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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

10 mars 2016 4 10 /03 /mars /2016 13:30

 

À ma mère

David Bensoussan

 

couronne de fleur papier et carton multicolor

Il me semble qu’hier encore j’avais 8 ans et qu’en rentrant de l’école je récitais à ma mère ces versets de Lamartine :

« Autour du toit qui nous vit naître
Un pampre étalait ses rameaux,
Ses grains dorés, vers la fenêtre,
Attiraient les petits oiseaux.

Ma mère, étendant sa main blanche,
Rapprochait les grappes de miel,
Et ses enfants suçaient la branche,
Qu'ils rendaient aux oiseaux du ciel.

L'oiseau n'est plus, la mère est morte ;
Le vieux cep languit jaunissant,
L'herbe d'hiver croît sur la porte,
Et moi, je pleure en y pensant. »

Je me souviens aussi que dans les chansons scoutes, nous chantions

Le psaume 94-18 commence par imamarti : lorsque je dis ou si je dis. Quand je dis : Mon pied chancelle ! Ta bonté, ô Éternel ! me vient en aide.Mais nous chantions tous sans exception Émamarti, Mère je dis : Mon pied chancelle ! Ta bonté, ô Éternel ! me vient en aide car nous trouvions naturel de trouver aide et confort auprès d’une mère tout comme on peut les trouver auprès de Dieu.

Aujourd’hui, je cherche à m’accrocher aux moments de félicité.Mais

« Le temps m'échappe et fuit ;
Je dis à cette nuit : « Sois plus lente » ;

et l'aurore va dissiper la nuit.
 En vain le jour succède au jour,
Ils glissent sans laisser de trace ;
Dans mon âme rien ne t'efface…
Je vois mes rapides années
S'accumuler derrière moi,
Comme le chêne autour de soi
Voit tomber ses feuilles fanées.

Mais ta jeune et brillante image,
Que le regret vient embellir,
Dans mon sein ne saurait vieillir
Comme l'âme, elle n'a point d'âge.

Ta pure et touchante beauté
Dans les cieux même t'a suivie ;
Tes yeux, où s'éteignit la vie,
Rayonnent d'immortalité !

Quel héritage nous aura-t-elle laissé ? Celui du renouveau et de la persévérance exemplaires. Je cite un de ses poèmes.

La femme de l’Âge d’Or,

A changé son sort.

De femme fragile et effacée

S’est faite plus forte et affirmée

Adieu tabous et mièvreries,

Et l’art de broder aux petits points

Noyés douloureux souvenirs et chagrins

Elle assume sa vie,

Faite de larmes, ou de rires.

Elle affirme son bon sens.

Finies l’innocence et l’inconscience

De se cacher dans l’enfance.

Subtile et patiente, Elle mérite une couronne

De roses de l’indépendance

Car de tout son cœur

Elle façonne et embellit son avenir.

Quel héritage nous aura-t-elle laissé ? Celui d’une foi inébranlable qui guide nos aspirations. (פז)

 

(א) לִבְנֵי קֹרַח מִזְמוֹר שִׁיר יְסוּדָתוֹ בְּהַרְרֵי קֹדֶשׁ:

(ב) אֹהֵב יְקֹוָק שַׁעֲרֵי צִיּוֹן מִכֹּל מִשְׁכְּנוֹת יַעֲקֹב:

(ה) וּלֲצִיּוֹן יֵאָמַר אִישׁ וְאִישׁ יֻלַּד בָּה

Sa fondation est sur les montagnes saintes.

Le Seigneur aime les portes de Sion

Plus que toutes les demeures de Jacob.

Mais on appelle Sion: « Ma mère! »

Car en elle tout homme est né.

 

Quel héritage nous aura-t-elle laissé ? Celui d’e l’abondance d’amour, de dévouement יחזקאל פרק יט

(י) אִמְּךָ כַגֶּפֶן בְּדָמְךָ עַל מַיִם שְׁתוּלָה פֹּרִיָּה וַעֲנֵפָה הָיְתָה מִמַּיִם רַבִּים:

יא) וַיִּהְיוּ לָהּ מַטּוֹת עֹז אֶל שִׁבְטֵי מֹשְׁלִים וַתִּגְבַּהּ קוֹמָתוֹ עַל בֵּין עֲבֹתִים וַיֵּרָא בְגָבְהוֹ בְּרֹב דָּלִיֹּתָיו:

« Ta mère était, comme toi, semblable à une vigne, Plantée près des eaux. Elle était féconde et chargée de branches, A cause de l'abondance des eaux. Elle avait de vigoureux rameaux pour des sceptres de souverains; Par son élévation elle dominait les branches touffues; Elle attirait les regards par sa hauteur, Et par la multitude de ses rameaux. »

Ces rameaux, ce sont les enfants et petits-enfants et arrière-petits-enfants inspirés pour une ode à la vie
ים השיבולים שמסביב
על גליו לשוט יצא הרוח.
אלף חיוכים אלי שלח האביב,
שמש חביבה יצאה לשוח.
על המיתרים המפיקים צלילי זהב,
הם המזמרים אל מול התכלת.
אלף מלאכים השרים שלום לסתיו,
נושקים ומלטפים פצעי שלכת.

אלף ציפורים לקולך שיר מזמרות,
יפית כה ילדתי מן האביב

Sur les ondes des doux épis tout autour le vent s’élève

Le printemps m’envoie mille sourires

Le soleil radieux émerge

Sur les cordes résonnent des accords dorés

Qui chantent à l’azur.

Mille anges font leurs adieux à l’automne

Embrassant et étreignant ses blessures

Mille oiseaux à ta voix chantent

Ils embellissent le printemps.

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29 mars 2015 7 29 /03 /mars /2015 08:31

L'enjeu de la sécurité en Israël

Les dernières élections en Israël ont souligné que la dimension sécuritaire demeure à l'avant-plan des préoccupations des Israéliens. Quels en sont les tenants et les aboutissants ?

Ce fut au lendemain d'une guerre défensive - la guerre des Six Jours - précédée de défilés militaires et de rassemblements monstres au Moyen-Orient au cri de Atbah el Yahud (Égorgez les Juifs) qu'Israël s'est retrouvé maître des territoires du Golan, de la Cisjordanie, de Gaza et du Sinaï. Retrouver les territoires ancestraux de Judée et de Samarie (la Cisjordanie) et la ville sainte a constitué un choc aux Israéliens : dans ce pays où l'on marche littéralement sur l'histoire, le tombeau de Rachel ou de Sarah et la cité du roi David ne sont pas ceux de lointains aïeux, mais bien les personnages bibliques auxquels on s'identifie depuis son plus jeune âge. Dans une société imbue de bible, les territoires ne sont pas une lointaine colonie, mais bien le terroir d'une histoire plusieurs fois millénaire. Qui plus est, le territoire d'Israël est minuscule et une douzaine de kilomètres séparent la ligne verte (la frontière d'armistice qui prévalait avant la guerre des Six Jours) de la mer. Bien des Israéliens ont vu dans les implantations une défense de la sécurité d'Israël pour ne pas revivre le cauchemar de la veille de la guerre des Six Jours.

