Partager l'article ! Pourquoi Etienne Chouard fait-il l’apologie de Robespierre ?: Pourquoi Etienne Chouard fait-il l’apologie de Robespierre ? 15 j ...
Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Nous avons interviewé
il y a bientôt un an Etienne Chouard (photo) pendant plus de 2 heures, et c’était passionnant. Nous avons organisé un débat un mois plus tard entre lui et
Yvan Blot, sur la démocratie réelle, et c’était passionnant. Pourtant, nous ne comprenons pas comment quelqu’un d’aussi brillant et cultivé et ouvert d’esprit que lui peut
faire l’apologie de Maximilien Robespierre, père de la Terreur et responsable d’environ “500 000 personnes emprisonnées et 100 000 victimes d’exécutions ou de massacres ; dont 16 594
guillotinés, 20 à 30 000 fusillés, et des dizaines de milliers de prisonniers et de civils vendéens, victimes notamment lors des massacres du Mans, de Savenay et des colonnes infernales.”
(wikipedia)
Etienne Chouard vient de rendre public sur son site très visité le travail énorme réalisé pour diffuser au maximum le travail de l’historien Henri Guillemin sur la démocratie représentative qui ferait taire les pauvres au profit de la classe bourgeoise. Le mérite est grand sur le principe, puisque ce livre de Guillemin n’a pas été réédité depuis des années. Mais sur le plan des principes, peut-on en dire autant ?
Henri Guillemin est l’apologue de Robespierre, à qui il passe tous les excès, et ils étaient pourtant nombreux :
Il dépeint Napoléon comme un moins que rien, un arriviste, tout sauf un patriote (si si), un radin de la pire espèce qui ne cherche qu’à s’en mettre plein les poches. Il le dit avec tellement de talent et il apporte tellement de preuves qu’on voudrait croire qu’il ne s’agit pas que d’une vision idéologique, hélas comme baeucoup d’historiens son parti-pris est clair : le pauvre a raison, le riche a tort. C’est la même rengaine chez ses disciples, dont Etienne Chouard. Pour lui, la priorité pour instaurer la démocratie “réelle” est d’empêcher aux riches d’être riches, pour les empêcher de faire du mal au peuple. Avec toute l’amitié que nous avons pour lui, et tout ce qu’il représente (notamment son juste combat contre le traité constitutionnel européen en 2005), nous ne pouvons le suivre sur ce chemin, qui se révèle rapidement totalitaire dès qu’il est mis en œuvre, comme on l’a vu avec Robespierre.
Cet extrait de Ce soir ou jamais avec Jean Tulard et Michel Onfray, éclaire la question:
Sur Facebook, voici comment il présente ce texte de Guillemin : “SILENCE AU PAUVRES ! Un texte admirable, remarquable, considérable, de notre cher Henri Guillemin. J’ai grillé des journées entières pour vous préparer ce document, parce que je le considère essentiel, vraiment convaincant et utile pour la prise de conscience en cours. Ne ratez pas ça. Et faites passer… Bonne lecture.”
Lisons, justement. Dans l’avant-propos : “L’autre mobile qui s’est emparé de mon stylo pour lui donner la fièvre, c’est l’affaire de la Propriété, dont je trouve qu’on l’oublie un peu trop dans les récits et commentaires usuels sur la Révolution. Ce qu’il faut savoir, et capitalement, c’est que, dès la réunion des États généraux, une grande peur s’est déclarée chez les honnêtes gens – formule, je crois bien, que nous devons à La Fayette ; honnêtes gens = gens de bien, gens qui ont du bien, des biens ; au vrai, les possédants, face à ceux que l’on va exclure du droit de vote et de la garde nationale, les non-possédants, les gens de rien. Robespierre est un des rares – des très rares – révolutionnaires à souhaiter chez les exploités (des champs et des villes) une conscience-de-classe. Il n’y parvient pas. Trop tôt. Attendons l’expansion industrielle du siècle suivant et les concentrations de prolétaires. En revanche, chez les gens de bien, elle est là, dès 89, la conscience-de-classe, vivante, je vous l’assure, lucide, effarée, agressive ; il n’est, pour s’en rendre compte à ravir, que de regarder et d’écouter madame de Staël, Sieyès, Barnave et cent mille autres. Et tout va se jouer sur ce sujet même, avec l’épouvante (croissante pendant plus de cinq ans) de ceux qui ont en présence de ceux qui n’ont pas, qui n’ont rien et qu’il s’agit, à tout prix (et constamment), de surveiller et de contenir d’abord par le déploiement avertisseur de la force, le 14 juillet 1790, ensuite par son usage crépitant et persuasif, le 17 juillet 91.”
