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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

11 janvier 2017 3 11 /01 /janvier /2017 08:31
I S R A E L   I S   F O R E V E R
 Monsieur François Hollande
 Palais de l’Elysée. Paris.
 
 
Monsieur le Président,
 
Vous avez pris l’initiative de convoquer une conférence internationale à Paris afin d’imposer à l’État d’Israël une solution de démembrement.
C’est sous votre mandature que fut effectué le vote de l’Assemblée nationale reconnaissant la « Palestine », le vote à l’Unesco niant tout lien entre  Jérusalem et le peuple juif, le vote à l’OMS sur la politique sanitaire israélienne, le marquage des produits israéliens et  le vote inique à l’ONU pour  tenter de rendre « Judenrein » les terres bibliques de Judée et Samarie.  Il manquait une conférence internationale à Paris en l’absence et contre la volonté de l’Etat d’Israël.
 
Au moment où le Moyen-Orient est à feu et à sang, la Syrie est en ruines, l’Irak résonne des explosions permanentes, la Libye est aux mains des terroristes musulmans, l’Iran prépare son avenir nucléaire grâce aux accords que vous avez signés, la Turquie vit sous un régime dictatorial, les Kurdes n’ont toujours pas de territoire indépendant reconnu, les réfugiés se comptent par millions, les victimes civiles et militaires sont des centaines de milliers, votre problème crucial reste le soutien à un État arabe terroriste et improbable supplémentaire .
Effectivement dans ce conteste, il est urgent d’affaiblir le seul ilot de stabilité et la seule démocratie de cette région alors haro sur l’Etat Juif.
En Europe et dans cette union européenne, aucun problème !
La Grande-Bretagne a claqué la porte de l’Europe, la Grèce croule sous le poids des contraintes financières, l’Italie est en danger pour ses institutions bancaires et  des millions de « migrants » déferlent vers le vieux continent, la Crimée est annexée par la Russie et les combats se déroulent en Ukraine.  L’insécurité vous pousse désormais à protéger non pas la synagogue mais vos cathédrales et les failles permettent à un terroriste de Berlin de traverser la France.
Mais l’urgence réside dans  l’action contre l’Etat d’Israël !   
 
Votre seul problème et votre ambition restent  la possibilité de partager la capitale d’Israël et du peuple juif, de lui retirer ses Terres historiques de Judée et de Samarie. Une constance qui touche à l’obsession !
Sans vouloir surtout faire d’amalgame, cette politique a des relents d’affaire Dreyfus et d’étoile jaune.
Sachez Monsieur le Président, que lorsque vous aurez quitté l’Élysée, le peuple juif sera en liesse.
En effet il fêtera alors le 50e anniversaire de la Victoire de Tsahal qui a apporté  la libération de la Judée et de la Samarie et la réunification de sa Capitale éternelle et indivisible : Jérusalem.
 
Le Président
Jacques Kupfer
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4 janvier 2017 3 04 /01 /janvier /2017 10:41

La Palestine, Israël et le droit international

 

Toutes les démarches contestant la légalité de la présence israélienne en Cisjordanie et à Jérusalem sont illégales. A commencer par la résolution 2334 du Conseil de Sécurité.

 

http://michelgurfinkiel.com/articles/622-Isral,-la-Palestine-et-le-droit-international.html

PAR MICHEL GURFINKIEL.

 

Le Conseil de Sécurité des Nations Unies a voté le 23 décembre 2016 une résolution (UNSC 2334) déclarant illégales toutes les mesures en termes d’aménagement du territoire, d’urbanisme, de peuplement ou de développement économique prises par Israël dans les territoires dont il a pris le contrôle à l’issue de la guerre des Six Jours. Cette résolution, qui s’applique notamment à tous les quartiers de Jérusalem situés au-delà de la ligne de démarcation en vigueur jusqu’au 4 juin 1967 – « Jérusalem-Est », c’est à dire aux deux tiers de cette ville – a été adoptée par quatorze membres du Conseil de Sécurité sur quinze. S’est abstenu, le quinzième membre du Conseil, les États-Unis. Quand des résolutions analogues avaient été présentées dans le passé, les États-Unis leur avaient opposé leur veto, ce qui annulait purement et simplement la démarche. Cette fois-ci, la résolution est valide.

 

Il y a lieu de penser que l’administration Donald John Trump, qui succédera l’administration Barack Hussein Obama le 20 janvier 2017, prendra des mesures pour empêcher l’exécution de la résolution UNSC 2334 ou pour imposer son abrogation. Si tel est le cas, le moyen le plus simple d’y parvenir est de contester non seulement la pertinence ou la légalité de cette résolution – qui, entre autres choses, viole et vide de son sens une résolution antérieure sur laquelle elle prétend s’appuyer, la résolution UNSC 242 du 22 novembre 1967 - , ou le fonctionnement actuel de l’Organisation des Nations Unies (ONU), de plus en plus aberrant au regard de sa Charte constitutive, mais bien la légalité de toute démarche contestant la légalité de la présence juive en Cisjordanie et à « Jérusalem-Est ».

 

La résolution UNSC 2334, comme la plupart des autres déclarations ou résolutions de l’ONU ou d’autres instances internationales prétendant mettre fin à « l’occupation israélienne » en Cisjordanie et à « Jérusalem-Est » et défendre « les droits du peuple palestinien », affirme de manière axiomatique qu’Israël n’est en l’occurrence que l’occupant militaire de territoires qui lui sont étrangers et sur lesquels il ne détient aucun autre droit. Or cette affirmation est fausse. En effet, aux termes du droit international, la Cisjordanie et « Jérusalem-Est » appartiennent toujours, à la Palestine, telle qu’elle a été créée par une déclaration des Grandes Puissances adoptée lors de la Conférence de San Remo, le 25 avril 1920, et par un mandat de la Société des Nations (SDN) adopté le 24 juillet 1922. Cette Palestine est explicitement décrite dans ces deux documents comme le Foyer National du peuple juif. Et l’État d’Israël en est depuis 1948 le seul successeur légal.

 

Quelles qu’aient été alors les arrière-pensées stratégiques ou politiques des Britanniques, des autres Grandes Puissances et des membres de la Société des Nations (SDN), quels qu’ait été par la suite leur attitude, la création sous leur égide d’une Palestine/Foyer national juif, et donc, à terme, d’un État d’Israël, est pleinement valide selon le droit international public. Et donc irréversible. Cela tient à trois raisons. Tout d’abord, la Grande-Bretagne et les Puissances alliées exercent une autorité légitime et absolue sur la Palestine au moment où elles prenaient ces décisions. Par droit de conquête, ce qui est alors suffisant en soi, et par traité, la Turquie ayant renoncé à ce territoire à trois reprises : Un armistice signé en 1918, le traité de Sèvres de 1920, et enfin le traité de Lausanne de 1923, qui se substitue au précédent. Certes, le texte de Lausanne n’a été formellement signé qu’en juillet 1923, après la promulgation du Mandat ; mais le gouvernement turc a fait savoir dès 1922 qu’il ne contestait celui de Sèvres qu’à propos de l’Anatolie, et acceptait au contraire ses dispositions sur les autres territoires qui relevaient jusqu’en 1914 de l’Empire ottoman, à commencer par le Levant.

 

Ensuite, la Puissance ou le groupe de Puissances qui contrôle légitimement un territoire en dispose à sa guise. Ce principe ne fait l’objet d’aucune restriction avant et pendant la Première Guerre mondiale. A partir du traité de Versailles, en 1919, son application est tempérée par un autre principe, l’autodétermination des populations. Mais il reste en vigueur pour l’essentiel : L’autodétermination étant tenue pour souhaitable a priori, mais ne revêtant jamais de caractère obligatoire, et pouvant même être refusée (ce sera le cas de l’Autriche germanophone, à laquelle le traité de Versailles interdit, dès 1919, de s’unir à l’Allemagne). La Grande-Bretagne, les Puissances alliées et la SDN sont donc juridiquement en mesure de créer n’importe quelle entité dans les territoires dont la Turquie s’est dessaisie et l’attribuer à n’importe quel seigneur ou groupe humain. Ce qu’elles font, en établissant plusieurs États arabes (Syrie puis Liban, Irak, Transjordanie) et un État juif (la Palestine) ; en installant à la tête de certains de ces États des souverains (Fayçal en Irak, Abdallah en Transjordanie) ou en réservant d’autres, de manière implicite ou explicite, à une communauté ethnico-religieuse particulière (les chrétiens au Liban, les druzes et les alaouites dans certaines régions de la Syrie, les Juifs en Palestine) ; en renonçant à créer un État arménien en Anatolie orientale, ou un État kurde aux confins de l’Anatolie et de la Mésopotamie ; en contraignant de manière arbitraire plusieurs ethnies et communautés à vivre au sein d’un même État en Irak

 

Enfin, une Puissance ou un groupe de Puissances peut disposer d’un territoire de deux façons :E en lui refusant toute personnalité propre, à travers une annexion ou un statut de dépendance complète ; ou en la lui accordant. Dans le premier cas, elle peut lui imposer successivement, et pour ainsi dire à l’infini, les statuts les plus divers. Dans le second, elle ne peut revenir sur le statut initialement accordé. Les territoires non-européens conquis par les Alliés de la Première Guerre mondiale entrent tous dans cette dernière catégorie : Qu’il s’agisse des colonies et dépendances allemandes d’Afrique et du Pacifique ou des possessions levantines, mésopotamiennes et arabiques de l’Empire ottoman. Ils ont tous été érigés en « territoires mandataires », dotés d’une personnalité et ayant vocation à l’indépendance en fonction de leur « niveau de développement ».

