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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
S’adressant à l’auditoire discipliné de l’hémicycle où il a tenu sa conférence, il a commencé par l’aveu d’une sorte de capitulation: « Vous avez gagné », avant de donner un aperçu de l’évolution des différents secteurs socioculturelles du paysage d’Israël:
«En Israël, nous avons assisté à une sorte de combat sur la façon d’être israélien, l’israélicité. Il s’est poursuivi sur plus de cent ans, depuis la seconde alya, et il s’est terminé avec votre victoire.» Pesant ses mots, il a insisté: «Nous avons perdu, et vous avez gagné. Pendant des décennies, il y a eu ici ce qu’on pourrait appeler un rapport de force mexicain. Tout le monde reste debout et chacun attend que l’autre capitule. Le statuquo était fondé sur l’hypothèse erronée de chacun des camps selon laquelle le camp adverse allait diminuer de lui-même pour finalement disparaître. Et je sais pertinemment que c’est ce que les orthodoxes ont toujours pensé des non-religieux. Mais c’est réciproque. Nous avons pensé que vous étiez une sorte de musée vivant, que vous étiez comme le safari de Ramat-Gan. Il est un endroit où existe une espèce rare, presque éteinte, qu’il faut s’efforcer de préserver, afin que nous puissions un jour nous y promener avec les petits-enfants et leur dire: « Vous voyez les enfants? Voila de quoi avait l’air, dans un passé ancien, le Juif. »»
Il a ensuite ouvertement rappelé les termes de l’accord entériné par Ben-Gourion: «… le nombre à la base de personnes concernées par l’accord défini sous le formule « Sa Torah est son occupation » était de 700. C’était le nombre qui représentait la totalité du monde des écoles talmudiques, 700 hommes. Aujourd’hui, rien que dans la Yéchivat Mir, il y a plus de 3500 hommes. Mais pour revenir à l’idée selon laquelle c’était sous cette forme que se présentait le Juif, elle n’a pas de fondement dans la réalité. Elle est fondée sur le fait que les non-religieux se sont laissé convaincre que les Juifs orthodoxes représentent le judaïsme des temps anciens, qui existerait depuis des milliers d’années. Mais historiquement parlant, le mouvement orthodoxe est un mouvement relativement récent. Si nous voulons lui trouver un point de départ, il se situe au 18ème siècle, quand le ‘Hatam Sofer établit le principe selon lequel « le nouveau est interdit par la Torah ». Mais la véritable expansion du mouvement orthodoxe se situe au 19ème siècle, quand les rabbins s’effraient d’un concept nouveau qui s’insinue dans le monde juif, et ce concept est celui de l’athéisme.
Le mouvement non-religieux se présente sous deux courants: le mouvement des Lumières, d’une part, et le mouvement sioniste, d’autre part. Face à ces deux courants se dresse un courant d’opposition, qui est le mouvement des Juifs religieux, et c’est ce mouvement qui vous a mis au monde, les orthodoxes. Je sais bien que ce n’est pas ce qui vous a été enseigné, donc je vous demande de ne pas me croire et de le vérifier par vous-mêmes. Allez vérifier honnêtement ce que dit l’histoire, et vous constaterez que non seulement l’athéisme est né comme réaction à l’orthodoxie, mais que l’orthodoxie est née en tant que réaction à l’athéisme. Ces deux mouvances, depuis leur naissance, ont vécu dans une opposition constante, jusqu’à ce qu’elles soient arrivées à un point de confrontation. Et dans cette confrontation, vous avez gagné.
Votre victoire n’est pas seulement celle du nombre. C’est aussi la présence orthodoxe dans le monde politique, dans le mouvement de l’occupation du sol, dans le monde du spectacle, de la culture, dans les systèmes éducatifs ; dans tous ces endroits vous avez vaincu. Et quand je vous vois, dans tous ces lieux, je peux prévoir, d’après les données statistiques, que vous l’emporterez aussi sur le marché du travail. Il n’y a donc aucun moyen de bâtir la manière d’être israélien sans vous. Peu importent nos tentatives, peu importent nos efforts, l’israélicité ne peut exister sans le judaïsme, et le judaïsme ne peut exister sans l’orthodoxie. Vous avez donc gagné.
