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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

2 octobre 2017 1 02 /10 /octobre /2017 03:10

J'ai appris à l'OTAN à résister à un dictateur

par Daniel Pipes
The Times of Israël (français)
30 septembre 2017

http://fr.danielpipes.org/17958/jai-appris-a-otan-a-resister-a-un-dictateur

Version originale anglaise: I Taught NATO to Stand Up to a Dictator

Le 2 mai 2017, nous avons reçu une lettre courtoise de la part du directeur de la Commission politique de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN (abrégé en AP-OTAN) demandant si mon organisation, le Middle East Forum (MEF), « était en mesure d'accueillir une série de rencontres et de discussions » à l'attention des membres de l'assemblée.

Pour ceux qui, comme moi, ne sont pas familiers avec l'AP-OTAN, il s'agit d'une assemblée qui « offre aux parlementaires des pays membres de l'Alliance atlantique un cadre spécialisé privilégié leur permettant de débattre de la sécurité de l'Alliance et de peser sur les décisions à ce sujet. » Sa commission politique « traite de toutes les questions politiques liées à la sécurité de l'OTAN, des pays membres et des pays partenaires. »

Après avoir rapidement marqué son accord pour accueillir la rencontre le 19 septembre dans l'Independence Mall de Philadelphie, le Middle East Forum a entrepris d'inviter des experts en vue d'informer les 26 membres du parlement issus de 12 pays, allant de la Norvège à la Turquie en passant par la Pologne et le Portugal. Étant donné la position centrale de la Turquie à la fois dans le conflit syrien et sur la question plus fondamentale de la mission de l'OTAN (l'Alliance combat-elle l'islamisme comme elle combattait naguère le communisme ?), nous avons invité des représentants de deux factions turques clés, l'une et l'autre islamistes, à savoir le gouvernement de Recep Tayyip Erdoğan et le mouvement Fethullah Gülen.

Affiche de propagande distribuée par les délégués turcs lors de la rencontre entre le MEF et l'Assemblée parlementaire de l'OTAN.

(Il y a encore quelques années, les deux factions étaient de proches alliées. Aujourd'hui, le gouvernement turc accuse Gülen d'avoir fomenté le coup d'État présumé de juillet 2016 et déclare que les membres du mouvement Gülen sont des « terroristes », jetant en prison les gülenistes qu'il trouve et vouant aux gémonies ceux qui lui échappent.)

Emre Çelik, président du Rumi Forum, un groupe d'intellectuels gülenistes, a immédiatement été d'accord de prendre la parole. Toutefois pendant tout ce temps, nous n'avons pas pu obtenir de réponse à notre invitation de la part de l'ambassade de Turquie à Washington. Finalement, moins d'une semaine avant la tenue de notre événement, le secrétariat de la commission politique nous a informés que le bureau présidentiel à Ankara – excusez du peu – avait exigé que nous retirions M. Çelik du programme et qu'en cas de refus de notre part, le gouvernement annulerait sa participation.

Ma première réaction a été : « Parfait, annulons-la. » Cependant, ayant englouti beaucoup de temps, d'argent et de réputation dans ce colloque, le Forum n'a guère apprécié l'idée de débrancher la prise. Dans le même temps, nous ne voulions pas non plus rejoindre la cohorte des partisans occidentaux de l'apaisement, comme l'AP-OTAN, qui se soumettent aux volontés du dictateur turc, Erdoğan. Dès lors, que faire ?

Nous avons alors adopté un mode opératoire inhabituel : nous avons retiré le nom de Çelik du programme et le diplomate de l'ambassade s'est alors manifesté. Mais avec l'accord de Çelik, nous avons convenu avec lui de le faire entrer dans la salle de conférence par une porte dérobée et de le faire attendre sur le côté jusqu'à ce que, après avoir parlé, lors des conclusions, du déshonneur et du tort causés par la soumission de l'OTAN aux volontés d'Erdoğan, j'ai invité M. Çelik à venir au pupitre pour prendre la parole comme intervenant.

La délégation turque interrompant bruyamment les travaux avant de partir en claquant la porte.

Au moment où j'ai annoncé la présence de Çelik, la délégation turque s'est levée comme un seul homme pour protester si bruyamment que nos agents de sécurité se sont précipités pour le protéger. Surpris par mon acte qu'il a qualifié de « bombe », le co-président de la délégation de l'AP-OTAN a poussé Çelik sur le côté et a pris possession du pupitre (Pour voir la vidéo, cliquez ici).

En concluant son propos, le co-président a tenté de clôturer le colloque mais je suis intervenu, en insistant sur le fait qu'il s'agissait de notre événement, et en invitant à nouveau Çelik à prendre la parole. Au moment où ce dernier a finalement pris la parole, les Turcs ont quitté la salle les premiers, suivis par la délégation de l'AP-OTAN au complet, laissant seuls les autres invités qui ont donné à l'intervenant une standing ovation.

Emre Çelik s'exprimant sous le regard de Daniel Pipes.

Je présente mes excuses à l'AP-OTAN pour ce tour de passe-passe mais je soutiens le choix d'une telle ruse car il était impossible pour nous de faire fi du principe fondateur de l'OTAN qui consiste à « sauvegarder la liberté » des peuples de l'Alliance. De la même manière il était impossible de demander au Forum, particulièrement dans le cadre de l'Independence Hall et à proximité de la Liberty Bell, d'obtempérer aux diktats d'un tyran étranger.

En effet, malgré leur départ précipité, j'espère que les délégués de l'Assemblée parlementaire de l'OTAN ont une admiration secrète pour notre prise de position contre la tyrannie et pourront s'inspirer de cet acte de défiance. Peut-être apprendront-ils à résister à la brutalité d'Erdoğan – chose qu'ils n'ont précisément pas faite en l'occurrence.

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18 septembre 2017 1 18 /09 /septembre /2017 06:46

La Grèce offre une solution au problème des migrants illégaux

par Daniel Pipes
Washington Times
12 septembre 2017

http://fr.danielpipes.org/17930/la-grece-offre-une-solution-au-probleme-des

Version originale anglaise: Illegal Migrant Problem? Greece Offers a Solution

ATHENES – Alors que les États occidentaux se révèlent incapables d'expulser leurs millions de migrants illégaux – la crise actuelle touche particulièrement l'Italie – les autorités grecques ont trouvé une manière aussi simple que surprenante de les convaincre de reprendre le long chemin du retour au pays.

La crise migratoire sévit surtout en Grèce avec l'arrivée d'environ 10.000 illégaux par an. Mais par l'action conjuguée de la violence en Syrie et des paroles accueillantes de la chancelière allemande Angela Merkel, ce nombre a explosé en 2015, année durant laquelle l'afflux d'illégaux en Grèce est monté à 10.000 par jour. Provenant en majeure partie de la Turquie, ils faisaient route librement vers des destinations prisées comme l'Allemagne et la Suède.

Logo de l'Organisation internationale pour les Migrations.

Finalement quand les frontières de l'Europe du Nord se sont fermées, plus de 62.000 migrants se sont retrouvés « échoués » (selon la terminologie de l'Organisation internationale pour les Migrations des Nations unies) en Grèce. Dans l'impossibilité d'atteindre les destinations de leur choix, ils n'ont pu trouver ni travail ni empathie dans une Grèce en pleine crise économique et ils ont refusé de retourner en Turquie.

À ce stade, le directeur de l'OIM à Athènes, Daniel Esdras, a imaginé une solution astucieuse afin d'encourager les migrants échoués à faire le deuil difficile de leurs rêves européens – des rêves pour lesquels ils ont sacrifié leur temps, leur argent, leur dignité et ont peut-être mis leur vie en péril – et à retourner dans leur pays.

