Dans sa chronique dans le Journal de Montréal intitulée L'école qui endoctrine, Mathieu Bock-Côté commente le récent jugement de la cour suprême du Canada rejetant la demande de parents catholiques que leur enfant soit exempté du Cours d'éthique et culture religieuse (ECR). La cour a rejeté leur prétention que ce cours porte atteinte à leur liberté de conscience.
Mathieu explique que ce cours ne vise pas à familiariser les enfants avec le fait religieux, mais à les endoctriner au multiculturalisme, qui doit accommoder les religions sans regard critique.
Outre le fait que le cours ECR est une propagande pour la laïcité ouverte, on peut voir l'élève en niqab sur un manuel scolaire ECR (source ici ) dans le contexte du quadruple meurtre d'honneur par le clan Shafia : les éducateurs se sont-ils seulement demandé si le niqab ne cacherait pas une jeune fille issue d'une famille intégriste qui souffre terriblement d'être enfermée dans un ghetto halal ?
[...] Par ailleurs, ce débat se déroule dans une ambiance confuse. On ne semble toujours pas comprendre la vraie nature d’ECR. J’y vais alors d’un rappel élémentaire : ECR n’est pas un cours de culture religieuse ! Ses promoteurs eux-mêmes le reconnaissent.
La religion y est présentée de manière instrumentale. Les élèves n’y apprendront rien de sérieux sur l’islam, le protestantisme, le catholicisme, l’hindouisme. On leur parlera des religions superficiellement. Comme symboles d’une « diversité » à aimer inconditionnellement. Il ne s’agit pas de connaître les religions objectivement. Mais de les accepter toutes. Sans discernement. Et sans privilège pour la religion historique du Québec. ECR représente la porte d’entrée du multiculturalisme dans l’école. Son objectif ? Faire sa promotion. [...]
La société québécoise ne veut pas de cette idéologie. Alors, comment lui imposer ? Par l’école ! L’objectif d’ECR ? Convertir la société québécoise au multiculturalisme. Mener une propagande pro-accommodements dans les classes. Inculquer aux jeunes l’idéologie des accommodements.
Georges Leroux, un des philosophes ayant inspiré ECR, l’a confirmé à demi-mot. Revenant sur la crise des accommodements raisonnables, il soutenait que le cours devait persuader les Québécois que la Cour suprême avait raison, en 2006, de permettre le port du kirpan à l’école. Je traduis. Les Québécois critiquent les accommodements raisonnables. Une fois passés par ECR, ils ne les critiqueront plus. Gérard Bouchard le confirmait, en 2009, en disant que « la crise des accommodements raisonnables n’aurait jamais éclaté si le cours était donné depuis longtemps dans les écoles québécoises ».
L’évaluation en classe se fait dans cette perspective. Si l’enfant est favorable aux accommodements, il passera le cours. Sinon, il le coulera. ECR n’instruit pas. Il endoctrine. Grossièrement. D’ailleurs, dans certains manuels d’ECR, on voit des illustrations de femmes en niqab parmi les élèves. Comme si cela allait de soi.
ECR cherche à javelliser notre identité. C’est sur ce terrain que devraient combattre ses adversaires. Non plus défendre les droits des catholiques en particulier, mais l’identité québécoise en général. Et proposer, non plus, l’exemption au cours, mais son abolition pure et simple.
Source : L’école qui endoctrine, par Mathieu Bock-Côté, 18 février 2012
Sur son blogue, Mathieu signe un billet intitulé ECR: femme en niqab, citations et étude à consulter Il revient plus en profondeur sur ce sujet d'importance capitale. Il rappelle l'étude publiée en 2009 par la sociologue Joëlle Quérin, pour l’Institut de recherche sur le Québec, qui montre comment ECR relève d’abord de la pédagogie de l’accommodement raisonnable. Il conclut son billet comme suit :
« ...je ne suis pas opposé à ce que l’école fasse une place à l’enseignement du fait religieux. Mais elle doit le faire dans les cours d’histoire, de sociologie, de géographie, de littérature, de philosophie. Et ainsi de suite. Elle ne doit ni faire la promotion de la foi, ni instrumentaliser la religion pour promouvoir le multiculturalisme. Par ailleurs, on ne doit pas hésiter à présenter les religions telles qu’elles sont et non telles que leurs théologiens se les imaginent. On doit présenter la religion comme un fait social et non comme une révélation spirituelle.»
Source : Journal de Montréal, 19 février 2012
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