Partager l'article ! Libérez Hamza Kashgari et Asia Bibi, victimes de l'instrumentalisation de la charia: Libérez Hamza Kashgari et Asia Bibi, victimes de l'instrum ...
Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Modifié le 27-02-2012 à 12h28
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Edité par Daphnée Leportois Auteur parrainé par Jean-Marcel Bouguereau
La charia – ou, plus exactement, l’insensée et obscurantiste instrumentalisation politico-idéologique qu’en font aujourd’hui les fondamentalistes coraniques – frappe encore, ces jours-ci, en
ces pays islamistes où nul discours critique concernant le prophète Mahomet n’est toléré, sous peine de mort.
Cette théocratie d’un autre âge, ainsi que je l’ai déjà dit, a notamment pour nom, aujourd’hui, l’Arabie Saoudite, dont les autorités politiques et religieuses pourraient
condamner à la pendaison, après un procès pour apostasie (reniement public, en ce cas, de la foi musulmane), Hamza
Kashgari. Ce blogueur, âgé de 23 ans seulement, est accusé d’avoir insulté publiquement sur Twitter le prophète Mahomet, ce qui, dans les civilisations vivant sous le règne de la
charia, constitue un blasphème – le plus grave de tous – passible de la peine capitale.
Un supporter du parti Jamaat-i-Islami demandant l'exécution d'Asia
Bibi, Karachi, Pakistan, le 9 décembre 2010 (F.KHAN/SIPA)
Mais, par-delà cet individuel et tragique cas, subsistent bien d’autres personnes menacées, dans ces mêmes pays islamistes, d’une dramatique et barbare exécution.
Parmi celles-ci figure depuis plus de deux ans, recluse dans une prison de la province du Punjab, Asia Bibi, une chrétienne pakistanaise, âgée
de 38 ans et mère de cinq enfants, qui s’est vu condamnée elle aussi à la peine capitale, par un jugement du tribunal de Sheikhupura, pour une absurde et moyenâgeuse accusation de blasphème.
Elle avait relativisé, en public, les actions de Mahomet en comparaison du sacrifice de Jésus.
Le châtiment d’Asia Bibi, donc, pour cette seule liberté de pensée comme de parole, par-delà même sa profession de foi ? La lapidation, purement et simplement ! C’est dire si, face à cette
abomination que représente toute forme de persécution, nous avons toutes les raisons de nous indigner contre ce verdict, particulièrement abject et rétrograde, en le dénonçant
ouvertement.
Mais il y a encore, en Iran cette fois, Saïd Malekpour, jeune informaticien accusé par les ayatollahs de Téhéran d’"insulte à l’islam" et de "propagation de corruption sur terre". Son
hypothétique crime ? Avoir prétendument géré un site pornographique, en en diffusant une série d’images érotiques, alors qu’il avait été en réalité victime de l’utilisation frauduleuse, par
quelques-uns de ses ennemis les plus malveillants, de l’un de ses programmes. Un complot, donc !
De cette injuste et cruel sort – la pendaison, là aussi – que la République islamique d’Iran s’apprête pourtant à infliger ainsi à Saïd Malekpour, Catherine Ashton elle-même,
Haute-Représentante pour les Affaires étrangères de l’Union européenne, vient de s’en émouvoir publiquement. Elle a demandé explicitement, à travers un communiqué officiel, que les
autorités judiciaires de ce pays renoncent à exécuter cette révoltante sentence.
Ces martyrs de l’intégrisme islamiste et autres fous d’Allah sont légion dans les prisons d’Iran : deuxième pays au monde, après la Chine et devant les États-Unis d’Amérique,
par le nombre très élevé de ses condamnations à mort. Ainsi, aujourd’hui y attendent encore le même et odieux type de mise à mort, dans d’obscures geôles, six autres prisonniers politiques,
plus anonymes ceux-là : Vahid Ashgari, Ahmadreza Hashempour, Sherko Moarefi, Yusuf Naderkhami, Zaniar Moradi et Loghman Moradi.
Leur exécution peut avoir lieu à tout moment. Ils sont formellement accusés de "moharebeh", soit en français,"ennemis de Dieu", le plus grand des crimes pour les extrémistes de la charia
!
C’est par ailleurs aussi là le chef d’accusation que les autoproclamés "gardiens" de cette supposée "révolution islamiste", dont l’ayatollah Ali Khamenei a été élu "guide suprême",
réservèrent en 2006 à la pauvre Sakineh, cette femme condamnée à la
lapidation pour adultère et pour laquelle la planète entière s’est mobilisée durant l’été 2010 afin de la sauver des griffes de cette inique punition.
Entendons-nous : il ne s’agit aucunement de stigmatiser ici – j’insiste sur ce point capital pour la compréhension comme pour l’enjeu de cet important débat – la culture islamique, ni la foi
musulmane, pour lesquelles j’éprouve, comme pour tout autre conviction religieuse, le plus grand respect, mais bien de dénoncer l’abusive exploitation qu’en font ces anachroniques
fondamentalistes sous couvert d’autorité divine.
Car cette trop littérale lecture de la charia de la part de la frange la plus radicale de ses exégètes, n’est en fait, lorsqu’elle se voit appliquée de manière aussi stricte
et aveugle, que le mauvais esprit des lois – pour paraphraser le titre d’un célèbre traité de Montesquieu, ce philosophe des Lumières, dont la sage et docte intelligence, en ces temps de
nouvel obscurantisme, nous manque tant.
Davantage : c’est l’imprescriptible liberté de conscience, plus encore que les droits de l’homme et de la femme, qui est, ici, bafouée, sinon niée de la façon la plus scandaleuse qui soit
!
Ainsi, en un tel contexte politique et face à de telles pratiques religieuses, indignes de toute civilisation moderne, demandons-nous instamment, le plus fermement du monde, que les victimes
de cette indue et honteuse utilisation de la charia soient immédiatement libérées, elles dont le seul délit est d’avoir osé critiquer le principal prophète de l’islam, et sans conditions.
C’est là, cette tolérance face à la diversité des croyances, l’un des principes cardinaux, que tout esprit authentiquement laïc (ce qui ne signifie pas nécessairement, la nuance conceptuelle
s’avère là aussi essentielle, athée) souhaiterait universel, de toute véritable démocratie, sans laquelle il n’est point d’humanisme, ni même peut-être, plus simplement encore,
d’humanité.
La lettre, lorsqu’elle se transforme en dogme, se révèle bien souvent, en matière d’interprétation des saintes écritures comme de tout autre texte sacré, la trahison de son
esprit : ce qui n’est certes pas là, pour un croyant, le moindre des paradoxes !
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