Le droit international

La résolution 242 de l'ONU prévoit un retrait israélien de territoires (et non pas de tous les territoires) conquis à la suite de la guerre des Six Jours à des frontières défendables et reconnues. Israël s'est donc retrouvé légalement en charge de ces territoires jusqu'à l'aboutissement d'accords de paix. Qui plus est, en 1988, la Jordanie a officiellement renoncé à la Cisjordanie dont le statut est de ce fait imprécis. Il n'en demeure pas moins que c'est la résolution onusienne 242 qui a constitué le préambule des traités de paix qui ont suivi : la paix avec l'Égypte signée en 1978, la conférence de Madrid en 1991, les accords d'Oslo en 1993 ainsi que les accords intérimaires avec l'Autorité palestinienne en 1995.

Les refus arabes

Plutôt que d'entamer des négociations avec l'état hébreu, la Ligue arabe a répondu en 1967 par trois non : non à la paix avec Israël, non à la reconnaissance d'Israël et non à la négociation avec Israël. Alors même que les accords de Camp David et notamment ceux de Taba avaient défini avec grande précision les paramètres d'un accord de paix, une vague d'assassinats suicides faisant des centaines de victimes fut déclenchée contre Israël. Pourquoi ? Peut-être a-t-on voulu se montrer en position de force, ou encore que l'on ait mal interprété le retrait israélien unilatéral du Liban.

Toujours est-il que suite à ces assassinats, la gauche qui avait négocié des concessions énormes et préparé le public à cet effet a perdu la majorité et a été remplacée par une coalition de la droite israélienne. En outre, le retrait unilatéral de Gaza en 2005 a constitué une autre déception : il a permis au Hamas de renverser l'Autorité palestinienne et de faire de cette enclave un arsenal de missiles meurtriers dirigés systématiquement vers des populations civiles. Ces refus successifs des vis-à-vis ont tout simplement renforcé et maintenu le contrôle israélien sur les territoires conquis y compris la création de nouvelles implantations, compte tenu de ce que l'occupation de ces territoires constitue un moindre mal aux yeux de leurs fondateurs.

La perpétuation du statu quo

Avec le temps, les implantations elles-mêmes sont rentrées dans la stratégie et la logique défensives axées sur la ligne verte. Bien que le niveau de vie des Palestiniens ait substantiellement augmenté, l'occupation est perçue comme une entrave à leur ambition nationale - bien qu'il ne soit pas sûr que livrés à eux-mêmes, les Palestiniens ne se lancent pas dans des rivalités meurtrières d'autant plus que des puissances périphériques tout comme l'Iran et la Turquie attisent systématiquement le conflit. Par ailleurs, l'Autorité palestinienne n'a pas de contrôle sur la bande de Gaza qui est aux mains du Hamas depuis 2007. Encouragée par une opinion internationale et une couverture de presse qui l'excluent de toute critique, l'Autorité palestinienne n'a pas encore compris que les discours de haine et l'enseignement de la haine sont contre-productifs. Le Moyen-Orient continuera de stagner tant que les populations de la région ne rejetteront pas définitivement et totalement les messages de haine.

Chaque missile tiré de Gaza et chaque discours imprégné de haine renforcent la résolution de ceux qui ne croient pas en la paix et s'accrochent à des territoires au-delà de la ligne verte. Qui plus est, il faut être aveugle pour comprendre que le conflit n'est pas un conflit israélo-palestinien, mais bien un conflit israélo-arabe et bien plus : un conflit entre les volontés hégémoniques de la Turquie, de l'Arabie et de l'Iran qui prennent en otage la région, quelle que soit la souffrance de ses populations kurdes, syriennes, irakiennes, israéliennes ou palestiniennes. Il suffit de prendre conscience de la déclaration de Hussein Sheikholeslam en charge du soutien iranien à la Palestine pour saisir l'étendue du danger d'encerclement qui menace Israël : « Nous espérons que la stratégie des missiles que l'Iran inculque au Hezbollah au Liban (au nord) et à Gaza (à l'ouest) s'étendra également en direction de la Cisjordanie (à l'est) dans un futur proche. »

L'avenir

Tant et aussi longtemps que la surenchère de radicalisme des puissances régionales trouvera écho dans les populations du Moyen-Orient, la paix demeurera illusoire. La demande de certains pays de retour à la frontière d'armistice de la ligne verte sans prendre en considération les impératifs sécuritaires d'Israël et les concessions douloureuses que les deux parties doivent faire pour avancer la paix perpétue également le statu quo. Et pourtant, le cadre général d'une solution existe : ce n'est que lorsque l'Égypte et la Jordanie ont ouvertement embrassé la paix que des solutions à l'ensemble des problèmes - y compris les problèmes frontaliers - ont été trouvées.

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2 mars 2015 1 02 /03 /mars /2015 20:21

Le bazar nucléaire iranien

Publication: Mis à jour:
 

À l'heure où le premier ministre israélien Netanyahou est invité à Washington par la Chambre des représentants pour s'exprimer au sujet du dossier nucléaire iranien, il est bon mettre en perspective les négociations avec l'Iran au cours de la dernière décennie. Ces négociations ont traîné en longueur malgré les sanctions imposées par l'ONU, les États-Unis et l'Union européenne.

En 2004, on demanda d'abord à l'Iran de terminer de façon permanente l'enrichissement de l'uranium. Une année plus tard, on permit la chose pour autant que l'enrichissement soit inférieur à 20%. En 2006, lorsque les négociations des 5 +1 (États-Unis, Russie, Chine, France, Grande-Bretagne et Allemagne) avec l'Iran débutèrent, on exigea l'arrêt des opérations et cette exigence fut abandonnée en 2009. On proposa alors d'entreposer les barres d'uranium enrichi en Europe. En 2013, on permit à l'Iran de conserver l'uranium enrichi à des fins de recherche en un seul endroit. On découvrit un nouveau site nucléaire secret à Fordow. On exigea sa fermeture avant de se limiter à la suspension de son opération.

