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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

1 juillet 2013 1 01 /07 /juillet /2013 11:57

Dégage Morsi ! Bienvenue dans le nouveau désordre mondial des années 2010

 

Les médias et les Internautes fantasment sur un nouvel ordre mondial. Le philosophe regarde le monde et constate le nouveau désordre mondial. L’Egypte en étant une illustration.

Difficile d’interpréter l’Histoire au moment de l’action. Encore plus maintenant avec un monde globalisé, interconnecté et très complexe. On croit saisir une figure d’ensemble et tout d’un coup, d’autre pièce du puzzle viennent s’intercaler et le schéma devient trouble. C’est sans doute ce qui se passe actuellement. Quand on dispose d’un marteau comme seul outil, tous les problèmes finissent par ressembler à des clous dit l’adage. Quand on a une machine à calculer comme seul outil, tous les problèmes finissent par ressembler à des chiffres. Alors on observe les comptes publics et on dit comme Attali, la Suède, c’est notre modèle, sauf que le cours économique et financier ne suit pas forcément celui des gens, pour preuve les récentes émeutes à Stockholm engendrées par politique ségrégationniste mettant à l’écart des bénéfices économiques une partie de la population. C’est du moins ce qui vaut comme interprétation. Le monde se dessine avec un certain ordre dû à la politique, la dissuasion policière, la morale républicaine, patriotique ou religieuse, la sagesse populaire. Il se dessine avec un désordre tout aussi certain, lorsque les Etats sont faibles, que la sagesse populaire s’estompe pour faire place à la colère et l’insatisfaction, que les morales « collectives » s’inversent pour engendrer les haines religieuses, nationalistes ou communautaristes, avec dans le volet « morale » un élément devenu fondamental, l’économie et la répartition des richesse guidée par un subtil dosage de mérite et d’équité.

Depuis 2010 et ce qu’on a appelé le printemps arabe, on assiste à une multitude de révoltes dans des pays assez différents par leur histoire, leur culture et leur niveau économique. Sans compter les conflits appuyés directement ou indirectement, par des Etats dotés d’armements et de moyens financiers. Libye, Syrie, Mali essentiellement. Pour le reste, le régime de conflit est devenu une habitude, en Somalie, au Soudan, au Nigeria, en Afghanistan, en Irak, au Pakistan... Des séquences historiques instables ont ainsi affecté nombre de pays. Les populations expriment un mécontentement pouvant aller jusqu’à l’émeute. On l’a vu récemment en Turquie, au Brésil, en Suède. Dans les pays affectés par la « vague du printemps », rien n’est stabilisé. En Libye, chaque semaine des morts liés aux factions disposant des armes disséminées après la mort de Kadhafi alors qu’en Egypte, la tension est palpable et le pays semble dans une configuration de guerre civile. En Chine, on trouvera certainement des insurrections locales, alors qu’au Japon l’agitation nationaliste se répand. Aux Etats-Unis, quelques esprits sont crispés et c’est en Europe que le mécontentement se propage dans plusieurs pays, que ce soit en Grèce, Bulgarie ou Espagne et Portugal. Le rêve européen est brisé. Les gens n’acceptent pas d’être laissés sur le côté alors que le nombre de millionnaires ne cesse de s’accroître et que pour une bonne minorité, la vie est de très bon standing. Que dire de plus sans égrener d’autres évidences. Peut-être que le désordre mondial a toujours existé depuis que les hommes vivent en société. Il y a des périodes un peu plus agitées tout simplement et nous sommes actuellement dans une de ces périodes.

Dans un tel contexte, on s’aperçoit que chaque pays dispose de moyens pour organiser la société et maintenir un certain ordre. Au Japon, l’Etat se met au service des grands groupes pour essayer de relancer la croissance, au détriment des intérêts de la population. Pour faire accepter cette injustice tout en canalisant la colère, le sentiment nationaliste est propagé par d’habiles chargés de communication et du reste, le terreau culturel japonais se prête très bien à l’exacerbation de ce sentiment. En Turquie, l’Etat gouverné par Erdogan tente d’user de plusieurs dispositifs pour ordonner la société. La religiosité, une certaine morale extraite de l’islam ainsi que des mesures coercitives visant à rendre le pays culturellement pur. On l’a vu avec le projet dans un parc d’Istanbul voué à être détruit pour des projets immobiliers mais aussi chasser cette faune indésirable de gens peu « fréquentables ». Le Brésil saura certainement trouver des mesures pour calmer la révolte. Les pouvoirs politiques disposent de trois leviers pour mettre l’ordre dans les sociétés. Ce sont les forces de police, la loi et les normes religieuses ou morales.