Il s'avère que cette solution ne tombe pas sous le sens : traitez-les très, très gentiment avec générosité et respect et faites ensuite passer le mot.

C'est l'expérience tentée depuis l'ouverture en décembre 2015 d'un foyer pour les rapatriés appauvris, des hommes seuls à 80%, au moment où ils vivaient le processus allant de un à trois mois (comprenant des interviews approfondies par le personnel de l'ambassade) et destiné à organiser leur départ.

Affublé d'un nom digne de la bureaucratie la plus lourde, le Centre ouvert pour migrants enregistrés pour une aide au retour volontaire et à la réintégration (OCAVRR, abréviation anglaise), est un foyer offrant un droit de séjour à des illégaux (ou, pour reprendre le langage délicat de l'institution, « irréguliers ») qui ont accepté d'eux-mêmes d'être rapatriés (ailleurs que dans les zones de guerre, à savoir la Libye, la Somalie, le Yémen, la Syrie et certaines parties de l'Afghanistan).

« Centre ouvert » signifie que les résidents (désignés poliment par le personnel comme des « bénéficiaires ») peuvent entrer et sortir du bâtiment comme ils le souhaitent. Situé dans un quartier aisé d'Athènes, avec de magnifiques panoramas et cofinancé par le Fonds européen pour le retour et le Ministère grec de l'Intérieur, l'OCAVRR fournit simultanément à un maximum de 120 résidents des chambres climatisées, trois repas préparés par jour, de la literie, des affaires de toilette, du linge de base, des soins de santé, des médicaments, une aide psychologique et les services de travailleurs sociaux. Ajoutons à cela le wifi, des téléviseurs Blu-Ray à écrans larges, des cartes de téléphone pour appeler au pays, des toilettes – un cabinet pour 4 résidents – et des douches – une pour 9 résidents.

Les sanitaires et les sols sont récurés plusieurs fois par jour par un service de nettoyage. Les résidents ont pour seules tâches de refaire leur lit et de laver leurs vêtements au lavoir automatique qui est gratuit. Les familles disposent de chambres privatives. Un service d'interprétation en neuf langues est également offert. Un membre grec du personnel plaisantait en disant que l'OCAVRR pourrait être le seul bâtiment de tout Athènes qui soit tout à fait aux normes de sécurité. Il a également fait remarquer que l'ambulance se déplace plus rapidement pour un rapatrié qu'elle ne le ferait pour lui.

Les résidents doivent signer une « convention de logement » qui interdit de fumer, de consommer de l'alcool, de recevoir des invités et d'avoir des animaux domestiques. Un passé criminel, l'addiction à une drogue ou une maladie contagieuse sont des critères d'exclusion. Des gardes armés ainsi qu'un détecteur de métaux semblable à ceux des aéroports placé à l'entrée de l'OCAVRR assurent la sécurité.

Page de couverture du contrat multilingue de l'OCAVRR.

Des 80 résidents qu'accueillait l'OCAVRR au moment de ma visite, 79 étaient musulmans (le dernier était un chrétien géorgien). Tous les repas sont halal. Les toilettes sont toutes munies d'un jet d'eau. La salle de prière est à l'usage exclusif des musulmans et un réfrigérateur situé près de la porte d'entrée conserve la nourriture des résidents qui observent le jeûne du Ramadan alors que, chose étonnante, seul un petit nombre de résidents prie et jeûne.

Des 2200 personnes rapatriées qui sont passées par l'OCAVRR, 94 % ont finalement quitté la Grèce pour rentrer chez elles. En quittant le pays, elles reçoivent 500 euros d'argent de poche et la promesse de recevoir 1.500 euros supplémentaires d'aides en nature pour les remettre à flot économiquement (du bétail, un taxi et une machine à coudre constituent des achats fréquents). La dépense totale par personne s'élève à environ 4.000 euros, soit moins de 1 % des dépenses en chômage, soins de santé et autres frais consacrés généralement à un migrant illégal à long terme.

Le financement du processus par nature compliqué de retour au pays dans le but de le rendre plus agréable et plus décent est une formule gagnante. En effet, chaque pays occidental confronté à ce problème de migrants illégaux pourrait tirer des leçons de ce modèle et l'adapter selon sa propre situation. Si ce processus se fait correctement, un nombre important d'anciens migrants illégaux pourra retourner dans son pays et y mener une vie normale.

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2 septembre 2017 6 02 /09 /septembre /2017 17:56

Iran et Turquie : deux pays du Moyen-Orient en rivalité perpétuelle

par Daniel Pipes
Times of Israel (en français)
29 août 2017

http://fr.danielpipes.org/17900/iran-et-turquie-deux-pays-du-moyen-orient-en

Version originale anglaise: Iran vs. Turkey, the MidEast's Perpetual Rivalry

La conclusion récente entre les gouvernements turc et iranien d'un accord à propos d'Idlib, une petite ville syrienne devenue le centre d'intérêts américains, remet momentanément en lumière les relations entre deux des États les plus grands et les plus influents du Moyen-Orient.

Vieille d'un demi-millénaire et ponctuée de onze guerres, la rivalité entre les deux pays représente aujourd'hui, selon les termes de Soner Cagaptay du Washington Institute, « la plus ancienne lutte de pouvoir » de la région. Dès lors, que signifie l'accord signé récemment et de quelle manière la rivalité irano-turque va-t-elle influencer l'avenir de la région ?

Les ressemblances entre les deux pays sont notables. Chacun compte une population de 80 millions d'habitants (l'Égypte, troisième grand pays de la région, en compte 96 millions). Fiers héritiers de civilisations anciennes et de longues traditions impériales, ils connaissent des tensions avec la Russie et ont réussi à éviter la colonisation européenne. À l'époque contemporaine, les deux pays sont tombés, au lendemain de la Première Guerre mondiale, sous la coupe d'un modernisateur implacable et, plus récemment, sous celle d'un régime islamiste plus implacable encore.

Des modernisateurs implacables : l'Iranien Reza Shah (à gauche) rendant visite au Turc Atatürk en 1934.

Leurs dirigeants actuels, Ali Khamenei en Iran et Recep Tayyip Erdoğan en Turquie, jouissent d'un pouvoir quasi-absolu qu'ils s'ingénient l'un et l'autre à masquer sous une batterie impressionnante d'élections, de parlements, de cabinets, de lois et d'ONG. L'un comme l'autre aspire à diriger l'ensemble de la communauté musulmane au point, un jour peut-être, de se proclamer calife. En cette époque d'antisionisme latent en provenance des États arabes, Téhéran et Ankara mènent désormais la charge : alors que la République islamique d'Iran nie avec fracas l'Holocauste, la République turque compare les Israéliens aux nazis.

Des régimes islamistes plus implacables encore : le Turc Erdoğan (à gauche) rendant visite à l'Iranien Khamenei en 2012.

À certains égards, les Iraniens devancent les Turcs mais ces derniers sont en train de combler leur retard. L'ayatollah Khomeiny est arrivé au pouvoir en 1979 et Erdoğan en 2002. L'Iran jouit depuis longtemps d'importantes réserves de gaz et de pétrole mais la Turquie s'est constituée récemment une infrastructure économique impressionnante. Téhéran déploie des forces armées à l'étranger et domine quatre capitales arabes alors qu'Ankara combat toujours des opposants intérieurs, notamment les partisans de Gülen et les Kurdes. Les deux régimes méprisent l'Occident mais alors que l'Iran lui est ouvertement hostile, la Turquie demeure officiellement dans l'OTAN et cherche ostensiblement à devenir membre de l'Union européenne.

