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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

17 juin 2017 6 17 /06 /juin /2017 18:51

HONGRIE «IL NE FAUT PAS LEUR OUVRIR, MÊME S'ILS MEURENT»

Quatre passeurs, qui avaient laissé mourir 71 migrants dans un camion en 2015, seront jugés ce mercredi 21 juin. Extraits de leurs dialogues lors de ce voyage vers la mort.

Les corps des 71 migrants avaient été découverts dans le camion abandonné sur l'A4 en Autriche.

Les corps des 71 migrants avaient été découverts dans le camion abandonné sur l'A4 en Autriche.Image: Keystone

 

Le procès de l'horreur débute mercredi 21 juin à Kecskemét en Hongrie. Onze passeurs doivent répondre de la mort de 71 migrants entassés dans un camion frigorifique qui avait été retrouvé en août 2015 sur l'autoroute reliant la Hongrie à l'Autriche.

Le principal accusé est un Afghan de 30 ans, Samsoor L. Il suivait le camion conduit par le Bulgare Ivajlo S. Il était accompagné en cette journée du 26 août 2015 de deux autres Bulgares, Todorov B. et Metodi G., chargés de surveiller les allées et venues des voitures de police sur l'autoroute. Les trois hommes voyageaient dans des voitures privées.

Comme le relaie le Tages-Anzeiger, plusieurs médias allemands se sont procurés les relevés des discussions téléphoniques entre les quatre passeurs. Ces derniers, qui se trouvaient dans le viseur des forces de l'ordre, ne se savaient pas sur écoute. Ils sont accablants, montrant que les prévenus savaient ce qui étaient en train de se passer.

Extraits leurs dialogues

Metodi G.: «Qu'est ce qui se passe, Ivo?»

Ivajlo S.: «Regarde ce qu'ils font. Et dis-leur d'arrêter.»

Metodi G.: «Ils sont en train de frapper sur les parois?»

Ivajlo S.: «Ils ont frappé très fort à la station service. Merde, ô mon dieu!»

Les migrants n'ont pas assez d'air dans le camion frigorifique où la concentration de gaz carbonique ne cesse de monter. Après 70 minutes de trajet, les passeurs se parlent à nouveau.

Metodi G.: «(...) Ivo doit continuer de conduire. Il doit faire comme s'il ne les entendait pas. Vous ne vous arrêterez pas à une station service mais sur une aire de repos.»

Todorov B.: «Bien, mais il peut y avoir des gens là-bas. (...) Il y en a un derrière la porte qui fait des signaux avec la lampe de son téléphone portable et on peut voir d'où ça vient. (...) Je ne sais pas où nous pouvons nous arrêter pour faire le plein. Qu'est-ce qu'on fait? C'est de la racaille!»

Metodi G.: «Ils ne peuvent pas respirer. Il (Samsoor L., ndlr) me dit que tu dois t'arrêter sur une place de parc. Tu leur jettes de l'eau et tu leur dis qu'ils ne doivent pas parler. Et tu fais comme si tu ne les entendais pas.»

Metodi G. se doute bien que ce n'est pas aussi simple. Il appelle ensuite Samsoor L., puis Todorov B.

Metodi G.: «Peux-tu leur dire d'arrêter de frapper sur les parois et de crier. Ivo aimerait faire le plein et voir s'il peut leur donner de l'eau. Mais il a peur d'ouvrir les portes et de voir toutes ces personnes s'enfuir à travers champs.»

Samsoor L.: «Il ne peut pas leur donner d'eau. Dis-lui de continuer. Et s'il y en a qui meurent, il n'a qu'à les décharger dans une forêt en Allemagne.»

Selon le médecin légiste, la plupart des migrants sont morts après deux heures de trajet, les enfants en premier. Les hommes qui se tenaient près des portes ont pu survivre un peu plus longtemps. A ce moment, quelques migrants sont déjà morts.

Todorov B.: «Ils ne se taisent pas.»

Metodi G.: «Ils se tairont quand je te le dirai. Au moins assez longtemps pour faire le plein. Et ensuite, il ne doit plus s'arrêter, même s'ils continuent à frapper sur les parois jusqu'à ce qu'ils en meurent.»

Le camion poursuit sa route et à 6h16, le chauffeur appelle Metodi G.

Metodi G.: «Le camion est à l'arrêt sur une place de parc. Le chauffeur dit que les femmes et les enfants pleurent.»

Samsoor L.: «Dis lui qu'ils peuvent tous aller se faire foutre. Non, il doit leur dire qu'il est prêt à les laisser mourir.»

Metodi G.: «Je lui ai déjà dit qu'il ne doit pas ouvrir les portes mais uniquement ajouter de l'eau et poursuivre sa route. Il doit continuer jusqu'en Autriche.»

Samsoor L.: «Il doit leur dire qu'il ne peut pas ouvrir les portes, que ce soit pour une urgence ou n'importe quoi d'autres, même s'ils doivent mourir.»

Ivajlo S.: «S'ils continuent à frapper comme çà, on va les entendre à la douane. Et il y a la police. (. . .)»

Metodi G.: «Je crois qu'ils n'ont pas d'air, j'en suis sûr à 100%, c'est moins un problème d'eau ou de soif. (. . .) Tu dois continuer de conduire, c'est l'essentiel.»

Ivajlo S.: «Ils crient tout le temps, tu ne peux pas t'imaginer ce que ça signifie.»

Lorsque le camion franchit la frontière à 09h16, tous les migrants sont morts. Les quatre hommes laissent le camion sur une autoroute autrichienne et s'enfuient. Le véhicule ne sera découvert que 25 heures plus tard. Le 27 août à la mi-journée, Samsoor L. appelle encore une fois Metodi G.

Samsoor L.: «Tu sais ce qui s'est passé? (...) Ce camion, le Volvo. On a appris que la moitié des gens étaient morts.» (Il rit)

Metodi G.: «Morts?»

Samsoor L.: «Oui, la moitié des gens sont morts.»

(...)

Metodi G.: «Ts ts ts.»

Les quatre hommes sont déjà en train de préparer un nouveau transport de migrants pour la soirée: 60 à destination de l'Allemagne et 30 pour l'Autriche. Ils envisagent alors de faire quelques trous dans le camion pour laisser passer l'air, précise laSüddeutsche Zeitung.

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Le Matin
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