La raison de cette victoire est double. La première face est bien entendu démographique. Quand le pays a été fondé, la manière à laquelle la société allait se forger était sans ambigüités. Elle devait vivre en tant qu’Etat socialiste, non religieux, et européen. C’était le mouvement central du pays et il s’est maintenu pendant 50 ans. Mais, au fur et à mesure, ont commencé à se former autour de lui des groupes. Le groupe orthodoxe ashkénaze, le groupe orthodoxe séfarade, le groupe sioniste religieux, le groupe du Bethar, et dans les années 50, sont venus les groupes d’Afrique du Nord, qui sont devenus les groupes de la périphérie. Au début des années 90 a commencé à arriver le groupe russe suivi du groupe éthiopien (sic pour la date). Chacun de ces groupes avait des besoins et présentait ses exigences au courant central. Certains avaient des exigences d’ordre religieux, comme votre groupe, les orthodoxes, d’autres avaient des exigences politiques, comme le groupe sioniste religieux, qui a entamé à partir de 1967 l’entreprise de la réinstallation. Ou alors les besoins étaient économiques, comme pour les groupes de la périphérie, ou des Russes et des Ethiopiens. Chacun exigeait quelque chose, et chacun « a grignoté » quelque chose auprès du groupe central. Et peu à peu également, les différents groupes se sont infiltrés à l’intérieur des centres du pouvoir que tenait traditionnellement le mouvement central. Ça a commencé avec Tsahal, pour passer aux universités, puis aux affaires.
Mais quand le courant central a essayé de défendre ce qui lui était propre, car cela relève de l’instinct de tout groupe, on lui a alors dit: « Tu nous as opprimés, tu nous as bloqué nos droits, et nous ne l’accepterons pas. » Ils avaient raison, car le courant central les a réellement opprimés, et il les a réellement empêchés de profiter de leurs droits, et ils avaient réellement le droit de ne plus le supporter. Il faut tenir compte d’une autre donnée. Le courant central ne représentait plus la majorité. Dès la fin des années 70, il y avait ici une majorité de Séfarades, et depuis les années 80, il y a beaucoup plus de gens qui se définissent comme traditionnalistes ou religieux, que de gens se définissant comme athées. Et Jérusalem est une ville bien plus grande que Tel-Aviv. Depuis 1977, la droite capitaliste est au pouvoir la plupart du temps, 34 ans sur environ 40. Et pour un sondage réalisé en 1994, il s’est avéré que 56% du public admet que la Torah a été donnée sur le Mont Sinaï.
Il était donc clair que l’équilibre entre les religieux et le courant central allait s’effriter. Le courant central n’est plus la majorité, ni en nombre, ni pour l’économie, ni politiquement, ni idéologiquement. Et alors, à la fin des années 90, avec un retard remarquable, un phénomène prévisible s’est produit. Le courant central en a eu vraiment assez. Il a regardé à gauche et à droite et s’est écrié: « J’en ai assez que sans arrêt, tout le monde a besoin que je lui fournisse quelque chose, et s’ils ne veulent pas que je prenne en mains les affaires de l’Etat, qu’ils le fassent eux-mêmes. Car j’ai trouvé une solution nouvelle: à partir d’aujourd’hui, je serai moi aussi un groupe. » Le mouvement central est alors devenu lui aussi un groupe. Concernant cette question, c’est tout à fait d’actualité, vous pouvez l’appeler le « groupe de la classe moyenne ».