Les sbires de Khamenei capturent des marins américains en haute mer alors que ceux d'Erdoğan prennent des habitants en otage. Les théories du complot, qui constituent depuis longtemps une véritable forme d'art en Iran, ont fait d'énormes progrès depuis ces vingt dernières années en Turquie qui peut désormais se vanterr d'abriter les spéculations les plus fantasmagoriques de la région. Les deux pays sont devenus des alliés enthousiastes du dictateur vénézuélien Nicolás Maduro. En tant que chef d'une dictature relativement ancienne, Khamenei peut tolérer une certaine liberté d'expression. En comparaison, Erdoğan nourrit un désir obsessionnel de tout contrôler, y compris les déclarations de joueurs de basketball aux États-Unis ou les pensées de voyageurs en transit dans l'aéroport d'Istanbul.

Ce qui distingue le plus les deux personnages, c'est leur attitude vis-à-vis de leurs sujets. Alors que Khamenei ne bénéficie du soutien que d'à peine environ 15 % de la population, Erdoğan peut compter sur 45 % d'opinions favorables, ce qui confère à ce dernier une légitimité et une confiance que Khamenei ne peut concevoir qu'en rêve. Cette différence résulte en partie de l'écart de longévité entre les deux régimes islamistes et d'autre part de l'écart du revenu moyen par habitant qui s'élève à seulement 4.700 dollars en Iran où il stagne, et à 10.700 dollars en Turquie, où il augmente.

Indicateurs économiques de la Banque mondiale montrant l'évolution du PIB par habitant de la Turquie, de l'Iran et de l'Égypte (en dollars) entre 1960 et 2014.

En Iran, l'effondrement du régime, qui n'est plus très loin, affaiblira l'islamisme, ce qui encouragera les musulmans à évoluer vers une forme plus moderne et plus modérée de leur religion. En Turquie, le gouvernement jouit d'une immense popularité et met en œuvre une version plus avancée de l'islamisme, autant de moyens pour augmenter ses chances de rester au pouvoir et pour incarner désormais et pour longtemps un adversaire des plus redoutables. Par conséquent, le Moyen-Orient va probablement connaître un changement important qui verra l'Iran emprunter la voie de la modération et la Turquie se muer en péril majeur de la région.

Durant les premières années du gouvernement d'Erdoğan (2002-2010), les relations bilatérales étaient au beau fixe. À l'époque, l'un et l'autre partageaient la même vision islamiste du monde et la même suspicion quant aux intentions américaines en Irak. Mais depuis lors, les relations se sont dégradées, d'abord parce que les deux régimes cherchent à acquérir un poids international, ce qui, en tant que voisins, conduira inévitablement à la confrontation. La guerre civile en Syrie, où Téhéran soutient des djihadistes de tendance chiite et la Turquie des djihadistes sunnites, constitue leur problème majeur. Mais ce n'est pas le seul : d'autres points de litige enveniment leurs relations comme le soutien à deux camps adverses au Yémen, l'installation par la Turquie d'un radar de l'OTAN destiné à pister les faits et gestes de l'Iran et le soutien apporté par l'Iran à Al-Qaïda contre la Turquie.

Les tensions ont atteint un tel niveau qu'Ali Vaez de l'International Crisis Group estime que Téhéran et Ankara sont « sur une trajectoire de collision ». À ce rythme, il s'attend à ce que la dynamique en cours conduise « à de terribles massacres, à une instabilité croissante et à des risques majeurs d'une confrontation militaire directe. » En termes plus poétiques, Cagaptay observe que le Moyen-Orient offre assez d'espace pour « un chah ou un sultan mais pas pour un chah et un sultan. »

Dans ce contexte, l'accord d'Idlib semble fragile et éphémère. Téhéran et Ankara vont probablement se tourner bientôt l'un contre l'autre et poursuivre, avec une vigueur renouvelée, leur rivalité perpétuelle.

Illustration du Washington Times.

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18 août 2017 5 18 /08 /août /2017 11:04

Le livre le plus scandaleusement mauvais sur le Moyen-Orient ?

par Daniel Pipes
TImes of Israel (en français)
18 août 2017

http://fr.danielpipes.org/17872/le-livre-le-plus-scandaleusement-mauvais-sur-le

Version originale anglaise: The Most Embarrassingly Wrong Book Ever on the Middle East?

« Le Moyen-Orient est le cimetière des prédictions », observe l'écrivain et éditeur de gauche Adam Shatz. Ce constat est dû en partie au fait que la région est très instable (personne en 2014 n'imaginait le retour d'un califat effectif après onze siècles) et pleine de contradictions (le président turc Erdoğan a entamé une quasi-guerre civile contre les Kurdes pour obtenir des changements constitutionnels dont il pourrait se passer).

Le fait que les prédictions se révèlent inexactes est également dû à l'incompétence générale des spécialistes en la matière. Bien souvent, il leur manque ce bon sens qui leur permettrait de voir ce qui en principe est évident. Exemple type : l'admiration quasi générale face à l'accession de Bachar al-Assad à la présidence de la Syrie en 2000.

David Lesch à la télé.

Certains analystes de la vie politique syrienne ont, il est vrai, exprimé leur scepticisme par rapport aux capacités de cet ophtalmologue de 34 ans à maintenir la « stabilité dévastatrice et répressive » héritée d'un père dictateur qui a régné sans partage pendant 30 ans. Ils suggéraient que les « tensions profondes dans la société syrienne... pourraient exploser après la disparition de cette longue dictature. »

Mais la plupart des observateurs voyaient dans le jeune Assad un type bien voire, un crypto-humaniste. Parmi ces spécialistes particuliers, on note la présence de David W. Lesch, qui jouit du titre d'éminent Professeur Ewing Halsell d'histoire du Moyen-Orient à la Trinity University de San Antonio, au Texas. Lesch s'est lié d'amitié avec le nouvel homme fort, bénéficiant de ce que son éditeur qualifie « d'accès extraordinaire et unique au président syrien, à son entourage et à sa famille. »

Ses longues heures de conversation ont donné lieu à la publication d'un livre en 2005, The New Lion of Damascus : Bashar al-Asad and Modern Syria (Yale University Press) et à une avalanche d'éloges de la part de confrères universitaires : Moshe Ma'oz de la Hebrew University a trouvé ce livre « très instructif et perspectif ». Curtis Ryan de l'Appalachian State University l'a qualifié de « révélation ». James L. Gelvin de l'UCLA a salué l'ouvrage comme « un récit d'une lecture extraordinairement aisée et qui tombe à point nommé. » Un prestigieux think tank de Washington a accueilli un débat sur les conclusions du livre.

Mais douze ans plus tard, outrée par la brutalité monstrueuse d'Assad dans la guerre civile de la région la plus meurtrière de l'époque contemporaine, la moitié d'entre eux pose un regard très différent de celui qui a jugé l'érudition de Lesch.

Aux manifestations pacifiques organisées contre le régime à partir de mars 2011, Assad a répondu non pas par des réformes mais par la force brutale. Le nombre total de morts s'élève à environ 450.000 sur une population qui comptait 21 millions d'habitants avant la guerre. Le caractère barbare de la personnalité d'Assad constitue depuis le début la clé de ce conflit. Bénéficiant du contrôle de l'espace aérien, ses troupes ont été la cause d'environ 90 % des victimes de la guerre.

Selon le Haut-Commissariat des Nations unies pour les Réfugiés, plus de 5 millions de Syriens ont été déplacés à l'intérieur du pays et 6,3 millions ont fui la Syrie, provoquant des crises dans des pays aussi divers que la Jordanie, le Liban, la Turquie, la Grèce, la Hongrie, l'Allemagne et la Suède.

