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Lundi 30 janvier 2012 1 30 /01 /Jan /2012 11:09

Québec : Une rencontre avec Djemila Benhabib

Jeudi dernier, Djemila Benhabib, auteur du livre Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident, donnait une conférence-dédicace à l'Université McGill, organisée par le Centre for Inquiry de Montréal. Une lectrice utilisant le pseudonyme Soldate de Djemilah m'a envoyé un compte rendu. 

En ce jour où un tribunal de l'Ontario a condamné les assassins des trois soeurs Shafia et de leur belle-mère à la prison à perpétuité pour meurtres dits d'honneur, il faut saluer les résistantes qui ont fustigé des musulmanes voilées se disant offensées par les propos de Mme Benhabib et répondu que le voile est insultant parce que c'est un tissu «taché de sang». C'est le plus bel hommage qu'on puisse rendre aux jeunes soeurs Shafia qui souhaitaient vivre à l'occidentale et ne voulaient pas porter le voile

  Shafia-filles__________________________

Je suis arrivée à l'université McGill un peu à l’avance, ce qui m’a permis de me reposer un peu avant la conférence de Mme Benhabib portant le titre de son dernier livre "Les soldats d'Allah à l'assaut de l'Occident".

Déjà, une première chose attire mon attention: la présence de deux femmes voilées accompagnées d'un homme d'origine arabe. Quand on connait le discours de Djemila, on sait que cette dernière considère le voile islamique de manière négative, alors on se demande bien ce que signifie la présence de ces gens. Ma première réaction intérieure ? Provocation ou encore, ils sont des éclaireurs. Plus tard j'ai compris que je n'avais pas eu tort.

La salle 219 du bâtiment Leacock ne fait pas salle comble, malheureusement. Manque de publicité ? Manque de connaissance ou d'intérêt de la population ? Triste. L'islamisation de l'Occident est un problème réel dont peu de gens ressentent la menace... encore.

La conférence commence à l'heure prévue et dès le début Djemila nous avertit qu’elle n’est pas portée sur les monologues et que le but de cette conférence est plutôt un échange entre les individus afin de pouvoir brasser les idées. Elle prend néanmoins le temps de nous parler des trois idées principales de son dernier livre : comment la gauche est une grandr alliée des islamistes alors qu'elle aurait dû - par son côté socialiste démocratique - être du même combat que Djemila ; comment la Fédération des femmes du Québec (FFQ) l’a boudée dans son combat contre le voile islamique dans les institutions gouvernementales ; comment le Québec d'aujourd'hui est le résultat de batailles passées et qu'elle a décidé de continuer de se battre pour la laïcité et pour l'immigration sans bar-ouvert.

Vient ensuite la période d'échange sous forme de questions-réponses. Un modérateur est sur place et il pointe la première personne qui lève la main. On demande à Djemila si elle croit que la FFQ reçoit de l'argent de l'Arabie Saoudite pour qu'elle puisse ainsi défendre les droits des musulmans pratiquants. Djemila dit qu'elle ne connaît pas la réponse, mais précise qu'elle sait qu'il y a infiltration, entre autres par la présence de deux figures reconnues pour leur militantisme islamique. Elle réitère que la FFQ ne l'a jamais invitée pour parler de laïcité.

On lui demande ce qu'elle pense des valeurs occidentales. Djemila dit qu'elle croit plutôt aux valeurs universelles. Que la liberté, la liberté d'expression, le droit à l'éducation, le droit au sentiment de sécurité n'existent pas sous des régimes islamiques. Qu'il faut comparer les régimes islamiques à un rouleau compresseur qui écrase tout sur son passage: culture, éducation, liberté, beauté. Mais est-ce que l'Occident doit faire un durcissement pour ainsi sauver les pays pris sous cet écrasement, lui demande-t-on. En fait, répond-t-elle, aujourd’hui l'Occident n'encourage pas la démocratisation des pays pris sous l'islam pour la simple raison qu'il marchande avec ceux-ci. Mais effectivement, la seule façon de pouvoir sortir les pays ainsi étouffés est par la démocratisation.

Quand on lui demande si la peur de l'islam est exagérée au Québec, elle réplique que les révolutions ont toujours été faites par des minorités. Ce sont les minorités qui ont fait l'histoire car se sont eux qui sont les mieux organisés, qui ont l'argent et les moyens et que c'est ainsi qu'ils deviennent majoritaires.

C'est suite à cette question-réponse que je décide moi-même d'intervenir. Tout d'abord, je la remercie de porter lumière publiquement sur le sujet, mais lui indique que nous sommes plusieurs dans l'ombre qui combattons dans la même direction, avec elle. Je l'encourage à continuer au nom de plein de gens, dont certains sont dans la salle, que je connais et qui discutent par l'entremise de sites québécois tels que Poste de veille, le Mouvement pour la non-islamisation du Québec et du Canada, Point de bascule et Points de repères. Je lui demande ce qu'elle pense du problème démographique. Que nous, occidentaux, ne faisons plus d'enfants alors que les familles musulmanes, mondialement, en font environ huit. Où se porte l'espoir de remporter la bataille alors qu'une immense vague s'approche et que, comme les études le disent, certains pays occidentaux comme la France risquent de devenir islamiques si on continue dans la voie que nous avons empruntée. Elle me répond tout d'abord qu'elle n'est pas la lumière de ce combat et que chaque combattant a son importance. Ensuite, elle me répond simplement que l'on doit prendre le pari de gagner. Nous ne devons pas nous montrer défaitistes et l'on doit continuer d'y croire et de se battre.

