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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Tous au balcon ! |
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Fasciné par l'image, le téléspectateur est aveugle d'esprit. Le médiatique, le spectaculaire , l'appel au voyeur d'une "télé-réalité", prend le pas sur l'enquête et l’établissement de la réalité des faits. L'interrogation sur les images et leurs commentaires , qui font immédiatement thèse, est pratiquement exclue. Le bouc émissaire, chargé de tous les stupres, prend la place du veau d'or que l'on adorait. En témoigne la manière dont est traité Dominique Strauss-Kahn, que ce dernier soit coupable ou innocent. Malgré de prudentes et, somme toute marginales, réserves sur la "présomption d'innocence" dont l'intéressé devrait bénéficier, on ne peut que relever le peu de questions formulées sur les circonstances du "crime" qui lui est imputé, comme si cela allait de soi. Une tentative de viol qui aurait consisté à forcer l'irréprochable femme de ménage à lui faire une fellation, sans crainte dans ce climat de violence extrême de subir une cruelle morsure, voire une éviration (Mishima au secours)! Une "séquestration" dont la durée doit pouvoir s'évaluer en minutes; enfin des coups et blessures dont, comme par hasard, on ne sait encore trop rien à ce jour. Et alors que le directeur démissionnaire du FMI se trouve honteusement l'objet d'un système carcéral panoptique dépassant de loin celui imaginé par Bentham, silence absolu sur sa présumée victime, comme si l'on craignait quelques révélations. On commence seulement à s'interroger sur ce qui a pu pousser cette femme à s'exposer ainsi, sachant combien cela pouvait lui être contraire et faire d'elle l'objet d'un cruel rejet de la part de ses coreligionnaires...Le saura-t-on jamais? Le préjugé victimaire est tel que sur le plateau de France 2, lors de l'émission spéciale consacrée à l'affaire DSK (18 mai), Robert Badinter , homme éminemment respectable, fut attaqué sans vergogne par plusieurs représentants de la grande presse. Le motif de ces attaques, si virulentes qu'elles couvraient la voix de l'interpellé, était que ce dernier n'avait pas parlé de la "victime" mais seulement de la surexposition médiatico-policière parfaitement humiliante de son agresseur présumé, DSK. L'attaque était si virulente qu'elle recouvrait la réponse, d'un évident bon sens, de l'ancien Garde des Sceaux: qu'on ne pouvait parler de "victime" sans anticiper sur la culpabilité de l'accusé. Seulement voilà, la raison raisonnable et juridique de Robert Badinter, le respect que l'on doit au vigoureux défenseur d'une justice protectrice des libertés et des dignités humaines, s'efface devant ce qui prime aujourd'hui : la mise en scène spectaculaire offerte en pâture aux jouissances voyeuristes. Cela n'a rien à voir avec la justice et tout à voir avec le lynchage. Aussi doit-on non seulement interroger et mettre en question les messages modulés et construits pour exciter les passions, mais prendre la mesure de leurs effets délétères et destructeurs. Marc Nacht Psychanalyste, écrivain |
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Marc
Nacht © Primo, 01-06-2011 |
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