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Jeudi 5 avril 2012 4 05 /04 /Avr /2012 01:39

Itinéraire parallèle d’un jihadiste allemand, et la méthode suisse de surveillance

L'affaire de Toulouse à mis en lumière l'organisation de filières de jeunes européens embrigadés dont le juge Bruguière à pu établir il y a plusieurs années qu'ils étaient entraînés par les forces pakistanaises, les services secrets du pays (l'ISI) se chargeant de les encadrer militairement. Parmi ceux-ci, je vous en ai retrouvé un, qui est fort représentatif, car son itinéraire ressemble fort à celui qu'a pu connaître fort brièvement Mohamed Merah, aux points de chute près. Il était allemand celui-là, et son parcours en forme de ratage complet de vie fort significatif. Un des jeunes esprits manipulés, surveillés plus ou moins par les services secrets de différents pays... Des services dont je vous en ai retrouvé un beau cas d'espèce... suisse. Les français, avec Merah, utilisaient la méthode Squarcini, dont on a vu les effets et le désastre final. Les suisses utilisaient une autre méthode... Recopiée sur une vieille méthode française, digne de celle des faux époux Turenge, de l'époque du Rainbow Warrior : incroyable découverte ! 

Encore une fois, c'est grâce à un site jihadiste qu'on a pu découvrir ce qui s'était passé. Ce qui s'était passé dans la tête d'un jeune allemand, dont le cadavre avait été retrouvé après l'assaut de forces pakistanaises contre des terroristes dans la zone du Waziristan, en mai 2010. il n'avait que 22 ans à peine, et était originaire de la Sarre. Le site, désireux d'en faire un martyr, avait voulu trop bien faire en racontant son parcours. Il était en fait désastreux de bout en bout ! Le jeune sarrois avait fini en chair à canon. Le cas qu'il représente prend aujourd'hui un drôle d'écho, à lire son incroyable odyssée dont beaucoup d'aspects évoquent la trajectoire de Mohamed Merah. Comme lui, il c'est tout d'abord un fan de foot racontait Courrier International en mai 2010.  "Au départ, Breininger est un jeune Allemand ordinaire qui joue au football au Borussia-Neunkirchen et se met du gel dans les cheveux. Après le divorce de ses parents, il grandit auprès de sa mère. Il fume un joint de temps en temps. Et il passe pour instable. Il était “facilement influençable”, selon sa sœur. Et voilà qu’il se transforme – en quelques mois – en ennemi public numéro un. Il fait alors l’objet d’un mandat d’arrêt international". Etonnant résumé à l'identique (gel de cheveux compris) de la vie de météore du tueur toulousain. Un jeune garçon, abonné aux petits boulots sans lendemain, et sans avenir non plus, voilà comment nous était présenté le jeune Breininger, avant qu'il n'apparaisse sur un avis de recherche façon FBI, comme ennemi public N°1 en Allemagne.

Et puis un jour, il tombe sous une influence. Celle d'un "grand frère", en l'occurence pour lui Daniel Schneider (ici en photo à gauche ; lors de son procès), et d'un germano-libanais, Hussein Al-Mallah (on songe à la filière syrienne d'Abdelkader Merah !). Le premier, membre d'une cellule terroriste allemande dite du Sauerland, sera arrêté le 9 septembre 2007, après avoir sauté par la fenêtre de sa salle de bain, et couru quelques mètres avant d'arriver face à face avec la police. lI avait alors réussi à s'emparer du revolver de service d'un des policiers en déchirant son étui, une balle était partie sans heureusement toucher personne lors de la lutte. Lors du procès qui avait suivi en 2009, Fritz Gelowitz (ici à droite), fils de bonne famille et leader déclaré du groupe avait indiqué que le but des attaques envisagées contre les forces américaines stationnées en Allemagne était de pousser Berlin à retirer ses troupes d’Afghanistan.  En réalité, le groupe avait été infiltré par la police, et était surveillé depuis longtemps  : "les enquêteurs, intrigués par la présence du groupe à proximité d’une base militaire américaine en Allemagne, les suivaient depuis des mois et avaient pu éviter le bain de sang en substituant, à l’insu des terroristes, un liquide inoffensif aux 60 litres de peroxyde d’hydrogène qui devaient servir à la fabrication des bombes". Gerlowitz avait suivi une filière "classique" : il avait été embrigadé par un dénommé Yehia Youssif, qui "prêchait la haine contre les infidèles" dans la bonne ville d'Ulm. A partir de ce moment-là, il avait multiplié les séjours à l’étranger : "un pèlerinage à La Mecque en janvier 2005, puis la Syrie « pour y apprendre l’arabe ». Un certificat, trouvé chez lui, fait état d’un séjour à la fondation du cheikh Ahmed Kurtaru, à Damas, entre août 2005 et juin 2006." Un de plus de la filière syrienne. La même que celle du groupe de Toulouse de 2007, que ce monde terroriste est petit !