À la lumière de ces chiffres sans appel, le récit de Lesch contient de nombreux passages d'une très grande naïveté et d'un manque flagrant de discernement. En somme, il a parlé de M. Assad comme il aurait pu le faire d'un confrère universitaire en employant des adjectifs tels que « compatissant », « raisonnable », « modeste », « innocent », et « moralement sain ». Il a décrit Assad comme « un homme d'une grande intégrité sur le plan personnel », « d'une sincérité touchante » et ayant « une vision pour l'avenir de son pays. » Ceux qui rencontrent Assad, nous dit-il, sont frappés par « sa politesse, son humilité et sa simplicité. » Inversement, « le comportement de voyou associé à son père n'est pas dans le caractère de Bachar. »

Serait-ce la « vision » de Bachar al-Assad « pour l'avenir de son pays » ? Alep, octobre 2014.

En privé aussi, Assad est un exemple : « Il change les couches de son enfant et se lève au milieu de la nuit pour le consoler quand il pleure. Au cours de la première année de la naissance de son fils, Bachar n'a pas oublié une seule fois de lui donner son bain quotidien. »

Sur le plan culturel, il apparaît aux Occidentaux comme une personne cool : « Il aime la musique de Phil Collins, il apprécie aussi Kenny G., Vangelis, Yanni, certaines œuvres classiques ainsi que la musique arabe des années 1970. Il adore le classic rock, notamment les Beatles, Supertramp et les Eagles. Il possède tous les albums de l'Electric Light Orchestra. »

Quant à sa femme Asma, elle « semble certainement partager l'engagement de son mari qui souhaite faire tout ce qui est en son pouvoir pour faire de la Syrie un endroit meilleur pour leurs enfants et petits-enfants. »

À sa décharge, Lesch reconnaît la possibilité d'une implosion, « face à une instabilité de régime qui pourrait mener à une guerre civile. » Toutefois, il rejette ce scénario étant donné que « l'opposition au régime en Syrie... est divisée et relativement faible. »

Monument qui fait la honte du monde universitaire, ce livre New Lion, on l'aura compris, est aujourd'hui épuisé et a disparu du site internet des Yale University Press. Il est néanmoins surprenant qu'en 2012 Yale se soit à nouveau tournée vers Lesch pour lui commander un autre ouvrage, cette fois avec ce titre malheureux : Syrie : la chute de la maison Assad.

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12 août 2017 6 12 /08 /août /2017 17:09

La politique palestinienne du rejet s'affaiblit

par Daniel Pipes
Times of Israel (en français)
10 août 2017

http://fr.danielpipes.org/17860/la-politique-palestinienne-du-rejet-saffaiblit

Version originale anglaise: Palestinian Rejectionism is Weakening

Un sondage récent a montré que les Israéliens souhaitent une politique plus ferme envers les Palestiniens. Et les Palestiniens, que veulent-ils hormis les meurtres et les massacres occasionnels d'Israéliens ?

Dan Polisar du Shalem College a passé en revue 4000 sondages d'opinion réalisés depuis 2000. Il a constaté trois grandes idées récurrentes entretenues au sujet d'Israël : son manque de justification historique ou religieuse, sa nature intrinsèquement agressive et sa disparition à court terme. Toutefois, il semble que les attitudes ont quelque peu changé. Si l'on en juge d'après un récent sondage, on observe une indifférence croissante, tant de l'Autorité palestinienne que du Hamas, pour les priorités relatives à la politique du rejet.

Réalisée du 16 au 27 mai sous la direction de David Pollock du Washington Institute et mise en œuvre par le Palestinian Center for Public opinion (Centre palestinien pour l'opinion publique), l'enquête d'opinion a consisté en des questions détaillées posées à 1540 Palestiniens de Cisjordanie, de Gaza et de Jérusalem-Est.

Seulement 12 % des habitants de Cisjordanie et 25 % des Gazaouis ont déclaré que leur priorité était de « fonder un État palestinien », alors que pour respectivement 49 et 40 % d'entre eux, la priorité était « une vie de famille de qualité » (le double pourcentage mentionné par la suite sera, dans l'ordre, celui de Cisjordanie et de Gaza, Jérusalem-Est n'étant pas inclus ici).

La priorité donnée à « une vie de famille de qualité » ressort également des réponses liées aux sujets d'actualité. Seulement 12 et 25 % considéraient le transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem comme un sujet très important. Concernant les allocations financières spéciales versées par l'Autorité palestinienne aux « martyrs », 66 et 67 % ont déclaré que l'AP « doit donner aux familles de prisonniers des allocations normales, comme à n'importe qui d'autre. »

Tout le monde ne vit pas dans la pauvreté : la propriété de l'homme d'affaires palestinien Mohamed Abdel-Hadi, située à Kharas, en Cisjordanie.

Les Palestiniens sondés apparaissent comme significativement plus pragmatiques que les politiques dans leur attitude envers Israël.

  • Les perspectives d'emploi en Israël sont regardées favorablement par 63 et 67 % des sondés.
  • Anti-BDS : près de la moitié cherche davantage d'emploi auprès de sociétés israéliennes.
  • L'augmentation des contacts directs avec les Israéliens est approuvée par 55 et 57 % des personnes interrogées.
  • L'idée selon laquelle les États arabes devraient offrir à la fois aux Israéliens et aux Palestiniens des incitants « pour l'adoption de positions plus modérées », est approuvée par 58 et 55 % des sondés.

Ils réalisent qu'on ne peut plus revenir sur ce qui a été fait en 1948 puisque d'une part, 60 et 46 % approuvent cette déclaration : « La plupart des colons israéliens resteront probablement où ils sont et la plupart des réfugiés palestiniens ne retourneront pas dans les territoires d'avant 1948 » et d'autre part, 41 et 51 % disent qu'ils accepteraient une aide supplémentaire « pour réinstaller les réfugiés palestiniens en Cisjordanie ou à Gaza mais pas en Israël. »

Deux réponses montrent que l'existence d'un État israélien est de loin plus acceptable que celle du peuple juif. Alors que 75 et 62 % consentent définitivement à la fin de la guerre contre Israël et à la création d'une Palestine dans les frontières de 1949, seulement 45 et 37 % acceptent l'idée de « deux États pour deux peuples – le peuple palestinien et le peuple juif... si cela peut contribuer à mettre fin à l'occupation. »

Le fait que ces deux réponses divergent, indique une profonde réticence des Palestiniens à accepter Israël en tant qu'État juif. Très peu acceptent que « les Juifs exercent certains droits sur cette terre » et de larges majorités insistent sur le fait que, un jour, « les Palestiniens contrôleront presque toute la Palestine. » Certes, le rituel consistant à dénier toute légitimité à Israël est la norme mais il est intéressant de constater que ce déni n'interfère que partiellement sur la reconnaissance inéluctable de son existence.

Comme pour confirmer ce constat, on notera le changement profond d'attitude en l'espace de seulement deux ans. À la question de savoir si la solution à deux États signifie la « fin du conflit » ou si ce conflit doit se poursuivre « jusqu'à ce que l'ensemble de la Palestine historique soit libéré », les habitants de Cisjordanie approuvent à 35 % contre 55 la poursuite du conflit alors que les Gazaouis approuvent à 47 % contre 44 la résolution du conflit. Si on se reporte en mai 2015, les habitants de Cisjordanie ont voté à peu près de la même façon que cette année mais les Gazaouis étaient alors à 2 contre 1 en faveur de la poursuite du conflit. Ce qui a conduit Pollock à observer que, dans les deux années qui se sont écoulées, « de nombreux Gazaouis en sont probablement venus à regretter les dégâts que la guerre désastreuse de 2014 a causés durablement dans leur territoire et ont modifié leur opinion dans un sens relativement apaisé. »

Preuve supplémentaire : à la question de savoir si le Hamas doit maintenir le cessez-le-feu avec Israël, les 55 et 80 % de réponses favorables montrent l'impact que les nombreux épisodes guerriers ont eu sur la population de Gaza.