Ce groupe s’est dit en lui-même: « Je n’ai pas besoin du pays pour faire des affaires, je peux faire un mariage civil à Chypre, mais je dois défendre la démocratie, car les autres groupes, instinctivement, ne sont pas démocratiques ou sont moins démocratiques. Et j’en ai assez d’avoir un enfant à Bené-Berak et un enfant à Oum el-Fahem, que je n’ai jamais rencontrés mais que l’argent de mes impôts finance, et je n’ai certainement pas besoin que tout le monde me reproche de l’avoir lésé. Si je les opprime tellement, qu’ils se débrouillent sans moi. Je vais faire comme tout le monde, je ne me préoccuperai que de moi-même. Je ferai ce qui est bon pour moi et pour les gens de mon bord. »
C’est la manière à laquelle la situation a évolué ces dernières années. Au lieu d’avoir un Etat avec un courant central entouré de groupes, nous nous sommes transformés en un pays composé uniquement de groupes.»
Il a ensuite établi un principe: «Cette situation représente quand même un petit problème. Le pays ne pourra pas tenir de cette façon. Ce n’est pas seulement le problème d’Israël. Il n’existe aucun pays capable de se maintenir s’il n’a pas un noyau central en commun. S’il n’y a pas un large consensus sur lequel tout le monde peut être d’accord.
C’est ce qui me conduit au second aspect de votre victoire et de notre défaite. Cette raison est spirituelle. Quand les pères du sionisme sont venus sur la terre d’Israël, ils ont dit qu’ils voulaient fabriquer un creuset pour le peuple juif, et ils ont voulu vraiment définir une large base pour qu’elle soit acceptée par tous les composants du peuple. Mais ils ont esquivé le fait que le peuple juif avait déjà une base de ce type. Car le peuple juif avait un père. Ils ont voulu construire un creuset athée et socialiste et ils ont ignoré le fait que le peuple juif avait un Père antique, qui les a entretenus et protégés pendant deux mille ans, et ce Père antique s’appelle bien entendu le D. d’Israël. Je ne vais pas parler de foi, c’est une autre question. Je vous parle du problème de ce que doit être la large base du consensus social et culturel sur lequel reposent les mœurs israéliennes.
La tentative des pères fondateurs était de vouloir directement passer de la Bible à notre époque. Ils voulaient bâtir un ethos biblique et non talmudique. Car le Tanakh (Bible) a eu lieu ici. Saül est allé chercher les ânesses sur la route n°443. Et ils ont cherché à établir sur le Tanakh le lien entre le peuple et la terre d’Israël. Car ils étaient presque tous des étudiants en yéchiva, qui ont retiré leur kippa. Et à leurs yeux, la tradition talmudique était quelque chose qui se rattachait à l’exil, qui se rattachait à leur foyer qu’ils ont décidé de quitter. Donc, pour fabriquer leur système spirituel, ils ont décidé de faire l’impasse sur la Mishna, le Talmud et le Midrash, l’âge d’or en Espagne, le Ramhal et le Hatam Sofer, mais aussi Bachevisch Singer, Shalom Aleikhem et Rabbi Nahman de Braslav, et au lieu de se fonder sur une vision multidimensionnelle, sur plusieurs niveaux, capable de contenir toutes les différentes nuances qui se trouvent à l’intérieur du peuple, ils ont bâti un système qui convenait aux Ashkénazes laïcs socialistes, et ils ont cherché à ce que tous les autres se soumettent à leur vision.