Des personnes déjà suivies de près par les services américains : "selon la CIA, ce séjour est entrecoupé de voyages au Pakistan où Fritz Gelowicz, vraisemblablement muni d’un second passeport pour ne pas attirer l’attention, aurait suivi un camp d’entraînement militaire du groupuscule UJI (Union du jihad islamique), émanant de la guérilla ouzbèque." On remarque ici l'usage du deuxième passeport, qui semble une constante de ces voyageurs multi-cartes souvent bi-nationaux (Mohamed Merah possédant un passeport algérien, seul à jour au moment de ses séjours au Pakistan (*). "Selon les informations fournies par les renseignements américains à leurs homologues allemands, les apprentis terroristes y sont tout particulièrement mis au fait du maniement des explosifs (...) La cellule du Sauerland était remarquablement efficace. Selon l’acte d’accusation, Gelowicz était assisté d’un financier, Adem Yilmaz, un jeune Turc dont la famille vit près de Francfort. Les enquêteurs ont retrouvé chez lui une enveloppe portant en arabe la mention « caisse d’Etat » et contenant 5 300 euros en petites coupures". De quoi acheter de quoi faire des explosifs, mais pas des armes, au contraire des 20 000 euros de Merah, vraisemblablement fourni par le groupe niçois accès sur les casses de banques (**).

Des explosifs bien étranges, dont des spécialistes ont démontré l'impossibilité pratique de leur mise en œuvre, faute de stabilité, de toute manière (ici, personne n'a réussi à m'expliquer comment la police allemande aurait pu, à l'insu des complotistes, siphonner le peroxyde d"hydrogène pour le remplacer par un autre fluide indéterminé). En Allemagne, les stocks préparés par les terroristes étaient en effet tout simplement sidérants : "Entre février et aoùt 2007, les trois hommes ont rempli douze cuves de peroxyde d’hydrogène à 35%, représentant un poids total de 730 kg. Cette substance largement utilisée dans l’industrie, plus connue sous le nom d’eau oxygénée, peu devenir un redoutable explosif une fois combinée à d’autres produits. Les attentats de Londres, qui ont fait 52 morts en 2005, ont été commis à l’aide de 3 à 5kg de cet explosif. " Encore fallait-il fabriquer du TATP (ou triacetone triperoxide), à partir de l'eau oxygénée, réalisé en fait à Londres sous forme de mixture de farine de Chapatti (comme stabilisant) et de peroxyde d'oxygène. Du moins c'est ce qu'a toujours clamé la version officielle, d'aucuns parlant de T4 d'origine militaire bien plus classique. En Allemagne, il y en avait assez pour reproduire Oklahoma City, quoique de nombreux observateurs aient mis en cause la possibilité de déplacer une telle mixture sans qu'elle n'explose durant le trajet, tant le produit est instable de nature ! Et n'aurait pas été exothermique, mais aurait provoqué une réaction entropique,  selon un rapport de 2004. Or les photos des dégâts montraient bien d'intenses dégâts dûs aussi à la chaleur.... Néanmoins, et malgré les doutes, le gouvernement allemand avait pris la décision d'arrêter le groupe. « Il y avait une menace imminente pour la sécurité », a quant à lui assuré le ministre de la Défense, Franz Josef Jung, à la télévision allemande, confirmant que les attentats étaient imminents. Pour la chancelière Angela Merkel, « un horrible événement » a ainsi pu être évité. « Cela montre que la menace terroriste n’est pas une chose abstraite. C’est quelque chose de bien réel », a-t-elle dit en recevant à Berlin le Premier ministre libanais Fouad Siniora."

