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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
OUI, ANTISÉMITISME ET ANTISIONISME SONT ASSIMILABLES !
RÉPONSE À PASCAL BONIFACE
(LA CROIX 26 OCTOBRE 2010)
Par
Arnold Lagémi
Hébergé par Thérèse Zrihen-Dvir
La critique à l’égard du gouvernement israélien est légitime et nécessaire tant qu’elle a pour objet une initiative précise de ce gouvernement dans quelque domaine que ce soit. Elle dévie vers l’équivoque quand au-delà du gouvernement, elle vise à porter le discrédit sur toute une population, en ne lui reconnaissant pas le droit de vivre sur sa terre. La définition donnée par Pascal Boniface de l’antisionisme est juste : « C’est l’opposition à l’existence de l’Etat d’Israël » Or, s’opposer à l’existence d’un Etat, ce n’est pas s’opposer seulement à ceux qui le dirigent, c’est également condamner ceux qui y vivent.
Les exemples donnés par Pascal Boniface relèvent de l’amateurisme parce que les critiques des Etats auxquels il se réfère, France, Russie, Etats-Unis etc….sont ponctuelles et circonscrites. Elles n’ont pas pour objectif la disparition de ces Etats. L’antisionisme c’est la négation même d’Israël. On a changé de planète, n’est ce pas ?
L’antisionisme, qui existe aussi chez les Juifs, (le peuple juif n’échappe pas à la haine de soi !) éclaire la relation à Israël d’un antisémitisme inéluctable parce que la critique cesse d’être ciblée vers le gouvernement pour s’élargir à tout un peuple, gagner toute une ethnie, accusée d’avoir volé la terre aux Palestiniens et d’exercer des sévices à leur encontre.
Superposer à la responsabilité du gouvernement d’Israël la culpabilité des Israéliens, c’est accuser des Juifs d’être auteurs de fautes, de crimes dont ils sont innocents. Comment appeler la nature d’un préjudice causé à un groupe en raison de son origine juive, sinon antisémitisme ?
Mais, objectera t-on, la liberté d’expression autorise l’opposition au sionisme ! Comprenons bien de quoi il s’agit. Il n’est pas question de restreindre le droit à la critique du sionisme, lui-même issu du droit à la liberté d’expression. Que cette critique s’adresse au gouvernement israélien, pour tel ou tel aspect de sa politique, ou au sionisme, contenu idéologique, ayant servi de fondement et de référence au Renouveau National de la Nation Juive.
Cette critique reste, bien évidemment licite. On a le droit de penser, même si c’est regrettable, et contradictoire que les Juifs n’ont pas droit à un Etat, ou qu’ils ne sont pas prêts à l’assumer. Quand bien même, la critique est absurde et dissimule mal un ressentiment, le droit à exercer cette critique reste légal, et toute initiative visant à restreindre ce droit serait en opposition avec la Déclaration des droits de l’homme.
Ce qui, par contre, limite l’usage de ce droit c’est lorsque son application apporte un préjudice. C’est le préjudice qui fixe ses limites à la liberté d’expression. Penser que l’avènement de l’Etat d’Israël n’était pas une nécessité ne constitue pas un préjudice. Estimer que l’Etat Juif ne devait pas obligatoirement s’installer dans l’antique Judée, n’est toujours pas un préjudice, quand bien même la vérité historique est foulée et bafouée.
Le préjudice de nature antisémite commence à prendre forme quand l’Etat d’Israël proclamé par l’ONU n’est pas accepté. Le préjudice de type raciste devient réalité quand le lien historique et millénaire reliant les Juifs à la terre d’Israël est nié, parce qu’il signifie que l’Etat Juif n’est pas légitime.
Lorsque ces hommes et ces femmes, de condition juive, sont rendus responsables de fautes qu’ils n’ont pas commises, n’est ce pas là l’expression primaire de l’antisémitisme ?
Les manifestations visant à altérer, voire nier ce lien des Juifs à leur terre, reste l’arme d’anéantissement de la réalité nationale juive. Antisémitisme et antisionisme, s’impliquent nécessairement comme évidences complémentaires.
Lorsque la critique gouvernementale est dépassée et qu’elle désigne le sionisme comme responsable, elle s’attaque à la nature de l’Etat comme source de la faute. Il ne saurait être question, par exemple, d’assimiler à une critique, qui prétendrait se fonder sur la liberté d’expression, des propos mettant en cause le droit à l’existence de l’Etat d’Israël.
Déclarer invalide la nation israélienne, la délégitimer au regard du monde, au motif de désaccords avec la politique est de l’antisémitisme pur !
L’antisionisme porte donc préjudice à l’Etat et à ses ressortissants qui sont désignés au reste du monde comme porteurs d’une citoyenneté frelatée et illégitime. La remise en question de la validité de l’Etat juif transforme l’antisionisme en antisémitisme !
Il serait commode que l’antisémitisme et l’antisionisme puissent relever de domaines bien séparés. Et bien non ! En s’attaquant à la légitimité de l’Etat Juif, pas aux initiatives de son gouvernement, l’implication antisémite se dévoile.
Oui, Mr Boniface, antisémitisme et antisionisme sont assimilables !
Arnold Lagémi,
http://therese-zrihen-dvir.over-blog.com/
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