continue : « Dans le même temps – et cela ne signifie pas la reconnaissance de l’entité sioniste ni un compromis sur les droits des Palestiniens – le Hamas considère la création d’un Etat indépendant avec Jérusalem pour capitale dans les frontières du 4 juin 1967, et le retour des réfugiés et des personnes déracinées dans leurs foyers dont ils ont été expulsés, comme une formule nationale, convenue et acceptée conjointement. » Voir Palinfo.com, 1er mai 2017 et MEMRI en français Nouvelle feuille de route du Hamas : Un État palestinien dans les frontières de 1967, mais sans renoncer à lutte armée car la Palestine s’étend de la rivière à la mer, 10 mai 2017. En outre, il convient d’observer que la création d’un Etat dans les frontières de 1967, comme une « formule acceptée conjointement », n’est pas une nouvelle position du Hamas. Mashaal a fait de telles déclarations à plusieurs reprises par le passé, et l’ancien chef du Hamas Cheikh Yacine l’avait également évoquée. Cette position figure également dans les accords de réconciliation entre le Hamas et le Fatah. Le seul point nouveau à ce sujet, est que cette fois, c’est un document officiel, exprimant la position de l’ensemble de la direction du Hamas, qui a été approuvé par l’organe suprême du mouvement, le Conseil de la Choura.
[6] Une enseignante du camp de réfugiés de Dheheishe près de Bethléem, qui a développé une méthode pour atténuer la violence parmi ses élèves. En mars 2016, elle a reçu le premier prix d’un concours international d’enseignants.

 

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