A l'époque, en 2007, la police allemande est un peu comme la police française, en fait : préoccupée avant tout par ses cellules islamistes, elle va passer à côté d'un trio de tueurs racistes d'extrême droite la "cellule de Zwickau", auteur de 9 meurtres xénophobes. Avec des éléments embarrassants sur le groupe : "la présence, notamment, d'un de ses informateurs (V-Mann) sur au moins une scène de crime (cinq, même, selon le Bild) laisse penser que les autorités ont pu laisser agir les terroristes, voir couvrir leurs activités. Cet indic, Andreas T., selon le Bild, porterait le surnom de "Petit Adolf"..."  Hasard de l'actualité, le groupe jihadiste du Sauerland vient juste de refaire la une des journaux, le groupe AQMI (d'Al Qaïda au Maghreb islamique) réclamant le 24 mars dernier la libération d'Oumm Saïfoullah al Ansaria, membre du groupe du Sauerland, la femme d'un des auteurs de tentatives d'attaques à la voiture piégée contre des intérêts US en Allemagne, en échange de leur otage allemand  Edgar Fritz Raupach. En fait, la fameuse Oumm Saïfoullah al Ansaria n'est autre que Filiz Gelowicz, l'épouse du leader du groupe !

Une Filiz Gelowicz qui aurait très bien pu échanger son apparence avec celle de Malika El-Aroud... d'ailleurs, sur certains siltes allemands, on image a été confondue avec celle de Malika. Membre actif de l' Ansar al-Mujahideen English Forum (AMEF), elle recrutait à tour de bras, comme Malika el-Aroud le faisait, des prétendants kamikazes qui le plus souvent se faisaient pincer avant même que d'avoir mis un pied au Pakistan. Elle sera condamnée pour prosélystime et le fait d'avoir collecté 2900 euros pour les jihadistes. Sur le net, elle se faisait appeler "fisebilillah" sur le site allemand Ahlu-Sunnah.com. C'est elle qui traduisait les sites écrits en turc en anglais, mais n'écrivait ni ne parlait l'arabe. Comme j'ai pu l'écrire ici dans ma saga sur Breivik, elle avait un fan assez particulier : Marc Garlasco, le faux humanitaire ancien cibleur de bombes lors de l'attaque de l'Irak... venu un soir applaudir un discours très nettement anti américain de deux réalisateurs allemands, Volker Steinhoff et John Goetz, qui n'en étaient pas à leur première tentative du genre ayant tendance à fabriquer des reportages incitant à lutter contre l'armée américaine...  tout, à l'intérieur du site, sentait la manipulation de jeunes esprits "fisebilillah" étant aussi manipulatrice que Malika-el-Aroud, alias "Oum Obeyda" en forum. Elle y écrivait par exemple, en dessous d'une vidéo atroce qu'elle mettait à disposition "dépêchez-vous de télécharger l’égorgement du Coréen" . Exactement le genre de vidéos que Mohamed Merah avait un jour tenté de forcer à regarder un plus jeune que lui. A propos d'Aroud, j'avais écrit que"c’est bien tout un système qui la protège et dont elle bénéficie !".