 

Un mandat est un instrument par lequel une personne (le mandant) en charge une autre (le mandataire) d’exécuter une action. Par extension, ce peut être également un instrument par lequel une personne majeure, tutrice légale d’une personne mineure, charge une autre personne majeure d’exécuter une action au profit de sa pupille. C’est exactement la situation que décrit la Charte de la SDN quand elle crée des « territoires mandataires »dans le cadre du traité de Versailles. L’article XXII de la Charte déclare : « Aux colonies et territoires qui, par suite de la guerre, ne sont plus sous la souveraineté des États qui les gouvernaient dans le passé et dont la population n’est pas encore capable de se gouverner elle-même, on appliquera le principe selon lequel le bien-être et le développement de ladite civilisation constitue une mission civilisatrice sacrée… La meilleure méthode pour accomplir cette mission sera de confier la tutelle de ces populations à des nations plus avancées… » Il distingue ensuite entre des territoires mandataires susceptibles d’accéder rapidement à une existence indépendante (qui seront qualifiés par la suite de « mandats de la classe A »), d’autres où celle-ci ne pourra être assurée que dans un avenir plus lointain (« classe B ») et quelques-uns, enfin, qui pour telle ou telle autre raison, notamment l’absence d’une population substantielle, pourront être administrés, en pratique, comme une partie intégrante du territoire de la puissance mandataire (« classe C »).

 

La Palestine, comme tous les territoires précédemment ottomans, fait partie de la classe A. Le texte même du Mandat ne laisse aucune ambiguïté sur la population en faveur de laquelle la tutelle est organisée en termes politiques et qui doit donc disposer, à terme, d’un État indépendant : Il s’agit exclusivement du peuple juif ((articles II, IV, VI, VII, XI, XXII, XXIII), même si les droits civils des autres populations ou communautés, arabophones pour la plupart, sont expressément garantis.

 

Cette décision n’a rien d’arbitraire ou d’injuste, dans la mesure ou d’autres Mandats sont établis au même moment en faveur de populations arabes du Levant et de Mésopotamie, sur des territoires plus étendus. Mais même si elle était arbitraire ou injuste, ou si la population non-juive n’était pas consultée ni autorisée à faire valoir son droit à l’autodétermination, elle n’en serait pas moins parfaitement conforme au droit. Comme la Cour internationale de justice devait le réaffirmer sans cesse par la suite, notamment une cinquantaine d’années plus tard, en 1975, à propos du Sahara Occidental, dont l’Espagne entendait se dessaisir au profit du Maroc et de la Mauritanie, sans consulter la population locale : « La validité du principe d’autodétermination, définie comme la nécessité de prendre en considération la volonté librement exprimée des peuples, n’est nullement affectée par le fait que dans certains cas l’autorité internationale a dispensé d’organiser une telle consultation auprès des habitants d’un territoire donné. Ces décisions ont été fondées soit sur la considération que la population en question ne constituait pas ‘un peuple’ jouissant du droit à l’autodétermination, soit sur la conviction qu’une consultation n’était pas nécessaire compte tenu de certaines circonstances ».

 

Une fois la Palestine dotée d’une personnalité en droit international public et érigée en Foyer national juif, personne, ni la puissance tutélaire britannique, ni les Puissances en général, ni la SDN en particulier, ni l’ONU en tant qu’héritière et successeur de la SDN depuis 1945, ne peut la dépouiller de ces caractères. C’est une application du principe le plus ancien et le plus fondamental du droit international public : les traités lient absolument et irrévocablement les États qui les concluent, et ont priorité sur leurs lois internes. Ou pour reprendre l’adage latin : pacta sunt servanda (« Il est dans la nature des traités d’être intégralement exécutés »). C’est aussi la conséquence de l’article 80 de la Charte des Nations Unies, qui stipule que les dispositions concernant les pays sous tutelle internationale ne peuvent être modifiées. Seul le bénéficiaire du Mandat – le peuple juif – peut librement et volontairement renoncer à ce qui lui a été octroyé.

 

(Il convient de noter, accessoirement, que la légalité ontologique des traités et décisions souveraines créant des États ou fixant leurs frontières, en dehors de toute considération logique ou éthique, s’applique à toutes les entités de droit international. La plupart des États actuels de l’Europe centrale et balkanique ont été créés arbitrairement et non sans diverses injustices par le traité de Versailles de 1919, puis modifiés, non moins arbitrairement et en vertu d’une justice non moins relative, par les vainqueurs de 1945 ; la quasi-totalité des États actuels du Proche et du Moyen-Orient, d’Asie du Sud, d’Asie du Sud-est, d’Afrique et d’Océanie ont été façonnés arbitrairement et souvent de manière injuste par les puissances occidentales dans le cadre du système colonial qui a prévalu jusqu’aux années 1940-1970. Pour autant, l’existence de ces États et la permanence de ces frontières sont tenues pour intangibles.)

 

De fait, la politique réellement menée par les Britanniques en Palestine dès 1923 et jusqu’en 1947 semble bien avoir eu pour objet d’amener les instances représentatives du peuple juif en général, à commencer par l’Organisation sioniste mondiale, et du peuple juif palestinien en particulier, à renoncer volontairement à leurs droits sur la Palestine. Et elle a été largement couronnée de succès : ces instances ayant accepté ou toléré successivement l’amputation de la Palestine orientale ou transjordanienne, en 1923, les restrictions diverses apportées à l’immigration juive, des projets de « partition »de la Palestine occidentale, entre Méditerranée et Jourdain - Plan Peel de 1937, Plan Woodhead de 1938 -, l’indépendance de la Transjordanie en 1946. Sans l’inique Livre Blanc de 1939, qui ne prétendait plus aménager le Mandat avec le concours plus ou moins forcé et contraint des Juifs, mais l’abolir, les Juifs palestiniens n’auraient pas probablement engagé, dès 1939 pour les uns, à partir de 1945 pour les autres, une action politique et militaire en vue de la transformation de la Palestine mandataire en État juif souverain

 

Cette action politique et militaire amène la Grande-Bretagne à renoncer le 2 avril 1947 au mandat sur la Palestine. Le 29 novembre 1947, les instances représentatives juives acceptent un plan de partage de la Palestine occidentale en trois entités – État juif, État arabe et zone internationale provisoire (corpus separatus) de Jérusalem – élaboré par une commission de l’ONU, et ratifiée par l’Assemblée générale de cette organisation. Si les instances représentatives arabes de Palestine et les pays de la Ligue arabe avaient également donné leur accord, les droits des Juifs à l’ensemble d’un territoire de Palestine, tels qu’ils avaient été énoncés par les actes internationaux de 1920 et 1922, auraient été définitivement restreints au seul État juif ainsi défini et dans une moindre mesure à Jérusalem.

Mais ni les instances arabes palestiniennes ni les pays de la Ligue arabe n’ont accepté le plan de l’ONU. Or le droit international public prévoit une telle situation : la nature d’un traité étant d’être exécuté, un traité qui ne l’est pas, par suite du retrait ou de la défaillance de l’une des parties concernées, est réputé nul et non avenu, et la situation juridique antérieure, statu quo ante, est reconduite. Comme le note dans un télégramme au Quai d’Orsay un diplomate français en poste à Jérusalem pendant la guerre de 1947-1948, les dispositions du Mandat de 1923 redeviennent donc « la loi du pays ».

