Overblog Suivre ce blog
Editer l'article Administration Créer mon blog

Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

9 juillet 2012 1 09 /07 /juillet /2012 02:43

Le cas Merah : l’islam au coeur de l’affaire !

Deux livres viennent de sortir  sur le sujet et j’ai choisi de lire celui écrit par Eric Pelletier et Jean-Marie Pontaut (1) intitulé : Affaire Merah, l’enquête. Les auteurs bâtissent leur ouvrage en respectant la chronologie des évènements et des motivations de MM (2),  sur lesquelles je ne reviendrai pas tant les médias nous ont sur-informés et sur- traumatisés pendant 10 jours. Ce que le livre apporte en plus c’est une analyse du cas Merah d’un point du vue sociétal. MM est-il une victime ? Victime de quoi de qui ? MM cas unique ou cas multiple ? Quel rôle a joué la religion dans l’affaire? Pouvait-on arrêter MM avant qu’il passe à l’action ? Comment notre pays se protège-t-il des MM? Comment fonctionnent les différents services chargés des surveillances et des filatures de l’anti- terrorisme ? Enfin, ce qui est le plus important : quels enseignements tirés de l’affaire MM pour le futur et pour éviter  d’autres affaires Merah ? 

A Tariq Ramadan qui avait attribué la responsabilité des assassinats commis par  ce jeune djihadiste, à la société française toute entière, ce livre permet de remettre les  pendules à l’heure. Si MM a été une victime c’est d’abord de l’islam, et ce,  dès son jeune âge.

« L’histoire de la famille s’articule autour de la figure tutélaire de la mère, Zoulikha. En 1975, à tout juste 18 ans, elle épouse sur ordre de ses parents un Algérien de quinze ans son aîné. Travailleur immigré en France, cet homme qui avait déjà une première épouse et de nombreux enfants en Algérie lui donne cinq enfants, mais la bat. Après leur divorce et un passage en prison pour trafic de cannabis, il retourne dans son pays  retrouver sa première femme».  Au moment du divorce le dernier enfant du couple Mohamed  a 5 ans, il est profondément affecté par cette séparation. Ne faut-il pas déjà dégager de cela les fondamentaux  des sociétés islamiques et patriarcales : le mariage forcé,  et la polygamie ? On use de la force en obligeant une toute jeune femme à épouser, contre son gré, un homme plus âgé qu’elle, déjà marié et père de famille. Elle  devient une seconde épouse sans doute pas ou peu aimée, une femme victime de violence…

Si la France porte une responsabilité dans cette affaire c’est, peut-être, de ne pas avoir été très regardante, au moment de la loi sur le regroupement familial, sur la réalité  du statut des hommes  désirant venir travailler dans notre pays… Etaient-ils déjà mariés? Polygames ? Au delà du cas de l’imam Bouziane qui a fait la une des journaux, combien d’autres cas Merah père ?

Cette femme abandonnée  fait ce qu’elle peut, et sans doute de son mieux, toujours en recherche d’emploi ou de logement pour faire vivre 5 enfants qui poussent de manière désordonnée, manquant de père et de repères,  elle sera complètement débordée, notamment  par Abdelkader et Mohamed qui deviendront des petits caïds de quartier. Après le départ du père, Mohamed prend alors comme image de référence, son frère Abdelkader de 6 ans son aîné, sans doute a-t-il été aussi son mauvais génie. La mère musulmane transmettra  l’islam à ses enfants.   « Seuls deux des Merah prennent leur distance avec l’intégrisme religieux » écrivent les auteurs du livre.

La revendication plusieurs fois répétée par MM de son combat djihadiste  amène les auteurs à se poser la question essentielle : Par qui a-t-il été amené au fondamentalisme et à la radicalisation ? Son accès à la voie du  djihad est diversement présenté par les personnes qui s’expriment là-dessus.  Selon un co-détenu de M dans la prison, son frère Abdelkader a joué un rôle dans cette « révélation ». « Il lui aurait fait passer un tapis de prière, une djellaba, des chants islamiques avec des bruits de détonation ». Propos contestés  par Anne –Sophie Laguens  l’avocate de AM. L’avocat de MM précise : «  «  il était avec des détenus musulmans qui faisaient la prière. Il a alors lu le Coran. Mais je ne crois pas qu’il ait été converti à l’islam radical ». On suppose toujours que, dans cette religion, il  y a deux conversions, l’une à l’islam l’autre à l’islamisme, ça empêche d’aller au fond des choses et de mettre  l’islam en cause.

