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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

4 février 2011 5 04 /02 /février /2011 02:22

John Barry, amicalement vôtre, vient de mourir 

 

Un grand de la musique de film vient de mourir, John Barry (1933-2011), 5 oscars et 4 Grammy Awards au compteur, excusez du peu. On ne dira jamais assez combien la musique de film compte de grands compositeurs, de Bernard Herrmann à Ennio Morricone en passant par Jerry Goldsmith, François de Roubaix, Lalo Schifrin et autres John Williams. Ce genre-là permet non seulement aux « audiospectateurs » de prolonger les films au-delà de leur projection par l’écoute des bandes originales quand la musique est bonne mais également d’avoir, au niveau musical, tout en un en quelque sorte. C’est-à-dire qu’en fonction de l’histoire des films, de leurs origines, des époques revisitées, on peut passer, et ce parfois dans un même score ou chez un même compositeur, du classicisme le plus affirmé au dodécaphonisme le plus radical via le jazz, le rock, la bossa nova, le funk, l’electro et tutti quanti. Cette polyphonie de sons et de voix, c’est souvent ce qui passionne les compositeurs de musiques de film, ça revient d’ailleurs fréquemment quand on les fait parler de leur travail (que ce soit un Gabriel Yared ou un Bruno Coulais), ils peuvent à loisir pratiquer les grands écarts et un éclectisme des plus délectables.

John Barry était Anglais (né en 1933 à York, Royaume-Uni) mais, dès 1966, avec le film La poursuite impitoyable, il a fait une bonne partie de sa carrière aux Etats-Unis ; il est mort d’une crise cardiaque à New York le 30 janvier 2011. Ce qui le caractérise, en dehors d’un lyrisme revendiqué qui lui a fait signer quelques-unes de ses plus belles partitions pour le 7e art (Quelque part dans le temps, Out of Africa, Danse avec les loups), c’est un son chaud, jazzy, au rythme enlevé, riche en cuivres et en cordes. Il étudie à la St Peter’s School et se passionne très tôt pour le jazz, il joue d’abord du piano puis de la trompette. Avant de composer pour le grand écran pour lequel il se passionne également, Barry s’enthousiasme pour le rock et crée en 1957 le groupe The John Barry Seven. Musicien brillant, il est vite remarqué pour ses arrangements, notamment vocaux, ce qui lui permet de rencontrer le chanteur Adam Faith qui est également acteur dans le film Beat Girl (1960). Barry en signe la musique, c’est sa 1ère partition pour le cinéma, celle-ci lui ouvre des portes puisqu’elle est bientôt remarquée par Albert Broccoli, le producteur des 007, qui prépare James Bond contre Dr No et fait appel à lui pour réarranger le thème musical initial écrit par Monty Norman. C’est aussitôt un succès. John Barry réalisera la B.O. de 11 films de l’agent 007 : de Bons baisers de Russie (1963) à Tuer n’est pas jouer (1987) en passant par l’incontournable Goldfinger (1964) bénéficiant de la superbe voix chaude et sexy de Shirley Bassey. La chanson-titre du film permettra d’ailleurs à Barry en 1964 de détrôner les Beatles de la première place des Charts, rien que ça ! Enfin, on ne peut qu’être d’accord avec David Arnold, compositeur pour le cinéma, déclarant à la BBC : « James Bond aurait eu beaucoup moins de flegme si John Barry ne lui avait pas tenu la main.  » 

Indépendamment de leurs qualités musicales (et n’étant pas très friand des Bond, je dois avouer leur préférer leurs musiques, surtout quand elles sont composées par John Barry, à leurs images), les James Bond lui offrent l’occasion de multiplier les collaborations, souvent fructueuses, avec de grands noms de la variété (Shirley Bassey, Matt Monro) et du jazz – il ne sera pas peu fier de rencontrer, à l’occasion d’une chanson, Louis Armstrong pour Au service secret de sa majesté (1969). Barry sera toute sa vie passionné par le jazz ; par exemple, dans une de ses dernières compositions (Playing by heart, 1998), un lent solo de trompette viendra rendre hommage à Chet Baker qu’il admirait profondément. Cependant, on ne peut pas dire que ce soit John Barry qui ait intégré le jazz dans la musique de film, avant lui des Elmer Bernstein et Alex North sont déjà passés par là. Par contre, il est un des premiers, avec Henry Mancini (The Party), à avoir habilement métissé la bande originale de film avec la variété et la pop. Impossible, en restant dans cette univers musical-là, d’oublier l’air pop-jazz entraînant du générique culte d’Amicalement vôtre (The Persuaders, avec Tony Curtis & Roger Moore) créé en 1968. Un Gainsbourg, dandy friand des Melody à l’anglaise, saura retenir les leçons de l’art de la composition labellisé John Barry. A ce sujet, citons Jane Birkin (in Jane Birkin et Etienne Daho, Gainsbourg confidentiel, Inrocks, 2001) qui rencontra en 1963 le gentleman longiligne qu’était John Barry pour finir par l’épouser et vivre avec lui un certain temps : « Je pense que Serge admirait le travail de John Barry. Essentiellement pour ses qualités d'orchestrateur, une chose qu'il ne savait lui-même pas faire. Je me souviens même l'avoir vu essayer de faire plaisir à John dans une boîte de nuit où le DJ ne passait que des chansons de Gainsbourg. Lui qui était toujours très heureux qu'on passe sa musique en était arrivé à la conclusion qu'il en serait de même pour John Barry. Il est donc allé fouiller dans les bacs du DJ pour trouver l'une des bandes originales de Barry et a demandé au type d'en passer un extrait. John est devenu pivoine. Il était très embarrassé, alors que Serge essayait juste d'être gentil. Après tout, il n'était pas obligé : il venait quand même de lui piquer sa nana !  »