 

Elles « s’accomplissent » immédiatement en Israël, tant dans le territoire attribué aux Juifs par le plan de partage de 1947 que dans les secteurs conquis en 1948 sur ce qui aurait pu être constitué en État arabe ou en zone internationale de Jérusalem : puisque le nouvel État est établi au profit et dans l’intérêt du peuple juif, conformément au Mandat, notamment en matière d’immigration. Elles restent en vigueur, bien qu’ « inaccomplies » et suspenduessine die, dans les zones qui passent sous le contrôle d’États arabes : la plus grande partie de la Cisjordanie et les secteurs nord, est et sud de Jérusalem, occupés par les Transjordaniens (qui prennent à cette occasion le nouveau nom de Jordaniens) ; et la bande de Gaza, occupée par l’EGYPTE.

 

(Il existe, sur ce point, une jurisprudence de la Cour internationale de justice (ICJ) : l’opinion, rendue en 1950, sur le Sud-ouest Africain - la Namibie actuelle -, colonie allemande devenue mandat de catégorie C à l’issue de la Première Guerre mondiale, que l’Afrique du Sud entendait annexer. La Cour internationale avait estimé à cette occasion qu’un mandat de la SDN, sans acception de catégorie, ne pouvait être éteint que par la réalisation de son objet premier, quel qu’il soit, même si les conditions géopolitiques s’étaient modifiées.)

 

En 1949, Israël signe des cessez-le-feu avec tous ses voisins. Ces accords doivent être suivis de traités de paix. Mais le chef d’État arabe le plus disposé à une telle évolution, le roi Abdallah de Jordanie, est assassiné dès 1951. Ses successeurs – son fils Talal, puis le Conseil de Régence qui prend le pouvoir en 1952 – interrompent les négociations. En Égypte, le régime fascisant instauré par Gamal Abd-el-Nasser en 1953 rejette toute normalisation avec Israël. Les autres pays arabes se raidissent à leur tour. Ce n’est qu’en 1979, trente ans après les cessez-le-feu de Rhodes, dix ans après la mort de Nasser, et après plusieurs autres guerres majeures, qu’un premier traité de paix israélo-arabe sera enfin signé à Washington : entre Israël et l’Égypte. Un second traité, avec la Jordanie, sera signé en 1994, quarante-cinq ans après Rhodes.

 

La logique de 1947 s’applique à 1949. Si des traités de paix avaient confirmé les cessez-le-feu, dès les années 1950, et transformé les lignes d’armistice (la « ligne verte ») en frontière internationale, les dispositions du Mandat de 1923, un moment ranimées du fait de la non-application du plan de partage, se seraient définitivement éteintes en Cisjordanie, dans le secteur de jordanien de Jérusalem, et à Gaza ; Israël n’aurait pu exercer par la suite la moindre revendication sur ces territoires. Mais en l’absence de traité, l’État juif garde ses prérogatives. Ce que révèle brusquement la guerre des Six Jours qui, en 1967, lui livre les trois territoires contestés, ainsi le Golan syrien et le Sinaï égyptien : tout en se conformant, en pratique et pour l’essentiel, aux obligations d’une « puissance occupante », telles qu’elles sont définies par les conventions de Genève, les Israéliens rappellent qu’ils détiennent des droits éminents sur toute l’ancienne Palestine mandataire. Ils s’en autorisent pour réunifier Jérusalem sous leur autorité, mais aussi pour « implanter » des localités civiles israéliennes en Cisjordanie et à Gaza. Sous un régime de simple occupation militaire, cela pourrait constituer une violation de l’IVe Convention de Genève. Compte tenu du statut juridique originel de la Palestine, c’est au contraire un acte légitime. Même s’il peut être considéré, politiquement ou géopolitiquement, pour inopportun.

 

De nombreux juristes de premier plan souscrivent à cette analyse : notamment l’Américain Eugene Rostow, ancien doyen de la faculté de droit de Yale, et ancien sous-secrétaire d’État sous l’administration Johnson, et l’Australien Julius Stone, l’un des plus grands experts en droit international du XXe siècle. Cela amène les pays où le droit en soi joue un rôle dans le débat politique, notamment les États-Unis, à reconnaître explicitement les droits éminents du peuple juif sur l’ancienne Palestine mandataire – le Congrès américain votera en 1995, sous l’administration Clinton, une loi enjoignant l’installation de l’ambassade américaine en Israël à Jérusalem - , ou du moins réserver leur opinion, en parlant de « territoires contestés » (disputed areas) plutôt que de « territoires occupés » (occupied areas). Cela empêche, par ailleurs, le vote d’éventuelles sanctions contre Israël, dans des organisations internationales où les ennemis de l’État juif – pays arabes ou musulmans, États communistes jusqu’au début des années 1990, et pays dits « non-alignés »- disposent pourtant de « majorités automatiques ».

 

Pour autant, les Israéliens ont longtemps hésité à faire de leurs droits éminents le cœur de leur argumentation diplomatique sur la question des territoires conquis en 1967.

 

Leur principale motivation, à cet égard, a longtemps relevé de la politique intérieure. Cette question a servi jusqu’aux accords d’Oslo de 1993, voire même jusqu’au retrait de Gaza en 2005, de démarcation symbolique entre une droite populiste ou religieuse, décidée à les conserver, et une gauche élitiste et laïque, prête à les céder en échange de la paix : si bien que les hommes politiques, diplomates et juristes de gauche ou du centre-gauche ont redouté, en insistant sur la notion de droits éminents, de faire le jeu de leurs adversaires de droite ou du centre-droit.

 

Une seconde motivation était d’ordre technique : les Israéliens ont jugé plus simple d’exciper, pour l’ancien secteur jordanien de Jérusalem, de la Cisjordanie et de Gaza, d’un statut de territoire au statut indéterminé. En effet, l’annexion des deux premiers territoires à la Jordanie n’a jamais été reconnue en droit international entre 1949 et 1967 ; et le troisième territoire, Gaza, a été placée pendant la même période sous une simple administration égyptienne. Mais en fait cette doctrine subsidiaire renvoie implicitement aux droits éminents, Israël faisant valoir sur ces territoires, outre son droit incontestable d’ « occupant belligérant » à la suite de la guerre de 1967, des « droits antérieurs » sur l’ensemble de la Palestine mandataire.

 

En janvier 2012, le gouvernement israélien a demandé à une commission spéciale d’examiner le statut juridique de la Cisjordanie et des localités juives qui y ont été créées depuis le cessez-le-feu de 1967. Connue sous le nom de Commission Lévy du nom de son président, Edmund Lévy, ancien juge à la Cour suprême d’Israël, celle-ci a retenu explicitement, dans un rapport daté du 21 juin 2012 et rendu public le 9 juillet de la même année, la doctrine des droits éminents de l’État hébreu sur la Cisjordanie, et donc de la légalité absolue de ses localités juives. Le document a été ensuite examiné et approuvé par le Bureau du Conseiller juridique du Gouvernement, un organisme comparable, par ses attributions et son autorité, au Conseil d’État français.

 

En apportant son soutien à la résolution UNSC 2334, le président Obama donne à son successeur, le président Trump, l’opportunité de redéfinir clairement la doctrine diplomatique américaine sur la Palestine. Et d’exiger sans détours le respect du droit.

 

© Michel Gurfinkiel, 2016

 

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1 janvier 2017 7 01 /01 /janvier /2017 04:22

Les Kurdes de Syrie préparent leur Etat: une menace pour l’Etat syrien

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Un scénario qui ressemble à celui qui a eu lieu en Irak, dans les années 90 du siècle dernier et se poursuit de nos jours: les Kurdes de Syrie ont entamé la procédure de leur séparation de l’Etat syrien.

Avec l’aide des Américains en Syrie sous prétexte de combattre la milice wahhabite Daesh, la communauté kurde de Syrie qui constitue 15% de la population totale a bénéficié du chaos généré par la guerre pour étendre son contrôle dans certaines régions du Nord.

Selon l’AFP, elle s’est dotée d’un « contrat social », une Constitution pour la « région fédérale » autonome, proclamée dans le nord de ce pays et où devraient être organisées des élections dans les mois à venir.

Elle a instauré en 2012 un système de trois « administrations autonomes » — Afrine, Kobané et Jaziré — qui ont désormais leurs propres forces de police et des écoles indépendantes.
En mars dernier, les Kurdes sont passés à une étape supplémentaire en annonçant l’établissement d’une « région fédérale » unissant ces trois cantons, une initiative immédiatement rejetée par le pouvoir syrien et l’opposition.

Selon l’AFP, le « contrat social » qui est l’équivalent d’une Constitution a été approuvé par l’Assemblée constituante, à l’issue des réunions des 165 représentants des trois cantons qui se sont achevées jeudi, selon un communiqué de clôture distribué à la presse jeudi.

