Si l'on ne peut pas ressortir indemme de la lecture du livre de Daniel Klaidman, une question demeure cependant irrésolue. Celle de savoir par quels mécanismes de l'opinion publique
américaine ce président demeure, à ce jour, en position de se voir réélire en novembre prochain mais également quels sont les ressorts de sa relative popularité parmi les opinions
occidentales. Car dès le début de sa présidence, il est apparu évident que l'homme était l'un des plus fins tacticiens à avoir jamais habité à la Maison Blanche, en dehors,
peut-être, de John-Fitzgerald Kennedy, de Lyndon Johnson et de Richard Nixon. A côté de lui, les Carter, Reagan, Bush père et fils et Clinton finissent par apparaître comme modérés sur bien
des points. Bush? Oui, Bush également.
Dans le Wall Street Journal, dès le 19 octobre 2009, le journaliste Brett Stevens avait relevé les symptomes de la réalité cachée de la présidence Obama. Au sujet de la Chine, il
notait qu'en février 2009, la secrétaire d'Etat américaine Hillary Clinton avait atterri à Pékin « avec un message conciliant au sujet de droits de l'homme ». «Notre soutien
aux droits de l'homme ne peut pas interférer sur la crise économique mondiale, la crise du changement climatique mondial et la crise de la sécurité», avait-elle dit. « En fait,
évrivait alors Brett Stevens, il n'y a pas eu quelque pression que ce soit sur les droits de l'homme. Le président Obama a refusé de rencontrer le Dalaï-Lama le mois dernier
(en septembre 2009, NDA), sans doute afin de ne pas froisser les gens qui vont maintenant financer ses dettes ». Au sujet du Soudan, le journaliste relevait qu'en 2008, le candidat Obama
avait publié une déclaration insistant sur le fait qu'« une réelle pression devait être exercée sur le gouvernement soudanais Nous savons par expérience que cela prendra beaucoup pour
les amener à bien agir... Le Conseil de Sécurité de l'ONU devrait imposer des sanctions sévères sur le gouvernement de Khartoum immédiatement.» « Exactement », écrivait
Stevens, pour relater aussitôt: « Hier, le Département d'Etat a mis en œuvre sa nouvelle politique en direction du Soudan, sur la base d'un « catalogue de mesures incitatives et
dissuasives » contre le gouvernement génocidaire du Soudan d'Omar el-Béchir. C'est le genre de menu que M. Bashir contemplera tranquillement jusqu'à ce qu'il meurt comfortablement dans
son lit. »
Sur l'Iran: « M. Obama a gardé le silence toute la semaine sur les «affaires intérieures» de l'Iran qui concernent la réélection frauduleuse de Juinqui a été largement soulignée. Pas si
largement, lorsque l'on note les tentatives de l'administration pour mettre une distance maximale entre elle-même et et les groupes de travail sur les droits de l'homme en Iran. Plus tôt
cette année, le Département d'Etat a rejeté une demande de subvention du Centre de Documentation sur les Droits de l'Homme en Iran, basé à New Haven, Connecticut. Le Centre
maintient peut-être les archives les plus importantes sur 30 ans de brutalité en Iran. Le refus de subvention n'était pas isolé: l'administration a également mis fin brutalement à un
financement pour le projet de Freedom House Gozaar, un service en ligne en persan et en anglais pour discuter des questions politiques. Il est facile de voir pourquoi Téhéran
voudrait voir ces groupes privés de financement et s'arrêter.»
Sur la Birmanie: « En Juillet, M.Obama a renouvelé les sanctions contre la Birmanie. En Août, il a qualifié la condamnation du leader de l'opposition (et comme lui Prix Nobel de la Paix)
Aung San Suu Kyi une violation du "principe universel des droits de l'homme." Pourtant, comme avec le Soudan, la nouvelle politique de l'administration est «l'engagement», sur la théorie que
les sanctions n'ont pas fonctionné. Peut-être. Mais qu'est-ce qui prouve que l'engagement sera un meilleur sort? En mai 2008, la junte birmane a empêché la livraison de l'aide humanitaire aux
victimes du cyclone Nargis. Quelque 150 000 personnes sont mortes sous les yeux de "l'opinion mondiale" par ce qui équivalait à une politique de famine forcée. Laissez de côté le côté
nauséeux de traiter avec les auteurs de cette politique.»
Brett Stevens concluait son papier avec cette anecdote: « Dans le Massachusetts, il n'y a pas si longtemps, je me suis retrouvé derrière une voiture qui portait sur sa vitre
arrière trois autocollants, "Tibet libre", "Sauvez le Darfour", et "Obama 08". Je me demande s'il viendra jamais à l'esprit du propriétaire de cette voiture qu'au moins un de ces autocollants
ne colle pas. »