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Lundi 19 juillet 2010 1 19 /07 /Juil /2010 08:57

 

Famagouste ou la Turquie en "Flagrant Délit Palestinien",

Par

Thérèse Zrihen-Dvir

La cité fantôme, située près du cœur de la ville, à l'extérieur des murailles vénitiennes, est devenue depuis l'invasion turque, l'antre des serpents, des scorpions et des rats de différentes espèces.

Les enseignes affichées sur les clôtures qui ceinturent la citée fantôme, projettent l'image de soldats turcs, armés jusqu'aux dents, servant d'avertissement à tous ceux qui oseraient s'aventurer à prendre des photographies. Les bâtiments en ruines à l'intérieur du périmètre semblent figés depuis 1974, évoquant une séquence de la série Twilight zone (quatrième dimension). Rien n'a changé depuis l'incursion des forces armées turques qui avaient transformé le centre de Famagouste en citée fantôme.

 

Plusieurs années après la prise de force de Famagouste, quelques passants avaient détecté le scintillement d'ampoules électriques  encore allumées à travers les fenêtres des bâtiments abandonnés. Les quelques individus qui avaient été autorisés à pénétrer dans la citée fantôme (appelée depuis Varosha) avaient retracé durant leur tournée, la présence de petits déjeuners non entamés, déposés sur les tables, et des lits défaits à l'intérieur des habitations, attestant de la panique qui avait précédée la fuite des occupants. Les Livres, ajoutaient-ils, encore ouverts, étaient les témoins muets mais insolites de la débandade engendrée par l'invasion barbare.

 

Le journaliste suédois Jan-Olof Bengtssonn décrivait avec précision l'état de la citée trois ans après l'invasion. Il rapporta dans le journal Kvallsposten sa visite au bataillon suédois de l'ONU au port de Famagouste en 1977 :

"L'asphalte sur les routes est fissuré dans sa grande partie et une brousse épineuse s'est emparée des trottoirs. Aujourd'hui, Septembre 1977, les petits déjeuners garnissent encore les tables, les lampes électriques restent allumées et le linge lessivé tendu sur des cordes, que le vent ballotte à loisirs, défie ce paysage pétrifié. Varosha est une citée fantôme."

 

Les Turcs, bien qu'ils se placent actuellement au premier rang dans l'assaut contre Israel pour sa dite "occupation illégale" des territoires de la patrie juive, et pour soi-disant maltraiter les palestiniens, sont ces mêmes individus qui perpétuent le crime gigantesque contre l'humanité dans leur implication et occupation de Famagouste. Né d'une épuration ethnique systématique, c'est le témoignage vivant et perpétuel de la possession illégale de Chypre par la Turquie, l'expulsion massive des minorités ethniques chypriotes grecques du nord, le vol de leurs possessions et un nombre méconnu de meurtres. L'illégale république du nord de Chypre n'est absolument pas reconnue par tous les pays, hormis la Turquie elle-même. Depuis son invasion brutale, la Turquie y a transféré plusieurs milliers de ses citoyens et maintient ses troupes au nord de Chypre. C'est cette même Turquie qui dénonce de manière vénéneuse Israel quand elle initie la construction dans lesdites "colonies" dans les faubourgs de Jérusalem, pour les civils juifs sur des terres légalement acquises.

 

Un bref coup d'œil sur l'histoire nous apprend que Famagouste avait été érigée au 13e siècle av J.C. Au cours de l'Âge de Fer, elle était connue sous le nom de Salamis, et ses rois descendaient de la lignée de Teucer, frère d'Ajax, le héros de la guerre de Troie. Les Phéniciens y venaient par intermittence, comme les Assyriens et les Perses. Les colons Grecs la dominèrent et les Romains transformèrent famagouste-Salamis en port clef et en un grand centre d'administration. Certains juifs qui avaient émigré de leur patrie s'y installèrent pour cultiver des vignobles d'où ils extrayaient le vin utilisé dans le temple de Jérusalem, comme le décrit le Talmud.

 

Les Byzantins avaient renforcé les renforts de la ville, devenue la cible de raids des pays arabes islamiques. La mère du prophète Mahomet, accompagnée de ses guerriers y mourut durant une de ces excursions. Elle fut enterrée près de l'aéroport de Chypre et le site devint par conséquent, un sanctuaire de pèlerinage pour les croyants islamiques. Les croisés de l'Europe septentrionale prirent possession de l'île au Moyen Âge. Famagouste demeura le port principal de toute l'île. Les chevaliers croisés s'y réfugièrent après avoir été expulsés de la Terre Sainte par les sarrasins. Dans le temps, l'île fut prise en charge par Venise, en partie pour empêcher les rivaux italiens de Gênes de prendre contrôle de l'île stratégique. Les vénitiens octroyèrent au centre de Famagouste son caractère définitif avec ses remparts massifs, ses portes et ses tours. Le Lion ailé de St. Mark, le patron de Venise, surplombe encore ses murailles. Le mythique d'Othello de Shakespeare servant comme souverain de Famagouste se concrétise  curieusement par la plus grande forteresse, nommée à ce jour "la tour d'Othello".

 

En l'an 1571, les Ottomans perdirent patience et s'emparèrent de l'île, capturant Famagouste après un long siège de neuf mois. Ce fut le dernier bastion chrétien qui tomba en captivité. La majorité ethnique grecque de l'île maintenait néanmoins son identité culturelle, parlait sa propre langue et préservaient obstinément sa foi chrétienne orthodoxe en dépit des tentatives des latins et des ottomans de les enrayer. Depuis l'impressionnante cathédrale de Famagouste fut convertie en mosquée et le reste à ce jour.

