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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

24 août 2010 2 24 /08 /août /2010 16:35

 

Tribunal International pour le Liban : le

 

Hezbollah joue une partie périlleuse de "poker

 

menteur"

 

 

Décryptage de Khaled Asmar - Beyrouth

 

Le Parti de Dieu disposerait d’un soutien au sein de la délégation française à l’ONU et exploite ses drones Mirsad pour brouiller le TPI et impliquer Israël

samedi 21 août 2010 - 20h45, par Khaled Asmar - Beyrouth

 

Bien que les jeux du hasard soient strictement prohibés en Islam, le Hezbollah persiste à mener une partie de "poker menteur" synonyme de dernière chance de survie. Ayant le dos au mur, Hassan Nasrallah multiplie les inventions et compte sur une fonctionnaire française à l’ONU pour les "commercialiser". Mais jamais une addition de mensonges n’a fait une vérité.

 

Bien avant l’assassinat de Rafic Hariri, le 14 février 2005, le Hezbollah était impliqué dans la tentative d’assassinat du député druze et bras droit de Walid Joumblatt, Marwan Hamadé, le 1er octobre 2004. Le secrétaire général du Hezbollah, Hassan Nasrallah, s’en était même excusé auprès de Joumblatt, affirmant ignorer que « la voiture piégée que son parti avait fournie aux Syriens allait servir pour assassiner Hamadé ». Après le séisme du 14 février 2005 et l’assassinat de Hariri et d’une vingtaine de personnes, le Hezbollah a fait allégeance à la Syrie, le 8 mars 2005, et a défendu le président de l’époque, Emile Lahoud, dont le mandat avait été prorogé en violation de la constitution et des résolutions onusiennes. Depuis, la liste des politiciens, intellectuels et journalistes libanais, assassinés, s’est allongée (Georges Haoui, Walid Eido, Gebran Tuéini, Samir Kassir, Antoine Ghanem, Samir Chehadé, Wissam Eid, Pierre Gemayel, May Chidiac...). Ces victimes avaient en commun leur appartenance au mouvement souverainiste du 14 mars et leur hostilité à l’occupation syrienne du Liban. L’opposition, rassemblée dans le mouvement du 8 mars, les accusait même d’affinité avec Israël, tout en laissant planer le doute sur une implication israélienne dans leur assassinat ! Autrement dit, le Hezbollah et ses alliés accusaient Israël d’assassiner ses propres alliés, fussent-ils des alliés imaginaires, inventés par le Hezbollah.

 

En juillet 2006, le Parti de Dieu avait attiré Israël dans une guerre totale de 33 jours, détruisant tout le Liban sur son passage. Les pertes du Liban et du Hezbollah, durant cette guerre, n’ont pas empêché le Parti chiite de revendiquer une « victoire divine ». Elle lui a tout simplement permis de gagner du temps. A peine le cessez-le-feu et la résolution 1701 acceptés, le Hezbollah et ses alliés ont tourné leur arsenal contre le gouvernement de Beyrouth, pour l’empêcher de signer le moindre accord avec l’ONU et de créer le Tribunal pénal pour le Liban. Fut alors le sit-in de Beyrouth durant 18 mois, le blocage des institutions et la vacance du pouvoir. En mai 2008, ce fut même la razzia de Beyrouth et de la Montagne, dans une tentative de coup d’Etat salutaire. En vain.

 

Après avoir été désavoué par les électeurs, en juin 2009, le Hezbollah et l’opposition en général ont réclamé et obtenu le tiers de blocage au sein du gouvernement, dans l’espoir de « dynamiter » le Tribunal international en bloquant l’action du gouvernement de Saad Hariri. Mais c’était sans compter que le Tribunal avait désormais échappé à tout contrôle libanais, et était déjà du ressort de la communauté internationale. Les menaces du Parti chiite de mettre le Liban à feu et à sang et les intimidations en tous genres, ainsi que l’annonce, à maintes fois répétée, qu’aucun membre du Parti ne sera remis à la justice internationale - tout comme Damas qui affirme qu’aucun Syrien ne sera jugé en dehors de la Syrie - n’ont eu raison du Tribunal ni de la détermination du procureur canadien Daniel Bellemare, qui s’apprête à publier les actes d’accusation. Selon des fuites organisées notamment par le régime de Bachar Al-Assad, « Bellemare devrait inculper des membres dirigeants du Hezbollah ». Ce faisant, la dictature syrienne cherche à la fois à éviter la justice internationale, en attribuant toute la responsabilité des assassinats au Liban au seul Hezbollah - alors que la responsabilité morale de l’armée d’occupation syrienne reste engagée, quel que soit le véritable assassin - et pour proposer par la suite ses services pour neutraliser le Parti et reconquérir le Liban, avec un mandat international.

 

C’est ce scénario qui inquiète le Hezbollah et son secrétaire général Hassan Nasrallah, lequel a multiplié les conférences de presse durant cet été, avec une nouveauté qui en dit long sur ses inquiétudes : il a fini par attribuer l’assassinat de Hariri à Israël, demandant au Tribunal international d’enquêter dans cette direction. Faute de quoi, il aura le loisir de rejeter les accusations et les inculpations.

