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Thérèse Zrihen-Dvir
Regard d'un écrivain sur le Monde
Un conte de Noël |
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L’enfant roi : Yeshua ben Yoseph
À en croire les Evangiles, Yeshua était le fils chéri de Myriam et du Saint-Esprit (1). Le mari de Myriam, Joseph, fut très content de cette naissance. Bien que de condition modeste, Joseph et Myriam pensaient que leur enfant, puisque né à Nazareth en Galilée, faisait partie de la lignée du roi David. Dès avant sa conception, Yeshua devait occuper les rêves de sa mère. En ces temps d’oppression et de perte des valeurs, comme l’on dirait aujourd’hui, quoi de plus naturel, pour une jeune femme que de souhaiter mettre au monde un sauveur. Sarah, sa ménopause déjà perdue dans la nuit des temps, avait bien eu Isaac ; pourquoi, elle, Myriam, jeune, jolie et pieuse n’aurait-elle pas, à son tour, un fils de la parole de l’ange ? C’est ainsi que le jeune Yeshua, fut conduit à porter le rêve de sa mère dont il était l’enfant idéal. Aussi acquit-il très tôt le savoir des Sages. Si tant qu’à l’âge de douze ans, lors de sa bar-mitsva, sa mère, qui lui courait après (2), le trouva au Temple en docte discussion. Né de l’adoration de Myriam, Jésus honorait bien le désir de sa mère. Dommage que les Romains...
C’est une belle histoire qui tourna mal, principalement du fait de l’occupation romaine sous la férule de Ponce Pilate, procurateur de Judée qui, aux
dires de Flavius Josèphe, était un fonctionnaire cynique et brutal. Situation critique dont Jésus fit les frais, entre autres rebelles à l’ordre établi. La seule valeur sûre dans ces circonstances étant le Ciel, ce fut donc là qu’on le fit monter après le supplice de son exécution sur la croix.
Il n’y a rien que de très humain dans ce surnaturel, fruit du très puissant nom-du-père dont sa mère avait porté l’efficiente signifiance à son fils,
corps et âme. Yeshua, malgré les récits fabuleux qui auréolaient sa vie, n’aurait-il finalement été perçu comme une victime de plus des envahisseurs et, peut-être, simplement honoré en tant que tel parmi d’autres ? Mais dans les circonstances traumatiques de l’époque, certains, parmi le peuple, firent plus après que la force romaine eut fait voler en éclat, avec le temple d’Hérode, tout pouvoir encore fidèle à la Loi (4). Abandonnés par El Shaddaï comme ils ne l’avaient jamais été, ils virent en Yeshua, qui avait animé et maintenu l’espoir dans les heures sombres, le messie. Ces « judéo-chrétiens » persécutés de toutes parts, tant pour leur croyance en Jésus que par l’adoption des nouveaux rites dérivés du judaïsme, furent finalement exterminés par Rome.
Quant à ceux qui restèrent dans cette tradition et tentèrent de la répandre, ils ne connurent guère meilleur sort après les malédictions de Paul qui ne
tolérait pas la persistance de leur attachement au judaïsme (5). Elle est l’appel désespéré du retour de la « chekhina », de la présence de Hachem, YHVH, auprès de son peuple défait. Cette souffrance, qui engage à élire un homme et à lui conférer le pouvoir d’intercession, eut un précédent dans l’épisode du Veau d’or. C’est du fait de l’absence prolongée de Moïse, son guide, que le peuple angoissé (6) voulut le remplacer par une idole.
Aussi n’est-il en rien surprenant de retrouver dans le Talmud de Babylone des avis stigmatisant le Nazaréen et l’idolâtrie de ses sectateurs. Ils
s’opposent en cela au « révisionnisme » de Paul et à la régression païenne qui lui est sous-jacente.
Pour exister, cette dernière doit être représentée et matérialisée, « …va, fais-nous des dieux qui marcheront devant nous car celui-là, Moïse,
l’homme qui nous a fait monter d’Égypte, nous ne savons pas ce qu’il est advenu de lui.» (7) Elles justifient la révolte d’un homme pieux : personne ne « marche » devant les Juifs, dont les responsables religieux sont divisés et soumis à l’occupant, dont les chefs sont devenus inexistants avec le pouvoir aux mains de Pilate. Cette configuration politique venait à la suite du règne d’Hérode le Grand, immense bâtisseur autant que tyran sanguinaire, meurtrier par jalousie de sa propre famille.
C’est sur la fin de ce règne terrible que Myriam tombe enceinte. Que désirait-elle alors si ce n’est exactement ce dont le mythe théologique rend
compte: le Saint-Esprit, à entendre comme esprit sain, celui d’Isaac dans le siècle et celui de Jacob qui sut lutter contre les hommes et les dieux, ce qui lui valut le nom d’Israël.
Cette blessure « initiatique » scelle l’angoisse éprouvée par Jacob d’être tué par son frère ou d’avoir à le tuer.
Mais Myriam, devenue la Vierge Marie, n’est pas Rivqa qui avait sauvé Jacob de la colère l’Esaü en l’envoyant chez son frère Laban. Marie est captive
de ce qui, de son désir d’un enfant roi, voue ce dernier au sacrifice qui fera de lui le messie - bien que rien n’ait été véritablement changé par sa mort - alors que dans le judaïsme, le
messie est celui dont la venue correspond au rassemblement de tous les hommes dans la paix et signe la fin des temps historiques. 2 -Comme toute mère juive qui se respecte. La littérature sur la question est trop abondante pour être citée ici. 3 -De deux à trois générations et plus. 4 - C’est cette loi, la Thora, que Paul déclare caduque, pronant la rupture avec le judaïsme: «Avant la venue de la foi, nous étions enfermés sous la garde de la loi , réservés à la foi qui devait se révéler. Ainsi la loi nous servit-elle de pédagogue jusqu’au Christ…. Mais la foi venue, nous ne sommes plus sous un pédagogue. » Épitre aux Galates, Le Nouveau testament, 323.La Sainte Bible, dite de Jérusalem. 5 - Cf. Ibidem. 6 - Il s’agirait des non- hébreux qui suivirent Moïse en même temps que les tribus d’Israël : « Un mélange nombreux monte aussi avec eux.» (Exode XII,38, Trad. Chouraki) Cf. Léon Askénazi, Leçons sur la Torah, p.217, Albin Michel. 7 - Exode XXXII, 1, citation L. Askénazi, op. cit. Marc Nacht
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