Partager l'article ! Etude pro-palestinienne de Rene Backman sur le nouvel Obs.: Fatah – Hamas : la réconciliation ? René Bac ...
Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
René Baclmann
Sauf aléas de dernière minute toujours possible dans une négociation aussi délicate et lourde de conséquences, les dirigeants du Fatah et du Hamas devraient se retrouver à la fin de la semaine prochaine au Caire pour signer un accord de réconciliation. Il mettra fin à un contentieux né des élections de janvier 2006, remportées par le Hamas, qui s’était ensuite transformé en conflit armé. Conflit que les islamistes du Hamas avaient remporté sur te terrain, en chassant en juin 2007 de la bande de Gaza les représentants de l’Autorité palestinienne issue du Fatah. Depuis lors les territoires palestiniens étaient divisés en deux entités distinctes non seulement géographiquement mais aussi politiquement.
Le compromis d’Omar Souleimane
La bande de Gaza, entièrement évacuée par Israël, mais soumise à un blocus total de l’armée israélienne (avec l’aide de l‘armée égyptienne), était gouvernée par le Hamas. La Cisjordanie, où vivent près de 200 000 colons israéliens, auxquels s’ajoutent les 300 000 implantés à Jérusalem-est, était divisée en trois zones soumises à des régimes différents. C’est à Ramallah, important centre commercial de la zone A – sous contrôle civil et sécuritaire palestinien – que s’est installé le gouvernement de l’Autorité palestinienne.
Ce gouvernement partage avec l’armée israélienne le contrôle de la zone B. Et l’armée israélienne conserve la totalité du contrôle de la zone C, où se trouvent les colonies.
En fait, il y a plus d’un an et demi que des négociations étaient en cours entre le Hamas et le Fatah, sous le parrainage de l’Egypte, pour tenter d’aboutir à une réconciliation. Il y a quelques mois, le général Omar Souleimane, chef des services de renseignements égyptiens, qui conduisait les pourparlers avait soumis aux deux parties un texte de compromis que le Fatah avait jugé acceptable et signé mais que le Hamas refusait de signer. Au sein du Hamas, des tensions avaient même surgi sur ce point entre la direction « intérieure », dans la bande de gaza et la direction « extérieure », basée à Damas et incarnée par le chef du bureau politique Khaled Mechaal, jugé trop éloigné des réalités quotidiennes vécues par les habitants de la bande Gaza.
La charte du Hamas : point de blocage.
L’un des points de blocage de la négociation Fatah-Hamas tournait autour de la reconnaissance de l’existence de l’Etat d’Israël. Le Fatah, membre de l’OLP, l’avait explicitement reconnue en 1993 lors de la signature des accords d’Oslo. Le Hamas, qui a condamné les Accords d’Oslo a adopté en 1988 une charte dans laquelle il affirme que la terre palestinienne est une propriété religieuse qui ne peut donc être négociée, aliénée ni cédée. Il refuse donc l’existence sur cette terre d’un autre Etat – Israël.
Sur ce point, des discussions ont eu lieu au sein de l’organisation islamiste. Le Hamas a même signé le 27 juin 2006, avec la plupart des autres mouvements islamistes – à l’exception du Jihad islamique - un document reconnaissant implicitement Israël dans ses frontières de 1967.
Ses dirigeants ont-ils, cette fois, franchi le pas et accepté de reconnaître la validité de tous les accords conclus par l’OLP depuis 1993, ce qui implique la reconnaissance d’Israël ? Les délégations qui ont signé hier les « lettres initiales » scellant un accord complet entre les deux organisations n’en ont pas fait état.
Elles ont en revanche souligné que des accords avaient été conclus sur la création d’une force de sécurité commune, la libération des prisonniers des deux mouvements, la mise sur pied d’un gouvernement intérimaire d’union nationale, composé de technocrates sans affiliations politiques et de « figures nationales » et l’organisation d’élections législatives et présidentielle, d’ici 8 à 12 mois. Une commission juridique, composée de 12 magistrats, chargée d’arbitrer les litiges liés aux scrutins a même été prévue.
Manifs pour la réconciliation.
Pourquoi ce qui était impossible depuis des années est-il devenu possible aujourd’hui ? Pour de multiples raisons dont plusieurs sont liées au réveil arabe. Malgré l’argent qu’il a largement distribué, sous forme de salaires, d’aides ou de services sociaux divers, aux habitants de la bande de Gaza, grâce à la générosité de ses soutiens étrangers – notamment le Qatar et l’Iran – le Hamas, qui fait régner un ordre islamique musclé à Gaza ne s’est pas fait que des amis dans la population.
La crise économique et sociale majeure que connait le territoire depuis qu’il est soumis au blocus israélien lui est en partie imputée. Il lui est aussi reproché d’avoir laissé s’implanter dans la bande de Gaza des groupes salafistes, violents et intolérants, souvent à l’origine de règlements de comptes ou de tirs sur le territoire israélien qui sont suivis de représailles aériennes.