Concernant cette radicalisation Abdelghani, le fils aîné  de la famille, confirme bien l’influence du frère Abdelkader: « Abdelkader a pourri la vie de Mohamed qui était son souffre-douleur quand ils étaient petits. Si l’on m’avait dit que l’un de mes deux frères allait devenir terroriste, j’aurais plutôt pensé  à Abdelkader. Plus jeune il se faisait d’ailleurs appelé Ben Laden… C’est lui , j’en suis certain qui a donné l’idée à Mohamed« . Abdelkader était parti au Caire, avec sa compagne, au motif d’apprendre la langue du Prophète. « En fait les frères ( biologiques) de sa compagne sont à ses trousses. Ils considèrent, en effet, que leur sœur a été enlevée endoctrinée forcée à porter le voile intégral. C’est la fuite en Egypte… Ils reçoivent pour cela l’aide d’un « frère », intégriste et ami Sabri Essid ». Ces fameux « frères » qui prêchent la bonne parole du radicalisme, et que la police a à l’œil, sont très actifs à Toulouse.  Leur influence  et leur succès sont visibles  dans la transformation de la ville (Voiles, abayas, tchadors, qamis, )! A et sa compagne retournent une seconde fois Au Caire:  » sa soeur Souad, voilée de pied en cap, vient passer quelques mois  avec ses deux enfants. A étudie notamment à l’institut Le jardin de l’ abri où il habite avec trois « frères  » français originaire de la région parisienne. Un jour, débarque son turbulent cadet Mohamed. » Qui financent ces jeunes qui séjournent en Egypte? Courant salafiste, Frères musulmans? C’est une vraie question qui mériterait d’être posée et explorée par les enquêteurs, non?

Abdelkader est-il donc celui qui entraîne, frère et soeur dans le radicalisme?   Pour la  mère, la version diffère sensiblement ( veut-elle maintenant protéger son fils Abdelkader des suites ?) pour elle: : «  Mohamed a rencontré des extrémistes pendant une période très courte. Après sa deuxième sortie de prison, il a rencontré des sunnites venant de la mosquée Bellefontaine à Basso Cambo ( dans le quartier du Mirail). Cela a duré quelques semaines puis il ne les a plus revus ». Une mosquée ? …. On vient d’en construire 3 dans ce quartier ! Même si  on ajoute le isme qui met à l’abri de tout … L’islam  est bien là encore au centre du cas Merah. Chacun des meurtres filmé par le jeune djihadiste s’est conclu par un vibrant : « Allah Akbar! ».

Il explique au raid d’intervention, son projet : : « son désir de s’engager dans les képis blancs ( la Légion) pour gagner l’Afghanistan. Là il aurait retourné son fusil mitrailleur contre ses camarades. Il serait alors passé avec armes et bagages dans les rangs des insurgés ». Il quittera la caserne de son plein gré et ne sera même pas auditionné sur ses motivations., mais c’est après son échec d’entrer dans la Légion que débute sa quête d’un djihad armé. Le livre explique par quels détours ces jeunes gens s’en vont dans les pays d’entraînement au djihad. Combien sont-ils ces adeptes de la cause ? Pendant leurs périples,  ils sont, plus ou moins  bien, suivis par les services de renseignements,   via les échanges avec différents services secrets internationaux.

Les 17 et 18 mars l’enquête, pour localiser le tueur, a demandé le brassage de 24.000 noms dans le fichier  appelé CRISTINA (Centralisation du Renseignement Intérieur pour la Sécurité  du Territoire et des Intérêts Nationaux) mais on a perdu du temps en privilégiant la piste extrême-droite. Ce n’est que le lundi 19 mars à 9 heures ( après les meurtres de l’école juive) que le nom de Merah va venir à la surface. Le livre nous apprend que  900 personnes évoluent au sein de la mouvance radicale en Midi Pyrénées, surveillées par les services de renseignement. Les 2 frères Merah figurent à ce titre dans le fichier CRISTINA.