On reconnaît là une lecture marxiste primaire, et on se demande bien ce que Robespierre a à voir avec la démocratie réelle, puisque la démocratie ne consistera jamais à éliminer les opposants de sa politique, quand bien même on se réclame être le seul véritable démocrate.
Prenons une autre citation de l’avant-propos de Guillemin que Chouard porte à notre connaissance : “Les trois assemblées qui vont gouverner jusqu’au Directoire: l’Assemblée nationale, la Législative, la Convention, seront toutes les trois – la Convention aussi -composées de propriétaires. La première, au lendemain des émeutes rurales de juillet 1789, aura soin de doter la Propriété d’un attribut inédit, renforcé, solennel. Et nous admirerons Danton, le jour même où la Convention tiendra sa première séance, apportant au soutien de la fortune acquise un adverbe inattendu, et grandiose. Odieux, intolérable, ce Robespierre qui ose, en avril 1793, proposer une limite officielle au droit de propriété. Il est fou ; un malfaiteur, un anarchiste.”
On voit bien ce que cela a de dépassé, puisqu’aujourd’hui les Assemblées sont majoritairement constituées de… fonctionnaires ! C’est François Amanrich, l’autre porteur du projet du tirage au sort, qui le fait remarquer sur son site : “Aujourd’hui, dans la France démocratique, 64 % des députés et sénateurs sont fonctionnaires. Aujourd’hui, dans la France démocratique, 87 % des dirigeants politiques sont fonctionnaires. Il est urgent de se rendre compte que nous ne sommes plus en démocratie.”
Pour être conséquent, Etienne Chouard devrait se retourner contre les nouveaux propriétaires privilégiés de la République anti-démocratique : les fonctionnaires ! Mais il préfère toujours taper sur “les plus riches”, entendez les capitalistes. Pourtant, le salaire moyen des fonctionnaires est supérieur au salaire moyen du privé. Pourtant, l’immense majorité des fonctionnaires sont embauchés à vie, on ne peut les licencier, contrairement à tous les salariés et patrons du privé. Pourtant, nombreux sont les fonctionnaires à percevoir des salaires faramineux, en voici un petit échantillon :
Les hauts fonctionnaires, par ailleurs, touchent parfois encore davantage, sont inamovibles, ne sont élus par personne, et dictent la politique au plus haut niveau, au point de détenir des ministères aussi importants que Bercy, l’Education Nationale ou encore le ministère de l’Intérieur ! Cela nous le savons grâce aux révélations d’Yvan Blot (qui les a cotoyés de près avant de le devenir lui-même et constater le pouvoir immense que cela confère), et de bien d’autres qui ont étudié la question de façon ouverte.
Enfin,
sur les riches, pourquoi les vouer aux gémonies alors qu’ils sont les alliés indispensables de la richesse nationale ? Ce faisant, Etienne Chouard rejoint d’ailleurs la plupart des hommes
politiques au pouvoir, qui ont fait des riches des bouc-émissaires de tous les problèmes de France, pour mieux cacher leurs propres responsabilités. Or les bouc-émissaires n’ont jamais fait une
politique, c’est bien connu.
“Les riches servent-ils à quelque chose à part à être des boucs émissaires faciles dans une campagne qui traîne au niveau du caniveau ? On pourrait en douter quand on écoute nos politiciens,
mais Jean-Philippe Delsol et Nicolas Lecaussin viennent apporter un peu de bon sens dans ce débat. Deux raisons expliquent les attaques dont les riches sont l’objet au cours de cette campagne
électorale : l’une est la traditionnelle jalousie qui caractérise le peuple de France, l’autre l’ignorance totale de toute notion élémentaire d’économie. Toutes ces idées ont inspiré
Jean-Philippe Delsol, administrateur de l’ALEPS, et Nicolas Lecaussin, directeur du développement de l’IREF, dans un livre paru ce mois-ci, et dont nous reparlerons : À quoi servent les riches,
Jean Claude Lattès, 2012.” Lire la suite sur Contrepoints
Nous appelons donc M. Chouard, grand lecteur, à s’ouvrir à d’autres livres que ceux qui diabolisent les riches, pour essayer de comprendre qu’il n’est point de richesses sans riches, point d’égalité sans liberté et point de démocratie sans tolérance.
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