Les restes de l'effondrement d'un bâtiment de Gaza, le 27 août 2014.

Venons-en à Washington. « Les pressions exercées sur Israël en vue de concessions » ne sont pas la priorité des Palestiniens. Pour les habitants de Cisjordanie, l'idée prioritaire réside dans la pression américaine sur l'Autorité palestinienne pour rendre celle-ci « plus démocratique et moins corrompue ». Pour les Gazaouis, la priorité est « une aide économique plus importante. »

Ces réponses indiquent que certains Palestiniens ont mis de côté leurs grandes ambitions antisionistes et ne sont pas imbus d'un esprit de résistance invétéré. Ce ne sont pas des surhommes. Comme n'importe qui, ils sont sujets au désespoir, au découragement et au défaitisme.

Cette conclusion montre l'utilité d'une stratégie de victoire d'Israël propre à accroître la pression sur les Palestiniens jusqu'à ce que leurs dictateurs à Ramallah et à Gaza acceptent ce changement de cap pragmatique. Cela pourrait constituer le point de départ d'un long processus qui aboutirait à la fin du conflit israélo-palestinien.

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31 juillet 2017 1 31 /07 /juillet /2017 13:18

Une victoire palestinienne sur le Mont du Temple

par Daniel Pipes
Times of Israel (en français)
31 juillet 2017

http://fr.danielpipes.org/17829/une-victoire-palestinienne-sur-le-mont-du-temple

Version originale anglaise: A Palestinian Victory at the Temple Mount

Samedi, le parti du président de l'Autorité palestinienne Mahmoud Abbas, le Fatah, a annoncé que la « campagne pour Jérusalem a effectivement commencé et ne s'arrêtera pas avant la victoire palestinienne et la libération des lieux saints de l'occupation israélienne. » Le Fatah a exigé le retrait des détecteurs de métaux et autres dispositifs à l'entrée de la mosquée Al-Aqsa située sur le Mont du Temple. Une semaine plus tôt, deux policiers israéliens ont été tués par des terroristes qui avaient caché leurs armes dans la mosquée.

La déclaration du Fatah était illogique et hypocrite. Malgré le fait que, dans les pays à majorité musulmane, de nombreuses mosquées recourent aux mêmes dispositifs de sécurité dans le but de protéger les fidèles, les touristes et la police, M. Abbas a réussi à contraindre le gouvernement israélien à les enlever tout en détournant l'attention attirée par les assassins des policiers et en alimentant les craintes d'un affrontement religieux aux conséquences incalculables.

À l'instar d'autres visiteurs, l'auteur a dû passer au détecteur de métaux pour pouvoir visiter la mosquée Cheikh Zayed d'Abou Dhabi.

La crise du Mont du Temple fait apparaître avec une singulière clarté trois facteurs qui expliquent la raison pour laquelle 80 % des Palestiniens continuent de croire qu'ils peuvent éliminer l'État juif : la doctrine islamique, l'aide internationale et la timidité israélienne.

L'islam porte en lui l'exigence selon laquelle tout pays tombé un jour sous contrôle musulman devient comme un héritage qui doit inévitablement retomber en possession des musulmans. Cette idée a conservé toute sa force : pensons au rêve d'Oussama Ben Laden de restaurer l'Andalousie et à l'espoir que nourrit le président turc Recep Tayyip Erdoğan de regagner une influence sur les Balkans. Quant aux Palestiniens, ils ne cessent de croire en l'effondrement, d'ici quelques dizaines d'années, de l'État juif.

Une confrontation au sujet du Mont du Temple ravive tout particulièrement cette attente car, bien plus que la population locale, elle anime les passions d'une part importante du 1,6 milliard de musulmans dans le monde. La plupart des principaux dirigeants musulmans et des grandes institutions islamiques ont soutenu la position du Fatah sur les mesures de sécurité prises au Mont du Temple. Face au consensus pro-palestinien, les voix musulmanes discordantes sont rares. Les Palestiniens se réjouissent d'incarner le rôle du fer de lance de cette gigantesque armée.

L'illusion de puissance qui anime les Palestiniens bénéficie d'un soutien international considérable. L'UNESCO a coutume d'adopter des résolutions critiques visant Israël. L'Université de Columbia abrite un machin appelé Centre pour les études palestiniennes. Les grandes sociétés comme Google et les grands organes d'information comme la BBC affirment qu'il existe un pays appelé Palestine. L'aide étrangère a créé une pseudo-économie palestinienne qui, en 2016, a connu un taux de croissance phénoménal de 4,1 %.

Dans le cadre de la crise du Mont du Temple, le gouvernement américain, les Européens et pratiquement tous les autres se sont alignés pour soutenir la demande du retrait des détecteurs de métaux ainsi que des caméras high-tech et de tout dispositif destiné à prévenir des attentats djihadistes. Le Quartet pour le Moyen-Orient a salué « le fait que le Premier ministre israélien a assuré que le statu quo sur les lieux saints à Jérusalem serait maintenu et respecté. » Ce genre de soutien quasi-unanime pousse assez facilement les Palestiniens à se croire plus forts que l'État juif.

Les services de sécurité israéliens, timides, évitent de prendre des mesures qui pourraient irriter les Palestiniens. Cette méthode douce résulte non pas d'un idéalisme béat mais bien d'une opinion exagérément négative selon laquelle les Palestiniens seraient d'incorrigibles fauteurs de troubles. Dès lors, la police, les services de renseignement et l'armée s'accordent pour faire tout ce qui peut maintenir le calme et pour rejeter toute initiative destinée à priver les Palestiniens de fonds, à les sanctionner plus sévèrement ou à empiéter sur leurs nombreux privilèges.

Les services de sécurité israéliens savent que l'Autorité palestinienne continuera à inciter et à consentir au meurtre tout en cherchant à délégitimer et à isoler l'État d'Israël. Toutefois, ils préfèrent à l'évidence vivre avec de telles épreuves plutôt que de punir M. Abbas, de réduire son statut et de risquer une nouvelle intifada. L'effondrement de l'Autorité palestinienne et le rétablissement d'un contrôle direct israélien constituent le cauchemar des services de sécurité. M. Abbas le sait et le fiasco de cette semaine démontre qu'il n'hésite pas à exploiter les craintes israéliennes pour faire progresser son rêve d'affaiblir et finalement d'éliminer l'État juif.

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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 15:04

Avant-propos : L'importance des réformateurs musulmans est vitale

par Daniel Pipes
The Challenge of Modernizing Islam
18 juillet 2017

http://fr.danielpipes.org/17815/avant-propos-importance-des-reformateurs

Version originale anglaise: Foreword: Why Islam's Reformers are Vitally Important
Adaptation française: Johan Bourlard

Avant-propos du livre de Christine Douglass-Williams, The Challenge of Modernizing Islam: Reformers Speak Out and The Obstacles They Face, New York, Encounter, 2017, 296 p.

Ma bibliothèque contient un mur entier de livres sur l'islam contemporain. Or à peine un seul d'entre eux concerne le thème auquel Christine Douglass-Williams consacre une analyse importante. Face à l'attention que monopolisent les islamistes, combien de temps et quelle énergie restent-il pour s'intéresser aux musulmans modernisateurs ?