Devenu "Abdoul Ghafar l'Allemand" (Abdul Gaffar el-Almani), Breininger, le jeune converti au salafisme de Neunkirchen, va alors avoir envie de devenir jihadiste. En se branchant tout d'abord sur les sites déjà cités. Non sans une candeur étonnante, explique Courrier International. Et non sans retomber sur le même réseau que celui d'Abdelkader Merah, dont les stages de langue en Egypte ne peuvent plus faire ilusion avec ce recoupement évident. Le récit montre également avec quelle naïveté Breininger s’engage dans la lutte armée. "Peu avant son départ, il se demande encore où il va aller. En Algérie ? En Syrie ? Il se retrouve finalement en Egypte, dans la ville ultra touristique de Hourghada. Quelqu’un lui a donné sur un bout de papier l’adresse d’une école du Caire qui donne des cours d’arabe. Breininger est en Egypte depuis deux jours quand le groupe du Sauerland est démantelé à Oberschledorn, le 4 septembre 2007. Il apprend la chose dans un café. “Je suis tombé sur une page Internet qui indiquait qu’Abd Al-Malik, Talha et Abdullah avaient été arrêtés”, lit-on dans son texte rédigé en allemand bâclé. Ce sont les trois terroristes du Sauerland. Breininger dit avoir eu “les larmes aux yeux” en apprenant que ses frères étaient “aux mains des infidèles”. Plusieurs mois auparvant un réseau toulousain ayant des liens avec l'Allemagne tombait : c'est le 14 février 2007, à l'aube que celui qui se faisait appeler Abou Yasin (lire cet épisode) avait été arrêté avec tout son groupe, sur le même schéma que le groupe allemand. Avec un indic au milieu... lui aussi.

Une candeur qui continue, au point de se faire bêtement escroquer. "Al-Mallah, son autre copain de la Sarre, arrive un peu plus tard en Egypte. Breininger veut se rendre avec lui dans la province pakistanaise du Waziristan en passant par l’Iran. Mais là encore, il y a des problèmes. Les deux jeunes s’achètent un billet d’avion à Riyad, en Arabie Saoudite, avant de s’apercevoir qu’ils se sont fait repasser un faux. Ils finissent quand même par se trouver à la frontière du Pakistan, qu’ils franchissent dissimulés sous une burqa. Pour un haut responsable des forces de sécurité, ces procédés d’amateurs rappellent le groupe de Sauerland. “Ils veulent avant tout rejoindre le djihad, l’endroit où ils vont n’a qu’une importance secondaire”, explique-t-il". Au final, ils finissent quand même dans un centre d'entraînement alors sous la férule du Lashkar-e-Taiba ; le même qu'a prétendu avoir fréquenté Mohamed Merah. Et le même groupe rendu responsable des attaques de Mumbaï ! On le verra fièrement poser avec une Kalachnikov dans une main et le Coran dans l'autre, devant le drapeau habituel des revendications de prises d'otages talibanes.

Breininger se retrouve en effet finalement dans un camp d’entraînement de "l’Union du jihad islamique" (The Islamic Jihad Union (IJU), ou Jihad Group (IJG), issu de la scission de l'Islamic Movement of Uzbekistan (IMU)), à la frontière afghano-pakistanaise. "Son copain Al-Mallah s’en va peu après, mais le texte ne dit pas pourquoi. Ce détail était inconnu jusqu’à présent : les autorités allemandes avaient toujours recherché les deux hommes ensemble". Mais le plus important, c'est qu'il s'agissait bien des mêmes à l'avoir reçu. Voici en effet ce qu'on a appris de Mohamed Merah, ou presque : "Il a été pris en charge par le Mouvement islamique d’Ouzbékistan (MIO), qui a pour tâche, depuis la chute des talibans en 2001, d’encadrer les “étrangers” qui viennent combattre “les infidèles” en Afghanistan ou les forces de sécurité pakistanaises qui tentent, périodiquement, de les déloger. Le MIO, qui intègre aussi les combattants déclarés d’Al-Qaida, opère sous l’autorité du Tehrik-e-Taliban Pakistan (Mouvement des talibans du Pakistan, TTP)." Même parcours, même âge, même endroit.