Cette Constitution prévoit la création d’une Assemblée législative dont les membres seront élus tous les quatre ans. La loi fondamentale consacre également « l’égalité » de toutes les langues utilisées dans le nord de la Syrie, et donne à chaque communauté le droit de « vivre et gérer ses affaires dans sa langue ».

Les Kurdes font valoir que leur projet fédéral est fondé sur une base « territoriale » et non « ethnique », avec des représentants pour la population arabe et d’autres minorités, notamment assyrienne, dans ces zones.
« Nous allons commencer à faire appliquer la Constitution », a indiqué à l’AFP le chef du comité exécutif chargé de superviser ce processus, Mansour al-Souloum. « Les élections seront organisées dans les six mois à venir », a-t-il souligné.

D’autres régions pourraient être libérées et pouraient vouloir rejoindre les zones de la fédération, a signalé Mme Hadiyyat Youssef , la présidente du Conseil exécutif de la fédération kurde pour la télévision arabophone al-Mayadeen, en marge d’une rencontre organisée à Rmelane, le jeudi dernier. Ces autres régions pourraient bien être les deux provinces occupées par Daesh, Raqqa et Deir Ezzor. Les Américains ayant accrédité les milices kurdes pour libérer celle de Raqqa, province à majorité arabe.

Aucun représentant américain n’a néanmoins participé à cette réunion dans laquelle  étaient présents 163 personnalités membres du parti démocratique du Kurdistan. Ni aucune délégation régionale non plus.

Mme Youssef y avait annoncé la décision de déplacer le projet de fédération kurde de l’ouest vers l’est de l’Euphrate.

Cette décision prend en considération les exigences d’Ankara: celle-ci a lancé le 24 août son offensive Bouclier de l’Euphrate dans le nord de la Syrie, en réclamant ce déplacement, afin notamment d’éviter la formation d’une zone autonome kurde continue le long de la frontière turco-syrienne.

Selon la correspondante d’al-Mayadeen, au cas où la fédération kurde est réalisée, elle devrait s’étendre sur une superficie de 80 mille Km2 c’est à dire sur 40% de la superficie de la Syrie .

Elle menace les ressources vitales de l’Etat syrien vu que  la province de Hassaka est son réservoir en blé et en coton .

Et elle risque aussi priver les autres régions syriennes de leurs besoins hydrauliques vu qu’elle comprend le barrage de l’Euphrate, et de ceux en hydrocarbures, surtout si elle s’empare de Raqqa et Deir Ezzor.

En confisquant ces deux dernières régions, cette fédération  séparerait la Syrie de l’Irak: un projet cher aux Américains.

AFP, Al Manar

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26 décembre 2016 1 26 /12 /décembre /2016 05:59

 

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22 décembre 2016 4 22 /12 /décembre /2016 11:34

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Suite à l’émotion suscitée par l’émission “Enquête exclusive” diffusée Dimanche ayant avec comme sujet Jérusalem, vous trouverez ci après la lettre de Meyer Habib envoyée au PDG de M6 publiée ce jour dans le HuffingtonPost:

 

Le sensationnalisme d'Enquête Exclusive sur M6 falsifie l'Histoire et attise la haine

http://www.huffingtonpost.fr/meyer-habib/conflit-israelo-palestinien-m6/

Si la structure du reportage peut créer l’illusion de l’équilibre, le ton des commentaires, le choix des contenus et les erreurs factuelles en font un document biaisé et totalement à charge contre Israël.

20/12/2016 18:09 CET | Actualisé 21/12/2016 08:01 CET

france

Meyer Habib Député de la 8eme circonscription des Français de l’étranger

Le sensationnalisme d'Enquête Exclusive sur M6 falsifie l’Histoire et attise la haine.

Monsieur le Président-Directeur général de M6,

Je tenais à vous faire part de ma déception, voire ma consternation, suite à la diffusion le 18 décembre dernier du numéro d'Enquête exclusive titré "Jérusalem : quand la ville sainte se déchire". En ma qualité de Député des Français d'Israël, j'ai été saisi par de très nombreux administrés et téléspectateurs de M6, qui m'ont exprimé leur profonde émotion, au point qu'un rassemblement de protestation est prévu jeudi 22 décembre devant le siège de votre groupe à Neuilly-sur-Seine.

Si la structure du reportage peut créer l'illusion de l'équilibre, le ton des commentaires, le choix des contenus et les erreurs factuelles en font un document biaisé et totalement à charge contre Israël. Le parti pris est hélas manifestement volontaire, en témoignent plusieurs longues interviews intégralement supprimées au montage. Ce manque d'objectivité n'est pas seulement une injure aux 150 000 Français d'Israël mais est aussi un affront au peuple juif dans son ensemble, aux amis d'Israël, aux Chrétiens et à tous ceux qui sont attachés à la vérité historique.

Je ne peux pas dans une lettre entrer dans tous les détails mais le reportage est truffé d'inexactitudes et d'omissions historiques. Ainsi, dès l'ouverture, Bernard de la Villardière évoque "l'esplanade de mosquées appelé Mont du Temple par les Juifs", insinuant que les Juifs tentent de s'approprier un lieu saint musulman alors qu'il est historiquement incontestable que le premier Temple de Jérusalem fût édifié en -1000 et le second, en -516, avant d'être détruit en 70 par les armées de Titus (et non pas "disparu" pour reprendre les termes du reporter), soit plus de 1200 ans avant la Mosquée Al-Aqsa !! Cette inversion chronologique est loin d'être neutre et a pour effet, volontaire ou pas, de contester la légitimité d'Israël sur Jérusalem. Nous avons été sincèrement blessés quand on sait la centralité de Jérusalem dans l'histoire et la spiritualité juives et plus généralement dans la culture judéo-chrétienne. C'est un fait : pendant deux mille ans d'exil, même dans les périodes les plus sombres de leur histoire, sous l'Inquisition, face aux Pogroms ou lors du Soulèvement du Ghetto de Varsovie, le nom de Jérusalem a toujours vibré pour les Juifs du monde entier comme une promesse et une espérance. A l'instar d'Elie Wiesel, disparu en juillet, tout Juif peut affirmer : "Je ne vis pas à Jérusalem, Jérusalem vit en moi."

Les juifs sont systématiquement présentés dans le reportage comme des "colons", sur leur terre, alors que la présence juive à Jérusalem est plurimillénaire et que depuis le premier recensement de 1844, ils ont toujours été majoritaires dans la ville trois fois sainte. Le problème de fond est que ce parti pris n'est pas isolé mais s'inscrit hélas dans un contexte où sévit depuis des années à l'UNESCO un véritable djihad intellectuel et diplomatique, qui se traduit par une entreprise de falsification historique et de négation systématique de toute présence historique du peuple juif à Jérusalem et en Israël.

Par ailleurs, le reportage, dans un prétendu souci d'équilibre, renvoie dos à dos les "extrémistes des deux camps". Quelle que soit la sensibilité de la rédaction sur le conflit israélo-palestinien, il est immoral, et même dangereux, de renvoyer dos à dos terroristes et victimes, agresseurs et agressés. D'un côté une glorification des terroristes, des milliers d'attentats depuis des décennies, de l'autre quelques exactions certes intolérables mais largement condamnées par le public et surtout punies par la loi. Qui mieux que nous, Français, alors que notre pays est la cible d'attentats meurtriers d'une rare violence, peut comprendre le caractère barbare et injustifiable d'un attentat terroriste visant aveuglément des civils qu'il soit commis à Paris, à Nice, à Berlin ou à Jérusalem ?

Ainsi, le document évacue en une phrase les organisations djihadistes palestiniennes – Hamas, Djihad islamique et Fatah – qui pratiquent depuis des décennies un terrorisme aveugle, endoctrinent les jeunes à la haine et les incitent à mourir en "martyr". Pas un mot sur le fait que ces organisations écrivent noir sur blanc dans leurs chartes, leur refus catégorique de reconnaître un Etat juif dans quelques frontières que ce soit et combattent pour un Etat palestinien islamiste, régi par la charia, pas à côté mais à la place d'Israël. Le reportage laisse penser que la violence serait due au fait que les Palestiniens sont progressivement dépossédés de leurs terres et que l'avenir de la Mosquée Al-Aqsa serait compromis... Or, l'expérience des dernières années le montre : le conflit israélo-palestinien n'est pas qu'un conflit de territoire mais n'est que la forme première de ce djihad global auquel le monde libre fait face et qui a tué hier encore douze innocents sur un Marché de Noël à Berlin.

