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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Ce que les Occidentaux ont appelé le printemps arabe a commencé le 17 décembre 2010 en Tunisie avec le geste désespéré de Mohammed Bouazizi, jeune marchand de légumes qui s’est immolé par le feu pour protester contre les brimades qu’il subissait de la police locale, à laquelle il devait payer des pots de vin.
Le 22 décembre 2010 Hocine Naji, 24 ans, se suicide en escaladant un pylône électrique à Sidi Bouzid. Le même jour deux manifestants de Menzel Bouziane succombent à des balles tirées dans la foule. Le 27 décembre 2010 Mohammed Bouazizi est érigé en martyre et il devient le symbole du malaise social dont souffre la population tunisienne. Le 27 janvier 2011, Mohammed Bouazizi décède suite à ses blessures.
Quatre semaines de manifestations monstres auront suffi à faire fuir Ben Ali, après 23 ans de pouvoir, qui se réfugiera en Arabie Saoudite.
Le 25 janvier 2011, les premières manifestations de rue commencent au Caire, à l’initiative des mouvements d’opposition s’inspirant de la révolte tunisienne. Des slogans hostiles à Hosni Mouraka, au pouvoir depuis 29 ans, sont proférés dans les cortèges, les manifestants réclament son départ en criant « Moubarak dégage».
Le 29 janvier 2011, Moubarak tente de reprendre la main en limogeant son gouvernement et promet une série de réformes démocratiques. Le 1 février 2011, l’armée égyptienne déclare les revendications du peuple légitimes. Le 10 février 2011 le Président Moubarak délègue son pouvoir à son vice président Omar Souleimane, sans pour autant annoncer sa démission. Il provoque la colère des manifestants qui continuent à exiger son départ. Le 11 février 2011 Moubarak sous la pression de cette « révolution du Nil » finit par quitter le pouvoir.
Le 17 février 2011 la Libye connait les premiers soubresauts d’une révolte contre le guide de la révolution. Défiant le régime
libyen, des manifestants réclamant le départ de Mouammar Kadhafi descendent dans les rues de quatre villes du pays. Le »jour de colère » est décrété à l’appel d’opposants.
Alors que des appels à des manifestations nationales sont lancés sur Facebook et Twitter, des troubles éclatent lors de marches
de protestation dans quatre villes du pays, selon un site Web et un militant de l’opposition.
D’après Fathi al-Warfali, un militant libyen basé en Suisse et dirigeant du Comité libyen pour la vérité et la justice, 11
protestataires ont été tués à Beyida dans la nuit de mercredi à jeudi et des dizaines d’autres blessés. Les autorités ont envoyé des commandos de l’armée pour réprimer la contestation,
précise-t-il.
Le 22 février 2011, des personnalités importantes ministres, diplomates, militaires démissionnent pour marquer leur opposition à la répression sanglante du régime contre les manifestants. Le 28 février 2011 les USA envoient des forces navales et aériennes autour de la Libye.
Le 25 février 2011 au Yémen, des dizaines de milliers de manifestants se rassemblent à Sanaa. Ils veulent dénoncer la corruption et la pauvreté qui règnent dans le pays. Ils réclament aussi le départ du président yéménite Ali Abdullah Saleh, au pouvoir depuis 32 ans.
Le 4 mars 2011, les insurgés libyens affirment contrôler Ras Lanouf, ville pétrolière après de violents combats avec les forces fidèles à Mouammar Kkadafi.
Le 7 mars 2011, l’opposition yéménite se déclare déterminée à évincer le président Ali Abdallah Saleh. Le régime, qui refuse de céder, accuse quant à lui Al-Qaïda de trois attaques ayant coûté la vie à six militaires.
La veille, le président Saleh, au pouvoir depuis 32 ans, avait rejeté une proposition de l’opposition prévoyant qu’il quitte ses fonctions avant la fin de l’année, alors que son mandat expire en 2013.
Un porte-parole de l’opposition, Mohammad al-Sabri, estime que le refus du président, dont les appuis politiques se réduisent, signifie pour lui qu’il n’y avait plus qu’une issue, « le départ ».
Les jours qui suivront dans ces deux pays de violents affrontements continueront à se produire faisant de nombreuses victimes de part et d’autre.
Pour la Libye, nous connaissons la suite des événements, La France au côté de l’Angleterre sous l’égide de l’ONU et ensuite sous commandement de l’Otan interviendra militairement en Libye pour aider les insurgés à renverser le régime de Khadafi.
