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Dimanche 26 septembre 2010 7 26 /09 /Sep /2010 06:36

 

LES IMPRÉVISIBLES ET REDOUTABLES EFFETS DE VATICAN II,

 

 

Par

 

Arnold Lagémi

 

Hébergé par Thérèse Zrihen-Dvir

 

 

 

Cette réflexion fait suite à une publication de Vini Ganimaro dans l’OSSERVATORE VATICANO  (dialogue interreligieux et œcuménisme.)  Hannah Lévy me l’a adressé. Je l’en remercie bien vivement, car  sans son initiative, il est fort probable que n’aurait pas été remarqué l’incident ci après relaté, révélateur des difficultés  rencontrées pour la mise en pratique de la Déclaration Conciliaire,  Nostra Aetate, (A notre époque …premiers mots du texte latin.)  dont une partie relève des rapports avec les Juifs.

 

 

 

The opening of the Second Session of Vatican II

 

Une récente publication de *l’OSSERVATORE VATICANO a suscité une problématique nouvelle issue de la déclaration conciliaire *NOSTRA AETATE. En effet, ce document original  publié par l’organe de presse officiel du Vatican,  imputable aux sœurs de la congrégation Notre Dame de Sion et diffusé par la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles, distingue de sérieuses et inéluctables conséquences  (que n’avaient probablement pas prévues les rédacteurs) à la déclaration conciliaire. Commençons par quelques observations sur le sens et la portée de ce texte.

 

Souvent présentée comme la référence de base des nouveaux rapports judéo chrétiennes, ce texte est une déclaration définissant les relations de l’Eglise avec les religions non chrétiennes. Il  n’implique donc pas essentiellement les rapports judéo chrétiens. Concernant le Judaïsme et les Juifs, l’originalité du texte c’est qu’il expose et explique une vérité qui a toujours été implicite et  nécessaire dans la position chrétienne, à savoir, la réalité de la filiation avec le peuple juif. Celle-ci  est affirmée sans ambiguïté et ne s’accompagne pas de la condamnation, voire de la malédiction des Juifs.

 

 

 

Implicite ou explicite, la prétention à la filiation est incontournable. Comment pourrait-il en être autrement ? Le christianisme n’est pas né par génération spontanée. S’il n’est pas catégorique dans sa revendication à l’héritage exclusif d’Israël, son « accomplissement » de la Loi de Moïse est inopérant parce qu’illégitime. L’Eglise se déclare débitrice d’Israël. C’est nouveau formellement,  mais cela ne modifie en rien la volonté chrétienne à être le « nouvel Israël. » Cela le confirmerait plutôt.

 

« Ce peuple avec lequel D.ieu, dans sa miséricorde indicible, a daigné conclure l’antique alliance » ou « Selon le témoignage de l’Ecriture Sainte, Jérusalem n’a pas reconnu le temps où elle fut visitée. »

 

Subsiste, par ailleurs, un reliquat des anciens préjugés : « Les Juifs restent encore, à cause de leurs pères, très chers à D.ieu. » On l’aura noté, si les Juifs restent « très chers » c’est grâce au mérite de leurs pères.

 

On pourrait dire, qu’en confirmant sa parenté avec la mission rédemptrice d’Israël, l’Eglise indique qu’elle entend essentiellement prendre sa place dans la filiation  salvatrice du peuple juif, définie par les prophètes d’Israël. Il ne peut, y avoir, toutefois, égalité de statut entre une Eglise qui a reconnu en Jésus le messie promis et un peuple, juif, en l’occurrence, toujours dans l’espérance messianique.  Selon les Ecritures communément admises, il n’y a qu’un seul fils de David. Soit, il est en gestation dans la matrice d’Israël. Soit c’est Jésus ! Il n’y a pas de choix sans sacrifice.

 

Soutenir que Nostra Aetate a aboli l’ambition chrétienne d’être le seul et vrai Israël, c’est faire dire à cette Déclaration ce qu’elle ne dit pas. On lira, par contre, dans NOSTRA AETATE : « L’Eglise croit, en effet, que le Christ, notre paix, a réconcilié les Juifs et les Gentils par sa croix et en lui-même, des deux, a fait un seul. »

 

 Que la Croix du Christ ait réconcilié Juifs et gentils reste un point de vue chrétien,  indiquant la préséance chrétienne. Et « des deux a fait un seul » suppose que Jésus est le messie attendu. Le point de vue juif est tout autre ! Il y a donc dans Nostra Aetate des avancées indéniables mais, en même temps des crispations farouches.

 

D’ailleurs, au colloque organisé par les « Relations judéo chrétiennes  de Montréal il y a cinq ans pour commémorer Nostra Aetate,  (compte rendu 2572) le Dr Gérald Caron devait déclarer : «La deuxième partie de cette conférence considère trois défis, parmi d’autres, que l’Église – si elle désire vraiment éliminer toute trace d’anti-judaïsme ou d’antisémitisme de son discours – se doit de relever dans les prochaines années. Elle doit d’abord se débarrasser du “supersessionisme” ou de la théologie du remplacement, non seulement dans ses textes, mais aussi et surtout dans sa théologie, y compris sa christologie. »*

 

« Étroitement lié à cette question est le débat toujours en cours sur l’alliance, qui respecte la nouvelle doctrine sur la permanence d’Israël dans le plan divin. Enfin, même si déjà abandonnée par le Conseil mondial des Églises et plusieurs Églises membres, la question du prosélytisme ou mission chrétienne envers les juifs reste à l’ordre du jour au sein de l’Église catholique romaine et de certaines Églises évangéliques. »

 

La déclaration conciliaire prenait un très gros risque en atténuant la disqualification des Juifs sans avoir préalablement rejeté (cf plus haut) la théologie du remplacement.