Et que dire, enfin, de certains passages aux relents antisémites ? Entre ce député israélien qui, à l'issue de sa conférence, "ne perd pas le nord", fait de "bonnes affaires" en vendant son livre et ramasse ostensiblement des liasses de billets ... De même pour cette présentation d'un Israël qui persécute aujourd'hui ses Chrétiens à Bayt Jala ! Accusation d'autant plus choquante qu'Israël est aujourd'hui le seul Etat de la région à garantir une pleine liberté de culte à toutes les religions. A contrario, pas un mot sur les brimades et menaces subies par les Chrétiens de Palestine, en proie aux djihadistes et à des autorités corrompues, dont la part dans la population totale est passée de 10% en 1922 à moins de 1% en 2010. Silence sur Bethléem, ville de naissance du Christ, dont près de 80% de la population était chrétienne en 1993, avant les Accords d'Oslo, pour moins de 18% aujourd'hui, depuis que ce territoire est sous administration palestinienne. Comme les Chrétiens d'Iraq, comme les Chrétiens de Syrie, comme les Coptes égyptiens, les communautés chrétiennes de Judée-Samarie et de Gaza, parfois contraintes à se convertir à l'islam, sont en train de disparaître dans un silence assourdissant, incapables de résister à l'islam politique.

Ouvrons les yeux : la victimisation systématique des Palestiniens a pour effet d'exaspérer les passions, alimenter la haine d'Israël et risque in fine de légitimer la violence contre les Français juifs. Je rappelle douloureusement, à cet égard, qu'en 2012, Merah a justifié l'effroyable tuerie de l'école Ozar Hatorah à Toulouse par le sort des enfants palestiniens. En janvier 2015, Coulibaly a brandi le même motif pour l'attentat de l'Hypercasher, où quatre de nos compatriotes ont été abattus parce que juifs. J'aurais espéré, après l'émotion suscitée par ces attentats, que les médias, et particulièrement les médias grand public suivis par des millions de téléspectateurs comme le magazine Enquête exclusive sur M6, prendraient conscience de leur responsabilité et opteraient pour une couverture plus équilibrée du conflit israélo-palestinien pour apaiser les consciences et pacifier le débat démocratique.

La liberté de la presse est une liberté fondamentale. Toutefois, elle n'autorise pas, surtout quand il s'agit d'un sujet si complexe et si sensible, une présentation orientée, risquant de heurter les sensibilités et d'enflammer les esprits. Quand le sensationnalisme falsifie l'Histoire et attise la haine, il trahit le journalisme.

Je vous prie d'agréer, Monsieur le Président-Directeur général, l'expression de mes salutations distinguées.

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6 novembre 2016 7 06 /11 /novembre /2016 03:43

La « justice » française dans toute sa splendeur…

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28 octobre 2016 5 28 /10 /octobre /2016 13:05
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27 septembre 2016 2 27 /09 /septembre /2016 03:25

« Apprenti-juif » : l’apologie du judaïsme par Yann Moix en 2007

                                            Fichier:Yann Moix redux.JPG

Le grand public a découvert Yann Moix chroniqueur chez Ruquier, mais Yann Moix est un auteur prolifique depuis les années 90, il a reçu le prix Goncourt du premier roman en 1996. Quatre millions de Français ont acclamé son film « Podium », en 2002. Il a tenu durant plusieurs mois une rubrique people dans le magazine « Voici » puis est devenu le critique officiel du « Figaro littéraire » etc..
Ce qu’on sait moins c’est que Yann Moix a écrit un article intitulé « Apprenti-juif » dans la revue de BHL, « La Règle du jeu », où il fait part de l’admiration sans réserve qu’il éprouve pour les juifs.
Il s’agit d’un vieux texte qui date de 2007 , il y a 8 ans déjà. mais qui n’a pris aucune ride et qui réconforte .Découvrez le ou relisez le , vous le mettrez de côté pour le relire encore..
 