Ils ne l’ont pas fait par cruauté, ni par bêtise, mais ça relevait de leur logique, une logique athéiste. Voici ce que leur logique leur dictait: « Si, pendant 2000 ans, l’Eternel n’a pas conduit le peuple d’Israël sur la terre d’Israël, c’est que le temps est venu de laisser quelqu’un d’autre essayer. Le temps est venu de bâtir un nouveau système de valeurs. Ainsi, quand la Shoah a frappé, ils y ont trouvé la preuve qu’il ne fallait pas se reposer sur le D. d’Israël qui ne serait pas fiable, mais qu’il ne fallait compter que sur soi-même. » A la suite de cette redéfinition, nous avons tenté de ne compter que sur nous-mêmes. Mais cette tentative a échoué. Elle a échoué parce qu’elle a eu pour résultat que toute personne qui n’était pas ashkénaze laïque et socialiste se renfermerait davantage à l’intérieur de son propre groupe. Et surtout quand ces personnes ont découvert que dans ce nouvel idéal qui lui était proposé, elles ne pouvaient pas retrouver ce qui était le plus cher à leur cœur, c’est-à-dire leur D. Et cette tentative a d’autant plus échoué que l’explication fournie par les fondateurs du pays n’était pas satisfaisante. Elle ne suffisait pas à justifier notre présence ici.
Car si nous expulsons de notre histoire notre Père antique, alors pourquoi sommes-nous ici? Pourquoi un homme athée choisirait de vivre précisément dans le quartier le plus pourri du monde, au milieu d’un milliard de musulmans qui le détestent, dans cette chaleur, s’il n’a pas la foi en l’implication d’une force extrinsèque par le mérite de laquelle ça vaut la peine de vivre ici. La réalisation que cette conception représentait un véritable problème nous est tombée dessus en 1967, avec la guerre des Six jours. Car si la guerre a été dirigée par des non-religieux, la réaction qu’elle a engendrée était totalement d’ordre religieux. À la suite de la libération de régions entières de la patrie du peuple juif, il y a eu une profusion très forte de sentiments religieux. C’est ce qui a donné naissance au mouvement des implantations juives, mais plus encore, au renouvellement du sentiment du miracle vécu. Cette guerre a rendu à d’énormes secteurs de la population ce qu’ils avaient perdu à cause de la Shoah, à savoir le sentiment que quelqu’un veille sur eux, qu’il y a une raison à notre présence ici. Nous ne la saisissons peut-être pas, peut-être qu’elle ne nous engage pas à suivre les 613 commandements, mais elle nous oblige à reconnaître qu’elle n’est pas le fruit du hasard.
Or, dès l’instant où nous avons reconnu que la vie n’est pas due au hasard, nous avons perdu. Nous avons perdu et vous avez gagné. Cette victoire est encore fraiche. Elle ne date que de quelques années, mais elle est déjà là. Et la première implication de la signification de cette victoire, c’est que nous, les non-religieux, devons reconnaître que notre idée, la conception d’un pays géré en votre absence, ou selon laquelle vous ne seriez ici que des hôtes de passage, a échoué. Car il est impossible de diriger l’économie israélienne si vous n’y participez pas. Et ce n’est pas non plus un hasard qui veut que la révolution du « cottage » ait été initiée par des orthodoxes de Bené-brak. Et il est impossible de décider quel est le cap que prendra l’éducation en Israël si vous n’y prenez pas part. Et il est impossible de décider sans vous ce qu’il adviendra du conflit israélo-’palestinien’, ni du caractère démocratique du pays, ou encore des relations entre le citoyen et la Cour suprême si vous restez en dehors.
Si un enfant éthiopien à Netivoth a faim, votre responsabilité n’est pas moins importante que la mienne. Et vous ne pourrez plus dire que vous ne donnez qu’aux bonnes œuvres orthodoxes. Si Ashkelon est sous les missiles ou Kiryat-Shmoné sous les Katiouchas, votre responsabilité est interpellée au même titre que la mienne. Et votre responsabilité ne se limite pas à envoyer Zaka. Vous êtes responsable en tant que public qui fait partie intégrante de l’Etat d’Israël. Et si, demain, un immense incendie se déclenche sur le Carmel, je voudrais savoir ce que vous prévoyez de faire. Car votre responsabilité est égale à la mienne.
