Quantcast

Jeudi 17 février 2011 4 17 /02 /Fév /2011 04:03

Dieu en larmes et en sang...

André Malraux disait dans un éclair de clairvoyance que le 21ème siècle serait spirituel ou ne serait pas, s’il entendait par « spirituel » l’impérialisme religieux sous forme d’affrontements idéologiques sanglants, de croisades revivifiées d’un extrême à un autre, il était alors, tristement, malheureusement, un des rares grands visionnaires de son époque.. Car les chemins de la spiritualité pervertie par des enracinements doctrinaux nauséeux sont depuis le début de ce siècle jonchés de cadavres d’innocents dont le seul crime aura été de « croire », de se convaincre d’une « foi » ou de se trouver aux mauvais endroits aux mauvais moments.. Les guerriers fous du religieux se nourrissant de la psychose populaire des lendemains incertains socialement et économiquement, des frustrations liées à l’injustice indéboulonnable portée par des classes de dirigeants corrompus et irresponsables à la solde d’intérêts aussi complexes qu’égoïstes, font descendre les dieux dans l’arène des gladiateurs afin qu’ils servent de bouclier et de feu..

La haine qui s’étale en hémoglobines sur les murs des églises attaquées par la furie de groupuscules extrémistes, la méprise tragique d’invasion de pays - peut-être indignes de toute considération démocratique - dans un climat de confusion entre le politique et le religieux, les maladresses inopportunes sur l’axe du bien contre l’axe du mal, le laisser-faire coupable dans la montée de l’intolérance et de la stigmatisation, c’est le sentiment désagréable d’être aux aurores d’une nouvelle boucherie mondiale qui semble prédominé les premiers pas vite désillusionnés pour ce qui l’était encore de cette année si neuve et déjà si vieille.. On rumine Dieu à toutes les haines, on le magnifie pour mieux justifier l’innommable, c’est l’alibi à toutes les intolérances et même celles qui refusent d’en assumer la fureur bestiale.. Les regards ne se tournent plus vers les cieux que pour souhaiter l’anéantissement d’autrui, et les religions sont devenues le bras armé de cette détestation sous le sceau divin.. Les âmes en plein désespoir s’accrochent à des promesses de vie meilleure, les frustrations et les peurs nourrissent leur croyance, on n’aime désormais Dieu que parce que l’on a la crainte pour son devenir, ce qui est la manière idéale de trahir ce qu’Il représente..

L’homme questionne et se questionne sur l’existence, sur les forces abstraites mais présentes penchées sur sa marche, sur l’indicible auquel il tente d’accrocher un sens.. L’on avait cru que le modernisme aurait pu détourné définitivement l’homme des interrogations métaphysiques, l’éloignant vers les tentations du matérialisme, il faut croire qu’il – ce matérialisme - a contribué, au travers de l’individualisme notamment, à ressusciter la part de mystère dans la quête de l’harmonie en soi comme autour de soi.. La contemporanéité plongée dans une ébullition permanente avec sa cohorte de doute et d’angoisse, le repli sur sa fragilité, une desensorisation morale et identitaire accrue, a amené les âmes à trouver la quiétude et l’espérance dans le crucifix, le yoga, la bible, le coran ou bien d’autres.. Les livres sur la réalisation de soi sont aujourd’hui des best-sellers, on a les yeux rivés et éberlués vers de nouvelles philosophies - qui à bien y regarder ne sont que de vieux préceptes dépoussiérés ; des gourous autoproclamés deviennent les penseurs les plus courus, et des occultismes remis au gout du jour ainsi que de nouvelles chapelles font leur apparition pour mieux répondre à cette attente grandissante..

Le spirituel est la grande mode du moment, le prosélytisme religieux retrouvant des couleurs, grignotant méthodiquement l’espace sied à la laïcité, est l’une de ses expressions les plus inquiétantes.. Oui, les gens s’intéressent de plus en plus à la « foi » qu’importe ce qu’elle est ou quelle définition on lui confère, ils y ont « foi ».. Le problème au fond ne vient pas de cette attractivité lente mais exponentielle de la « croyance », le problème vient de l’influence purement religieuse, de l’ « opium » qui en découle.. Là où le spirituel peut servir de source d’apaisement, de tolérance et d’ouverture parce que fondé sur des principes moraux communs et universels, le religieux lui porté par la fougue doctrinale, l’embrigadement intellectuel, le formatage de la conscience et de la solidité de sa dépendance est aux origines des conflits sanglants auxquels l’humanité ne cesse de faire face.. Ainsi le religieux dans une certaine lucidité a su tirer profit des faiblesses du modernisme et du progressisme pour s’imposer comme l’assurance d’un monde inamovible centré sur des valeurs plus « humaines », ce qui loin d’être authentique permet de lui trouver une réelle légitimité.. Il se dit désormais garant de l’ordre juste, celui qui trace les frontières de l’acceptable voire de l’inconcevable..

Dieu n’est pas mort, mais il gémit douloureusement sous les coups mortels portés par les religions, ce n’est plus qu’une justification de la perversion de l’esprit, les manipulations religieuses l’entrainent au fond du gouffre, miroitant le paradis avec un parfum de souffre.. Il est là au milieu de nos tiraillements imbéciles, de notre folie religieuse, attendant que l’on l’achève définitivement, en larmes et en sang..

Par La Libellule - Publié dans : Agoravox
Ecrire un commentaire - Voir les 1 commentaires
Retour à l'accueil

PIMPRENELLE POURPRÉE

Profil

  • PIMPRENELLE POURPRÉE
  • Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • Femme
  • ecrivain un jet de lumière une flamme
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

Recherche

Calendrier

Juin 2013
L M M J V S D
          1 2
3 4 5 6 7 8 9
10 11 12 13 14 15 16
17 18 19 20 21 22 23
24 25 26 27 28 29 30
             
<< < > >>

Créer un Blog

PIMPRENELLE POURPRÉE

Créer un blog gratuit sur over-blog.com - Contact - C.G.U. - Rémunération en droits d'auteur - Signaler un abus - Articles les plus commentés