Mais notre apprenti jihadiste a déjà le blues, à voir sauter un par un les jeunes qu'il côtoie. Kamikaze n'est pas vraiment un métier où l'on se fait des amis pour longtemps, on s'en doute un peu. Breininger a manifestement du mal à suivre la voie de ses frères d’armes. Il n'a pas vraiment la vocation ! “Au bout d’un moment, j’étais très déprimé car je ne pouvais échanger mes réflexions avec personne. Tout ce que je pouvais faire, c’était rester patient, serrer les dents et tenir le coup jusqu’au bout de la formation.” Breininger passe un moment dans “une maison de candidats au suicide”. Au début, ils sont quatre, mais deux d’entre eux se font exploser peu après. “Ces frères étaient comme des perles”, écrit-il. Le nombre des pensionnaires de la maison augmente nettement par la suite.  “Il y avait beaucoup de frères qui voulaient suivre leur exemple.” Breininger est également formé au maniement des armes lourdes. Il apprend à poser des explosifs et s’exerce à tirer à la kalachnikov. On voit ce genre d’armes sur les vidéos de propagande qui ont circulé ces dernières années". Il n'ira pas plus loin, après avoir fanfaronné en arborant son gros calibre, une PKM russe de 16 kg, et se fera tuer en avril 2010 lors d'une attaque de l'armée pakistanaise, sommée par les américains de faire un peu de nettoyage dans la région.Trois ans d'errance pour finir comme les autres, six pieds sous terre.

Une vidéo le montrera même en compagnie d'Abu Yahya al Libi, libyen d'origine... dont l'histoire abracadabrantesque (***) démontre que la notion d'Al-Qaida n'est qu'une gigantesque manipulation depuis toujours. C'est en effet un de ceux, qui, arrêté par les américains, réussira à s'échapper de la prison de Bagram, située au milieu d'un camp de 12 000 soldats US. Certains militaires le présentant alors depuis des mois comme le possible "successeur" de Ben Laden, ou le numéro 3 potentiel, ce dont l'armée US -et les médias- useront et abuseront comme définition, on le sait. Abu Yahya al Libi plaisait davantage aux pontes US car il semblait tenir des propos un peu plus compréhensibles, et savait parler anglais, surtout. Compréhensible ne veut pas dire pour autant intelligents : il avait un jour prêché sur le sort des infirmières bulgares retenues par Kadhafi, en retenant le bobard de l'inoculation du Sida... En tout cas, la présence d'Al-Libi démontrait davantage celle de la CIA, qui visiblement l'avait laissé s'échapper qu'autre chose.

Un Abu Yahya al Libi présenté ainsi dans le magazine pro-US Slate, le 22 septembre 2009 par Jarret Brachman (un ancien de la CIA !!!!) : "presque immédiatement (après s'être évadé), Abou Yahya entra dans le circuit des médias, utilisant son évasion spectaculaire pour gagner célébrité et infamie. Il diffusa notamment d'innombrables vidéos d'une durée digne de longs-métrages, moult longues monographies, de nombreux articles, et même une séance de photos. Sous de nombreux aspects, al Qaida a « lancé » Abou Yahya comme une entreprise marketing le ferait avec un nouveau produit. Et il a été accueilli à bras ouverts par le mouvement terroriste mondial. Qu'on le montre déambulant dans les vallées, s'entraînant au tir avec ses amis, récitant des poèmes au sommet d'une montagne ou rompant le pain avec ses étudiants, Abou Yahya semble donner à al Qaida une image « cool » à la jeune génération. Sa formation religieuse sérieuse lui permet de parer de manière aussi crédible qu'agressive les attaques contre al Qaida, et d'assaillir ses ennemis avec des moyens qui ne sont pas toujours à la portée de ben Laden et de son adjoint, l'ancien docteur en médecine Aymen al-Zawahiri, faute de formation théologique. Il ne fait aucun doute que lorsque ben Laden et Zawahiri mourront ou seront capturés, le mouvement mondial d'al Qaida se tournera vers Abou Yahya pour en prendre les rênes. Sa position d'héritier s'impose comme une évidence. Or, avec Abou Yahya à la barre, al Qaida deviendra forcément un ennemi bien plus effrayant". Trois ans avant sa "découverte", les américains avaient déjà fait une croix sur Ben Laden, à lire cette prose de remplaçant d'équipe de stars ! Aujourd'hui, Ben Laden est tombé dans les oubliettes de l'histoire, et le fameux échappé de Bagram tarde à convaincre les dernières troupes : la manipulation a du mal... pour mémoire, l'auteur de ce cirage de pompes éhonté n'était autre que celui qui avait le plus commenté les vidéos d'Adam Gadahn, sans jamais s'apercevoir qu'il ne savait toujours pas lire l'arabe autrement qu'en phonétique, avec un prompteur...