Par ailleurs, l’actuelle prospérité de la Cisjordanie, dont les habitants de Gaza n’ignorent rien et qu’ils envient, a largement contribué à la chute de popularité du Hamas comme le confirment les derniers sondages. Et les dirigeants du mouvement islamiste ne pouvaient pas ne pas voir que la thèse du « refus d’Israël » et de la « résistance armée » qu’ils défendaient avait de moins en moins de partisans.
Les manifestations organisées, dans le sillage de la chute de Ben Ali et de Moubarak, par les jeunes de Gaza et de Cisjordanie, contre l’avis des autorités ne réclamaient pas la chute des dirigeants palestiniens ou l’intensification de la lutte armée mais la réunification et la réconciliation.
Le rôle du nouveau régime égyptien
La chute du régime égyptien et le remplacement, à la tête des services de renseignements du général Omar Souleimane par le général Mourad Mouafi a aussi joué son rôle dans cet accord surprise. Comme Hosni Moubarak, Omar Souleimane était ouvertement hostile au Hamas, issu des Frères musulmans que le régime égyptien renversé considérait comme une menace. Décidé à entretenir avec Israël des relations aussi bonnes que possible, il n’était pas pressé non plus d’aider les Palestiniens à une réconciliation que Benjamin Netanyahou, comme plusieurs de ses prédécesseurs jugeaient inutile voire néfaste.
Le nouveau régime égyptien, qui a une attitude plus tolérante à l’égard des « Frères », désormais admis à participer à la vie politique légale, est aussi mieux disposé à l’égard de leur branche palestinienne, tout en conservant de bonnes relations avec le Fatah et les dirigeants de l’Autorité palestinienne. Il est possible que l’Egypte de « l’après Tahrir » nourrisse l’ambition historique de réconcilier et réunifier les Palestiniens pour faciliter la résolution du conflit avec Israël. On ne peut pas exclure non plus que de son côté, face aux incertitudes qui guettent la Syrie, où il est l’un des protégés du régime, Khaled Mechaal, ait jugé prudent de tenir compte du nouvel équilibre de forces qui pourrait s’installer dans la région si Bachar al-Assad venait à tomber. Et décidé d’assouplir ses positions. Et il est encore trop tôt pour mesurer le poids, dans cette décision des allies quataris et iraniens du Hamas.
Du côté du Fatah et de l’Autorité palestinienne, cette réconciliation – si elle est confirmée et durable – est providentielle. Alors que sa stratégie diplomatique repose désormais sur la reconnaissance en septembre par l’Assemblée générale de l’ONU de l’Etat de Palestine, Mahmoud Abbas butait sur un obstacle majeur : comment proclamer la naissance de cet Etat, dans les frontières de 1967 – c'est-à-dire sur les territoires de la bande de Gaza et de la Cisjordanie, y compris Jerusalem-Est – si une partie de l‘Etat continue de relever d’une autorité non seulement différente mais hostile ? La réconciliation, en attendant, peut-être, demain, la réunification politique et administrative des deux entités est un pas supplémentaire vers l’existence de l’Etat. Ajoutons que Mahmoud Abbas, comme les dirigeants du Hamas, ne pouvait rester sourd aux appels à la réconciliation lancés, il y a quelques semaines, par la jeunesse à Ramallah comme à Gaza.
La paix avec Israël ou la paix avec le Hamas ?
On aurait pu imaginer que le gouvernement israélien, face à cette surprenante réconciliation, montre son intérêt et cherche à s’assurer des engagements pris par le Hamas, à propos du respect des accords signés par l’OLP, qui impliquent la reconnaissance d’Israël. Erreur. Benjamin Netanyahou s’est contenté de rappeler que Mahmoud Abbas devait « choisir entre la paix avec Israël et la paix avec le Hamas ». Ce qui semble indiquer que les deux, à ses yeux, sont incompatibles.
Apparemment Netanyahou qui a déjà choisi la paix avec les colons au détriment de la paix avec les Palestiniens et qui est décidé à faire tout ce qui est possible pour empêcher cet automne la reconnaissance par l’ONU de l’Etat de Palestine, a décidé de faire de ces retrouvailles palestiniennes l’un des arguments essentiels de son offensive diplomatique.
Son ministre des affaires étrangères, Avigdor Lieberman, affirme déjà que cette réconciliation est le prélude à la conquête de la Cisjordanie par le Hamas. Washington, qui tient toujours le Hamas pour une organisation « terroriste » rappelle de son côté que tout futur gouvernement palestinien devrait renoncer à la violence et reconnaître l’Etat d’Israël.
Ces engagements figureront-ils dans le texte officiel de l’accord ? Il faudra attendre la signature solennelle du document la semaine prochaine pour en être sûr. Si c’est le cas, comme les documents préparatoires le laissaient entrevoir, une page nouvelle sera tournée. Et Benjamin Netanyahou devra en tenir compte dans le discours sur le destin de la paix qu’il doit prononcer, à la fin du mois de mai, aux Etats-Unis.
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