Le prétexte invoqué par la France et ses alliés est qu’il fallait sauver le peuple de Bengazzi qui risquait de se faire massacrer.
Les forces de l’Otan aidèrent les rebelles à capturer Kadhafi qui sera lynché et tué comme un chien par des barbares qui n’avaient rien à envier à ceux qui pendant 40 ans les oppressèrent.
Au Yémen, le Président Saleh, sous la pression de l’Arabie Saoudite, vient d’accepter de quitter le pouvoir. Le Président yéménite Ali Abdallah Saleh a signé mercredi soir dans la capitale saoudienne de Riyad l’accord de transfert du pouvoir négocié sous la médiation du Conseil de coopération du Golfe, et qu’il avait auparavant et par trois fois refusé de signer au dernier moment.
Cet accord stipule que le président Saleh remettra le pouvoir à son adjoint, Abd-Rabbu Mansour Hadi, et démissionnera dans les 30 jours en échange d’une immunité contre toute poursuite.
Un gouvernement de consensus national sera alors formé dans les 14 jours, et M. Hadi publiera un décret confiant au candidat désigné par l’opposition la responsabilité de former un gouvernement, tandis qu’une élection présidentielle anticipée devra être organisée dans les 90 jours.
Qu’en est-il aujourd’hui dans tous ces pays qui ont pensé faire une révolution pour un monde meilleur ?
Le printemps arabe se transforme en hiver islamiste.
En Tunisie, le 23 octobre 2011 le parti islamiste Ennahda sort vainqueur des premières élections libres qui avaient pour but de désigner les représentants qui seront chargés de rédiger une nouvelle Constitution. Un gouvernement intérimaire sera nommé dans l’attente d’élections législatives et présidentielle. Les islamistes d’ Ennahda et les deux partis de gauche, le Congrès pour la République (CPR) et Ettakatol, ont formalisé lundi 21 novembre leur accord sur les candidatures de Moncef Marzouki (CPR) à la présidence de la Tunisie, Mustapha Ben Jaafar (Ettakatol) à la tête de l’Assemblée constituante et Hamadi Jebali (Ennahda) comme chef de gouvernement.
Selon le texte de l’accord parvenu à l’AFP, confirmant « l’accord de principe » trouvé vendredi, les représentants de la coalition tripartite « proposent les candidatures de MM. Mustapha Ben Jaafar à la présidence de l’Assemblée nationale constituante, Moncef Marzouki à la présidence de la République et Hamadi Jebali en tant que chef du gouvernement ».
Ce partage du pouvoir entre des laïques et des islamistes laisse rêveur et ne présage rien de bon pour la société tunisienne.
Les islamistes avancent masqués comme à chaque fois et risquent de prendre le pouvoir lors des prochaines consultations électorales.
En Libye, le CNT (Conseil National de Transition) ou l’on retrouve d’anciens kadhafistes et des islamistes, risque de ne pas faire avancer la démocratie dans ce pays, bien au contraire.
Benghazi est maintenant remplie de drapeaux d’al-Qaïda !!!
Voici un article très complet de John Rosenthal, un bon spécialiste du sujet, très complet, qui contient des photos des drapeaux d’Al-Qaïda, prises le 28 octobre à Benghazi (l’article est en anglais, désolé) :
http://www.nationalreview.com/corner/282353/benghazi-sea-al-qaeda-flags-john-rosenthal
Superbe intervention militaire, qui a pour résultat de livrer un pays entier aux plus fous furieux fanatiques musulmans, voués à notre destruction !
Voici d’autres photos, montrant en gros les drapeaux d’Al-Qaïda qu’agite la population enthousiaste :
http://muslm.net/vb/showthread.php?t=457921
Il a annoncé que la loi coranique sera la principale source du droit dans la Libye post-Kadhafi. Moustapha Abdeljalil a déclaré : »En tant que nation musulmane, nous avons adopté la ‘charia’ islamique comme source du droit, donc n’importe quelle loi contredisant les principes de l’islam est légalement nulle », a-t-il dit lors du discours de « libération » de la Libye, prononcé à Benghazi.
http://www.lemonde.fr/sujet/0d2d/moustapha-abdeljalil.html
La polygamie est de nouveau autorisée et le divorce redevient interdit. On ne pouvait pas faire plus obscurantiste que cela. La coalition occidentale qui a permis aux rebelles de prendre le pouvoir en Libye, ne devrait pas être fière de ce qui vient d’être décidé pour le peuple libyen.