Si ces 2 jeunes gens avides d’islam fondamental sont surveillés de près, ils ne sont pas les seuls. « Depuis les années 2.000,  pour le Midi Pyrénées, plus de 200 cents ont effectué des voyages dans les zones sensibles »estime Patrick Ribeiro Secrétaire général des Officiers de Police. « Le  mois où MM revient de son périple afghan – décembre 2010- pas moins de quatre islamistes fondamentalistes sont rentrés en Midi Pyrénées depuis la zone pakistano-afghane », révèle un policier toulousain. « Certains fondamentalistes ont un profil beaucoup plus sérieux et inquiétant : ils ont passé près de trois ans sur la zone ». Au moment où éclate l’affaire Merah pas moins de 46 islamistes radicaux étaient considérés comme dangereux.

Nous sommes là au cœur du problème. A l’échelle des chiffres donnés par ces révélations sur la région Midi Pyrénées, qu’obtiendrait-on sur l’ensemble de la France ?

Quelle place laisser à l’islam dans notre pays, même si la grande majorité de ses croyants ne plonge pas dans le radicalisme ? Comment nous protéger (eux et nous)  de toute cette mouvance salafiste qui grouille dans tous les coins de France  et qui est imprégnée des  fondamentaux les plus violents du Coran?  Il faut signaler à ceux qui l’ignorent que de nombreux versets du Coran appellent à la violence. La Sourate 47, par exemple,   intitulée Muhammad ou le combat,  est une réelle incitation  à combattre les mécréants (que nous pouvons être à leurs yeux). Le verset 4 :  C’est que ceux qui mécroient suivent le Faux, oui, tandis que ceux qui croient suivent la Vérité de leur Seigneur. C’est ainsi que Dieu frappe leurs exemples aux gens. Lors donc que vous rencontrez ceux qui mécroient, alors, frappez aux cols (aux cous). Puis quand vous les avez dominés, alors serrez le garrot. ( où est la tolérance et l’amour de l’autre là dedans ? N’y a-t-il pas là des propos et des ordres  malsains et inadmissibles aujourd’hui?).

Faut-il donc vraiment construire des mosquées et ouvrir la porte à l’enseignement de cette violence là, en sachant qu’une partie des croyants (combien ?) peut partir dans la voie de la radicalisation ? A tout ceci nos élus, toutes tendances confondues ont toujours, jusque là, répondu oui, nous  exposant aux pires risques, ceux du djihad.  De combien de taupes aurons-nous besoin pour infiltrer les mosquées, contrôler les prêches et   démanteler les réseaux, demain quand se seront multipliées les mosquées et les écoles coraniques?

Aurait-on dû stopper la filature de M  Merah au nom du droit à la liberté individuelle, sachant que des plaintes avaient été déposées contre lui, signalant le visionnage de vidéo d’égorgement  dans le cadre du djihad ?   Là se pose le problème des limites de ce qu’il faut faire pour  préserver la liberté individuelle, à laquelle nous tenons tous,  et des actions nécessaires au contrôle des individus dangereux. Peut-on arrêter ces personnes ciblées avant qu’elles ne passent à l’acte?  Il semble que non hélas! Aurons-nous demain d’autres MM ?  Probablement !

Il faut reconnaître,  que l’on ne peut pas dédouaner la religion de toute cette affaire. On pourra relire sur le sujet la position d’Abdenour Bidar (3) il s’exprimait courageusement sur le sujet dans Le Monde. Même s’il ne veut pas admettre que le Coran transmet de  la violence, il fait preuve de beaucoup de lucidité  : «  on dit d’un tel fanatisme de quelques -uns que c’est l’arbre qui cache la forêt d’un islam pacifique. Mais quel est l’état de la forêt dans laquelle un tel arbre peut prendre racine. Contrairement  à Malek Chebel, qui, depuis des années nous charme avec son islam des Lumières, Abdenour Bidar, lui, sait  que la machine islam est grippée et qu’il faudrait une large réforme, une refonte complète de tout cela, mais dit-il : «  qui aura ce courage ? Qui  en prendra le risque ? »

S’il ne faut pas, en effet, rendre la communauté musulmane responsable des actes de MM, on ne peut pas nier que  l’islam a largement pesé dans ces évènements, sauf à vouloir que ces morts, juifs et musulmans l’aient été pour rien.