Le peu de livres consacrés aux musulmans anti-islamistes illustre la situation difficile dans laquelle ces derniers se trouvent : objets de menaces, ils sont en outre marginalisés et dénigrés comme de vulgaires bonimenteurs.

Pour visualiser la couverture complète du livre, cliquez ici.

Les menaces sont le fait des islamistes. Ces derniers sont convaincus que l'application intégrale et rigoureuse de la loi islamique permettra à l'Islam de recouvrer la gloire qui fut la sienne au Moyen Âge. Les islamistes s'attaquent aux modernisateurs par la parole et par les armes car ils sont conscients, à juste titre, que ces musulmans libéraux constituent une remise en cause profonde de l'actuelle hégémonie islamiste. Malgré la position dominante qu'ils occupent actuellement, les réactionnaires islamistes comprennent parfaitement l'immense attrait que suscite la modernité, celle-là même qui a vaincu deux autres mouvements modernes prônant des utopies radicales, à savoir le fascisme et le communisme. Conscients que leur mouvement est condamné à disparaître face au choix des musulmans en faveur des bienfaits de la vie moderne, les islamistes luttent bec et ongles contre les modernisateurs.

La marginalisation est l'œuvre de la Gauche. On pourrait penser que les nombreuses différences séparant le socialisme et l'islamisme dressent l'un et l'autre en deux camps ennemis. Mais on aurait tort car leur hostilité commune envers l'ordre libéral est si intense qu'elle les rapproche. Dans leur immense majorité, les gens de gauche préfèrent le programme des islamistes à celui des modernisateurs qu'ils vont jusqu'à qualifier, comble de l'insulte, d'anti-islamique.

Le dénigrement provient de la Droite anti-islam qui, paradoxalement, s'accorde avec les islamistes sur leur prétention à être les seuls vrais musulmans et décrie les modernisateurs qu'elle taxe d'aberration, d'affabulation et de duperie. La droite anti-islam agit de la sorte malgré le fait qu'elle partage avec les musulmans modernisateurs le même ennemi : les islamistes. Au lieu d'unir ses forces avec celles des modernisateurs, elle s'entête à les maintenir à distance. Les soupçonnant de pratiquer la taqiya (dissimulation), elle ne trouve que des erreurs dans leurs analyses et arrose copieusement d'insultes leurs dirigeants.

Les musulmans modernisateurs ont donc à affronter le problème actuel d'asseoir leur crédibilité et le problème futur de leurs potentialités. Alors que les islamistes dominent l'actualité par leurs massacres et leurs agressions culturelles, la Gauche déforme la réalité et le camp anti-islam accumule les maladresses. Pire : alors que leurs détracteurs s'acharnent sur eux, les modernisateurs ont d'autant moins l'opportunité de répondre que l'establishment (ce que j'appelle les 6 P : politiciens, presse, policiers, procureurs, professeurs et prêtres) prend soin de les ignorer. Conséquence : c'est à peine si les gens savent qu'il existe des tentatives de moderniser l'islam de la part d'une poignée de modernisateurs certes déterminés mais peu respectés. Combien parmi vous ont entendu parler du Council on American-Islamic Relations (le célèbre CAIR, Conseil pour les relations islamo-américaines, de tendance islamiste, NdT) ? Et du Center for Islamic Pluralism (Le méconnu Centre pour le pluralisme islamique, de tendance modernisatrice, NdT) ?

Christine Douglass-Williams

C'est ici que prend tout son sens l'œuvre de Christine Douglass-Williams, journaliste canadienne et militante des droits civils. Dans son étude, elle a pris le temps de chercher huit modernisateurs nord-américains pour leur donner l'opportunité de se présenter, eux et leurs idées. Chacun d'eux possède un profil particulier.

Après avoir exposé les divergences entre tous ces points de vue intéressants, Douglass-Williams consacre la deuxième partie de son livre à leurs points communs. Elle se concentre sur les efforts déployés par les modernisateurs pour créer une vision alternative à celle des islamistes, pour réinterpréter le Coran et d'autres textes islamiques problématiques, pour répondre aux accusations d'islamophobie dont ils font l'objet, pour formuler un point de vue humain sur Israël et pour remettre en cause l'hégémonie islamiste.

  • Salim Mansur considère la lutte naturelle de l'être humain pour le progrès et se base sur l'histoire du judaïsme et du christianisme pour comprendre l'évolution de l'islam.
  • Ahmed Subhy Mansour a fondé une nouvelle école de pensée souple, le coranisme.
  • Shireen Qudosi remet en cause le véritable culte voué à Mahomet et s'attaque aux passages problématiques du Coran.
  • Jalal Zuberi révèle la rigidité des islamistes dans leur approche des textes et célèbre le pluralisme.
  • Tawfik Hamid met en lumière la fourberie des islamistes et leur intention de conquérir l'Occident.
  • Qanta Ahmed rejette la loi islamique et plaide pour que les musulmans vivent comme des citoyens modernes.
  • Zuhdi Jasser expose le programme victimaire des islamistes et insiste sur la nécessité d'entretenir le patriotisme.
  • Raheel Raza se concentre sur les exigences mutuelles en matière d'immigration en invoquant le fait que l'Occident doit défendre ses valeurs auxquelles les musulmans doivent s'adapter.

Après avoir exposé les divergences entre tous ces points de vue intéressants, Douglass-Williams consacre la deuxième partie de son livre à leurs points communs. Elle se concentre sur les efforts déployés par les modernisateurs pour créer une vision alternative à celle des islamistes, pour réinterpréter le Coran et d'autres textes islamiques problématiques, pour répondre aux accusations d'islamophobie dont ils font l'objet, pour formuler un point de vue humain sur Israël et pour remettre en cause l'hégémonie islamiste.

Son analyse minutieuse montre comment le mouvement islamique de modernisation peut tirer profit des libertés que lui offrent les États-Unis et le Canada (en opposition à la répression intellectuelle à l'œuvre dans tous les pays à majorité musulmane). Elle aide également à poser ce mouvement comme une tentative intellectuelle sérieuse en donnant comme jamais auparavant toute leur place aux modernisateurs contemporains et en donnant, par la même occasion, un coup de pouce à leur cause. Face à la menace planétaire que constitue l'islamisme, le livre de Christine Douglass-Williams représente une œuvre constructive et véritablement magnifique.

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26 juillet 2017 3 26 /07 /juillet /2017 02:26

Why Israel Removed the Metal Detectors

The security services will do anything to prevent another intifada—including prop up Mahmoud Abbas.

 
 
Palestinian Authority President Mahmoud Abbas in Ramallah, July 21.
Palestinian Authority President Mahmoud Abbas in Ramallah, July 21. PHOTO: ABBAS MOMANI/AGENCE FRANCE-PRESSE/GETTY IMAGES

Palestinian Authority President Mahmoud Abbas’s Fatah Party announced Saturday that the “campaign for Jerusalem has effectively begun, and will not stop until a Palestinian victory and the release of the holy sites from Israeli occupation.” Fatah demanded the removal of metal detectors and other security devices from the entrance to the Aqsa Mosque on the Temple Mount. A week earlier two Israeli policemen were killed by terrorists who had stashed their weapons inside the mosque.

The Fatah statement was illogical and hypocritical. Many mosques in Muslim-majority countries use the same security technology to protect worshipers, tourists and police. Yet Mr. Abbas managed to force the Israeli government to remove them. He did it by deflecting attention from the policemen’s murders and stoking fear of a religious conflagration with vast repercussions.