§. – Depuis le temps que je me sens juif, il serait temps que je le devienne.
§. -Je suis en train de devenir juif. Tranquillement, sincèrement : à mon rythme. Sans besoin du sang de ma mère. Je me fiche infiniment de savoir si c’est ma mère qui m’a mis au monde C’est moi qui me suis mis au monde, le m’y mets tous les jours (au monde). Tous les jours, j’essaie de m’y mettre (au monde). Qu’une biologie ait été nécessaire pour cela, et sous la forme apaisante, humaine, nourricière, obligatoire, d’une mère, je ne le nie pas. Mais pour le reste, j’ai appris à me faire tout seul. Pas tout seul comme un grand, non : tout seul comme un petit. Je suis en tram de devenir juif petit à petit
§. -Je ne sais pas si je me sens juif, ou si je sens que je le suis.
§. – Je n’essaierai pas d’être juif de naissance, parce que c’est trop tard d’une part, et, d’autre pari, parce que la naissance comme identité, comme identification, comme appartenance, comme destin, je trouve que ça fait trop nazi. Je ne veux pas être juif selon la définition de la Gestapo, Je ne veux pas être juif avec du sang juif, mais avec mon sang. Le seul sang que je possède, et qui est le mien. Je n’essaye pas d’être juif avec le sang sanguin de ma mère, avec ses plaquettes, son hémoglobine, son rhésus Je ne veux pas être juif avec le sang autres. §. – Je suis en train de devenir juif par le cerveau. Pas par le sang, mais par la lecture. Par des heures passées à lire des textes. Ma mère n’est pas juive, mais les textes que je lis, et qui me mettent au monde tous les jours, qui accouchent de moi à chaque instant, les textes que je lis, eux, sont juifs. C’est la Torah qui est enceinte de moi. Je suis en train de devenir juif en lisant.
§. – Devenir juif non par le sang, mais par le sens. Devenir juif par calembour !
§. -Je me connais : je n’aurais pas supporté d’être juif en naissant. Je n’aurais pas supporté qu’on me demande d’être ce que je préfère en réalité devenir. Alors je suis en train de devenir ce que d’autres ont toujours été. Certains sont totalement juifs le jour où ils naissent, peut-être que je serai totalement juif le jour où je mourrai. J’ai tout mon temps.
§. – On ne peut pas devenir juif si on n’a pas tout son temps. Si je voulais être juif tout de suite, là, maintenant, il faudrait que je sois catholique, parce que les catholiques adorent ce qui advient hic et nunc, en une fraction de seconde, d’un coup d’éclair. Les catholiques raffolent de ce qui foudroie. Mais un problème se pose : on ne peut pas exactement être juif et catholique. On le pourrait, mais on ne peut pas. On le pourrait, parce que les catholiques ont continué le judaïsme. Sauf que continuer le judaïsme, c’est cesser d’être juif. Un juif ne continue pas le judaïsme : il l’approfondit, il le creuse, il le recommence, il y retourne, il s’y replonge, il s’y enfonce, il s’y engloutit. On est juif par compréhension, et catholique par extension.
§. – Je suis en train de devenir juif parce que ma famille descend des Marranes et que les Marranes sont des juifs qui ont été obligés de devenir catholiques pour sauver leur vie. C’est-à-dire que je suis en train de (re)devenir juif. Peut-être que juif, après tout, ce n’est pas quelque chose qu’on devient, mais c’est quelque chose qu’on redevient. J’aimerais donc redevenir ce que je ne suis pas encore. §. – Je suis venu au monde, au beau milieu d’un calendrier chrétien, et, sans que personne ne me demande mon avis, j’ai été baptisé. Ma croyance a été décidée ce jour-là. Mes convictions intimes, profondes, internes, solitaires, philosophiques, théologiques, ont été entérinées, officialisées, déterminées, enregistrées.
§. – Des gens que je ne connaissais pas m’ont conduit dans une église pour me livrer à cette cérémonie qui, pour moi, n’est rétrospectivement qu’une mascarade. Être juif par la naissance, à la naissance, je ne trouve pas ça très intelligent, mais devenir catholique six mois après, c’est encore plus con !
§. – À la limite, chez les juifs, si tu es né, c’est que tu es juif, et si tu es juif, c’est que tu es né. Naître juif et naître, c’est la même chose. Tandis que chez les catholiques, tu nais rien du tout et, quelques semaines plus tard, on considère qu’il est grand temps que tu deviennes le fils du Fils du Père.
§. -J’ai l’impression qu’en me baptisant, on a voulu m’empêcher d’être juif !
§. – Ce que j’aime aussi dans le judaïsme, c’est l’absence de Dieu. Dans le judaïsme, c’est d’abord l’athéisme que j’adore ! C’est une religion qui me permet de ne pas « croire » en Dieu. Ni tout de suite, ni plus tard. Ni un peu, ni beaucoup. Ni passionnément, ni modérément, ni bien, ni mal. Ni passablement. Ni aveuglément Ni médiocrement. Ni brillamment.
§. – Ce qui me fascine dans le judaïsme, c’est qu’il fout la paix aux gens avec Dieu. Le judaïsme te laisse croire à ta guise, il s’en fiche totalement. « Croire », ce n’est pas juif. Ce qui est juif, c’est comprendre. Croire, c’est catholique.
§. – La religion catholique est épuisante parce que l’invention de la foi pose le problème logique de sa vérification, d s « preuves ». On s’épuise, dans les Églises de tous les temps à toutes les conjectures, finissant par établir que la preuve absolue des preuves est la totale absence de preuves !
§. – Devenir juif, c’est devenir la personne qu’il aurait fallu qu’on soit le plus tôt possible (mais ça n’a pas été possible pour un tas de raisons) : soi.
§. – Devenir juif, pour moi, c’est précisément ne pas appartenir à un groupe. Être juif. c’est échapper à tout communautarisme. Mais c’est être soi parmi d’autres juifs : être soi, ce n’est possible que si les autres sont les autres. Et les autres qui sont les autres, c’est la définition de la communauté. Les antisémites aimeraient que la communauté soit le synonyme du communautarisme. La communauté, c’est précisément ce qui empêche le communautarisme, qui est un mot inventé par des gens qui s’excluent d’abord, alors que s’inclure est précisément la définition de la liberté individuelle. La communauté est le décor naturel de l’individu. De plus, la communauté des juifs a choisi d’être la communauté des hommes. Que serait un communautarisme des hommes ? Sinon un concept inventé par les ennemis de l’humain.
§. -Je suis en train de devenir juif parce que les parias forment une communauté qui me plaît plus que la communauté de ceux qui ne le sont pas.
§. – Le judaïsme est le point de départ que je me suis choisi comme point d’arrivée.
§. – Le catholicisme n’est pas l’accomplissement du judaïsme. Laccomplissement du judaïsme, c’est moi.
§. – Devenir juif, c’est oser penser avec mon intelligence propre : c’est la liberté qui est offerte à ma pensée de penser ce qu’elle veut, mais aussi ce qu’elle peut. Le judaïsme, qui commence avec la lecture des textes, a cette particularité de montrer que les limites d’une intelligence ne la borne pas mais qu’avec ces limites, ces impuissances, ces lacunes, on a accès à une vérité possible, à une vérité aussi. Comme s’il y avait une intelligibilité propre à chaque intelligence, une leçon profitable à chaque type d’intellect, un enseignement digne, profond, subtil, pour toute intelligence qui s’y intéresse, s’y consacre, ou s’y voue. Le judaïsme est toujours un apport : l’intelligence y récolte toujours plus de subtilité qu’avant de s’exercer sur les textes. Le judaïsme, en quelque sorte, rend l’intelligence intelligente. Le gain d’esprit, de finesse, est toujours porté à l’actif. Chez les catholiques, l’idiot est promis à une vision idiote de Dieu, l’intelligent à une vision intelligente de Dieu, le subtil à une vision subtile de Dieu, l’ennuyeux à une vision ennuyeuse de Dieu. Le rapport de gain est de 1 à 1. Il n’y a pas d’effet de levier. Dans le judaïsme, l’idiot n’est promis à rien car lire, ce n’est pas pour les idiots. On ne peut pas, en toute logique, être juif et idiot : se pencher sur des mots, des paragraphes, des chapitres, des paroles, ce n’est possible que pour des intelligences. Il y a un élitisme juif qui n’est pas déplaisant. Dans le judaïsme, l’intelligent aura la possibilité d’avoir une vision géniale de Dieu. Il y a un effet de levier. Le subtil aura la possibilité d’avoir une vision révolutionnaire de Dieu. L’ennuyeux aura la possibilité d’avoir une vision passionnante de Dieu. Devenir juif, voilà qui augmentera, non pas mon intelligence, mais l’intelligence de mon intelligence.
§. — Le jour où j’aurai réussi à être juif, je saurai, non pas que je serai plus intelligent qu’avant, mais que jamais mon intelligence ne m’avait ressemblé à ce point.
§. – Tout ce que j’ai en réserve, sans y avoir accès, j’y aurai accès, quand je serai juif.
§. -Je suis en train de devenir juif, et je ne sais même pas ce que c’est qu’un « autre » juif. Il faudrait pour ça connaître chaque juif personnellement. La communauté juive, c’est la communauté de ceux qu’il faudrait connaître chacun personnellement.
§. – C’est par individualisme que j’aimerais entrer dans la communauté des juifs. §. – On n’est chrétien qu’ensemble. On n’est juif que tout seul.
§. – Un mauvais chrétien est un chrétien qui trahit les autres. Un mauvais juif est un juif qui se trahit lui-même.
§. – Tous les catholiques ont pour vocation de se rassembler, de se ressembler. Ils sont entre eux des « semblables ». C’est la communauté des semblables. Les juifs ont la mission inverse : ne se rassembler jamais, sauf cas de force majeure, et surtout ne jamais se ressembler. Ils sont entre eux des dissemblables. C’est la communauté des dissemblables. l’antisémitisme chrétien a longtemps consisté à vouloir faire de ces dissemblables des semblables. C’est ainsi qu’en voulant dessiner ce juif semblable ils en sont venus à inventer le juif ressemblant, le juif qui ressemble à tous les autres juifs. Dès qu’on tente de faire ressembler un juif à un autre, il y a antisémitisme.