Etrangement, ce même Al-Libi avait un jour lâché une information cruciale sur la fiabilité des tirs de drone dans la région : "Selon le leader taliban "historique" Abu Yahya al-Libi, une autre technique encre serait utilisée : celle de la carte SIM insérée dans les téléphones portables, qui une fois modifiée, en ferait un pointeur parfait pour le Predator qui rôde au dessus des têtes au moment du coup de fil. Est-ce l’arme fatale dont parlait Hersh il n’y a pas si longtemps ? C’est possible, car avec ce procédé, la rentabilité de chaque tir est quasi assurée. Les mini-pointeurs sont l’arme secrète fatale, dont la CIA ou l’armée ne font bien entendu aucun écho dans la presse. Le faible coût de chaque émetteur en promet une dissémination massive : chaque émetteur étant distinguable des autres, par son code, c’est véritablement une arme redoutable. L’assassinat ciblé assisté par ciblage infra-rouge a un bel avenir devant lui semble-t-il. Depuis 1975, il est strictement interdit pourtant aux troupes américaines..." Les talibans ayant répondu d'une certaine manière à son appel en faisant sauter des émetteurs de portables, ou en émettant une fatwa interdisant leur usage... à certaines heures !

Toute cette troupe était suivie de près par différentes polices ou différents services secrets, donc. Les allemands via des indics, les français aussi, maintenant on le sait, mais d'autres pays ont été aussi tentés d'aller voir de plus près ce qu'il en était. On va l'apprendre de manière fortuite il y a un an, avec l'annonce de la libération de deux otages suisses retenus pendant huit mois par les talibans. "L'information a été confirmée à l'AFP sous couvert de l'anonymat par des hauts responsables des forces de sécurité à Miranshah, chef-lieu du district tribal du Waziristan du Nord, principal fief des talibans et d'Al-Qaïda dans le pays. "Ils ont été retrouvés tôt ce matin à un poste de contrôle à un carrefour à Spilga, à environ 12 km de Miranshah", a déclaré à l'AFP une de ces sources. Les sources militaires et du renseignement pakistanais interrogés par l'AFP, n'ont pas été en mesure de dire s'ils avaient été libérés contre rançon ou toute autre demande des ravisseurs". 

Vérification faite, les deux suisses avaient bien l'air de touristes type "babos" (difficile de faire pire dans le genre !) égarés dans le paysage, arrivés au volant de leur combi Wolkswagen bleu. On ne pouvait plus "babs", à se croire retourné plus de quarante ans en arrière ! A part qu'à leur libération, la presse révèle ce qu'elle n'avait pas dit jusque là : l'homme, Olivier David Och, 31 ans, est policier dans le canton de Berne, et Daniela Widmer, présentée comme sa compagne de 28 ans, est elle une ex-policière elle aussi... le profil parfait pour deux espions !  "Sains et saufs" ils ont été transportés par l'armée de Miranshah (nord-ouest), dans le Waziristan du Nord, bastion des talibans où ils ont été libérés, à Peshawar, la capitale provinciale, a annoncé à l'AFP le général Athar Abbas". La suisse ne pratique donc pas la méthode Squarcini de l'informateur jihadiste, mais celle, visiblement, des faux époux Turenge, en réalité deux agents de la DGSE, le chef de bataillon Alain Mafart et le capitaine Dominique Maire, épouse Prieur, arrivés eux aussi en camping-car pour se faire passer pour des touristes, afin de mieux surveiller le Rainbow Warrior de Greenpeace (voir photo à droite des deux suisses au temps de leur service en tant que policiers). 