 

En 1878, les colonialistes Turcs livrèrent l'île à l'empire britannique dans le cadre d'un accord d'aide de la Grande-Bretagne aux Ottomans face à leur lutte contre l'assujettissement au tsar de la Russie. La Grande-Bretagne briguait Chypre pour en faire une base navale gardant l'accès au canal de Suez, mais l'île fut gérée avec une politique de bénigne négligence. Dans les années 1940, les Britanniques s'emparaient des navires transportant les réfugiés juifs qui fuyaient Hitler et cherchaient refuge en Palestine. Ces derniers étaient incarcérés sur l'île dans des camps disséminés autour de Famagouste.

 

Les chypriotes réussirent à extraire les Anglais de l'île en 1958 et Chypre devint une république. Mais les rapports entre les chypriotes grecs et les chypriotes turcs se détériorèrent, culminant en rivalité ouverte. Après une série d'attaques avortées et, en réaction partielle aux velléités de certains Grecs, nationalistes radicaux de l'île, soucieux de s'intégrer à la patrie grecque, les turcs réagirent par l'invasion militaire de l'île, durant l'été 1974.

 

Les tanks turcs touchèrent terre sur la côte nord à l'ouest de Kyrenia et rapidement expulsèrent l'armée chétive chypriote du nord de l'île. En l'espace de deux jours ils conquirent Famagouste. L'armée de l'air turque bombarda la ville impuissante et délaissée. La population grecque craignant d'être massacrée par les envahisseurs, prit la fuite vers la région sud, hors de l'atteinte de l'armée turque. Mais afin de démontrer au chypriotes qui était le nouveau dirigeant en ville, les turcs garantirent la région touristique de Famagouste tout en déniant tout accès aux civils. La nouvelle cité fantôme, regorgeait de possessions précieuses grecques, comprenant des maisons et des hôtels luxueux. Famagouste a été la capitale touristique de Chypre, les objets d'art et les musées de la cité fantôme furent saccagés.

Entre-temps, les tanks turcs continuaient leur progression jusqu'à la conquête de la moitié de Nicosie, la capitale de Chypre. Ils érigèrent un mur bien identique à celui de Berlin et pour intimider les chypriotes grecs au sud de Nicosie, les turcs fabriquèrent le drapeau le plus imposant du monde qu'ils plantèrent sur le versant des montagnes, face à la ville. Plusieurs drapeaux turcs se dressent sur le côté septentrional de la moitié de la ville. Des minarets de Nicosie, la puissance des hauts parleurs est décuplée, initiative significative marquant la volonté de l'envahisseur d'étouffer le moindre reliquat de la présence grecque.

 

Par une coïncidence bizarre, le mur de l'occupation divisant le centre de Nicosie n'attire personne, ni n'incite la solidarité de la part des gauchistes et manifestants des pays de l'Occident. Ils sont trop occupés à dénoncer Israel pour sa construction d'un mur de sécurité qui empêche les kamikazes de venir se faire exploser dans les villes juives et à Jérusalem en particulier, tuant d'innocents civils, des enfants en route à l'école et des bébés avec leurs parents dans des cafés. Aucune Rachel Corrie n'est venue à Nicosie pour défier l'occupation de l'armée Turque.

La cause est bien simple : Ils sont tous conscients qu'ils seront jetés en prison sans aucune considération, ni de chance d'être jugés par une cour normale et sensée.

 

Depuis 1974, d'innombrables, mais toujours vaines, résolutions de l'ONU demandaient aux turcs de quitter immédiatement l'île et de restituer aux chypriotes grecs leurs possessions confisquées par la Turquie. C'est ce même gouvernement turc qui dénonce régulièrement Israel pour oser défendre ses civils contre les terroristes arabes. Il pousse son effronterie jusqu'à accuser Israel de négligence de l'opinion publique mondiale (anti-israélienne) et des demandes de l'ONU pendant que lui-même n'en respecte aucune.

Les pilleurs turcs de Famagouste, les occupants turcs du nord de Chypre, s'insurgent de l'occupation, mais seulement celle prétendue d'Israel. Ils envoient des flottilles pour la paix truffées de terroristes armés pour défier le siège de Gaza, mais jamais celui de Famagouste, la citée fantôme. La Turquie demande des droits de retour pour les réfugiés palestiniens de 1948, mais refuse obstinément de prendre en considération le droit de retour des chypriotes grecs à leurs propriétés, perdues depuis 1974.

 

La Turquie insiste à ce que les palestiniens soient accordés le statut d'état d'autodétermination pendant qu'elle refuse obstinément celui des Kurdes, des arméniens, des assyriens, des grecs, des bulgares, des azeris entre autres. Pendant que les arabes vivant en Israel jouissent d'un degré de liberté cent fois meilleur que celui d'un turc vivant en Turquie, le gouvernement turc continue de dénoncer Israel pour sa soi-disant oppression des arabes et violation de droits humains fondamentaux.

Le respect des droits de l'homme en Turquie est notoire par son absence. Il est permis aux turcs de tuer, d'occuper des territoires, d'assassiner des enfants, qu'ils soient kurdes, arméniens, chypriotes grecs, azeris, et autres, sans que l'Occident ne s'en offusque, pendant que le souffre douleur bien connu qu'est Israel, est mis au ban pour être l'unique démocratie valable et compétente du Moyen-Orient.

 

Thérèse Zrihen-Dvir

http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/

 

 

 

 

Par La Libellule
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

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