§. – Cette question de la dissemblance juive est fondamentale. Car Abraham n’a pas voulu remplacer une multitude de dieux contre un seul pour des questions de simplicité. Ce n’est pas par pur esprit de synthèse. Ce n’est pas par souci de commodité. C’est un acte révolutionnaire, au sens copernicien du terme : à une perception humaine unique d’une infinité de dieux, il a substitué une perception humaine infinie d’un seul dieu. Les dieux sont devenus les points de vue. Il n’y a plus une conception une d’un milliard de dieux, mais des milliards de conceptions différentes, variées, diverses, d’un seul Dieu. Et si le judaïsme n’aime pas nommer le nom de Dieu, c’est parce que Dieu n’a de sens que celui que l’intelligence de chacun (de chaque lecteur de la Torah) lui attribue. Nommer Dieu, ce serait l’imposer comme figure autarcique, homogène, monolithique, abstraite : tandis qu’en en imaginant le nom, chacun en décide la couleur, la définition, les contours, la compréhension, l’incompréhension, la densité, l’étendue, la signification. Avant le judaïsme, il y avait presque un homme par dieu. Avec le judaïsme, on est passé à un Dieu par homme : le même. Le coup de génie, c’est que chacun pensant, mais différemment, qu’il a le même Dieu, chacun a un Dieu différent convergeant vers la création du « Même Dieu » ! Le « même » est la résultante d’une infinité de différences ! Chez les catholiques, c’est le plus bête qui a raison : il y a une prime à la débilité. L’approche la plus fruste, celle du petit berger ignare au front bas dans les montagnes, dessinera l’indépassable modèle de Dieu : un Dieu immédiat et naïf, souriant aux petits enfants et aux simples d’esprit, et ce sera, ensuite, aux « intelligents », aux « intellectuels », aux docteurs, aux théologiens, aux exégètes, d’injecter dans les visions d’Épinal neuneus des concepts d’agrégés de philosophie. Les catholiques passent leur vie à présenter de la manière la plus subtile possible, la plus conceptuelle, la plus formelle, la plus universitaire, la plus complexe, la plus raffinée, la plus sophistiquée, la plus profonde, la plus fouillée, la plus Collège de France, la plus agrégation, la plus recherchée, la conception immature d’un Dieu grossier apparaissant sous forme de Christ ou de Vierge à des benêts de sept ans en sabots. On part de la bêtise pour aller vers l’intelligence : mais l’intelligence ne sert pas ici à se débarrasser de la bêtise, à la remplacer, à la corriger. Elle sert à la renforcer, à la cautionner, à la crédibiliser, à la nourrir. Dans le judaïsme, on part toujours de l’intelligence, quitte à en arriver à la bêtise. Dans le catholicisme, on part toujours de la bêtise, quitte à en arriver à l’intelligence.
§. – Si les chrétiens n’aiment pas les juifs, c’est parce qu’ils ne les comprennent pas. Et s’ils ne les comprennent pas, ce n’est pas parce qu’ils se méfient des juifs, mais parce qu’ils se méfient de ce qui se comprend.
§. – On peut cesser d’être catholique en lisant Claudel, et commencer à être juif en lisant Kafka.
§. -Juif par la mère, juif par la mère ! Rien ne m’horripile plus ! Ma mère m’a donné la vie. Et puis elle a repris la sienne. Comme si de rien n’était.
§. – Je précise que ma mère était une femme. Et les femmes ont en général bien d’autres choses à faire que me mettre au monde. Je suis rarement fils. §. – Une fois la vie donnée, les mères repartent quelque part. Dans un endroit spécial.
3. – C’est de l’astrophysique que je voulais faire. Calculer des étoiles. Deviner les galaxies. Regarder par-dessus Dieu.
§. – je suis en train de devenir juif. Peu à peu, doucement. Sans la moindre contrariété. Sans la moindre obligation. Sans le moindre rabbin en bas de chez moi. Sans la moindre juive sublime à épouser. Je ne suis jamais allé à Tel-Aviv, vérifier les mannequins, embrasser des seins juifs. Je ne suis pas allé, pour l’instant, sur le mur des Lamentations. je ne me lamente presque jamais.
§. -Je suis en train de devenir juif, et je ne suis pas circoncis.
§. -Je suis en train de devenir juif. et je ne fête pas les fêtes juives.
§. – Je suis en train de devenir juif à ma manière
§. – Il n’y a qu’une seule et unique manière de devenir juif : la sienne.
§. —Je n’aime pas la définition « nazie » d’être juif, qui consiste à reconnaître un juif à partir de la mère. Ça ne me plaît pas comme définition. Je trouve ça bête. Alors qu être juif, pour moi, signifie : être intelligent. Pas plus intelligent que les autres, non, non. Plus intelligent que soi-même. Être plus intelligent que prévu. Être plus intelligent que sa propre intelligence. Sortir des bornes bornées de son intelligence pour la faire respirer, la faire fructifier, grandir, grossir.
§. – « Le juif n’a pas l’idée du péché, il a l’idée des péchés, des infractions à la loi divine, mais non du péché engendrant le mal moral » (Bernard Lazare.)
§. – Je crois que, fou de textes et de littérature comme je le suis, fou de lecture, fou de livres et de romans et. d’essais et de poèmes et de théâtres et de pamphlets, je pourrais passer ma vie (tout entière) dans une école talmudique à tenter d’extraire du Talmud une interprétation millimétriquement neuve, moléculairement nouvelle, micro-scopiquement inédite. Jouissance, intellectuelle, presque physique, de faire jaillir, comme abasourdi, un brin de lumière sur un vieux paragraphe usé par les interprétations, les relectures, les veillées ?
§. – Ce que je n’aime pas dans le catholicisme, c’est la révélation. La foi comme foudre. Je trouve ça surfait, romantique, menteur. Je préfère ce qui infuse, ce qui chemine, ce qui advient en douce. C’est la même chose avec les femmes. Avec les femmes, dans l’amour, je déteste les coups de foudre : ce sont des attrape-cons. Pareil avec les ruptures spectaculaires, les larmes nulles grandioses folles, avec cris inclus, blessures obligatoires, théâtre, guignolades. Je préfère les sentiments qui se déploient au ralenti, sur une musique de western-spaghetti, en de très longs plans séquences leoniens bien étirés. Laccéléré est adolescent. Le ralenti est enfantin. Le ralenti coule de source : c’est la nature qui rythme les cœurs, et pas le contraire. Pour la foi, je dirais la même chose : faire entrer la foi dedans son âme à cause d’un pilier claudélien, ça me donne de très fortes nausées. Je ne veux pas succomber à ces crises, qui ne sont pas religieuses, mais névrotiques, et d’ailleurs : la religion catholique est une névrose. Dès qu’il y a Fils, il y a névrose. Le Fils est le réceptacle à névrose des parents, de la mère, surtout. Les chrétiens sont d’abord des œdipiens. On parle toujours de mère juive, la très caricaturale, la très woody-allenesque, la très philip-rothienne mère juive. Je trouve cela bien déplacé : c’est de la mère catholique qu’il faudrait parler. De la mère du Christ ! Des maladies transmises, des folies. Des névroses passées dans les gènes, ou dans l’éducation.
§. – Moi, je suis pour la religion cérébrale. Je suis en train de devenir juif. Par le cerveau. Pas par le cœur, pas par l’âme. Mais par l’intellect. Par la lecture, l’étude, la réflexion. Par les idées, par les notions. Et par les concepts. Et par les articles, et par les comptes rendus de colloques, et par les conversations, et par les confrontations. §. – Levinas est un génie. Dans Difficile liberté, il dit : « N’être lu que par de moins savants que soi, quelle corruption pour un écrivain ! Sans censeurs, ni sanctions, les auteurs confondent cette non-résistance avec la liberté et cette liberté avec le trait de génie. » Ça pourrait être du Proust, mais c’est du Levinas. Un texte sur la Torah. À la Recherche du temps perdu aura longtemps été mon texte sur la Torah. Mon Talmud.
§. – Ne jamais oublier que le Talmud est, en partie, une œuvre française.
§. – Il ne faut pourtant pas se laisser impressionner par cette phrase de Levinas (et lui faire dire ce qu’il n’a pas voulu dire) : car les censeurs et les sanctions, en tant qu’écrivain, je m’en branle comme tu n’imagines même pas. Et même si ce que j’écris est faux pour les savants, ce sera vrai pour moi – rien de ce qu’écrit un écrivain, à l’intérieur d’une fiction, ne sera jamais faux. « Nous venons de lire un texte beau et vrai, vrai comme seule la fiction peut l’être. » (Emmanuel Levinas.)
§. – Les Français antisémites, tout comme les antisémites français, devraient parfois se souvenir du rôle primordial, du rôle vital que la France a joué dans l’histoire du judaïsme. La France a connu l’un des plus immenses commentateurs du Talmud. Un commentateur sans lequel on ne comprendrait peut-être plus rien (du tout) aujourd’hui (car le Talmud n’était pas toujours très clair) : Rashi.
§. – La rigueur de la syntaxe française, son rythme et sa concision, au service du Talmud, est quelque chose d’étrange. Une rencontre impossible, et qui pourtant a eu lieu.
§. – Toutes ces subtilités orientales, venues du désert, passées au tamis de la langue française par un Champenois !
§. – Pour ceux qui ont des difficultés avec l’Ulysse de Joyce, je demande de se représenter la tête de Rashi face à la tâche : des milliers et des milliers (et des milliers (et des milliers)) de pages, non seulement sans ponctuation, mais sans voyelles. Au moins, dans le monologue de Molly Bloom, il y a des voyelles. Et ce n’est pas dans de l’hébreu « classique », de l’hébreu « littéraire » que Rashi a dû (c’était au XIe siècle) s’immerger, mais dans un mélange d’hébreu et d’araméen. À côté, Finnegans Wake c’est le dernier Bernard Werber !