Lorsque les négociations avec l'Iran débutèrent en 2003, l'Iran avait 130 centrifugeuses et ne produisait pas de matières fissiles pour des armes nucléaires. Elle est en possession aujourd'hui de près de 19 000 centrifugeuses et possède 7 tonnes de matière fissile enrichie à faible teneur qui pourraient être transformées à des fins militaires (7 à 10 bombes de la puissance des bombes nucléaires lâchées sur Hiroshima) en l'espace de quelques mois. En 2013, on permit d'entreposer ce matériel en Iran sous une forme réversible au bout de quelques mois.

Pourquoi l'Iran conclurait-il ce dossier devant les concessions de plus en plus étendues des puissances internationales et alors que son programme d'enrichissement nucléaire a été reconnu de facto ? Tels des marchands de bazars, les négociateurs iraniens ont fait traîner en longueur les négociations pour arriver à leur fin. Qui plus est, leur capacité nucléaire réelle a été dissimulée malgré les sanctions internationales : en 2006, l'ONU interdit le transfert d'armes pouvant servir à des missiles balistiques et a recommandé la vigilance par rapport aux banques iraniennes. Les États-Unis ont cessé les relations commerciales avec l'Iran en 1979 et ont élargi leur interdit aux firmes non américaines. L'Union européenne a décrété un embargo en matière d'achat de pétrole et d'assistance technique à l'industrie pétrolière iranienne.

Pendant que ces négociations se tenaient, l'Iran a surarmé le Hezbollah libanais tout en faisant fi de la souveraineté libanaise ; a fait déferler en Syrie des milices chiites de tout bord pour maintenir en place le dictateur Assad de Syrie ; a contribué à la persécution des sunnites irakiens qui se sont joints aux extrémistes d'Al-Qaeda et de l'État islamique après le départ des troupes américaines d'Irak ; a aidé la minorité chiite houttie à prendre le pouvoir au Yémen. L'inquiétude devant le retrait américain de la région et l'emprise iranienne grandissante pousse ses voisins à se procurer de la technologie nucléaire. L'Égypte vient de conclure une entente à cet effet avec la Russie.

Pendant que ces négociations se tenaient, l'Iran a veillé à ce que le conflit israélo-arabe ne se résolve pas en dotant le Hamas de Gaza de missiles tirés de façon aléatoire sur les populations civiles d'Israël. L'Iran entretient la haine de sa population en orchestrant des rallyes de dizaines de milliers de personnes vociférant « Mort à l'Amérique ! »

Selon l'ancien secrétaire d'État américain Kissinger, les demandes visant à empêcher l'Iran de se doter de l'arme nucléaire se sont diluées pour maintenir un délai de un an pour la fabrication d'armes nucléaires. Or, les Iraniens pourraient aisément faire traîner les discussions sur les modalités d'inspection durant cette année cruciale. Nul doute que le scepticisme grandit envers toute entente qui sera conclue entre les 5 +1 et la République islamique d'Iran et qui ne soit pas assortie de mesures préventives musclées.

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27 janvier 2015 2 27 /01 /janvier /2015 03:27

Pour une relecture des Écritures

« Dans les religions monothéistes, la morale naturelle... (Photo archives Bloomberg)

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« Dans les religions monothéistes, la morale naturelle est renforcée du fait qu'elle est assumée par l'Être suprême : l'homme étant fait à l'image de Dieu, toucher à une personne c'est attenter à Dieu même », écrit David Bensoussan.

Photo archives Bloomberg

 

David Bensoussan

Auteur de l'ouvrage Le livre d'Isaïe : lecture commentée, aux Éditions Du Lys

 

Voltaire faisait la différence entre la religion naturelle (innée) qui selon lui, a mille fois empêché des citoyens de commettre des crimes et la religion « artificielle » qui encourage à toutes les cruautés qu'on exerce de compagnie, conjurations, séditions, brigandages, embuscades, prises de villes, pillages et meurtres, chacun marchant gaiement au crime sous la bannière de son saint. Il déplorait que chaque chef des meurtriers (chefs de guerre) fasse bénir ses drapeaux et invoque Dieu solennellement avant d'aller exterminer son prochain.

Dans bien des grands empires païens de l'Orient ancien, la soif des conquêtes était une façon d'honorer les dieux. Par la suite, les religions elles-mêmes ont été le porte-drapeau de plusieurs guerres. Il est donc naturel de se demander si l'humanité se porterait mieux sans elles. Il est vrai que l'emprise de la religion sur les esprits et les coeurs peut être fascinante. 

Par ailleurs, la religion naturelle ne garantit pas le non-recours à la barbarie ; en effet, il faut garder à l'esprit que la barbarie humaine qui ne s'est pas prévalue de la religion a été également la cause de grands massacres : à eux seuls, le nazisme et le communisme ont été à l'origine de la perte de plus de 100 millions d'âmes au XXe siècle.

Dans les religions monothéistes, la morale naturelle est renforcée du fait qu'elle est assumée par l'Être suprême : l'homme étant fait à l'image de Dieu, toucher à une personne c'est attenter à Dieu même. Et de fait, la religion a parfois tempéré les instincts barbares : il en a été ainsi au Moyen-Âge, où on arrêtait de faire la guerre le jour du Seigneur.

 

Les Écritures ont canalisé les besoins spirituels de l'homme et ses attentes du divin. Pourtant, toutes les Écritures contiennent des passages difficiles. Ainsi, dans le livre du Deutéronome, il est prescrit aux Hébreux de ne pas faire grâce aux habitants des villes conquises. Selon Mathieu, le Christ ne serait pas venu apporter la paix, mais le glaive. Dans le Coran, il est prescrit de combattre les incroyants jusqu'à ce que la sédition soit anéantie et que toute croyance devienne celle d'Allah.

Relativiser les textes

Les lectures fondamentalistes des Écritures étouffent la religion innée. Le plus clair du temps, le leadership religieux est prisonnier du texte qu'il ne veut pas relativiser. Pourtant, lorsque les Écritures contredisent la morale, l'humanité se doit de prendre ses distances par rapport à elles. De grands penseurs religieux juif, chrétien et musulman, appartenant respectivement à des dénominations mettant en avant la loi, la foi ou la soumission, en sont arrivés à cette conclusion : pour Maïmonide, la centralité de l'intellect vise l'acquisition de valeurs morales ; pour Thomas d'Aquin, si nous résolvons les problèmes de la foi par la seule voie de l'autorité, nous posséderons certes la vérité, mais dans une tête vide ; pour Averroès, si les Écritures contredisent la raison, il y a tout lieu de les interpréter.

Les Écritures ont leur utilité et offrent un confort moral et spirituel. Mais vient le moment où la conscience doit supplanter les Écritures et remettre Dieu à sa place.