- « Vous avez quand même assassiné deux musulmans ». fait remarquer Ebba Kalondo la journaliste de France 24, lors de son entretien téléphonique avec MM.

- Ce n’est pas très important pour nous. répond M.  Ce « nous « large désigne vraisemblablement les gens engagés dans le combat islamique, le fameux  djihad ( frappez- les aux cous etc…).

Que s’est-il passé après l’affaire  Merah sur le plan politique? RIEN!  L’ouvrage se termine ainsi :«Après l’affaire Merah la France s’est contentée d’une séance de questions réponses d’une demi- journée devant les huit députés et sénateurs  de la délégation parlementaire au renseignement. A huit clos ».

La sécurité des Français pèse-t-elle si peu ? Peut-on attendre  de  la gauche la prise de conscience que des mouvements islamistes radicaux gravitent  dans notre pays, cherchant à ramener les jeunes musulmans dans ce qu’ils considèrent être le vrai islam d’origine radical ?

Quand un   intellectuel musulman peut écrire (3):  »   qu’il deviendra toujours plus difficile de vouloir déresponsabiliser l’islam de ses fanatiques, et de faire comme s’il suffisait d’en appeler à distinguer islam et islamisme radical. Nous devons l’applaudir à deux mains et saluer sa lucidité , son courage. Quand il poursuit: « mais il doit devenir évident pour beaucoup plus de musulmans encore que désormais les racines de l’arbre du mal sont trop enfoncées et trop nombreuses dans cette culture religieuse pour que celle-ci persiste à croire qu’elle peut se contenter de dénoncer ses brebis galeuses. L’islam doit accepter le principe de sa complète refondation, ou sans doute même de son intégration à un humanisme plus vaste qui le conduise à dépasser ses propres frontières et son horizon« , », il exprime ce que de nombreux non-musulmans pensent aussi.

 Après l’affaire Merah,   nos élus doivent comprendre que continuer de dérouler le tapis rouge à l’islam c’est faire prendre des risques à l’ensemble de notre société. Ce n’est pas parce qu’on emploie les mots islamiste ou islamisme que l’on diminue ces risques ou qu’on résout les problèmes ! Toutes les sociétés où l’islam est central vivent d’ailleurs avec ce risque là  en permanence! Rappelons , en France l’inadmissible sort fait au toulousain Robert Redeker, qui, menacé depuis 2006, vit  dans la clandestinité et sous haute protection policière ! Le pouvoir politique doit contrôler  endiguer et combattre les sectes radicales et le  glissement  de l’islam vers le radicalisme qui actuellement s’opère dans la société française, comme en Tunisie ou en Egypte d’ailleurs…

Il faut un changement de cap. La gauche  est-elle prête à le faire ? Pas sûr  du tout, sauf si… Manuel Valls, Ministre de l’Intérieur en charge de notre sécurité,  prenant conscience du devoir de sa fonction,  décide d’agir. La gauche au pouvoir, c’est lui le responsable  maintenant et, après l’affaire Merah et les nouveaux actes antisémites, il y a urgence! 

Chantal Crabère

Partager cet article

Repost 0
Published by La Libellule - dans Riposte Laique
commenter cet article

commentaires

Pimprenelle Pourprée

  • : Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • Regard d'un Ecrivain sur le Monde
  • : Cherchant les points communs entre les peuples, les nations et les religions pour creer un monde meilleur...et une paix durable.
  • Contact

Profil

  • PIMPRENELLE POURPRÉE
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

PIMPRENELLE POURPRÉE

Recherche

Pimprenelle Pourprée