En Égypte, Moubarak renversé, l’armée qui assure la transition est de nouveau contestée par les manifestants de la Place Tahrir. Pendant cinq jours, des heurts violents ont eu lieu entre des manifestants et les forces de l’ordre provoquant la mort de 35 personnes et de 3276 blessés. L’armée s’accroche au pouvoir et semble pas prête à le céder. En effet, elle représente en Égypte un état dans l’état et fait vivre environ 20% des Égyptiens. L’armée a présenté ses excuses pour les victimes civiles, mais ne semble pas prête à satisfaire les manifestants qui demandent purement et simplement qu’elle redonne le pouvoir à la société civile.
Les frères musulmans qui n’ont pas participé à ce nouveau mouvement de révolte ont préféré négocier avec l’armée et se préparent à remporter les prochaines élections législatives qui sont prévues lundi 28 octobre et qui devraient durer environ quatre mois (totalement surréaliste).
En réalité, les frères musulmans devraient être les grands gagnants de cette pseudo- révolution.
Tout dernièrement, l’ancien Ambassadeur de Tunisie à l’Unesco Mezri Haddad a accordé à France Soir une interview pour nous expliquer qu’il s’inquiétait de l’évolution de la révolution du jasmin au profit des islamistes.
D’après lui en Tunisie :
« Les islamistes tunisiens ne couperont pas la main aux voleurs, ils ne reviendront pas tout de suite sur le Code du statut personnel bourguibien qui accorde aux femmes des droits comme nulle part ailleurs dans le monde arabe. Ils ne fermeront pas non plus les hôtels, mais ils feront appel au tourisme islamique. Ils ne reviendront pas sur les orientations libérales de l’économie tunisienne, mais ils accentueront au contraire les pratiques de l’économie de marché, selon l’orthodoxie américaine. Ils ne forceront pas les femmes à porter le voile, mais c’est la pression sociale qui les y contraindra. Ils n’aboliront pas le système de l’éducation nationale modernisé par Mohamed Charfi, mais ils réformeront les manuels scolaires dans le sens contraire. Ils ne changeront pas radicalement les lois civiles et pénales, mais ils travailleront à leurs progressive « chariatisation »… Dans tous les domaines de la vie politique, économique, sociale et culturelle, ils procéderont par petites touches, de façon graduelle, par islamisme « modéré ». Tout dépendra aussi du poids et de l’action des mouvements progressistes. »
D’autre part, il nous donne également son avis sur ce qui pourrait se passer en en Égypte et en Libye :
« En Égypte, je pense que les islamistes en général et les Frères musulmans en particulier vont faire un score encore meilleur que celui d’Ennahda. Pour la Libye, si elle parvient à sauvegarder son unité territoriale, le régime sera au mieux une copie du wahhabisme du Qatar, au pire une réplique du talibanisme afghan. Dans chaque pays touché par le « printemps arabe », l’islamisme prendra la forme sociologique et psychologique des peuples en question ».
Et en réponse à ceux qui pensent qu’il existe un islam modéré (référence au modèle turc), il répond la chose suivante :
« L’islamisme modéré est une symphonie anesthésiante que certains spécialistes ou observateurs occidentaux nous chantent depuis déjà quelques années. L’islamisme turc est évidemment aux antipodes de l’islamisme taliban et de l’islamisme du Qatar. Il est sans commune mesure avec l’islamisme iranien. Il n’en reste pas moins vrai que l’islamisme est une doctrine théologico-politique où la foi est loi. Si l’islamisme modéré existe, pourquoi M. Sarkozy ne le reconnaîtrait-il pas en France ? Après tout, il y a plus de musulmans en France qu’en Libye ! Une députée en burka ou un sénateur enturbanné, ce serait l’expression même de la diversité culturelle. »
J’aborderai dans un prochain article ce qui passe en Syrie où la chute du régime actuel pourrait avoir des répercussions importantes sur le plan régional et international.
Non, il ne faut rien attendre de bon avec ces révolutions qui seront confisquées par les adeptes d’un islam conquérant qui ne veulent nullement que les masses arabes s’émancipent et se détournent des préceptes du Coran et de la loi divine du prophète Mahomet.
Fabrice LETAILLEUR
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