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18 janvier 2015 7 18 /01 /janvier /2015 00:22

La démocratie et la laïcité en régression en Turquie

David Bensoussan

L’auteur est professeur de sciences à l’Université du Québec

Comment le président turc Erdogan a-t-il réussi à s’emparer d’un régime autoritaire qui s’ouvrait à la démocratie pour imposer un régime islamiste non moins autoritaire et gruger la laïcisation de son pays de façon systématique ?

Recep Tayyip Erdoğan a été maire d’Istanbul, président du parti islamiste APK, premier ministre de la Turquie depuis 2003 et président de ce pays depuis 2014. Ses premières déclarations qui ont suivi l’élection au pouvoir du parti islamiste AKP se voulurent rassurantes : « les yeux des musulmans sont en ce moment rivés sur la Turquie, qui donne l’exemple de ce que l’islam et la démocratie sont compatibles. » Mais petit à petit, plusieurs mesures ont grugé la démocratie et la laïcité en Turquie. Le rejet de l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne et la compétition d’influence avec l’Iran et l’Arabie Saoudite ont accéléré la dynamique de ces mesures à contre-courant de l’ouverture démocratique. Les procès intentés aux généraux ont neutralisé l’armée qui jusque-là défendait l’héritage de laïcité depuis Atatürk.

Il y a aujourd’hui 85 000 mosquées en Turquie dont 17 000 ont été construites au cours des dix dernières années. Le nombre d’étudiants dans les institutions du secondaire immam hatip préparant à la formation d’imams est passé de 90 000 en 2004 à 474 000 en 2014. Selon Erdogan, on ne peut être à la fois laïc et musulman et seuls les imams devraient célébrer les mariages. Erdogan a autorisé le port du voile, jusque-là interdit dans les universités depuis la révolution d’Atatürk. Par ailleurs, il a jugé que l'égalité homme femme était «contre nature.» Un ministre en exercice a déclaré : « une femme non couverte est comme une maison sans rideau. Or, une maison qui n’a pas de rideau est à vendre ou à louer ». Selon Erdogan, tout alcool devrait être interdit.

Des accusations de corruption lancées contre 4 ministres turcs ont été légalement abandonnées en décembre 2014 et il en a été de même pour celles qui furent portées contre Erdogan. Il a été décidé de détruire les pièces à conviction impliquant Erdogan, son fils et les ministres visés ; l’enquête même a été abrogée. Des milliers de policiers et des juges ont été mutés sous prétexte qu’ils adhéraient au mouvement philanthropique du Hizmet de Fethullah Gulen et un grand ménage se poursuit dans la police et la justice turques.

Selon le classement mondial de la liberté de presse de Reporters sans frontières, la Turquie occupe la 154e place sur 180 pays et est passée au premier rang en ce qui concerne le nombre de journalistes emprisonnés. À titre d’exemple, 153 journalistes ont été blessés et 39 autres ont été détenus durant les manifestations de Gezi Park. L’état turc a également tenté de contrôler l’Internet et d’interdire Tweeter. Par ailleurs, les accusations d’offense à la présidence ou à l’islam couvrent de plus en plus de terrain et la liberté d’expression est en recul.

Jusqu’à tout récemment, la Turquie a refusé de reconnaître l’État islamique comme terroriste, mais ce qualificatif a été attribué au mouvement du Hizmet qui n’a jamais souscrit à la violence. En outre, tous les honneurs ont été réservés à des personnalités du Hamas et d’Al-Qaeda considérées comme terroristes par les Nations unies.

« Si Israël se défend des futures attaques du Hezbollah, la Turquie rejoindra l’Iran et la Syrie pour combattre l’État juif » a déclaré Erdogan lors d’un voyage au Liban. Ainsi, la philosophie appliquée par Erdogan repose sur le refus du droit à l’auto-défense aux non-musulmans ou dhimmis. Il a exigé des excuses d’Israël pour l’arraisonnement du bateau turc Mavi Marmara ainsi que du pape Benoit XVI pour avoir cité des critiques de l’imposition de la foi par la violence dans son discours de Ratisbonne. Ses propres déclarations anti-israéliennes réitérées ont revêtu un caractère antisémite par le biais de critiques insidieuses visant la diaspora juive. La population juive de Turquie de 17 000 âmes (autrefois de 100 000) se réduit comme une peau de chagrin. Par ailleurs, on note une augmentation inquiétante du nombre d’agressions contre des prêtres chrétiens. Erdogan va même jusqu’à accuser Israël d’avoir surpassé Hitler dans la barbarie et d’être derrière les manifestations de millions de Cairotes qui ont abouti au limogeage du président Morsi affilié au mouvement des Frères musulmans.

Erdogan considère le conseil de sécurité de l’ONU et le comité d’attribution du prix Nobel comme des institutions chrétiennes. À propos des Occidentaux, il déclare : « Croyez-moi, ils ne nous aiment pas. Ils veulent notre mort et aiment voir nos enfants mourir. Combien de temps encore allons-nous le tolérer ? »

Les ambitions néo-ottomanes d’Erdogan sont celles d’un calife du temps de l’apogée politique de l’islam. Ses mesures maccarthystes et ses déclarations à l’emporte-pièce déçoivent ceux qui ont mis leurs espoirs dans une Turquie qui symboliserait un islamisme modéré. À long terme, il y a tout lieu de s’inquiéter des mesures d’islamisation en Turquie lorsqu’elles sont accompagnées d’accusations insensées et de hargne à la manière des radicaux islamistes qui font la une de nos jours.   

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10 janvier 2015 6 10 /01 /janvier /2015 04:06

L’isolement de la Turquie

9 janvier 2015 | David Bensoussan - L’auteur est professeur de sciences à l’Université du Québec | Actualités internationales
Le premier ministre turc, Recep Erdogan
Photo: Adem Altan Agence France-Presse Le premier ministre turc, Recep Erdogan

Il y eut un bref moment où de nombreux pays comptaient sur la Turquie pour donner l’exemple d’un régime démocratique harmonisé avec un islam modéré. Au départ, le parti islamique APK a affiché des slogans démocratiques en soulignant le redressement économique prodigieux de l’économie turque. Sous la direction du premier ministre — et maintenant président — Erdogan, ce parti a graduellement révélé son penchant islamiste en prenant des mesures visant à effacer progressivement les traces de laïcisation de la Turquie. Pis encore, la démocratie turque est grugée de façon inquiétante par des lois visant à museler les critiques et par l’annulation de poursuites relatives aux graves scandales de corruption dans lesquels des membres influents de l’APK — dont le fils d’Erdogan — sont impliqués.