Alors c’est vrai également, John Barry n’a pas composé que des chefs-d’œuvre et que pour des grands films de l’histoire du cinéma. Par exemple, sa composition pour le film Chaplin (1993) est bien plus passionnante à suivre que le biopic pontifiant réalisé par Richard Attenborough. De même, sa superbe composition rock et racée, aux accents parfois même disco, pour Le Jeu de la mort (1978), est nettement plus remarquable que le film en question mais, à la décharge de celui-ci, précisons qu’il a été remonté tant bien que mal suite à la mort brutale de la superstar chinoise, Bruce Lee, avant la fin du tournage. Et sa composition pour le King Kong (1976) de John Guillermin, bien qu’intéressante, ne retrouve que trop rarement l’audace rythmique des tamtams indigènes, des percussions et des cuivres enlevés du remarquable score de Max Steiner pour le King Kong de 1933 - on imagine aisément ce qu’un Jerry Goldsmith, compositeur de l’étrange musique de La Planète des singes, aurait pu livrer comme composition mi-classique, mi-expérimentale si on lui avait commandé la musique de ce remake. Le style aisément identifiable de John Barry (une chaleur orchestrale qui se déploie aussi bien dans ses compositions pop que dans ses scores marqués par un fort accent lyrique) la conduit à écrire des « compositions mémorisables » pour des productions à gros budgets pas toutes indispensables (La Rose et la Flèche, Le rubis du Caire et autres Amants du Nouveau Monde). Mais bon, il n’est pas le seul à être moins bon lorsque le film ne se montre pas à la hauteur de son talent - un de ses confères, l’Italien Morricone, n’a jamais été aussi génial que lorsqu’il composait pour Leone.

La critique a quelquefois accusé John Barry de cultiver l’envolée romantique avec une certaine facilité, on lui reprochait de répéter en boucle ses lignes mélodiques ne lésinant point sur la présence des violons déchirants s’inscrivant dans un symphonisme hollywoodien à tendance académique. Mais les connaisseurs de musiques de films ne tarissent pas d’éloges quant à sa capacité à varier dans ses scores les instruments les plus divers (synthétiseur Moog, clavecin, orgue de barbarie, cymbalum, etc.) et à créer des partitions mâtinant complexité de la composition (les chœurs de l’Angleterre médiévale d’Un lion en hiver, 1968), sensualité (La Fièvre au corps, 1981) et mélancolie (Frances, 1982). Pour ma part, ce que je préfère de lui, hormis les superbes mélodies de Goldfinger et d’Amicalement vôtre, ce sont certaines de ses partitions poignantes participant grandement à l’émotion distillée par les films, comme boostés par leur présence. Ainsi, le parcours chaotique des « rats » des rues de New York (Dustin Hoffman, Jon Voight) du culte Macadam Cowboy (1969) serait-il aussi émouvant sans la présence de l’harmonica nostalgique ? Pas sûr. Et l’amour impossible grandeur nature entre Karen Blixen (Streep) et Denys Hatton (Redford), sur fond de paysages africains splendides, serait-il aussi envoûtant sans la musique puissamment lyrique composée pour Out of Africa (1985) ? Pas sûr du tout.

http://www.youtube.com/watch?v=TReVaAxoEYg&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=UvVKIsOveQw&feature=player_embedded

http://www.youtube.com/watch?v=cNk9y0AwQ80&feature=player_embedded

Documents joints à cet article

John Barry, amicalement vôtre

Vincent delaury Agoravox

 

 

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Published by La Libellule - dans Agoravox
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