Partager l'article ! Guerre de Kippour: révélations d’un historien: Guerre de Kippour: révélations d’un historien Tsahal a décidé ...
Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Si le combat de la « ferme chinoise », dans la péninsule du Sinaï, a fini par être gagné, il n’en demeure pas moins qu’une stratégie plus réfléchie aurait permis d’épargner d’importantes pertes dans les rangs de Tsahal. C’est ce que soutient l’historien israélien Ouri Milstein, qui a ouvert un forum consacré à l’étude des événements de la « ferme ». Ce point stratégique a été conquis par l’ennemi avant d’être repris. L’un des aspects importants soulevés par son étude consiste en l’abnégation de soldats qui, malgré les hauts risques d’y laisser leur vie, ont tout fait pour sauver les blessés. Pour lui, la conscience collective d’Israël n’honore pas leur bravoure, pour la bonne raison que leur action n’est pas connue du grand public. Il cherche également à ce que des leçons soient retenues pour éviter que des situations où l’action militaire ne correspond pas suffisamment aux conditions réelles ne se répètent. Il déplore les manquements et les nombreux dysfonctionnements qui n’ont pas été suffisamment étudiés et analysés afin d’éviter que l’histoire ne se répète. Or, selon lui, l’un des événements qui ont le plus marqué Israël au cours de la première guerre du Liban, en juin 82, à savoir la bataille de Sultan Yacoub, dans la vallée de la Bekaa, contre les forces syriennes, aurait pu être moins tragique si on avait tiré les leçons du passé. Trois soldats sont portés disparus encore aujourd’hui, près de trente ans après. Le docteur Milstein éprouve certaines difficultés à faire accepter les résultats de ses travaux par l’armée: «Tsahal suit une ligne qui consiste à ne pas coopérer avec des chercheurs du civil sauf si leurs conclusions confirme la position officielle.» Il soutient en effet que les échecs n’ont pas été retenus et qu’aucune enquête approfondie n’a été faite parce que des personnalités du paysage politique et militaire n’auraient jamais tenu à ébruiter cette affaire. Il retient notamment les noms de certains ministres de la Défense, qui avaient pris part au commandement médiocre des opérations dans le Sinaï.
Outre le déroulement précis de la guerre, la situation politique internationale intéresse les travaux de l’historien. Vladimir Vinogradov était l’ambassadeur de l’URSS au moment de la guerre de Kippour, qui devint par la suite ministre russe des Affaires étrangères. Ce dernier a rendu publiques ses mémoires. Pour Milstein, il ne s’agit pas de simples souvenirs, mais d’éléments qui jettent une lumière nouvelle sur les alliances politiques de l’époque. «Quand Vinogradov était ambassadeur en Egypte, ce pays était un satellite de l’URSS. Il était informé de tout ce qui se passait. Il entretenait d’étroites relations avec Sadat pendant la guerre, et avec les principaux généraux de l’armée égyptienne. C’est dans cette perspective qu’il faut comprendre ce qu’il dit aujourd’hui. »
Un document envoyé au Kremlin en 1974 fournirait d’importantes révélations, selon le professeur: les documents de Vinogradov parlent d’une entente politique préalable qui expliquerait le vide laissé par les armées égyptiennes ayant permis à Tsahal de retraverser le canal de Suez. Milstein lui-même trouve suspect ce large espace dégagé d’une façon trop flagrante par l’Egypte, comme si elle avait voulut sciemment permettre à Tsahal de gagner la guerre. Voici la tactique prévue d’après les documents russes examinés par Milstein:
«Selon ce qui était convenu, Israël ne devait pas enrôler de réservistes. En contrepartie, l’Egypte devait permettre à Israël de retraverser le canal.» Ce qui expliquerait du même coup le commandement laxiste des premiers jours de la guerre, et du premier échec de la « ferme chinoise », «Cette tournure des événements aurait obligé les Américains à s’engager aux côtés de l’Egypte et à contraindre Israël de se retirer du sol égyptien. Le gros avantage pour les Américains aurait été de faire passer l’Egypte sous sa tutelle et de la débarrasser de son tuteur soviétique.»
Milstein semble gagné par cette théorie et il abonde dans le sens de Vinogradov qui veut qu’une telle échéance eût été convenable pour toutes les parties: «Les Egyptiens auraient sauvé leur honneur, les Américains auraient obtenu le soutien de l’Egypte, et Israël, gagnant, serait parvenu à un accord de paix global parrainé par les Américains. Et l’histoire a montré que c’est ce qui s’est passé: ce que voulaient Golda Meir, Moshé Dayan et tous les membres du Mapaï, c’était qu’un accord de paix avec l’Egypte débouche sur la fin du conflit avec tous les pays arabes… Mais l’erreur a été de surestimer la force de Tsahal et de penser qu’il pourrait stopper facilement l’avancée égyptienne».
Cette théorie, fondée principalement sinon exclusivement sur de la documentation russe, soutient aussi que les Egyptiens auraient voulu attaquer Israël bien plus tôt mais que les Russes les auraient retenus, tandis que Kissinger aurait fait en sorte de précipiter les événements pour servir les intérêts américains.
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