Les idéalistes et les frimeurs n’hésitent pas à se la jouer « caïd intello » en abreuvant les forums de commentaires du style, faut que ça pète, ça va cogner, le grand soir arrive, étant entendu que ces hussards de la comédie virtuelle attendent que les autres aillent au front, se gargarisant de mots, comme le font les dirigeants. Au moins on est sûr que les dirigeants et les comédiens de la révolution populaires partagent une chose, le déni de réalité. Il n’y aura pas de changement de société, de révolution, tout simplement parce que les populations ne sont pas suffisamment instruites et organisées. Et ce n’est pas la faute des médias. Ce sont eux les responsables, ces gens qui préfèrent se divertir en laissant le monde aux élites ou alors se complaire dans la dénonciation et l’aboiement contre le scandale. Ecrivez des billets sur Cahuzac, Tapie ou Guéant, c’est le buzz assuré. Cette pique ironique sur mes compatriotes illustre ce que je pense sur les colères du monde. En vérité, la même chose que Sloterdijk, la colère n’a pas d’avenir politique. Elle relève de l’émotion et elle échappe à la raison pour ne pas dire qu’elle la détruit.

L’Egypte est là pour nous instruire sur la récupération de la colère par les Frères musulmans, parti politique qu’on ne peut pas considérer comme fiable. Des amateurs qui grâce à la fortune des événements ont pris le pouvoir sans avoir la science pour le gérer et le conserver. Un agrégat d’amateurs, d’improvisateurs, de partisans bien incapables de gérer un Etat et trop peu honnêtes pour éviter de privilégier un clan au détriment d’un autre. Bref, l’Egypte est au bord de la guerre civile mais cette fois, les puissances étrangères n’interviendront pas car l’affaire est purement interne. D’ailleurs, les Etats-Unis ont réduit leur représentation. L’Egypte, qui n’a guère d’impact économique ni de ressources stratégiques, n’intéresse pas trop les grandes puissances sauf les Etats-Unis et Israël pour le côté géopolitique. Néanmoins, le destin de ce pays devrait nous interpeller. Le désordre mondial s’y dessine et l’on anticipe les raisons expliquant que les colères européennes peinent à se traduire en termes politiques.

Les Etats européens gèrent et régulent les pays avec des moyens assez conséquents pour contenir la révolte. Les insurrections, bien que légitimes, s’avèrent stériles car sans organisation politique, sont vouées à échouer, condamnées à ne rester que des fluctuations sociales inscrites dans le nouveau désordre mondial. On l’a vu avec le mouvement des indignés en Espagne ou ailleurs. Si un peuple qui se réclame d’un dessein éthique veut prendre le pouvoir, qu’il s’organise et s’instruise. Qu’il prenne le pouvoir sur l’information, l’expertise, la science de l’organisation. Ce n’est pas le cas actuellement. Eh bien que le peuple se soumette à ceux qui savent pour les décisions ! Mais les choses ne sont pas acquises pour les puissances qui ne peuvent pas agir à leur guise et sont obligées de tenir compte d’une opinion publique qui maintenant et c’est nouveau, commence à peser sans qu’on ne sache quelle est la part de l’Internet dans ce phénomène.

Quoi qu’il en soit, la situation du monde ne peut faire l’impasse sur l’analyse psychosociale et psychopolitique. Ne rêvons pas. Un monde ordonné est impossible mais un monde un peu plus équilibré et vivable est envisageable. Pour l’instant, il nous faut prendre en compte les considérations entropiques. Avec le constat d’une « entropie formelle » s’accroissant. Autrement dit, une diversification et une diffusion des formes culturelles. Ceci expliquant l’agitation, les émotions, les peurs, les inquiétudes et les tensions. Ce qui permet de comprendre pourquoi, depuis les années 1970, le religieux comme forme d’organisation du psychisme est revenu en force. Le religieux qui offre des repères, rassure et qui pour certains pays permet aussi d’asseoir une organisation sociale. Dans les pays laïques comme la France, la morale républicaine est mise en avant par les « autorités », avec le politiquement correct et l’appui des médias de masse diffusant les messages psycho-actifs du culte cathodique. Il y a dix ans, les « intellos » du Medef nous servaient de « l’entreprise citoyenne » pour faire croire que les patrons ont la fibre humaniste. Le psycho-religieux ne fait que seconder l’Etat dont l’efficace repose sur les lois et surtout la police, instrument devenu prépondérant pour les pouvoirs à l’époque du nouveau désordre mondial. Avec les caméras de surveillance et l’espionnage numérique si nécessaire. Et comme on le verra, l’armée interviendra sans doute en Egypte pour contrôler la situation et qui sait, reprendre les rênes du pouvoir.

Pour compléter ces notes sur le désordre mondial, soulignons ce trait particulier si répandu dans les pays qu’on pourrait le prendre pour universel. C’est la division sociale. La plupart des sociétés sont divisées. Certes, cela ne date pas d’aujourd’hui sauf que ces divisions sont sources de tensions. On le voit avec les incitations à la haine proférées en Egypte par les partisans de Morsi prêts à faire couler du sang. Partout dans le monde, la haine se répand avec le désordre entropique ce qui signifie que le monde est en suspens et que l’on n’est pas certain que les forces du chaos ne soient pas plus puissantes que celles qui unissent en une divine harmonie les individus et les peuples. Finalement, on est dans le même bateau comme le disait avec pertinence Peter Sloterdijk. L’essentiel étant de s’instruire pour ne pas périr d’une vie docile d’esclavage ou d’une colère irraisonnée !

Bernard Dugue

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Agoravox
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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