Tout le monde s'intéresse donc au Waziristan interdit, et ce depuis longtemps maintenant. J'avais été l'un des premiers ici à démontrer que le secteur était truffé d'espions, notamment de la CIA, ce que j'avais découvert avec la disparition d'un journaliste qui s'était rendu sur place. Sa veuve n'avait pas pu récupérer tout de suite son corps alors qu'il avait été semble-t-il le témoin d'un des tous premiers bombardements de drone, dont il avait eu le malheur de dénoncer les effets dévastateurs sur les populations civiles.

"C'était le 4 décembre 2005, et Hayatullah Khan, était l'un des premiers journalistes pakistanais à saisir des preuves photographiques que les Etats-Unis avaient violé la souveraineté pakistanaise, quand il avait transmis des photos des restes d'un missile de fabrication américaine Hellfire, qui avait frappé une maison dans le ville de Miran Shah, tuant le haut responsable d'Al-Qaïda Hamza Rabia.L'histoire, qui était paru dans le quotidien très lu en ourdou, Ausaf, et les images, distribuées par l'European Pressphoto Agency, contredisaient l'explication officielle du gouvernement pakistanais comme quoi Rabia était mort dans une explosion provoquée par des explosifs dans la maison. Il ya sept ans, le 5 décembre 2005, cinq hommes armés dans une camionnette quatre portes Toyota blanche avait poursuivis la voiture d'Hayatullah Khan de la route, et l'avaient emmené. Son frère cade tHaseenullah, qui était à bord, avait été incapable de lui venir en aide. Six mois plus tard, le 16, juin 2006, un appel téléphonique à 16H40 à la maison de la famille leur avait dit que le corps de Khan avait été déposé sur le marché de Miran Shah. Dans les mois entre l'enlèvement de Khan et de ce coup de téléphone, les journalistes pakistanais et les groupes internationaux de soutien aux médias avaient mené une campagne tous azimuts pour obtenir que Khan soit libéré, puis avaient pressé pour une enquête sur sa mort. Le gouvernement s'est conformé à leurs exigences, et en septembre de l'année 2006, la Haute Cour de Justice de Mohammed Reza Khan a mené une enquête et soumis son rapport, mais les résultats n'ont jamais été rendus publics." Il n'y avait pas que le journaliste qui avait été tué : "Le 16 novembre 2007, la veuve du journaliste, institutrice, avait été tuée dans l’explosion d’une bombe près du mur de sa chambre à son domicile. Le couple avait cinq enfants, âgés de 2 à 10 ans au moment des faits." Tous orphelins depuis.

 Un autre journalisteSyed Salem Shahzad, rédacteur en chef d'Asia Times, dont j'avais utilisé ici nombre de ces précieux "papiers" avait été assassiné en juin dernier (2011) dans une indifférence scandaleuse. L'homme avait osé évoquer une attaque talibane rocambolesque, n'ayant que fort peu de sens et ayant touché des avions pakistanais vieillis dont des militaires réclamaient le remplacement depuis des mois ! Ce journaliste avait trouvé autre chose encore : les liens entre les assaillants de Mumbaï et le Lashkar-e-Taiba. "Qu'avait donc découvert Shahzad pour qu'il puisse en perdre la vie ? Une chose attendue, mais plutôt choquante. L'implication directe de l'ISI dans de nombreux attentats imputés à des "terroristes" (dont celui qui nous concerne à Karachi !)" avais-je alors écrit. Autrement dit, toujours les mêmes !

