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Vendredi 7 janvier 2011 5 07 /01 /Jan /2011 04:47

 

Le grand Rabbin Gilles Bernheim rejoint la réacosphère

 

Memento Mouloud  - Bouteille a la mer

 

L’interrogation sur l’identité nationale affleure comme un malaise en France et dans de nombreux pays de l’Union européenne. D’autres ont analysé ce malaise, ses sous-entendus, ses multiples déterminants. Je souhaite examiner ici en quoi il brouille, aux yeux de certains Européens, la lecture de l’identité juive et de l’identité de la nation israélienne. Il me faut, pour cela, remonter à la seconde guerre mondiale et décrire trois profondes évolutions.

La première concerne l’Etat-nation, disqualifié par les deux grands conflits du XXe siècle au profit du projet d’une paix européenne et de l’union dans un espace commun surpassant, tous deux, les nations et leurs rivalités séculaires. Elle instaure un nouvel ordre supranational, principalement juridique et économique en réaction à l’horreur de l’Etat criminel du nazisme et des régimes collaborateurs. Ce beau projet était porté, au départ, par des hommes issus de la Résistance, d’obédience socialiste et démocrate-chrétienne. Mais ce projet a été conçu et demeure sans identité européenne.

La deuxième évolution est une réaction à l’horreur de la Shoah et à la haine enracinée dans l’identité de l’Autre : l’extermination des juifs parce que juifs. Elle consiste à sublimer l’Autre et à en faire l’apologie, au nom du « Plus jamais ça ». Celui qui est étranger, différent, voire susceptible de devenir un ennemi, est désormais pensé comme l’Autre, mais sans que sa place soit claire. Celui qui rejette l’Autre rejette le genre humain, il peut même être amalgamé aux auteurs des crimes contre l’humanité. Nous sommes tous devenus des Autres, dans une généralité indéfinie et anonyme où l’individualisme est la seule chose partagée et où tout se vaut parce que tout se vend.

Dans le même temps, sous le double effet de la construction européenne et de la mondialisation, le politique et le droit se sont affaiblis et se sont détournés de leur mission première : organiser le vivre-ensemble, maîtriser les tensions et les violences, à l’intérieur et hors des frontières. Nos sociétés européennes font désormais primer les droits sur les devoirs ; elles sont devenues individualistes.

Ces évolutions aboutissent à une Europe désireuse de dépasser les antagonismes culturels pour s’ouvrir au multiculturalisme, qui évacue la question de la relation à autrui, à l’étranger, au différent, mais qui est très souvent questionnée par des particularismes propres à des pays inquiets, chacun, pour son avenir. Par son absence d’identité claire, l’Europe s’avère incapable de répondre à ces questions posées par autre chose que du consumérisme. Et elle n’a pu empêcher le retour du « nettoyage ethnique » à sa périphérie. A défaut d’assumer ses devoirs et de prendre ses responsabilités, elle ne peut proposer que des indignations compatissantes.

S’est ainsi installée la compassion pour les victimes, toutes causes confondues. La victime, c’est l’Autre en état de faiblesse, dans une identité amoindrie, en fait dans la seule identité qui soit compatible avec la place peu claire, mal définie qui lui est attribuée. En oubliant que, comme le disait déjà Hannah Arendt, « la compassion sans justice est l’un des complices les plus puissants du diable ».

Israël fonde son Etat-nation au moment où l’Etat-nation est disqualifié en Europe. La guerre commence en Israël au moment où elle finit en Europe. Et Israël devient vainqueur, sans avoir d’autre issue.

Une idéologie de la substitution est ainsi à l’oeuvre en Europe, après la théologie de la substitution avancée par la chrétienté pour s’auto-reconnaître comme le « vrai » Israël (note de BAM : seul point de désaccord avec ce texte, la chrétienté se définit comme le verus Israël parce qu’elle considère que l’Alliance s’est étendue à tous, juifs et gentils, mais qu’elle n’abolit en rien, l’élection première. Donc l’idéologie de la substitution qu’évoque le grand rabbin Bernheim ne concerne pas l’Euroland et les juifs mais l’Euroland et la chrétienté défunte, dans ce cadre, il n’y a plus d’alliance du tout et encore moins d’élection, l’universel se réduit au grand melting-pot intercomphéhensif, en gros le spectacle, le marché et les polices trans-frontières).

Dans cette lecture du monde, les non-juifs auraient tiré la leçon de l’histoire et se conduiraient désormais comme le « vrai » juif par la création de l’Europe, l’élévation au supranational, l’apologie de l’Autre et de l’universel. A contrario, le juif en Israël se comporterait comme l’Européen d’avant-guerre, ancré dans son Etat-nation (note de BAM : en effet tout technocrate de l’Euroland se prend pour le Stefan Zweig du monde d’hier à ceci près qu’il ne va pas jusqu’au bout de la lecture de cette chronique désespérée, le suicide. Or ce suicide si on suit bien Zweig derrière ses proclamations européistes et cosmopolites vient d’une double impossibilité existentielle : d’un côté rejoindre le mouvement sioniste, de l’autre continuer à vivre alors même que l’écrivain a perdu le contact avec son public de langue allemande et qu’il est interdit de diffusion et proscrit. Malgré toutes les proclamations et professions de foi, Zweig découvre alors qu’être arraché au terreau qui l’a vu naître, grandir, respirer et penser est une catastrophe qu’il ne pourrait effacer qu’en embrassant pleinement une autre patrie, ce qu’il ne peut se résoudre à accomplir )

 Gilles Bernheim, grand rabbin de France (le Monde)

Par La Libellule
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PIMPRENELLE POURPRÉE

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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

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