 

Sur la scène internationale, la Turquie a trouvé porte close lorsqu’elle a voulu faire partie de l’Union européenne. Erdogan s’est replié sur « l’ottomanie », voulant redonner activement à la Turquie un rôle de leadership dans le monde en comptant sur la puissance mobilisatrice de l’identité musulmane. Erdogan a glorifié l’Empire ottoman et a prôné une politique de « problème zéro avec les voisins ». Or ses essais de médiation au Proche-Orient n’ont pas été concluants. La Turquie a joué la carte anti-israélienne à outrance pour se valoriser auprès des masses arabes. Son union politique projetée avec la Syrie a avorté. Lorsque la rébellion a grondé en Syrie, l’allié d’hier, Assad, est devenu l’ennemi à abattre. La Turquie a aussi participé à l’attaque de l’OTAN contre le président Kadhafi en Libye, mais cette intervention n’a connu aucune retombée tangible.

 

Par ailleurs, la Turquie a célébré la victoire des Frères musulmans en Égypte, s’aliénant ainsi le nouveau gouvernement égyptien du président Sissi, mais aussi l’Arabie et les émirats du Golfe qui sont opposés à ce mouvement. Seul le Qatar est disposé à soutenir la cause des Frères musulmans. Devant l’isolement grandissant de la Turquie et devant la contestation nationale, Erdogan s’est retranché derrière des théories du complot, accusant tour à tour les puissances occidentales, des puissances occultes ou même les minorités nationales et religieuses de son pays.

 

Une des constantes de la politique turque est de chercher à étouffer toute velléité d’autonomie chez les Kurdes. Au lendemain de la Première Guerre mondiale, le traité de Sèvres a consacré le démantèlement de l’Empire ottoman au profit de la France, de l’Angleterre, de la Grèce et de l’Italie.

 

Le syndrome de Sèvres désigne les peurs nationales turques devant le possible rétrécissement des frontières au profit du Kurdistan ou de l’Arménie. Aujourd’hui, les Kurdes de Kobané, en Syrie, sont encerclés de trois côtés par les combattants de l’État islamique. L’armée turque campe tout près, sans agir. Entre autres exigences, la Turquie somme les Kurdes de Syrie de se joindre au gouvernement d’opposition chapeauté par l’Armée syrienne libre.

 

La hantise de la Turquie est que le renforcement des Kurdes de Syrie ou d’Irak ne vienne accélérer les aspirations sécessionnistes des Kurdes de Turquie, qui constituent près du quart de sa population.

 

Par le passé, la guerre contre les Kurdes de Turquie a fait plus de 40 000 morts. Des négociations difficiles avec la rébellion armée du PKK kurde — considéré comme terroriste — sont aujourd’hui remises en question en raison du refus de la Turquie de laisser passer des secours à la ville assiégée.

 

La Turquie fait partie de l’OTAN. Elle lui a demandé son aide pour installer des missiles Patriot en son sol à des fins de défense contre une attaque syrienne. Elle héberge une station radar de défense antimissile américaine, mais ne fait rien pour faciliter la lutte contre l’État islamique ; pas même permettre aux avions de la coalition internationale d’atterrir sur son sol.

 

La Turquie d’Erdogan compte sur son importance géostratégique pour que l’Occident accepte ses politiques erratiques, comme il le fait avec l’Arabie saoudite, imbue de son importance pétro-stratégique. À la différence près que, si la démocratie progresse à petits pas en Arabie, elle recule à grands pas en Turquie, désillusionnant ceux qui l’ont considérée comme un parangon de démocratie islamique modérée.

 

La Turquie est plus isolée que jamais, comme le montre le vote peu flatteur (perte de 91 votes par rapport à 2008) pour sa candidature à un siège non permanent du Conseil de sécurité. Elle n’est pas restée insensible à la pression internationale et vient tout juste de permettre aux Kurdes d’Irak de venir en aide aux Kurdes de Syrie dans la ville de Kobané. La politique de « zéro problème avec les voisins » de la Turquie se révèle être un cuisant échec.

 
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13 décembre 2014 6 13 /12 /décembre /2014 17:10

David Bensoussan Headshot

Les amis de mes ennemis et les ennemis de mes amis sont mes ennemis. Les amis de mes amis et les ennemis de mes ennemis sont des amis. Ces dictons ne tiennent pas la route au Moyen-Orient qui est un bouquet de contradictions qui ont de quoi dérouter bien des analystes. Il y a de quoi perdre son latin... Les non-dits y constituent un masque derrière lequel se trame tout un pot-pourri d'alliances et de contre-alliances. Des minorités religieuses, ethniques ou nationales peinent à trouver leur place ou à faire valoir leurs droits de citoyens égaux au sein de la majorité musulmane divisée en sunnites et chiites embourbés dans des haines réciproques séculaires. Quelle grille de lecture proposer ? Chaque argument englobe des contradictions !

La recherche d'hégémonie régionale

Le président de l'Iran a déclenché une campagne publicitaire tous sourires, continue de tergiverser sur le dossier nucléaire pendant qu'il déstabilise la région en armant et en finançant les alaouites en Syrie, le Hezbollah au Liban, le Hamas à Gaza et les Houtis au Yémen. L'Iran chiite soutient le Hamas qui est affilié aux Frères musulmans qui combattent le président Assad et les chiites pro-iraniens. L'Iran qui organise des manifestations populaires au slogan : « Mort à l'Amérique », soutient le président syrien dont l'État islamique ennemi est combattu par l'Amérique.

La recherche de la sécurité

Les États-Unis combattent Al-Qaïda et les groupes similaires qui veulent découdre avec la planète entière, l'Occident en premier. Les États-Unis ne veulent plus du président syrien Assad, combattent l'État islamique qui est lui-même combattu par Al-Qaïda, l'armée syrienne d'Assad et l'Iran. Israël est pour une solution à deux États mais bâtit des implantations jusqu'à règlement du conflit avec les états de la région.

Les intérêts économiques

Intérêts pétroliers obligent... L'Amérique qui défend la démocratie et les droits de la personne reste silencieuse devant le piètre état de la démocratie ou de la condition des femmes en Arabie saoudite, devant l'aberrant financement de la construction de milliers de mosquées dans le monde, mais sans la moindre tolérance pour la construction d'une seule église en terre d'Arabie. La Turquie fait équipe avec le Qatar qui finance sa grande dette à court terme, planifiant un pipeline vers l'Europe acheminé via l'Irak et empêchant la construction d'un pipeline concurrent iranien via la Syrie.