Le 30 avril 2010 encore, on découvre les corps sans vie de quatre hommes : Khalid Khawaja, le colonel en retaite Amir Sultan Tarar, surnommé le Colonel Imam, et un journaliste Asad Qureshi, partis dans le même secteur pour aller réaliser un reportage sur Al-Qaida. Sur le corps de Khalid Khawaja, abattu d'une balle dans la tête et dans la poitrine, un mot des talibans l'accusant d'être un espion de la CIA. Une vidéo programmée sur les chaînes pakistanaises montrait juste après Khalid Khawaja et le Colonel Imam (ici en photo) comme travaillant pour l'ISI, sous les ordres du général Aslam Baig, ancien responsable de l'ISI, du Lieutenant General retraité Hamid Gul et du colonel Sajjad, toujours en activité. Le Colonel Imam y affirmant qu'il avait formé des talibans, au temps des soviétiques en Afghanistan. Peu de temps avant, Khawaja avait eu le malheur d'affirmer lui aussi devant des caméras que l'ISI avait des accords avec les talibans pakistanais. "Selon les témoignages, Khawaja a aussi avoué que les hauts commandants talibans étaient des espions de l'ISI et qu'ils donnaient leur accord pour collecter des fonds. « J'ai apporté ici une liste de 14 commandants et visant à les dénoncer dans les milieux militants ... Abdullah Shah Mazhar, Fazlur Rahman Khalil, Masood Azhar et les organisations jihadistes comme le Lashkar-e-Taiba, al-Badr, le Jaish-e-Mohammad, l' Harkatul Mujahideen, etc, les moudjahidines de Jamiatul, fonctionnent avec la coopération financière des services secrets pakistanais et qu' ils sont autorisés à recueillir leurs fonds à l'intérieur du Pakistan", avait déclaré Khawaja. Retrouvé raide mort avec les trois autres.

Tous ces cadavres successifs convergeaient vers une seule conclusion : c'est bien l'ISI qui se cache dans ce qui a été appelé indûment Al-Qaida, et la traque au Ben Laden un leurre depuis son apparition dans les médias ! Exactement le propos qu'avait tenu le jihadiste Willy Brigitte devant le juge Bruguière, avant d'être condamné à neuf ans de prison (il en est sorti depuis semble-t-il... viennent de nous apprendre les médias !). D'entendre hier un président français en exercice ressortir le mot Al-Qaida, à ce stade, à propos de Toulouse, sombre dans l'irréel le plus total. C'est l'ISI qu'il faut dire, car c'est cet organisme le responsable de tous ces assassinats, sous le couvert d'une CIA qui a toujours fermé les yeux sur ses exactions, au nom de la protection de la puissance nucléaire du Pakistan. Et c'est bien pour cela, et uniquement cela, que vont mourir ceux qui croient défendre d'autres intérêts. Des jeunes, manipulés jusqu'au bout... de leur vie. On se sert d'eux depuis toujours.

(*) "Les mêmes sources précisent qu’un seul passeport français a été délivré à Mohamed Merah. Né le 10 octobre 1988 à Toulouse, il n’a fait qu’une seule demande au niveau de la mairie de la ville. Son passeport français lui a été délivré le 22 avril 1998 (il avait donc 09 ans, 5 mois et 12 jours) à Toulouse et il ne l’a jamais renouvelé. Le document français étant valide pour 10 ans, Mohamed Merah ne pouvait donc plus voyager à l’étranger avec son passeport français depuis le 22 avril 2008". Par contre, son passeport algérien était encore valide. Le 20 juillet 2005 il avait obtenu ce document officiel algérien au niveau du consulat de Toulouse. Il lui a été renouvelé le 20 mars 2010, toujours dans le même consulat. Ainsi, depuis le 22 avril 2008, Mohamed Merah ne pouvait voyager (légalement) en dehors de la France qu’avec un passeport algérien".

(**) voir notre épisode sur les groupes toulousains, allemands et niçois ici.

 (***) "Le 11 juillet 2005, les quatre terroristes s’échappent en effet dans des conditions rocambolesques. Ils crochètent leur serrure après la dernière visite du gardien, un soir, à 1h 50, se changent complètement (l’orange serait-il voyant en plein désert ?), rampent au travers du camp, passent sous les barbelés et un mur endommagé, traversent la route principale en macadam, et rejoignent un véhicule qui les attend dehors... dans les champs, juste après avoir traversé sans encombre un champ de mines soviétique resté là depuis le précédent conflit ! Même Steve Mac Queen dans "La grande évasion" fait office d’amateur au regard de leurs exploits !".

 

Morice

Par La Libellule - Publié dans : Agoravox
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PIMPRENELLE POURPRÉE

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  • PIMPRENELLE POURPRÉE
  • Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • Femme
  • ecrivain un jet de lumière une flamme
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

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