The Temple Mount crisis highlights with exceptional clarity three factors that explain why a steady 80% of Palestinians believe they can eliminate the Jewish state: Islamic doctrine, international succor and Israeli timidity.

 

Islam carries with it the expectation that any land once under Muslim control is an endowment that must inevitably revert to Muslim rule. The idea has abiding power: think of Osama bin Laden’s dream of resurrecting Andalusia and Turkish President Recep Tayyip Erdogan’s hopes of regaining influence over the Balkans. Palestinians consistently report their belief that the state of Israel will collapse within a few decades.

A confrontation over the Temple Mount uniquely excites this expectation because it reaches far beyond the local population to arouse the passions of many of the world’s 1.6 billion Muslims. The most prominent Muslim leaders and institutions overwhelmingly supported Fatah’s position on the Temple Mount security provisions. Islamic voices outside the pro-Palestinian consensus are rare. Palestinians rejoice in their role as the tip of an enormous spear.

Palestinians’ illusions of might enjoy considerable international support. The United Nations Educational, Scientific and Cultural Organization routinely passes critical resolutions aimed at Israel. Columbia University houses something called the Center for Palestine Studies. Major corporations such as Google and news organizations like the British Broadcasting Corp. pretend there’s a country called Palestine. Foreign aid has created a Palestinian pseudo-economy that in 2016 enjoyed a phenomenal 4.1% growth rate.

In the Temple Mount crisis, the U.S. government, the Europeans and practically everyone else lined up to support the demand for the elimination of metal detectors, along with high-tech cameras or any other devices to prevent jihadi attacks. The Quartet on the Middle East welcomed “the assurances by the Prime Minister of Israel that the status quo at the holy sites in Jerusalem will be upheld and respected.” With this sort of near-unanimous support, Palestinians easily imagine themselves stronger than the Jewish state.

Israel’s security services timidly avoid taking steps that might upset the Palestinians. This soft approach results not from starry-eyed idealism but from an exceedingly negative view of Palestinians as unreformable troublemakers. Accordingly, the police, intelligence agencies and military agree to just about anything that ensures calm while rejecting any initiative to deprive the Palestinians of funds, punish them more severely or infringe on their many prerogatives.

 

The Israeli security establishment knows that the Palestinian Authority will continue to incite and sanction murder even as it seeks to delegitimize and isolate the state of Israel. But those security services emphatically prefer to live with such challenges than to punish Mr. Abbas, reduce his standing and risk anotherintifada. The collapse of the Palestinian Authority and a return to direct Israeli rule is the security services’ nightmare. Mr. Abbas knows this, and this week’s fiasco demonstrates that he’s not afraid to exploit Israeli fears to advance his dream of debasing and eventually eliminating the Jewish state.

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18 juillet 2017 2 18 /07 /juillet /2017 06:04

Les Israéliens veulent la victoire

par Daniel Pipes
Jerusalem Post
12 juillet 2017

http://fr.danielpipes.org/17796/les-israeliens-veulent-la-victoire

Version originale anglaise: Israelis Want Victory
Adaptation française: Johan Bourlard

Que pense l'opinion publique juive israélienne de l'idée suivante : convaincre les Palestiniens qu'ils ont perdu la guerre séculaire contre le sionisme, bref, que la fête est terminée ? En d'autres termes, que pensent les Israéliens de la victoire ?

Pour le savoir, le Middle East Forum a chargé le Smith Institute d'interroger 700 juifs israéliens adultes. Effectué les 27 et 28 juin avec une marge d'erreur de 3,7 %, le sondage révèle l'existence d'une conviction largement répandue selon laquelle le fait pour les Palestiniens d'admettre leur défaite se terminera par une reconnaissance d'Israël en tant qu'État juif, ce qui mettrait un point final au conflit.

Défaite palestinienne. « Un accord de paix avec les Palestiniens ne sera possible qu'une fois que les dirigeants palestiniens auront reconnu leur défaite dans leur lutte contre Israël. » La proposition recueille un total de 58 % d'opinions favorables avec une forte polarisation selon l'appartenance politique : 69 % sont d'accord à droite contre seulement 16 % à gauche.

Victoire d'Israël. « La raison pour laquelle le conflit israélo-palestinien s'éternise, c'est qu'aucune opération militaire ni aucun engagement diplomatique par rapport aux dirigeants palestiniens n'a débouché sur une victoire d'Israël. » Cette proposition ressemble à la première mais, présentée de manière inverse, elle fait grimper le nombre de réponses positives à 65 % de l'opinion publique israélienne. Plus surprenant, les résultats montrent que, sur l'ensemble du spectre politique, on a conscience d'une façon générale que la victoire est nécessaire à Israël. Les résultats montrent également que cette conviction est partagée par la majorité de chaque sous-groupe d'électeurs – hommes et femmes, jeunes et moins jeunes, adeptes de toutes les tendances du judaïsme, partisans du mouvement politique juif représenté au parlement.

Ambassade américaine. « Le transfert de l'ambassade des États-Unis à Jérusalem sera considéré comme une défaite par la majorité des Palestiniens. » Le même pourcentage des personnes interrogées (65 %) approuve également cette proposition, avec un soutien à droite (68 %) à peine plus élevé qu'à gauche (58 %). Le soutien massif apporté à cette proposition par les juifs religieux (89 % de ceux qui s'identifient au parti des Haredim HaTorah Yahadut) loin devant les laïques (53 % du parti anti-Haredim Kulanu) n'a rien de surprenant. Ce qui surprend, par contre, c'est qu'à nouveau la majorité de chaque sous-groupe soutient l'idée.

L'ambassade américaine à Jérusalem telle qu'imaginée par Ephraim Lior.

État juif. « La victoire d'Israël ne pourra pas avoir lieu tant que les Palestiniens n'auront pas reconnu Israël comme l'État juif. » La proposition recueille un pourcentage similaire d'opinions favorables (67 %). Toutefois, à l'instar de la première proposition, un clivage politique apparaît nettement, avec 76 % d'opinions favorables à droite contre 26 % à gauche. Par contre, l'affiliation à tel ou tel parti ne fait pratiquement aucune différence (71 % des membres de HaTorah Yahadut comme ceux de Kulanu) à l'exception notable de Meretz (33 %).

Comment interpréter l'ensemble de ces chiffres ? Le fait que les quatre questions posées recueillent toutes une majorité d'opinions favorables indique une évolution profonde de l'opinion publique israélienne depuis la signature, en 1992, des Accords d'Oslo. Les Israéliens n'espèrent plus que les gestes de bonne volonté permettront d'obtenir la réciprocité de la part des Palestiniens, de rendre du crédit aux dirigeants palestiniens ni de croire en l'apaisement. Le soutien important apporté à ces propositions, allant de 58 à 67 % d'opinions favorables, confirme le fait que la plupart des juifs israéliens souhaitent une politique qui soit différente et ferme.

La surprise réside dans la confusion que cachent ces chiffres sans appel. L'apparition d'un clivage de type gauche-droite pour deux des propositions (la défaite et l'État juif), et l'absence de ligne claire sur l'option à privilégier pour les deux autres (la victoire et l'ambassade américaine), sont d'une importance cruciale pour connaître les choix des uns et des autres. L'approbation du transfert de l'ambassade américaine à Jérusalem et de l'acceptation palestinienne d'Israël comme l'État juif, apparemment similaires, cachent des positions très tranchées. Ainsi les partisans de Meretz, parti de la gauche dure, soutiennent le transfert de l'ambassade (67 %) deux fois plus que la proposition relative à l'État juif (33 %).

