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Mercredi 9 février 2011 3 09 /02 /Fév /2011 04:26

Egypte, Tunisie, et si... et si

Sous la pression de la rue, de l’armée, des Américains, le président Ben Ali a fui la Tunisie pour l’Arabie Saoudite.

Depuis, la révolte qui sommeillait dans les rues de plusieurs pays arabes montre son visage, celui du changement, de la volonté de voir la démocratie enfin arriver dans ces différents pays.

Mais pour quel choix démocratique ? Quelle forme de démocratie ? À « l’occidentale » ? A « l’orientale » Une forme mixte ? Une transition progressive ? Une forme Laïque ? Socialiste ou communiste et laïque comme le voudrait le sulfureux philosophe Slavoj Zizek, une autre dictature quoi ! (Libération du jeudi 3 février 2011, p. 18)

Aujourd’hui, personne au fond ne sait bien dans quelle direction ira la Tunisie, pas même les spécialistes qui n’ont pas vu venir non plus la volonté de changement du peuple.

D’autres paramètres tout aussi imprévisibles vont aussi entrer en jeu, dans une autre danse, à la vie, à la mort. Les réseaux islamiques, l’armée, le peuple qui réclame vengeance, mais contre qui ?

Contre le pouvoir évidemment, mais aussi contre les minorités qui, l’histoire l’a assez montré, ont toujours été la cible des mouvements de libération nationale.

Témoin, toujours en Tunisie, l’incendie d’une petite synagogue dans la ville d’El Hamma, dans le sud tunisien, à 40 km de Gabès et à 500 km de Tunis.

Et si… Et si…

Et si, en Égypte, se déroulait le même scénario, pas tout à fait identique, bien sûr, qui se solderait comme c’est prévisible par le départ du dernier « Pharaon » du pays, le président Hosni Moubarak, au pouvoir depuis près de trente ans, élu juste après l’assassinat d’Anouar el-Sadate, le 6 octobre 1981.

Nous savons depuis quelques jours que les violences et les manipulations de l’État sont plus graves qu’en Tunisie, et qu’un début de guerre civile a enflammé les rues du Caire et sans doute encore celles d’autres grandes villes comme Alexandrie Suez…

En Égypte, il faut encore craindre les Frères musulmans, qui restent en embuscade et qui sont sans doute aussi prêts à participer à quelque prise de pouvoir avec ou sans l’opposant à Moubarak, Mohamed el Baradaï, prix Nobel de la paix, qui se dit laïc et libéral, mais jusqu’où ? Dans quelles proportions ?

Il ne faut non plus pas oublier celui que le président égyptien vient de nommer vice-président, Omar Suleiman, chef des services de renseignements depuis 1993, garant de la paix avec Israël qui a été signée le 26 mars 1979, garant encore de la réconciliation entre les Palestiniens du Hamas et ceux du Fatah.

Depuis quelques jours, il a peut-être perdu sa légitimité auprès du peuple en le réprimant de la façon la plus dure…

Et si… Et si…

Malgré ses dernières déclarations en date du 3 février, où Hosni Moubarak disait ne pas vouloir partir pour ne pas laisser la place aux mouvements islamistes, ni laisser son peuple « dans le chaos », eh bien malgré cela, sans doute, va-t-il aussi laisser sa place et partir, mais où ?

Dans quel autre pays arabe ? En Grande-Bretagne ? Aux États-Unis ? Nul encore ne le sait.

Mais ce que nous savons sans doute par avance, c’est qu’encore une fois, dans de tels mouvements populaires, les minorités vont payer.

Non les Juifs, car en Égypte il n’y en a quasiment plus, mais les Coptes, l’une des plus anciennes communautés chrétiennes d’Égypte et du Moyen orient. Sous Hosni Moubarak, ils étaient plutôt malmenés.

Non pas les juifs égyptiens mais les Israéliens car, si l’armée sait que la paix a été signée avec Israël, il n’est pas exclu que le peuple, ne veuille prendre sa revanche sur les guerres perdues d’Égypte, celle des Six jours et celle du Kippour…

Que fera alors le nouveau pouvoir égyptien ? Et l’armée, dont les États-Unis freinent aussi l’ardeur et atténuent son humiliation à coups de millions de dollars.

Et si… Et si… Soyons optimistes.

Et si le président égyptien finissait par partir, et si, face à la pression du peuple soudain fier d’une nouvelle puissance enfin retrouvée, son successeur ne veuille « délivrer » ses « frères » palestiniens de la bande de Gaza, en ouvrant simplement la frontière égyptienne avec la bande de Gaza, contre la volonté du Hamas, bientôt absorbé dans la grande Égypte.

Alors, le territoire palestinien redeviendrait égyptien, comme avant la restitution du Sinaï par Israël à l’Égypte en avril 1982.

Par un curieux clin d’œil de l’histoire, Israël retrouverait des frontières définies avec l’Égypte, laquelle aurait agrandi son territoire d’une nouvelle province appelée « bande de Gaza »…

Et si…Et si… Tout cela ne suffisait pas à la rue arabe.

De l’autre côté de l’échiquier proche oriental, en Jordanie, fort des changements survenus en Tunisie et en Égypte, les quelques 6,2 millions d’habitants, oh, pas tous bien sûr ! ne venaient à réclamer aussi le départ du roi Abdallah II qui règne sur le pays depuis 1999.

Seulement voilà, dans ce pays en paix avec Israël depuis le 26 octobre 1994, près de 80% des habitants sont Palestiniens.

Faut-il rappeler aussi que Rania, la jolie épouse du roi, et non moins anti-israélienne, est palestinienne.

Et si…Et si… le roi au bout d’un temps dont on ignore encore s’il aura lieu, finissait aussi par quitter le pouvoir, non pas pour un autre pays ni pour affronter une vengeance comme en Tunisie contre Ben Ali ou en Égypte contre Moubarak dont les révoltés veulent la tête.

Non, le roi Abdallah II céderait sa place à un président palestinien qui le ménagerait, puisque son épouse appartient à ce peuple.

Alors, par un autre tour de passe-passe tout aussi optimiste et surréaliste que le premier, nous retrouverions enfin les frontières d’Israël et de la Palestine, laquelle aurait ainsi regagné son nid originel en Jordanie devenue donc Palestine, avec le Jourdain comme séparation naturelle entre les deux pays…

Et si … Et si ce scénario hautement imprévisible se déroulait comme nous l’écrivons et comme nous le rêvons, l’histoire, dont elle a seule le secret, nous ferait alors un immense clin d’œil, à nous pauvres humains qui n’en auraient jamais vu que la face sombre, alors que là, elle agirait comme une pluie fraîche et bienfaisante, se déversant paisiblement, sur tout le Proche orient qui en a bien besoin.

Jean-Marc Alcalay 4 février 2011

  Jean-Marc Alcalay
© Primo, 09-02-2011
Par La Libellule - Publié dans : Primo
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PIMPRENELLE POURPRÉE

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