 

 « L’Eglise a toujours devant les yeux les paroles de l’apôtre Paul sur ceux de sa race à qui appartiennent l’adoption filiale, la gloire, les alliances, la législation, le culte, les promesses. »

 

Tout se passe comme si Nostra Aetate autorisait une lecture du chapitre XI de l’épître aux Romains  actualisé, alors que, selon le premier niveau de lecture, ce texte ne s’appliquera qu’à la fin des temps, quand le cours de l’histoire de l’Eglise aura cessé.

 

La déclaration conciliaire, par certains aspects  refuse à prendre acte de l’irréductible opposition théologique et, par d’autres se comporte comme si l’unité judéo chrétienne était une réalité consommée.

 

Un incident sérieux relevant de cette deuxième façon de voir vient de se dérouler.  L’OSSERVATORE VATICANO, publie une déclaration de la conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles mettant en évidence la position de la Congrégation des sœurs de Notre Dame de Sion, évoquant notamment : « Depuis la Shoah, et en particulier depuis la déclaration NOSTRA AETATE, elles (les sœurs) sont profondément conscientes de l’amour fidèle de D.ieu pour le peuple juif. »

 

En tout premier lieu, que la position des sœurs de Notre Dame de Sion soit relayée par la conférence épiscopale des évêques anglais et du Pays de Galles donne un certain poids à cette position. Lorsqu’elles  sous entendent  que l’amour de D. ieu pour les Juifs n’était pas une  réalité avant la déclaration conciliaire, elles considèrent que Nostra Aetate marque l’entrée dans le temps où les Juifs seront réhabilités. La référence à la Shoah indique que le point paroxysmal de la souffrance d’Israël est atteint.

 

Il n’est pas présomptueux d’affirmer donc que les évêques anglais appuyant ces religieuses qui déclarent que la Providence reste « fidèle à son amour pour Israël » sous tendent une vérité explosive, à savoir que  la nature de la relation divine à Israël restant engagée par la fidélité, en dépit du rejet de Jésus, dégage les Juifs  de toute obligation à la conversion. Reste cependant la prière du Vendredi Saint pour la conversion des Juifs qui contredit cette apparente progression.

 

D’un point de vue empirique, la vision de ces religieuses et des évêques relèverait-elle d’un questionnement visant à faire admettre la nécessité d’une révision doctrinale en insistant sur les contradictions du système ? Je le pense. Car, par la reconnaissance du maintien de la fidélité divine à Israël, se trouve posé avec acuité  l’incompatibilité de deux rivalités.

 

Contrairement à ce qu’elle prétend être,  Nostra Aetate reste, en effet, susceptible de renforcer un blocage à l’encontre du rapprochement judéo chrétien, dans la mesure où la reconnaissance de la validité de l’Alliance pose aussi la question de la légitimité de « l’accomplissement » de la Loi des frères aînés. Peut-on mettre un terme à une Loi qui s’inscrirait dans une Alliance reconnue ?

 

Pour prendre une image populaire, nous pourrions dire que la réforme doctrinale devait précéder la Déclaration Conciliaire. En l’état, c’est la charrue qu’on a placée avant les bœufs ! »

 

Les sœurs de Notre dame de Sion et les évêques anglais ont répondu en confirmant avec Nostra Aetate : « Les dons et l’appel (de D.ieu) sont sans repentance. »

 

Ce recours au chapitre XI de l’Epître aux Romains qui accorde une si belle place aux Juifs,  n’a-t-il pas une visée essentiellement eschatologique ? (fin de l’histoire humaine) N’était-il pas prématuré de s’en prévaloir avant toute reforme doctrinale ?

 

Qu’est ce à dire ? Assumer ces contradictions jusqu’à l’absurde ? La fidélité de la Providence envers Israël qu’affirme et reconnaît la Déclaration Conciliaire ne doit elle pas entraîner les Chrétiens à revendiquer pour eux-mêmes  la permanence confirmée de cette fidélité ? Et si « les dons et appels de D.ieu sont sans repentance » peut-on reprocher aux sœurs de Notre Dame de Sion ainsi qu’aux évêques Anglais d’en avoir tiré les conséquences?

 

Si les Juifs restent le Peuple Elu aux yeux des Chrétiens, qu’attendent ces derniers pour frapper à la porte de la synagogue qui, pour l'occasion aura ôté de son visage le bandeau infamant de...l'aveuglement!

 

Arnold Lagémi,

http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/

 

Par La Libellule - Publié dans : divers
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PIMPRENELLE POURPRÉE

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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

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