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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

26 décembre 2012 3 26 /12 /décembre /2012 16:21
Mardi 25 Décembre 2012
Alain Rémond - Marianne



GILE MICHEL/SIPA
GILE MICHEL/SIPA
Vous voyez, une journée comme celle d'aujourd'hui (celle de mardi, donc, qui est l'aujourd'hui d'où je vous parle) est une vraie bénédiction. Il fait beau, le ciel est bleu, le soleil brille, c'est une journée comme on n'en pas eu depuis bien longtemps. Une vraie belle journée, sans trop de vent, sans trop de froid, ou alors un froid gentil, pas agressif, un froid vivifiant, comme on dit dans les romans. Je suis venu à pied jusqu'à Marianne en suivant le canal Saint-Martin, heureux de marcher dans cette belle lumière, saluant les cygnes, les cormorans, les mouettes et les canards, toute cette beauté, toute cette légèreté qui donnent envie de danser, comme les enfants sautant d'un pied sur l'autre. On en oublierait les journées d'avant, tristes et moches, pluie, vent, neige fondue, grisaille, ciel bouché, couvercle sur la tête.

On se dit qu'il faut en profiter, tant ce qui s'annonce, d'après Météo France, n'est pas du genre folichon. Après tout, nous ne sommes plus qu'à quelques encablures de l'hiver, neige et verglas, dures gelées dans les jardins, onglées, engelures et gerçures. Même si (on l'oublie trop souvent), le premier jour de l'hiver signe la première victoire de la lumière grignotant, seconde par seconde, la nuit qui n'a cessé d'envahir, depuis novembre, les fins d'après-midi.  

Une journée comme aujourd'hui, c'est une journée qui redonne le moral, qui ferait presque croire à une rémission, dans cette météo sociale et politique tellement désespérante, tellement déprimante, horizon bouché, nuages et bourrasques, usines qui ferment, chômage qui enfle, qui gonfle, et politiques ouvrant leur parapluie. Une journée comme aujourd'hui, c'est une journée où l'on se dit qu'on ne va tout de même pas se laisser abattre, parce que, comme on dit, le pire n'est pas toujours sûr. C'est vrai qu'on a de solides raisons d'avoir le moral dans les chaussettes, de voir l'avenir en noir, ne serait-ce qu'en lisant les journaux. Ça m'a frappé, ces amis qui, à quelques jours d'intervalle, m'ont dit qu'ils allaient arrêter de lire les journaux, tellement ça leur faisait broyer du noir. Partout, en France comme en Europe et dans le reste du monde : un déluge de mauvaises nouvelles, tout le temps, jour après jour. Certes, me disent ces amis, c'est un devoir de s'informer, pour être un citoyen lucide et responsable. Mais, vraiment, à la fin des fins, trop c'est trop, on n'en peut plus, on n'en veut plus. Mais les journaux, eux, qu'est-ce qu'ils peuvent faire ? Mentir ? Tricher ? Cacher les mauvaises nouvelles ? On les accuserait de manipulation, voire de trahison. Et pourtant, c'est vrai qu'on n'a plus envie de les lire, tellement ce qu'ils racontent est moche, démoralisant.

En plus, parmi les mauvaises nouvelles, les journaux parlent sans cesse de la crise qui frappe les journaux, ils pointent les licenciements, les déficits, la chute des ventes, la baisse de la publicité, la concurrence d'Internet, la mort pure et simple de journaux, aux quatre coins du monde. Lire les journaux pour apprendre que les journaux sont en train de mourir, on a vu mieux, pour donner envie de lire les journaux. Mais c'est pourtant le rude devoir du journaliste que de porter le fer dans la plaie, comme disait Albert Londres, notre maître à tous. Sauf qu'on peut se demander si la chronique de la crise de la presse n'alimente pas cette même crise, les lecteurs préférant ne pas ajouter, en lisant la presse, l'abattement à l'accablement. Aussi cette page se veut-elle une éclaircie dans le mauvais temps. Ecoutez, il fait beau, c'est une magnifique journée, c'est une merveilleuse lumière, il y a dans l'air comme la promesse d'autres belles journées, encore et encore. On a besoin de cette lumière, on a besoin de cette douceur. On ne peut pas vivre que de prévisions d'apocalypses, de prédictions de catastrophes, toujours plus catastrophiques, toujours plus apocalyptiques.

Il y a (pourquoi le nier ?) une certaine délectation à jouer les prophètes de malheur, à être celui qui aura annoncé le pire du pire dans le pire, à avoir diagnostiqué toutes les métastases, sans espoir de rémission. Les prophètes de bonheur, eux, passent pour des benêts, des simples d'esprit, de doux rêveurs à tête de Bourvil. Tant pis. Pas grave. Personnellement, je prends tous les jours ma petite dose d'optimisme en écoutant, à 12 h 30 sur France Inter, «Carnets de campagne», l'émission de Philippe Bertrand. C'est une émission qui donne la parole à ceux qui se battent, un peu partout en France, pour que ça aille mieux. Pour qu'on soit plus heureux. Des gens qui bricolent dans leur coin des inventions pour s'en sortir, pour se parler, pour s'entraider. Et ça fait un bien fou. C'est du concret, du solide. Pas de grandes dissertations philosophiques. Des gens qui se mouillent. Qui font vivre leurs rêves.

C'est ce que j'ai écouté, ce mardi, avant de partir à pied vers Marianne, de marcher le long du canal par cette belle journée pleine de lumière, pleine de bleu dans le ciel, pleine de sourires sur les visages des passants.

Quelque chose comme une journée de grâce.

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Laique de Champs
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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