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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
CHIITES ET SUNNITES
David Bensoussan
Les Éditions Du Lys
Le dixième jour du mois de Muharram, le premier mois du calendrier islamique, les Chiites fêtent l’Achoura. Des scènes de mortification, de lamentations et de flagellations commémorent la mort de Hussain à Lucknow en Inde, à Téhéran en Iran, à Karbala et Najaf en Irak et à Nabatiyeh au Sud du Liban. Ce festival est fêté par près de 150 millions de Chiites représentant 10 à 15% des musulmans. Dans la région qui s’étend du Pakistan, les Chiites constituent près de 50% de la population. Ils atteignent 80% de la population arabe dans les régions pétrolifères du Golfe Persique.
Les Sunnites avaient reconnu Abou Bakr, ami et beau-père de Mahomet comme successeur à la tête du califat et fut succédé par Omar et Otman, autres compagnons du prophète. Mais des dissidents appuyaient la candidature d’Ali, cousin et beau-fils du prophète. Ali fut assassiné et Muawiya instaura la dynastie omeyyade à Damas (661- 750) qui sera suivie par celle des Abbassides à Bagdad. Pour les Chiites, les descendants d’Ali sont des imams inspirés par Dieu pour éclairer les significations profondes de la religion islamique. Les califes sunnites n’ont pas accepté la remise en question de leur autorité par les Chiites et les persécutèrent. De fait, Hussain fils d’Ali fut massacré avec les siens à Karbala et cette mort en martyr est exaltée par les Chiites a donné naissance à toute une exégèse islamique. Selon un adage chiite, une larme versée pour Hussain lave cent péchés.
Les Sunnites séparaient l’autorité religieuse de celle, temporelle, du calife et un schisme se constitua, regroupant face aux Sunnites les Chiites. Pour ces derniers, Ali et ses descendants devaient prendre la charge du califat. Ce sont les Sunnites qui ont fondé l’empire arabe s’étendant de l’Espagne à l’Irak et disposaient du pouvoir temporel.
Dans les temps de crise, les Chiites furent souvent accusés par les autorités sunnites « d’être à la source des problèmes » Les persécutions furent nombreuses.
La distance entre Sunnites et Chiites ne s’arrête pas à la nomination de la succession du prophète. De fait, les Chiites ajoutent à la profession de foi qu’il n’y a de dieu que Dieu et Mohamed est son prophète une l’ajout et Ali réalise la volonté de Dieu. Cet ajout constitue une hérésie aux yeux des Sunnites. Les Chiites pensent que le douzième imam, le mahdi, vit caché depuis le dixième siècle et réapparaîtra à la fin des temps en tant que messie qui mettra fin à la mécréance. La guerre sainte ou Jihad ne peut qu’accélérer sa venue. Par ailleurs, les Chiites n’hésitent pas à représenter des icônes d’Ali et de Hussain, ce qui, aux yeux des Sunnites, constitue une hérésie. Le courant hanbalite au sein de l’islam sunnite condamne les Chiites comme hérétiques et considère leur foi comme une plus grande menace pour l’islam que ne le seraient le christianisme et le judaïsme.
Les Chiites embrassent le courant mystique du soufisme. Certains Sunnites l’adoptent également. D’autres comme le mouvement puritain des Wahhabites rejette également la foi chiite et le soufisme et il en va de même avec le mouvement salafiste, manifestation violente de wahhabisme.
Il n’y a qu’en Iran que le chiisme est au pouvoir depuis plusieurs siècles. Le Calife Omar, l’un des premiers califes sunnites avait interdit les mariages entre Arabes et Perses et ce fut un prisonnier de guerre iranien qui le tua. Hussain avait épousé l’héritière de l’Empire perse sassanide et l’identification des Perses au chiisme s’est renforcée depuis cette époque ancienne. Au XVIe siècle le califat sunnite de Constantinople et le régime iranien safavide se lancèrent dans des guerres d’influence et ce faisant, imposèrent respectivement la foi sunnite et chiite dans leurs pays. Seule la secte syrienne des Alaouites affiliée aux Chiites réussit à se maintenir.
Le chiisme iranien accorde cependant une importance politique aux imams, ce qui n’est généralement pas le cas chez les autres branches chiites traditionnelles du Moyen- Orient.
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