Vous avez gagné, et cela signifie que l’époque à laquelle vous n’étiez qu’un groupe qui protestait de l’extérieur pour exiger que l’on tienne compte de vos besoins est révolue. Vous êtes les gagnants, et par conséquent je suis en mesure de vous dire: vous aussi, vous devez tenir compte de mes besoins. Vous aussi, vous êtes responsables de ce qui peut m’arriver, et je ne suis plus le seul à être responsable de votre sort. Je ne suis pas le seul à devoir faire en sorte que la vie soit possible pour vous dans ce pays, car vous devez vous aussi faire en sorte que je puisse y vivre. Car la victoire a un prix, c’est la défaite qui n’en a pas. Le prix de la défaite, c’est la défaite en soi. Mais le prix de la victoire, c’est qu’elle vous oblige à endosser des responsabilités. Parce que vous n’êtes plus un groupe, vous n’êtes plus un musée, vous n’êtes plus le safari, vous êtes l’Etat d’Israël exactement au même titre que moi, vous influez sur la vie israélienne pas moins que moi, et vous devez répondre à la question: quelle forme de responsabilité cela vous impose-t-il?
Vous êtes aujourd’hui les maîtres du pays. En quoi cela se traduit-il par des obligations? Est-ce que vous pouvez continuer à vous dire que seuls les non-religieux doivent faire l’armée parce que cela ne vous concerne pas? Est-ce que vous pouvez continuer à penser que les seuls pauvres qui vous concernent sont les pauvres orthodoxes, et que cela ne vous fait rien que des pauvres non-religieux meurent de faim? Est-ce que vous pouvez continuer à considérer que les problèmes auxquels est confronté l’Etat d’Israël, avec à sa tête le conflit israélo-’palestinien » sont des problèmes de non-religieux? Est-ce que vous avez le droit de vous taire quand un groupe d’extrémistes orthodoxes cherche à mettre des vies humaines en danger et veut déplacer les services des urgences de l’hôpital Barzilaï à Ashkelon? Car devenir responsable exige que vous ne puissiez plus prendre le parti d’orthodoxes uniquement parce qu’ils sont orthodoxes. Vous ne serez pas moins favorables aux médecins qui sauvent quotidiennement des vies, car vous n’êtes pas moins israéliens qu’ils ne le sont.
Et vous êtes responsables de vos enfants, car vous devrez les aider là où vos parents ne vous ont pas aidés. Je ne doute pas des vertus de vos parents, ni qu’ils vous ont aimés en vous donnant les moyens adaptés à des enfants qui font partie d’un groupe minoritaire. Ils vous ont appris qu’il vous fallait tout d’abord vous inquiéter de vous-mêmes, de vos proches et de votre mode de vie.
L’un des arguments des orthodoxes contre les matières profanes est qu’étant donné que le Talmud affute l’intelligence, ils pourront compléter leurs lacunes sans le moindre problème. Cet argument est en partie vrai et en partie faux. Il est vrai quand il affirme que le Talmud affute l’intelligence. Il s’agit de milliers d’années de sagesse, et tout ceux qui l’étudient améliorent leurs qualités humaines et se font d’autant plus aptes à des études qui interpellent l’intelligence. Mais ce qui est totalement erroné, c’est que si vous n’apprenez pas à vos enfants les mathématiques et l’anglais, ils auront des lacunes. Car le cerveau humain absorbe les langues et les sciences bien mieux lorsqu’il est jeune… Le professeur Weiss, de l’année préparatoire aux matières technologiques du Technion affirme que plus de 50% des hommes issus de l’éducation orthodoxe abandonnent en cours d’année. Par contre, pour les femmes, qui étudient les maths et l’anglais, le pourcentage d’abandons se situe entre 5% et 7%. Le professeur Weiss affirme que le découragement est dû à des questions simples de mathématiques, comme les questions sur les fractions… Je comprends que vous vouliez que vos enfants étudient dans un premier temps la Torah. Mais au cas où ils ne deviendraient pas devenir par la suite des grands rabbins, donnez leur une chance, 6 heures par semaine, 4 heures…
Vos enfants, vous devez les munir des outils dont se servent les vainqueurs. Ils ne doivent pas seulement connaître l’anglais et les maths, mais aussi savoir planifier l’économie, ce que dit le monde juridique, pour connaître leurs droits et leurs devoirs… Ils doivent pouvoir vivre dans un monde de technologie…
Mais ils doivent faire la connaissance d’autre chose encore. Ils doivent connaître leurs voisins, ceux qui vivent de l’autre côté de la route. Ils doivent faire notre connaissance. Je vais vous citer un exemple dont je me sers souvent, en ce qui concerne les relations entre religieux et non-religieux. Je vais prendre l’exemple de la loi de Kippour. En Israël, nous avons aussi la loi du Hamets, mais tous les ans à Pessah, il y a des gens qui consomment du hamets, qui en achètent et qui en vendent. Nous avons en Israël la loi sur le cochon, mais malgré cela, un peu partout en Israël, des gens consomment, achètent et vendent de la viande de porc. Mais la seule loi religieuse qui est vraiment largement et scrupuleusement respectée est la loi du jour de Kippour.