Le fait que la plupart des juifs israéliens adultes souhaitent la défaite des Palestiniens et la victoire d'Israël confirme l'utilité du lancement, ce 11 juillet, du Caucus de la Knesset pour la victoire d'Israël. Co-présidé par Oded Forer (Yisrael Beiteinu) et Ya'akov Perry (Yesh Atid), le Caucus est destiné à explorer les différentes stratégies et tactiques israéliennes à mettre en place une fois que le gouvernement américain aura donné son feu vert pour une victoire israélienne.

Lancement du Caucus de la Knesset pour la victoire d'Israël. De gauche à droite : Richard Kemp, Ya'akov Perry, Oded Forer, Daniel Pipes, Gregg Roman.

Comme le disait un ancien collaborateur du Premier ministre israélien : « Pour la plupart des Israéliens, débattre du processus de paix équivaut à débattre de la couleur de la chemise qu'on souhaiterait porter le jour où on atterrira sur Mars. » Il est temps de changer d'approche, de tourner la page des négociations inutiles et contreproductives pour mettre fin au conflit en recourant à une méthode qui a fait ses preuves par le passé et qu'on appelle la victoire.

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12 juillet 2017 3 12 /07 /juillet /2017 07:39

Un nouveau rassemblement de la Knesset dévoile son plan de paix : la reddition palestinienne

par Andrew Tobin
Times of Israel Français
11 juillet 2017

http://fr.danielpipes.org/17772/rassemblement-knesset-reddition-palestinienne

JTA – Israël a déjà battu les Palestiniens. Il ne leur reste qu'à se rendre.

C'est, du moins, un argument qui a été entendu à Jérusalem cette semaine. Mené par le Middle East Forum de Philadelphie, des dirigeants et analystes pro-israéliens se sont rassemblés dans la capitale pour mettre en lumière le soutien local à leur objectif de redéfinition du conflit israélo-palestinien sur la scène internationale.

« Après plus d'un siècle, le conflit est réellement terminé », a dit à JTA Daniel Pipes, président du Forum (et blogueur pour le Times of Israël). « En tant qu'Américain, je voudrai que mon gouvernement dise au gouvernement israélien 'faites ce que vous devez faire pour convaincre les Palestiniens qu'ils ont perdu'. »

Pipes organisait dimanche soir un évènement anglophone au Centre Begin pour fêter l'inauguration d'un nouveau rassemblement à la Knesset mardi, qui a pour objectif de forcer les Palestiniens à reconnaître leur défaite. Il a déclaré qu'il espérait que le rassemblement de la victoire israélienne de la Knesset, ainsi qu'un sondage révélé dimanche à JTA, permettrait de convaincre les décisionnaires américains de « laisser Israël gagner. »

Dans un article publié dans le numéro de décembre 2016 de Commentary, Pipes décrivait ce qu'Israël devait faire pour « encourager les Palestiniens à accepter Israël et décourager le rejectionnisme. » Il recommandait notamment de faire payer l'Autorité palestinienne (AP) pour les dégâts matériels causés par le terrorisme, d'interdire aux responsables de l'AP de retourner en Cisjordanie si leurs collègues incitaient à la violence, d'organiser des enterrements anonymes et silencieux pour les Palestiniens tués en attaquant des Israéliens, et de couper l'eau et l'électricité pour punir les violences palestiniennes.

« Induire un changement d'esprit n'est pas un processus agréable », écrivait Pipes. Cependant, poursuivait-il, « les guerres se terminent généralement quand l'échec entraîne le désespoir d'un côté, quand ce côté a abandonné ses objectifs de guerre et accepté sa défaite, et quand la défaite a épuisé la volonté de combattre. »

Le rassemblement de la victoire de la Knesset sera co-présidé par les députés Oded Forer, du parti Yisrael Beytenu, et Yaakov Peri, du parti Yesh Atid, qui est un ancien directeur du Shin Bet. Six députés ont pour l'instant rejoint le rassemblement.

Des orateurs israéliens, américains et britanniques ont pris la parole un à un pour défendre une vision du conflit israélo-palestinien : le projet sioniste était de construire Israël. Le projet national palestinien était de détruire Israël. Une seule partie pouvait gagner, et c'est Israël.

A présent, ont-ils affirmé, les alliés d'Israël, et surtout les Etats-Unis, doivent se dispenser de longues et infructueuses négociations de paix et permettre à Israël de finir le travail, en forçant les Palestiniens à reconnaître leur défaite.

Malgré leur vision partagée sur la fin du conflit, les orateurs ont montré leurs grandes divergences sur leur conception du monde et leurs priorités.

Pipes a déclaré qu'en « perdant » le conflit, les Palestiniens pourraient en fait y gagner encore plus qu'Israël, parce qu'ils pourraient « avancer vers quelque chose de mieux, de plus constructif, construire leur propre politique, leur propre économie, leur propre société et leur propre culture. »

A l'instar de Pipes, Richard Kemp, ancien commandant des forces armées britanniques en Afghanistan, a déclaré que mettre fin au conflit israélo-palestinien nécessiterait un changement d'attitude à l'étranger.

« Je pense que la clé ici n'est pas Israël. Israël doit évidemment jouer un rôle important, mais la clé est la communauté internationale. C'est la communauté internationale qui, par ses actions, continue d'encourager l'agression contre Israël », a-t-il affirmé.

Le député Yehuda Glick, militant juif orthodoxe et député du Likud, a cependant affirmé qu'Israël était responsable de sa propre destinée. En faisant de lui « un phare parmi les nations », Israël apportera « la paix sur la région et dans le monde », a-t-il dit.

« Oui, évidemment, ils devront reconnaître Israël comme Etat juif. Evidemment, ils devront cesser l'antisémitisme. Mais ce n'est pas ce que nous avons à faire. Nous devons faire ce qui est bon pour nous, et nous devons poursuivre », a-t-il dit.

Einat Wilf, ancienne députée travailliste, a expliqué qu'avec le temps, elle avait abandonné l'idée de faire la paix avec les Palestiniens. Elle a suggéré que le conflit ne prendrait fin que quand les Arabes seraient forcés de réinterpréter le rôle du sionisme dans leur histoire.

« Nous réécrivons nos vies pour transformer nos défaites en triomphes, n'est-ce pas ? C'est ce que font les hommes, a-t-elle dit. Alors, les Arabes et les Palestiniens réécriront un jour leur histoire, leur théologie, pour reconnaître la présence juive ici comme une partie de leur vision : les Juifs sont venus ici parce que c'est ainsi que cela devait être selon l'islam. »

D'autre part, un sondage commandé le mois dernier par le Middle East Forum a montré que 82 % des Israéliens ne pensent pas que les dirigeants palestiniens reconnaîtront Israël comme l'Etat du peuple juif, quelles que soient les conditions. Une majorité d'Israéliens pensent que c'est le plus grand obstacle à la paix. La marge d'erreur du sondage est de 3,7 points.

Dans son dernier livre, The only language they understand (« La seule langue qu'ils comprennent », non traduit en français), Nathan Thrall, analyste du Moyen Orient, affirme qu'Israéliens et Palestiniens n'ont historiquement fait des concessions que quand ils y ont été forcés, par la violence ou par la politique. Il ajoute qu'Israël a bénéficié du processus de paix et qu'il serait improbable qu'il y mette fin, tout comme les puissances mondiales.

« Il permet la perpétuation du statu quo. Quand il n'y a pas de discussions, les peuples commencent à s'agiter. Le monde ne veut pas soutenir une occupation indéfinie, a-t-il dit à JTA. Il est très peu vraisemblable que les Etats-Unis ou la communauté internationale adoptent une position de soutien à la 'victoire israélienne'. Il me semble que ce groupe ne présente qu'un spectacle pour demander un certain changement rhétorique. »

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