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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

24 septembre 2011 6 24 /09 /septembre /2011 03:20

Une Libye aux allures d'hécatombe

Publié le 22-09-11 à 13:12    

Il fait 43 degrés et le sol est jonché de douilles brûlantes. Les combattants se battent pour prendre Syrte mais butent sur les hommes de Kadhafi. Par Jean-Paul Mari

Un pick-up armé de combattants rebelles en Libye Jean-Paul Mari - Le Nouvel Observateur Un pick-up armé de combattants rebelles en Libye Jean-Paul Mari - Le Nouvel Observateur

Il fait 43 degrés et le sol est jonché de douilles brûlantes. Sur des tapis ou des matelas nus, les combattants dorment, épuisés. Depuis cinq à six jours, ils se battent pour prendre Syrte et butent sur la résistance des hommes de Kadhafi.

Couscous au chameau

A l’heure du repas, une chaine se forme pour remplir des barquettes d’aluminium. Des hommes bien sûr, pas de femmes, jamais de femmes ici. L’avenir dira si la révolution est démocratique, on sait déjà qu’elle ne sera pas féministe. Le pays est musulman, très pieux, très conservateur. La barbe, oui, le jupon, non.

D’ailleurs, les hommes en cuisine s’en sortent très bien. Une louche de couscous rouge, une cuillère piquante, un morceau de viande de chameau et une armée de révolutionnaires qui ferment et empilent les barquettes. Une caisse de bouteilles d’eau en plus et direction, le front militaire où des combattants affamés s’accrochent à leurs mitrailleuses lourdes. Personne ne se plaint. Dans Syrte assiégé, c’est bien pire.

Des allures d'hécatombe

Une rafale d’obus de mortiers est tombée près du poste médical. Panique. Les voitures démarrent en trombe. Dans tous les sens. Et parfois convergents. Le chauffeur de la voiture des journalistes de l’AFP a paniqué. Dans sa fuite, il a percuté à 140 kilomètres à l’heure une voiture qui faisait demi-tour vers on ne sait où. Bilan : deux journalistes à l’hôpital de Misrata.

Je suis allé voir l’un d’entre eux. Œil amoché et jambe droite fracturée. Un Italien, venu de Florence, élégant comme un Toscan. Attend son évacuation. Quatre journalistes français blessés sérieusement en quelques jours, l’affaire commence à avoir des allures d’hécatombe.

Le jour d’avant, une ambulance a emporté vers Tripoli un cameraman français, Olivier Sarbil. Pigiste, il vit à Bangkok et travaillait pour China News. S’est avancé un peu trop sur le front de mer. Il était dix sept heures, bonne lumière pour filmer. Un obus de mortier est tombé, lui a criblé les jambes, le thorax, les bras et le visage. Etat grave. Sa femme a du se battre deux jours pour le faire évacuer, l’assurance à Singapour se faisait tirer l’oreille et "considérait les options"... Dur d’être pigiste dans une guerre.

Un mouton mort sur le tapis du salon

A Tawarga, sur le chemin du retour. Une ville fantôme. Les habitants, d’origine africaine, ont eu la bonne idée de prendre le parti de Kadhafi. Aujourd’hui, les animaux errent dans des rues désertes. Dans le salon d’une maison cossue, un mouton crevé est allongé sur le tapis, mort de soif.

Trois colonnes de fumée noire pèsent sur l’horizon. Pourtant, les combats ont cessé à Tawarga. Après enquête, ce sont de jeunes pillards venus de Misrata. Ils cassent, volent et s’en vont en allumant des incendies dans les villas. Vengeance...

Par Jean-Paul Mari en Libye - Le Nouvel Observateur

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Published by La Libellule - dans Le nouvelObs
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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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