Aucun non-religieux, dans l’Etat d’Israël, ne fera bouger sa voiture de son parking. Et aucun non religieux ne mangera en public le jour de Kippour. Et vous savez pourquoi c’est précisément la loi du jour de Kippour que les non-religieux observent avec tant de ferveur? C’est parce qu’il n’existe pas de loi de Kippour. Jamais l’Etat d’Israël n’a promulgué une loi sur le jour de Kippour. Tout ce que nous retenons, c’est qu’il est important pour nos voisins religieux et orthodoxes que nous ne prenions pas la voiture le jour de Kippour, et que nous n’allumions pas le barbecue dans la cour. Et nous le respectons avec joie parce qu’on nous la demandé, et parce que c’est un acte de bon voisinage. Et c’est pour le respect mutuel, qui fait partie de notre responsabilité envers vous que de faire le maximum pour vous permettre de vivre votre vie en adéquation avec votre conception et vos habitudes. Le jour de Kippour est un exemple pour montrer comment doit agir un individu qui ne se considère pas uniquement par rapport à son groupe mais qui se conçoit dans le cadre bien plus vaste d’un pays.
Je ne cherche pas à vous effrayer du fait de votre victoire, car la victoire présente de nombreux avantages, et ce campus en est un bon exemple. Par le mérite de la victoire, la génération suivante d’orthodoxes, ou au moins une grande partie, ne souffrira plus d’une pauvreté intolérable dans une société qui se respecte. Vous pourrez parler avec nous des questions de la société israélienne dans un cadre qui brisera les limites de la ghettoïsation de la société orthodoxe. Je m’efforcerai de ne pas me vexer si vous refusez que vos enfants jouent avec les miens dans le jardin, mais j’espère que nous pourrons trouver un terrain d’entente pour vivre ensemble sans que je ne craigne que vos enfants rendent les miens religieux et sans que vous ne craigniez que les miens corrompent les vôtres.
La victoire ne vous permettra plus de vous sentir lésés ou menacés. Et ce sera peut-être alors le tour des éléments les plus extrémistes de votre public de donner le ton sur des questions comme la décence, le rôle de la femme dans la vie de la cité. Votre vie, en tant que vainqueurs, ne sera plus vécue comme une réaction suscitée par le conflit avec la laïcité. Vous ne vous sentirez plus menacés, et nous pourrons nous aussi respecter des lois religieuses, comme Kippour, ou comme la circoncision. Aucune loi n’a été promulguée à ce sujet et pourtant tous les non-religieux observent ce commandement, et nous pourrons prendre part à des nuits d’études pour Shavouoth, avec de nombreux non-religieux de blanc vêtus venus étudier la Torah et le Talmud. Et votre victoire, en l’absence de sentiment de menace, vous permettra de redéfinir quelle sera la qualité de vos relations avec nous.»
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