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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

23 mars 2013 6 23 /03 /mars /2013 18:01

Karima : les musulmans entre eux ne disent jamais qu’ils sont français

 

Riposte Laïque : Karima, vous êtes née dans les quartiers nord de Marseille dans les années 70, dans une famille française originaire d’Algérie: comment avez-vous vécu votre enfance?

Karima : Mon enfance a été marquée par le mode de vie d’une famille musulmane et la place particulière qu’y occupe la fille. Nous étions trois frères et deux soeurs. Les garçons pouvaient faire ce qu’ils voulaient, sortir, aller jouer au foot ou autre, rentrer à n’importe quelle heure. Pour ma soeur aînée et moi, pas question de sortir, on reste à la maison sauf pour aller à l’école, on fait le ménage, le repas. On est dirigée par notre mère et sous le contrôle strict du père et des frères quand il n’est pas là.

Les garçons s’estiment en droit de contrôler et surveiller leurs sœurs, de leur faire la morale, de les punir s’il le faut. Ils trouvent cela parfaitement normal et naturel. Dominer et frapper leurs sœurs quand elles le « méritent », ce n’est pas un problème pour eux. Ils reçoivent implicitement l’autorisation de leur mère comme de leur père quand il y en a un. Cela fait partie de leur éducation dès leur plus jeune âge. Nous mêmes, nous y sommes préparées depuis notre enfance. Je ne dis pas qu’on trouve cela normal. Mais on sait ce qui nous attend si on sort des clous qui ont été plantés selon des normes musulmanes. Alors on fait attention pour ne pas les pousser au drame. Ce qui peut arriver très facilement si on n’y prend pas garde.

C’est une question de culture. La culture musulmane n’est pas la culture française et inversement. L’adolescence et la jeunesse de nos copines de classe d’origine française et européenne n’ont rien à voir avec les nôtres. Pourtant, elles et nous sommes françaises. En France, les garçons n’ont pas autorité sur les filles. C’est ce qui fait toute la différence entre les Français et les musulmans. Cela on nous l’apprend très tôt.

Mais arrivée à un certain âge on en a assez.

Le problème c’est quand on a des amies françaises à l’école et surtout au collège. Comme on sait qu’on vit en France et qu’on est Françaises on veut faire comme nos amies, parler, et parler des garçons, parler des robes, des jupes, des chanteurs, rire, aller chez elles, goûter ou manger avec elles, découvrir en fait le monde des Français. Et là c’est insupportable pour les hommes de la famille. Combien j’ai vu de mes amies musulmanes du quartier être envoyées « là-bas » vers 12-13 ans et dont je n’ai jamais plus entendu parler! Moi j’ai eu de la chance, je suis restée.

Riposte Laïque : Vous parlez des « Français » comme si c’était une population à part.

Karima : C’est vrai, mais c’est les musulmans, les familles musulmanes qui tiennent à rester à part.

Ils ont l’habitude de dire : « on est Français comme les autres… musulmans ».

Les musulmans entre eux ne disent jamais qu’ils sont français. Ils ne le ressentent pas ainsi. Ensuite ils passeraient pour des traitres aux yeux de leurs compatriotes qu’ils soient ici en France ou en vacances dans leur pays d’origine. Je ne parle même pas quand leur famille du pays vient les voir dans la région. Les mentalités se rejoignent.

Pour la cuisine par exemple, on ne fait jamais des plats français, sans parler du porc. On n’apprend pas aux enfants à goûter la cuisine de leur pays!

Aller au restaurant? Pas dans un restaurant français: les aliments y sont préparés par des Français, les couverts ont été touchés par des Français: c’est impur.

Il est interdit de sortir avec un Français, de se marier avec un Français. Mais en Suède ou en Belgique c’est pareil pour les filles nées musulmanes.

Depuis les anées 90 les musulmans ne vont plus dans les boucheries françaises, ni maintenent dans les bouangeries.

Je suis revenue à Marseille pour les obsèques de mon père, l’an dernier; on a pu le voir avant que son corps soit transféré en Algérie dans le funérarium de l’hôpital de la Timone réservé aux musulmans, avec des inscriptions en arabe. J’y étais avec ma soeur qui a  fait le choix d’être Française comme moi. Puis on est venu nous prévenir que le reste de la famille, ma mère, mes frères, les cousins, arrivait et on est parties: on ne mélange pas les Français et les musulmans.

Les garçons de manière générale ne sont pas prêts à devenir des Français : pour eux ça équivaudrait à perdre des droits particuliers, des privilèges, notamment vis à vis des femmes.

C’est comme pour les pays. On nous parle de printemps arabe, de révolutions arabes. Il n’y aura jamais de révolution arabe parce qu’ils ne seront jamais d’accord pour accepter l’émancipation de la femme.

 Propos recueillis par Jean Théron

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Riposte Laique
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