L'idéologie islamique

Le Qatar a un long historique de promotion du djihad médiatique via son antenne d'Al-Jazeera. Bien qu'ils hébergent des bases militaires américaines, le Qatar et la Turquie ferment les yeux devant l'infiltration de djihadistes en Syrie et ne veulent plus d'Assad. Ils soutiennent les Frères musulmans de Syrie et de Gaza qui ne portent pas l'Amérique dans leur cœur et qui sont honnis par l'Égypte de Sissi soutenue par l'Arabie et la majorité des pays du Golfe.

Le sectarisme religieux

Les Émirats et l'Arabie sont contre l'axe Iran-Hezbollah (chiites)-Frères musulmans et Hamas (sunnites)-Syriens alaouites. Tous sont contre l'État islamique et l'ensemble de ces adversaires se déclarent ennemis d'Israël.

Les intérêts nationaux

La Turquie veut négocier un pacte de paix avec les contestataires kurdes sur son territoire, mais abandonne à leur triste sort les Kurdes syriens combattus par l'État islamique.

Les haines entretenues

Le Hamas s'est joint officiellement à l'Autorité palestinienne, mais continue d'exécuter et de mutiler les membres rivaux du Fatah. Durant les évènements de Gaza de l'été 2014, des dizaines de Gazaouis dont la fille du chef du Hamas ont été hospitalisés en Israël. Le 22 octobre, ce dernier a salué l'acte d'héroïsme de l'assassin d'une enfant israélienne âgée de 3 mois.

La polarisation médiatique

La couverture médiatique unilatérale d'une part et l'aveuglement médiatique de l'autre continuent de battre leur plein. Les médias abondent d'écrits sur le fait que les maisons de deux terroristes palestiniens ayant attaqué à l'arme blanche des orants israéliens aient été détruites. Ils ne font pas cas de ce que l'Égypte a fait sauter 802 maisons où demeuraient 1156 familles à la frontière de Gaza, découvrant ainsi 117 nouveaux tunnels de trafic d'armes et de contrebande, compte non tenu des centaines d'autres qui ont été détruites durant les mois passés.

Nulle grille d'analyse n'est parfaite. Bienvenue au Moyen-Orient !

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23 novembre 2014 7 23 /11 /novembre /2014 02:26
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Des considérations d'approvisionnement énergétique ont certainement pesé dans la balance lorsque le président américain Georges Bush ordonna l'invasion de l'Irak. Il n'en demeure pas moins que ce dernier était convaincu qu'il libérait les Irakiens d'un dictateur sanguinaire et que la démocratie était la panacée des maux et des frustrations de nombreux pays arabes. Le fait que les Irakiens aient pu voter librement et que leur dictateur mégalomaniaque se terrât dans une cache souterraine n'est peut-être pas étranger à l'explosion du printemps arabe qui est survenue par la suite.

Le président Obama a voulu aller plus loin en misant sur le concept politique d'un « islamisme modéré » à l'instar des partis chrétiens-démocrates en Europe. Or, cette démocratie islamique ne s'est pas concrétisée, et pour cause : la tradition démocratique était absente et les partis islamiques longtemps relégués à la clandestinité comptaient de nombreux radicaux et djihadistes. Qui plus est, les compétences technocratiques manquaient totalement aux partis islamiques élus qui voulaient superviser, voire renverser l'appareil gouvernemental existant.

Sitôt que les régimes autoritaires ont été remis en question, les tensions confessionnelles et ethniques se sont amplifiées au Moyen-Orient, à l'image même de la Yougoslavie après la mort du maréchal Tito. De nouveaux regroupements et réalignements d'Arabes, de Kurdes, de chiites, de sunnites, de Frères musulmans, de chrétiens, d'Alaouites, de Druzes et d'Assyriens, compte non tenu de la kyrielle de groupuscules islamiques radicaux, ont déstructuré la carte géopolitique du Moyen-Orient tracée par la France et l'Angleterre après la Première Guerre mondiale. Ces réalignements ont mis à nu l'aspect artificiel des frontières du Moyen-Orient.

Pour se rapprocher du monde arabo-musulman, Obama a fait entendre ce que ses leaders voulaient bien écouter, entre autres de déplorer le passé colonial de même que la situation des Palestiniens. Son discours historique au Caire s'est continué par un pèlerinage à Auschwitz et non pas un passage par Jérusalem. Indépendamment de ses bonnes intentions, cela s'est traduit par une occasion manquée, car son geste est venu conforter une thèse selon laquelle l'État d'Israël est le produit de l'holocauste, faisant fi de la réalité historique bien antérieure à l'holocauste ou encore de celle des réfugiés juifs des pays arabes.

Obama a ensuite tenté d'imposer à Israël des frontières d'armistice plutôt que des frontières négociées. Lorsque l'on sait comment le territoire de Gaza est devenu un entrepôt de missiles iraniens, et que l'on prend conscience de l'intoxication médiatique de haine dans cette région du monde, il est facile de comprendre pourquoi un retrait des hauteurs de Cisjordanie pourrait comporter des dangers qui seraient impossibles à gérer. Cette politique appuyée par Obama a conforté ceux qui exigent des concessions unilatérales de la part d'Israël en échange de vœux pieux.

Obama a fortement appuyé le mouvement des Frères musulmans en Égypte, s'aliénant ainsi une grande partie des Égyptiens de même que les Saoudiens qui ont difficilement accepté qu'il puisse abandonner l'un de ses alliés les plus sûrs du Moyen-Orient. Bien qu'Obama ait pris parti pour ceux qui demandaient le renversement du gouvernement égyptien de Moubarak en 2011, il est resté coi lorsque les manifestations populaires en Iran ont été sévèrement réprimées par le régime des Mullahs en 2009. Par ailleurs, par le biais de nombreuses déclarations, Obama a exprimé le vœu que le dictateur syrien restructure son gouvernement, a établi une ligne rouge relativement à l'usage d'armes chimiques par l'armée syrienne, mais n'a pas réagi lorsque cette ligne a pâli. Ces inconsistances ont été dûment prises en note par les états amis de l'Amérique au Moyen-Orient.

Obama a misé sur le dialogue avec l'Iran qui, force cachotteries, a fait traîner durant des années les négociations avec les États-Unis, l'ONU et l'Union européenne. La dernière date butoir d'un accord sur le nucléaire iranien a été repoussée du 21 juillet au 24 novembre 2014, mais les clameurs « Mort à l'Amérique » durant les manifestations populaires orchestrées par le régime iranien n'ont pas pour autant cessé. Durant le mois d'octobre, une lettre personnelle a été adressée au guide suprême iranien, l'ayatollah Ali Khamenei, qui s'est empressé de souligner le 8 novembre que « le régime barbare, de loups et infanticide d'Israël » doit être anéanti.

