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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

10 janvier 2011 1 10 /01 /janvier /2011 18:10

Vers un effondrement généralisé du système ?

The remains of the World Trade Center 6 days after the attacks.

 

On peut lire sur le réputé mais controversé site Dedefensa quelques pistes intéressantes visant à interpréter le présent et son évolution. La thèse présentée par Philippe Grasset est celle de l’effondrement du système prévu à partir de 2011. Déjà le LEAP avait anticipé un effondrement qui aurait dû se produire dès 2008. Pour l’instant, on ne voit qu’une crise relativement bien supportée par les pays émergents qui continuent à se développer, et une crise subie avec perplexité par les économies occidentales subissant une reprise très molle après quelques trimestres de récession. Le niveau de richesse étant tel que cette crise passe inaperçue chez nous, sauf pour ceux qui servent de variables d’ajustement, jeunes, précaires, intérimaires, seniors. Pourtant, et c’est ce qui rend stimulante la thèse de Grasset, en arrière-plan se trame un bouleversement géopolitique lié à un retrait de l’hyper puissance américaine de la scène mondiale, le tout assorti d’un effondrement généralisé du système avec comme épicentre (controversé on verra) du collapse les Etats-Unis. Hélas, Grasset ne fait pas l’économie de quelques digressions numérologiques et symboliques habilement suggérées par un lecteur. Le 11, armoirie de l’enfer selon saint Augustin, arrive comme une fracture du 10 synonyme de plénitude et fin de cycle, tout en résonnant avec le 11 de septembre en cette année 2001 elle aussi marquée par la fin d’un cycle. Je ne ferai pas de commentaire spécial excepté une remarque. Ce genre de considération sur des coïncidences et autres synchronicités ne sert pas la thèse exposée et c’est même l’inverse. Une idée bien forgée ne s’appuie que sur des raisonnements bien formés, des analogies solides et des faits tangibles ; elle n’a pas besoin de billevesées chiffrées qui trahissent sa faiblesse. Néanmoins, rien de tel qu’une allusion à Slavoj Zizek, surnommé le Presley de la philo, celui qui sur un plateau disserte comme un énergumène virevoltant tel un Depardieu sorti de l’université en vociférant sans laisser s’exprimer les autres invités.

 

D’après Zizek, nous sommes à la fin d’une époque ou même à la fin des temps, avec le réchauffement climatique, les tensions communautaires, le tout sur fond de crise économique. Le constat est avéré mais ces phénomènes, qu’ils soient climatiques, psychosociaux ou économiques, n’amènent pas nécessairement un grand effondrement. L’humanité a connu pire, notamment dans les années 1930. Autre argumentaire, la référence à 1848, assez inattendue et certainement contre-productive de par le décalage historique dépassant le siècle et demi. La prudence interprétative est de mise et déjà, ceux qui convoquent les années 1930 peinent souvent à tracer des analogies pertinentes livrant quelques ressorts communs entre ces deux époques de crise séparées par 80 ans. Pour ma part, je me verrais plutôt en 1941 imaginé comme une occupation de l’Europe par une droite décadente sur fond de régression infantilisante liée aux médias et au consumérisme. 1848, c’était la crise du système industriel naissant, alors que 2010 ressemble à celle d’un système capitaliste à bout de souffle. 1848 incarne la bourgeoisie conquérante, 2010 laisse transparaître une bourgeoisie déclinante alliée aux classes moyennes pour défendre les acquis. Bref, laissons de côté cette comparaison même si une belle formule tirée de Tocqueville nous parle. Une société clivée en deux, avec ceux qui n’ont rien imaginé comme désir commun et ceux qui se rassemblent sur tout ce qu’ils ont en horreur avec les peurs généralisées.