 

Auparavant, le Hezbollah avait affirmé avoir démantelé plusieurs réseaux d’espionnage liés à Israël et au Mossad. Or, tous les membres de ces réseaux appartiennent à l’opposition ou en sont proches, comme des officiers actifs ou à la retraite, partisans du Courant Patriotique Libre (CPL) du général Michel Aoun, allié contre-nature du Hezbollah. Ainsi, Fayez Karam, un bras droit du général Aoun et chargé des relations avec le Hezbollah serait un agent israélien ! Un mensonge fabriqué de toutes pièces pour crédibiliser un autre mensonge selon lequel plusieurs techniciens de l’opérateur de téléphonie mobile « Alfa » auraient, à la demande d’Israël, « introduit dans la base de données des communications impliquant des membres du Hezbollah dans l’assassinat de Hariri, des données qui auraient servi le Tribunal international pour fonder ses accusations contre le Hezbollah » ! Mais en l’absence de poursuites judiciaires et de procès, des interrogations subsistent sur la véritable culpabilité de ces présumés agents du Mossad.

 

Mais le plus gros mensonge de Hassan Nasrallah, et sur lequel le secrétaire général du Parti de Dieu compte pour remporter sa partie de « poker menteur », consiste à attribuer l’assassinat de Hariri à Israël grâce à des images que le parti aurait interceptées entre les drones israéliens et le commandement de Tsahal. Lors de son dernier point de presse, Nasrallah a affirmé que les drones israéliens ont filmé les quartiers et les rues empruntés par Hariri avant de l’éliminer. Ce faisant, Nasrallah a visé plusieurs objectifs :

1- détourner la justice internationale et éloigner la menace qui pèse sur lui dans l’assassinat de Hariri ;

2- atteindre le moral de Tsahal en affirmant pouvoir intercepter ses transmissions, ou sa capacité à l’infiltrer et à obtenir des informations sensibles de son commandement.

 

Or, sur les images diffusées par le Hezbollah pour étayer ses accusations, rares étaient les clichés portant des inscriptions en hébreu. Ceux-ci semblent avoir été repris aux télévisions israéliennes. Faut-il rappeler que le Hezbollah avait utilisé, entre 2004 et 2006 (au moins) des drones de fabrication iranienne de type « Mirsad » pour survoler le nord d’Israël ? Faut-il également rappeler que l’armée israélienne en avait abattu un, en novembre 2004, au dessus des eaux territoriales israéliennes ?

 

De ce qui précède découle la première question très légitime et qui se murmure au Liban et dans les milieux diplomatiques : qu’est-ce qui aurait empêché le Hezbollah de filmer avec ses drones « Mirsad » les quartiers et rues empruntés par Hariri et de les attribuer à Israël, plus de cinq ans après les faits ? Une deuxième question logique cherche toujours une réponse : pourquoi le Hezbollah a-t-il attendu cinq ans pour accuser Israël du meurtre de Hariri s’il en était réellement convaincu et s’il en possédait réellement les arguments ? Enfin, pourquoi, dans le cas de la culpabilité d’Israël, le Hezbollah a-t-il si longtemps combattu le Tribunal international, au lieu de le soutenir et de l’exploiter contre l’Etat sioniste ?

 

Ces données, qui s’ajoutent aux déclarations contradictoires des différents dirigeants du Hezbollah, dans lesquelles ils affirmaient ne détenir aucune information sur le meurtre de Hariri, et qu’ils n’avaient aucune possibilité technique ou humaine pour aider l’enquête, prouvent que Hassan Nasrallah joue une partie de poker menteur très périlleuse et - souhaitons le - pourrait être sa dernière.

 

Le Parti chiite libanais lié à l’Iran et à la Syrie, et qui applique leur agenda régional, semblerait s’appuyer sur des soutiens au sein des Nations Unies, qui défendent ses positions. En effet, des sources diplomatiques arabes à New York attribuent - à tort ou à raison - « à une française arabisante, membre de la délégation tricolore à l’ONU, qui a fait une partie de sa carrière en Syrie où elle a perfectionné sa langue (arabe), des affinités avec la politique du Hezbollah ». Selon nos sources, cette fonctionnaire, B. M., qui est entrée au Quai d’Orsay par concours du cadre d’Orient, soutiendrait systématiquement le Hezbollah et sa politique. Nos sources s’interrogent s’il s’agit d’une politique officielle française, destinée à éviter la colère de Hassan Nasrallah, de la Syrie et de l’Iran ? Ou au contraire, d’une initiative personnelle liée à la proximité qu’entretiendrait cette fonctionnaire du ministère français des Affaires étrangères avec Damas et avec son régime ? L’un de nos interlocuteurs privilégie la deuxième hypothèse. En tout état de cause, nos sources redoutent la « menace d’infiltration et de déstabilisation des pays occidentaux par les services de pays voyous, Iran et Syrie en tête », notamment à travers des cellules terroristes dormantes similaires à celles qui menacent les monarchies du Golfe, le Yémen et l’Egypte, ainsi que l’Afrique de l’ouest et l’Amérique centrale et du Sud.

 

Khaled Asmar

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Published by La Libellule
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commentaires

popi soudure 24/08/2010 21:27


....... Cet article est une " mine de renseignements et d ' éléments " sur l ' attentat du 1ér ministre libanais rafic hariri ............... Merci pour ce post !


Pimprenelle Pourprée

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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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