Une dame lui demande pourquoi est-ce qu'elle dit que la victoire des islamistes en Tunisie et en Égypte serait due à l'argent alors que le tout a été voté démocratiquement et elle demande aussi pourquoi avance-t-elle que la FFQ aurait été soudoyée. Djemila commence par la deuxième question en répondant, visiblement agacée que la femme pose une question qui est clairement abordée dans son livre et à laquelle elle a également répondu au début de la conférence. « Il y A EU rapprochement. Si vous avez du temps à perdre, lisez le livre. J'ai tout écrit », avant de répondre à la première question en expliquant que ce n'est pas parce qu'il y a eu des élections dans un pays qui a été sous dictature pendant 30 ans que le vote devient automatiquement réellement démocratique, que la démocratie ne se résume pas à un processus électoral. Il y a eu achat de votes. À la veille de l'Aïd El-Kébir, les gens ont reçu des moutons, par exemple. Lorsque l'on nourrit la famille, que l'on habille les enfants, que l'on offre de l'argent... On achète des votes.

Vient finalement l'intervention des trois musulmans dont j'ai parlé au début de ce texte. Comme j'ai dit, je sentais bien qu'ils venaient provoquer, car je savais aussi la présence musulmane de d'autres gens dans la salle, mais des musulmans venus réellement s'instruire et qui désirent se battre contre l'intégrisme. La présence des trois n'était pas pour ça. Ils étaient là pour provoquer et c'est ce qu'ils ont fait. Tout d'abord l'homme se présente comme quelqu'un qui est pour la liberté et qui est bien d'accord avec pas mal de points que Djemila avance dans son livre, mais il lui demande si elle a de l'empathie pour les musulmans qu'elle aurait pu avoir blessés avec ses paroles, que ce qu'elle dit peut créer une peur et que suite à la publication de son livre, des gens portant un nom arabe ont maintenant de la difficulté à se trouver du travail.

Djemila répond du tac-au-tac en demandant à l'homme qui a réellement sa vie en danger ? Les hommes qui, supposément, ont de la difficulté à se trouver un emploi ou elle pour la défense de ses idées ? Elle demande à l'homme s'il croit qu'elle a reçu la moindre sympathie ? Elle répond immédiatement que non, mais qu'elle a reçu de la haine et de la violence. Elle cloue le bec de l'homme en lui disant que le discours de victimes musulmanes pratiquantes qu'il lui lance, elle le connaît par cœur et qu'il ne va pas l'émouvoir avec ce discours. Une femme voilée dit alors qu'elle se bat contre l'intégrisme mais que Djemila ne fait pas la différence dans son livre entre l'islamiste et le musulman pratiquant et que sa religion ne demande pas l'implantation de la charia. Djemila répond que oui, elle fait la différence car elle ne parle pas contre les musulmans mais bien contre l'islam car il est dangereux, haineux et fermé. Que l'islam doit se réformer au même titre que le christianisme s'est réformé et que c'est ainsi qu'il y a eu évolution.

L'intervention de ces gens a soulevé un tollé dans la salle, plusieurs disant que si eux ils se sentent blessés, comment croient-ils que l'ont se sent - non-musulmans - quand ils font leurs demandes d'accommodements soi-disant raisonnables. Que le voile islamique est taché de sang et que ces dames devraient avoir honte de le porter ici alors que l'on se bat justement contre la rivière de sang qu'il continue de faire couler. On parle des immigrants qui doivent s'intégrer rapidement - et non prendre 15 ans comme l’a suggéré une femme non musulmane -, propos appuyé par Djemila qui a dit qu'elle n'est pas descendue à l’aéroport de Mirabel sur un tapis rouge, et par une Algérienne dans la salle qui a dit qu'elle a commencé son intégration en lisant du Michel Tremblay et en écoutant du Félix Leclerc. On parle de taqiyya et du Jihad dont les trois musulmans disent n'avoir aucune idée et que c'est faux que leur religion demande la mort des mécréants, des chrétiens et des juifs... Dire que l'on connaît mieux leur propre religion à les entendre !

C'est ainsi que se termine la conférence. Les gens restent pour discuter avec Djemila. Je vais la voir pour discuter un peu et elle me reconnaît de ma visite au Salon du livre. Je suis flattée !

Je suis allée parler à certaines personnes que je connaissais par l'entremise de Facebook, Loulou et Céline, et on m'invite à me joindre au groupe pour aller prendre un verre avec Djemila. On marche, mais on se fait suivre par le musulman provoquant et la femme non musulmane (celle qui a dit qu’il faut donner 15 ans aux musulmanes pour s’intégrer), les voilées ayant disparu. Djemila est agacée mais non surprise de ce suivi. Elle dit que ça arrive régulièrement. Alors que l'on arrive à un hôtel et qu'on y entre, un homme du groupe fait clairement savoir aux deux suiveurs que ceux-ci ne sont pas les bienvenus parmi nous.

Nous nous installons à une grande table formée de plusieurs petites tables collées. En face de moi, Djemila qui se commande un Sex-on-the-beach alors que je suis moins exotique avec mon vodka-soda. Je suis entourée de Loulou, Céline, Brahim, directeur exécutif du Centre for Inquiry Montreal (cficanada.ca), André Drouin, conseiller municipal d'Hérouxville reconnu pour son fameux Code de vie qui fêtait ses cinq ans ce jour-même et Luce, une amie militante de Djemila. À notre table se trouvent aussi d'autres militants connus et moins connus avec lesquels je n’ai pas eu la chance de bavarder. On continue d'échanger nos idées, le temps d'un verre qui s'étire, puis nous partons chacun de notre côté sans s'être tous encouragés à continuer. Je fais la bise à Djemila et me souhaite de pouvoir revivre ce moment éventuellement.

Soldate de Djemila

Par La Libellule - Publié dans : Poste de Veille
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PIMPRENELLE POURPRÉE

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  • PIMPRENELLE POURPRÉE
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.

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