On peut mettre au crédit d'Obama la destruction de la grande majorité des armes chimiques syriennes et l'arrêt momentané de l'expansion du développement nucléaire en Iran. Toutefois, tout accord accompagné de menaces et de messages de haine ne fait que présager le report d'une confrontation dans des conditions beaucoup plus difficiles.

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10 novembre 2014 1 10 /11 /novembre /2014 02:19

L'importance pétrostratégique des pays du Golfe

David Bensoussan

 

La puissance économique des pays pétrolifères du Moyen-Orient joue un rôle déterminant dans l'approvisionnement énergétique mondial. Nul ne peut ignorer son importance pour comprendre les positions géopolitiques et les tensions dans cette région du monde. Dans ce qui suit, nous faisons une présentation sommaire des états riverains du Golfe et précisons quelques données d'ordre économique de cette région.

Les pays du Golfe

Golfe persique ou Golfe arabique? Les cartes officielles changent de nom selon que l'on se trouve en Iran ou dans la rive ouest du Golfe. L'Arabie (27 millions d'habitants) est un pays à majorité sunnite à connotation wahhabite. 30 à 40% du budget saoudien seraient distribués au sein de la famille royale. Les cultes non islamiques n'y sont pas tolérés en public. Aden (0,6 million) et Oman (2,7 millions d'habitants) furent évacués respectivement en 1967 et en 1971 par les Britanniques (1).

Anciennement sous protectorat britannique, le Koweït (2,6 millions d'habitants) obtint son indépendance en 1961, mais ne fut pas reconnu par l'Irak qui l'envahit en 1990. La Guerre du Golfe sous l'égide des Nations unies permit de rétablir la souveraineté du Koweït. Les principautés du Golfe comprennent les Émirats arabes unis (4,6 millions d'habitants) qui regroupent sept émirats dont Abou Dhabi est la capitale fédérale ainsi que le Qatar (1,8 million) et le Bahreïn (1,2 million) qui sont des pays indépendants. Dans ces pays, les populations sont en majorité des chiites, mais la gouvernance est sunnite. La main-d'œuvre étrangère constitue plus de 20 % de la population.

Le royaume d'Irak (36 millions d'habitants) devint membre de la Société des Nations en 1920 puis république en 1958. L'Irak a une population en majorité chiite (60%). Les Arabes et les Kurdes constituent la minorité sunnite dans une proportion comparable. Depuis la révolution qui évinça le shah d'Iran en 1979, l'état iranien se définit comme islamique. L'Iran (75 millions d'habitants) est chiite en majorité et a des minorités kurde (parlant le persan) et azérie (parlant le turc) qui constituent respectivement 10 % et 16 % de la population. L'activisme iranien est intense en Irak, en Syrie et au Liban dans lequel le parti chiite du Hezbollah a été armé à outrance. La volonté de développer la technologie nucléaire inquiète les puissances occidentales et Israël qui sont déçus par les tergiversations de l'Iran sur ce dossier. Ce pays subit un embargo de plus en plus éprouvant : les sanctions imposées par la communauté internationale auraient coûté à l'Iran près de 50 milliards de pertes pour la seule année 2012.

L'économie des pays du Golfe

Le tableau qui suit présente une étude comparative des économies de ces pays en dollars US en tenant compte du taux de change (estimations du Fonds monétaire international de 2014). Précisons que les Émirats arabes unis (EAU) regroupent sept émirats dont Abou Dhabi est la capitale fédérale.

tableau

Les tensions entre les pays du Golfe

Le schisme entre sunnites et chiites n'est pas la seule source de tension dans la région : l'Iran considère le Bahreïn comme étant sa 14e province. Le dictateur irakien Saddam Hussein refusait de reconnaître le Koweït dont il ordonna l'invasion en 1991, déclenchant ainsi la première guerre du Golfe. Ces disputes territoriales font partie d'un ensemble plus important de désaccords frontaliers entre les pays de la région, compte non tenu du schisme séculaire existant entre l'Iran dont la majorité adhère au courant chiite de l'islam alors que les pays arabes adhèrent dans leur majorité à la mouvance sunnite de l'islam. Qui plus est, les émirats du golfe sont dirigés par des souverains sunnites bien que souvent la population chiite y soit majoritaire. Les puits de pétrole d'Arabie saoudite se trouvent également dans des régions dans lesquelles la population chiite est prépondérante. Il existe aussi des divisions au sein de la mouvance sunnite : seul le Qatar - suivi par la Turquie - a exprimé sa solidarité avec la mouvance des Frères musulmans qui ont fait la une après leur victoire électorale en Égypte en 2011.

Où va l'argent du pétrole ?

Les émirats du Golfe sont connus pour leur opulence due essentiellement à l'or noir. Chaque augmentation d'un dollar du baril du prix de pétrole se traduit par une entrée de 3 G$ en Arabie saoudite et de 1 G$ en Iran. Les réserves financières considérables permettent la construction d'habitats de grand luxe pour lesquels on ne regarde souvent pas à la dépense. Les fortunes acquises servent également de levier d'intervention significatif tant au Moyen-Orient que dans le reste du monde. La région du Golfe importe près du tiers des ventes d'armes mondiales. Elle bat plusieurs records en matière d'armements, notamment en pourcentage des achats par rapport au PIB moyen. L'infrastructure technologique fait souvent défaut en matière d'entretien d'armements sophistiqués, ce qui ouvre la porte à un plus grand spectre de contrats avec les vendeurs d'armes.

L'arme du pétrole

La dépendance de l'Occident du pétrole moyen-oriental est notoire : 31% des importations de pétrole des pays membres de l'OCDE proviennent du Golfe persique. Près de 80% de ce pétrole transite par le détroit d'Ormuz, le reste passant dans des oléoducs traversant l'Arabie saoudite ou la Turquie. Bien que 55% des réserves mondiales de pétrole et 40% des réserves mondiales de gaz se trouvent dans les pays du Golfe, de nouveaux gisements en Méditerranée orientale laissent entrevoir une dépendance moindre des ressources en hydrocarbures des pays du Golfe à moyen terme (d'ici une décade). En Amérique du Nord, les techniques de fracturation hydraulique vont permettre de réduire grandement cette dépendance. Cette nouvelle réalité répondra en partie aux besoins de l'Occident et des puissances énergivores que sont la Chine et l'Inde. À noter que la Turquie importe plus de 90% de ses besoins en hydrocarbures et que ses importations sont en croissance constante.