 

Le fait le plus tangible autant que « titanesque », c’est ce supposé déclin de la puissance américaine qui serait mal en point, à un tel degré que l’effondrement de ce pays imaginé en crise pré-chaotique donnerait le signal autant que l’impulsion à un collapse généralisé de la planète industrielle. Grasset cite Spengler, qui ne doit pas être confondu avec le prophète du déclin il y a un siècle, car il s’agit d’un chroniqueur dont on imagine aisément les raisons pour avoir pris ce pseudo (à moins que ce ne soit son patronyme). Le centre de sa thèse est que la puissance américaine est le cœur du système autant que sa charpente et qu’une grosse faiblesse de ce pays entraînerait le monde dans une chute généralisée qu’on imagine systémique, pour reprendre un vocabulaire employé après la faillite de Lehman Brothers, sauf que le système en question est plus étendu que la simple finance ; englobant la société, la politique, les équilibres géostratégiques et la capacité militaire des Etats-Unis. Grasset s’inscrit en faux contre ce piétisme envers le Dieu américain pensé comme un empereur nu alors que le monde attendrait tout de ce pays et notamment qu’il reprenne des couleurs et du ressort, car aucune nation ne donne des signes de vouloir prendre sa part de régulation multipolaire. Ce qui est vrai, à l’exception peut-être des braises venues de Russie et du feu naissant en Turquie. La subtilité de la thèse de Grasset, c’est que les Etats-Unis n’occupent plus un ressort central mais qu’au contraire, tous les ressorts nationaux se distendent, laissant transparaître des faiblesses planétaires à l’image d’une charpente dont toutes les poutres craquent avant l’effondrement final. Les Etats-Unis n’étant qu’une poutre de grosse taille, rien de plus, amenée à s’écrouler avec l’ensemble. Ainsi, les sociétés n’auront pas d’autre choix que de se transformer après la chute finale. Le scénario se veut inquiétant et catastrophique. On dirait le Titanic qui coule alors que sur le pont, l’orchestre s’anime, avec Sarkozy qui manœuvre le gouvernail sûr de son idée visant à supplanter le PIB par le BIB, bonheur intérieur brut appelé à servir de nouvel étalon pour la prospérité mais ce n’est pas parce qu’on change le thermomètre que la fièvre baisse…

 

Faut-il croire à cette prospective ? Rien n’est moins sûr. Le système semble au contraire bien stabilisé, capable d’encaisser les chocs, de maîtriser les tensions, de calmer les agitations, et ce, localement, partout où il y a malaise, là où il faut que ça change, au Venezuela, en Côte d’Ivoire, en Corée du Nord, en Tunisie, en Iran. Un système puissamment interconnecté est plus solide que les analystes veulent bien le dire ou bien le penser, faute de connaissance systémique. L’effondrement n’est pas pour demain mais sans doute qu’après demain, dans quelques années, il faudra inventer une transformation inédite car les ressources du système risquent d’entraîner des tensions bien plus fortes. Imaginons un baril à 200 dollars en 2015, et à 400 en 2020. Ce ne sera plus pareil. Sans compter la raréfaction d’autres substances plus où moins stratégiques, notamment les terres rares et même les métaux communs comme le cuivre. Sans doute sommes-nous au milieu, voire même au début d’une phase de transformation comme les civilisations en ont connues, après Sumer, après Alexandre, après les Tchou en Chine, après Rome, après le monde médiéval clos, après la Révolution, après 1848-70, après les guerres de 14-45. La nouvelle société ne reposera pas sur des technologies nouvelles mais sur une transformation intérieure assez accentuée des populations à l’échelle planétaire. Les nations comme la Chine ou l’Europe ayant certainement quelques réminiscences, atavismes spirituels et autres avatars culturels à faire renaître sous des formes diverses. La culture sera le pétrole de la civilisation à venir, l’essence d’un nouvel âge dont on peut à peine pressentir les contours. Les habitués de l’idéologie occidentale peinent à laisser tomber cette idée du progrès continu. La civilisation humaine se reflète dans la croissance d’un homme. Il y a des phases critiques, instables et le progrès consiste aussi à passer par le fond pour rebondir en se transformant. Schelling n’avait pas tout faux en imaginant les pulsations des âges sous forme de systoles et diastoles.

 

Bernard Dugué

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