L'arme du pétrole a été utilisée par les pays de l'OPEP en 1974 pour augmenter le prix du baril de pétrole de 3 à 12 $. En 1985, le prix du baril de pétrole passa de 32 à 10 $, mais la production saoudienne quintupla ce qui contribua grandement à l'effondrement de l'économie et du régime soviétiques. La baisse actuelle du prix de baril de pétrole de 110 à 85 $ met dans la gêne l'Iran, le Venezuela et la Russie dont les revenus de vente de pétrole sont considérablement réduits. Les budgets de ces pays seraient équilibrés si les prix du baril de pétrole étaient de l'ordre de 136, 115 et 100$. Si le prix du baril de pétrole actuel se maintient, il est à prévoir que les réserves financières de la Russie seront sérieusement grugées. Il y aura également des répercussions relativement à l'ingérence russe en Ukraine, à la coûteuse modernisation militaire de la Russie et aux négociations avec l'Iran sur le dossier nucléaire.

Contrairement à ce que l'on aurait pu croire, l'offre de pétrole semble être bien supérieure à la demande : lorsque l'Iran et l'Irak se détruisaient mutuellement leurs puits de pétrole en 1980, le prix du pétrole baissait. Aujourd'hui, les approvisionnements en pétrole de Libye, de Syrie et d'Irak sont loin d'être assurés et ceux d'Iran sont contingentés et néanmoins, le prix du pétrole baisse. Pour l'Arabie saoudite, la baisse des ventes du prix du pétrole est de l'ordre de 0,5% du PNB, ce qui est négligeable compte tenu de ses réserves financières. Par ailleurs, le nouveau coût du baril de pétrole se situe au seuil de rentabilité d'extraction par des techniques de fracturation hydraulique.

Une transition houleuse

L'indépendance du pétrole moyen-oriental est à prévoir dans la prochaine décade. Bien que les nouveaux véhicules consomment 25% de carburant de moins que les véhicules traditionnels, il faudra vivre une transition houleuse dans l'intervalle, transition qui aurait pu être évitée si les investissements en recherche de sources d'énergie alternative avaient eu une considération prioritaire dans les décades passées.

1) Les luttes au sein du Yémen voisin peuvent avoir des répercussions sur le golfe d'Aden donnant accès à la mer Rouge. La monarchie fut abolie au Yémen (24 millions d'habitants) en 1961. Le Yémen du Sud se rallia au Yémen du Nord en 1990 pour former la République du Yémen, mais des dissensions profondes persistent au sein de la population yéménite.
2) En 2010. En raison des sanctions appliquées par l'ONU, les exportations de pétrole et de gaz iranien ont chuté de 15% par an depuis 2010.

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1 novembre 2014 6 01 /11 /novembre /2014 13:44

La source du terrorisme

David Bensoussan

Les attentats terroristes qui ont secoué le monde, de Bali à Ottawa, relèvent d'actes de groupes embrigadés dans une idéologie totalitaire ou d'individus isolés qui ont adhéré sans retenue à cette idéologie. Les groupes terroristes rêvent d'un monde utopique pour lequel la fin justifie tous les moyens, la compassion étant le cadet de leur souci. À leur tête, se trouvent des manipulateurs qui profitent de la crédulité de leurs ouailles pour faire avancer leur cause et le plus clair du temps leur intérêt personnel.

Comment arrivent-ils à mystifier leurs adeptes ? En étreignant au carcan leur esprit dans des raisonnements qui relativisent les êtres et les choses pour les enchâsser dans une doctrine simplificatrice. En maintenant leur esprit dans un état d'hyperactivité moussé par un complexe de persécution bien entretenu. En les convaincant que leur carcan de haine est une auréole. En glorifiant leur ego pour leur donner le sentiment qu'ils sont spéciaux, supérieurs et dotés d'une mission rédemptrice.

La pléthore des moyens de communication, dont les réseaux sociaux, s'est accompagnée d'une profusion de messages incendiaires. Ainsi, dans le tiers-monde, des désœuvrés regardent à longueur de journée des émissions télévisées appelant à la haine et à la destruction d'institutions ou de groupements ennemis. Dans les réseaux sociaux, des messages audio et vidéo distillent savamment une malignité perverse destinée à avoir une emprise sur des esprits faibles. Le village global est à la merci de l'information radicale véhiculée par les moyens de communication modernes.

Trop longtemps, on a voulu comprendre la motivation de la victime en Occident au point de l'excuser et de l'exempter de toute responsabilité : aussi, sitôt que l'on a été étiqueté comme victime, tout devient permis. On a fermé les yeux sur des agissements criminels, mais plus encore, sur la débauche de la haine médiatisée. Ainsi et à titre d'exemple, la chaîne qatarie d'Al-Jazeera dégorge impunément des sermons haineux depuis des années. Des écoles de réfugiés financées par l'Occident ont recours à des manuels qui les préparent à devenir la prochaine vague terroriste.

Les institutions internationales sont également victimes de cette perception et l'on y abuse au grand jour toute déontologie : il est notoire que l'ONU est une foire dans laquelle les votes automatiques du bloc soviétique par le passé et du bloc arabo-musulman aujourd'hui, de même que le noyautage d'institutions de défense des droits de la personne par des dictatures sanguinaires ont en fait un outil de vile propagande unilatérale. Les pays qui se prêtent à cette mascarade pour ne pas mécontenter des pays disposant de ressources importantes dont elles dépendent, commencent tout juste à réaliser que cet état de choses finit par se retourner contre eux.

Nous sommes témoins d'une pénible réalité : les discours fondamentalistes qui prennent à la lettre des passages controversés des Écritures et les discours de haine ne faisant qu'attiser des antagonismes ad nauseam sont la source des maux du XXIe siècle. Cela est d'autant plus grave que la planète devient interdépendante et vulnérable par le recours à des moyens rudimentaires, mais non moins destructeurs. Des dirigeants de partis en concurrence - parfois même des gouvernements - se font la compétition de l'enseignement de la haine et des actes terroristes au détriment du bien-être de leur propre population afin de pouvoir bénéficier des largesses des pays qui les financent.

Il faut repenser les relations extérieures des pays démocratiques. Car l'enseignement de la haine est le bât qui blesse. Il doit être intégré à l'échelle des valeurs qui régit les relations extérieures. Le silence devant les abus flagrants contre les libertés civiques, devant l'enseignement de la haine et l'appui dont il bénéficie, ne fait qu'entretenir la discorde, amplifier des frustrations et donner crédit à des manipulateurs de terroristes. Dans l'esprit de ces derniers, la fin justifie tous les moyens et dans toutes les circonstances. La démocratie ne signifie pas « une personne, un vote », mais « une personne, un vote, une seule fois. »

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  • écrivain, née à Marrakech, Maroc, qui cherche une voie pour rapprocher les coeurs et les ames.
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