§. – Importance capitale des rabbins français du Moyen Âge : depuis huit cents ans, dans le monde, on étudie le Talmud avec des commentaires français. Mais le Talmud va être attaqué et notamment en France. Il va se passer des choses bizarres… Du pas net… Du flou… On a l’impression (ce n’est pas qu’une impression) que la chrétienté n’a jamais entendu parler de la Loi orale du judaïsme. Ce n’est qu’au XIIIe siècle que le pape reçoit, en bonne et due forme, une dénonciation du Talmud disant que les juifs ne se contentent plus de leur ancienne Loi, mais qu’il leur en faut une nouvelle, complètement différente, qui est le Talmud ! Et que cette Loi est très (très) dommageable à la chrétienté parce que dans le Talmud, il y aurait des injures à l’encontre de la religion chrétienne et ses fondateurs. Un procès s’ouvre. Le plus important a lieu à Paris. Sur une initiative (sur une dénonciation) du caraïte Nicolas Donin (nous sommes en 1236). Nicolas Donin, outré par les interprétations talmudiques, s’est converti au christianisme. Il faut dire que les caraïtes étaient violemment contre le Talmud. Il y a eu un procès : Donin contre quatre rabbins. Des rabbins très éminents, très spécialisés, très spécialistes. Le tribunal n’était pas forcément très objectif. Pourtant, la reine Blanche de Castille intervient souvent, et dans des conditions qui sont à son honneur. Elle dit qu’il faut laisser aux rabbins le soin de parler comme ils l’entendent. Qu’il faut leur permettre de ne pas prêter serment. Comme ils le demandent. Elle intervient souvent pour prouver que les arguments des rabbins sont de bons arguments. Mais le Talmud est finalement condamné. Parce que, de toute façon, le pape l’avait ordonné ainsi.
§. – Le problème du Talmud, c’est le problème même de l’histoire juive et du judaïsme. Le Talmud, c’est l’aspect externe (ou interne – comme on veut) du judaïsme à travers les siècles. §. – La grande argumentation de Donin auprès du pape était que c’est à cause du Talmud que les juifs ne se convertissent pas au christianisme. Le Talmud est la cause de tous les malheurs. Le livre maudit. Il est vu comme responsable de l’obstination juive.
§. – Finalement le Talmud a été brûlé.
§. – On a aussi perdu la quasi-totalité de la littérature des juifs de France.
§. – Le Talmud a peut-être eu le tort d’insulter Jésus, présenté comme le fruit des amours d’un légionnaire et d’une pute !
§. – Le Talmud attaque parfois les païens. Il n’attaque jamais les chrétiens. Mais les chrétiens prétendent qu’en attaquant les païens, le Talmud attaque en réalité les chrétiens !
§. – La Loi orale résulte de la destruction d’un livre. Fahrenheit 451.
§. – La faculté de mémorisation des juifs est née d’une obligation de mémoire.
§. – Être juif est un état d’esprit. Israël est un État d’esprit.
§. -Je suis en train de (re)devenir juif parce que les juifs aiment autant la vie que les catholiques aiment la mort. Les catholiques, on dirait qu’ils sont pressés. Vivement la mort, qu’on vive enfin. Pour les catholiques, la vie n’est ni tout à fait ici, ni spécialement maintenant. C’est ailleurs et plus tard. En attendant, il y a la souffrance. Tandis que dans le judaïsme, la souffrance n’est pas une attente : c’est une atteinte.
§. – Chez les catholiques, la mort est un absolu. Une pierre angulaire. C’est d’elle que tout part, et c’est vers elle que tout va. La vie n’est même qu’un cas particulier de la mort. Tandis que dans le judaïsme, la mort est une forme de vie comme les autres – elle est un cas particulier de la vie.
§. – Où sont les morts ? Ils slaloment entre des poussières : satellites. Je ne crois qu’aux mathématiques et aux ondes.
§. – Dans moins de cent ans, quelque part dans le temps, à une date qui s’écrit déjà sur les calendriers prévus, on me glissera dedans une terre : je serai aimable et mort. Des connaissances, peut-être sous la pluie, fronceront les sourcils. Ils penseront à l’astuce qui pourrait les soustraire à la même chose : cette mort mienne avertissement de cette mort leur, qui les nargue en mon cimetière, les noue d’angoisse, imprime leur tour sur le carton d’invitation. Mort, je leur apporte la preuve qu’ils sont mortels. N’aimeront pas cette sensation.
§. – Sans doute : je suis déjà ce qui restera de moi.
§. – Je pourrais m’arrêter là : ne plus écrire, filmer, me déplacer dans des soirées, raconter mes pauvres histoires (les incessamment mêmes en boucle). Je pourrais m’enfermer et lire : lécher de la chair de femme jusqu’à la toute fin, attaché au défilé des jours successifs et microscopiques qui, à force de discret défilement, achèvent de décréter la vie close et les biographies ponctuées. Je voudrais bien passer la durée qui me reste à durer à regarder en détail les murs de mon appartement, me passionner pour le carrelage, m’interroger sur la pomme de ma douche, relire les livres que je n’ai jamais lus. Mais je préfère essayer de devenir juif.
§. – À part jouir, lire est la chose que je préfère au monde. C’est un excellent début pour devenir juif.
§. – Les catholiques ont tellement peur de la mort qu’ils ont inventé l’immortalité pour tenter de la combattre, de biaiser avec elle. Les juifs, eux, combattent tout simplement la mort avec la vie. §. – La seule chose qui m’embête un peu, ce sont les rites. Il ne suffit pas de pratiquer une fois par semaine pour être un juif. Mais peut-on être juif sans pratiquer du tout ? Ce serait ça, mon rêve ! Que de la lecture, de l’exégèse, des commentaires, des discussions : mais sans le moindre rite ! Pour le coup, je préfère les rites de l’athéisme, ils sont moins contraignants.
§. – Cette viande truquée qu’est l’être humain : ses petits secrets lassants, la « part d’ombre ». Ça serait mieux, un monde tout de matin pur. Que l’homme ressemble plus à l’été. Mais non : toujours à manigancer dans la foule merdeuse. Toujours à plus ou moins tuer. À vaguement violer. À s’incruster dans les jours, entêté comme une bête. Il faudra bien qu’il meure. Voûté enfin, les étoiles sur la gueule. Bon débarras dans l’univers. Partout des astres vides à la place, et une grande paix du ciel, sans beaufs ni bobos. Besoin physique d’éthique.
§. – Ce que je préfère dans le judaïsme, c’est sa totale absence d’abstraction.
§. – On a souvent dit, et écrit, que François Mitterrand était antisémite. Je pense au contraire qu’il avait quelque chose de juif en lui – notamment quand il explique, quelque part, que ce n’est pas la mort qu’il redoute, mais c’est « de ne plus vivre ».
§. – Peut-être une des phrases les plus fidèles à la conception juive de la mort que j’aie jamais entendue : « La mort, c’est quand on ne peut plus écouter Miles Davis. » Elle est d’un ami catholique.
§. – Être juif ne va jamais de soi parce qu’être soi ne va jamais de soi.
§. – J’ai envie de devenir juif comme on retourne à l’école.
§. – Le judaïsme ou la discussion infinie. §. – Rien n’est plus étranger à l’esprit du judaïsme que la phrase (la sentence) : « La discussion est close. »
§. – Je n’ai pas les preuves scientifiques que les juifs ont tué Jésus.
§. – Savoir que les juifs sont des gens qui savent mieux lire que moi m’agace. Savoir que les gens qui savent mieux lire que moi sont les juifs m’apaise.
§. – Si j’étais suffisamment scientifique pour devenir juif, serais-je assez littéraire ? Et si j’étais suffisamment littéraire, serais-je suffisamment scientifique ?
§. – Le judaïsme est une religion à un Dieu et zéro dogme. C’est une religion booléenne.
§. – Un concentré de superstitions, une fois touillé dans un grand récipient appelé aussi bénitier, donne le christianisme. Un coup de pied dedans donne le judaïsme.
§. – La grande impasse du catholicisme (et plus largement du christianisme) c’est qu’il oblige perpétuellement, et depuis qu’il est né, à choisir entre Dieu et Einstein. Entre le ciel et les quanta. Entre sainte Thérèse de Lisieux et Max Planck. Entre la Bible et la théorie du big bang. Ce dilemme paraît aujourd’hui naturel, alors que ce n’en est pas réellement un. Les juifs peuvent tout à la fois être des religieux férus et des savants accomplis. C’est même mieux s’ils sont les deux ! Ils n’en seront que meilleurs juifs et meilleurs savants. La foi perfectionnera le raisonnement mathématique, et les mathématiques vivifieront la foi. En hébreu, science et sagesse se traduisent par le même mot. §. – Pour Levinas, l’esprit du judaïsme a directement à voir avec l’exercice rigoureux de la science, l’intimité spéciale qui existe chez le savant (moderne, celui des labos) entre lui et la matière, cette intériorité spéciale qu’est l’intériorité du mathématicien. Pour lui, le labo est le lieu actuel de la morale et de la sainteté.
§. – Je suis allé sur les bords de l’Euphrate.
§. – La persécution des juifs est la seule chose, avec les mains, les pieds, les yeux, la nuque et les cheveux, qui n’a pas évolué depuis deux mille ans dans les sociétés humaines.
§. – Même les chiens et les chats ne sont plus les mêmes qu’au temps de Jésus.
§. – Je suis très fier qu’un de mes écrivains préférés de tous les temps soit Charles Péguy : non seulement il a comparé Bernard Lazare à Jésus-Christ, en exigeant qu’on orthographie « Bernard-Lazare » (avec un tiret christique), mais il est un des rares écrivains français de la première moitié du XXe siècle à n’avoir jamais écrit une seule ligne sur les juifs qui ne soit un hommage, une lettre d’amour, une reconnaissance de dette ou un remerciement ému. §. – J’entends souvent parler de « juifs antisémites et jamais d’« antisémites juifs ». Pourquoi ?
§. – Je suis en train de devenir juif parce que j’aurai bientôt quarante ans, et que c’est l’âge parfait pour entrer dans une vie neuve. Pas une vie neuve qui serait biologique (on pénètre à quarante ans dans une vie vieille), mais une vie neuve qui serait, non pas théorique, non pas cérébrale, non pas intellectuelle, non pas spirituelle, mais différente tout court. Différente tout court de ce que j’ai déjà vécu, éprouvé, pensé, cru comprendre. Une vie neuve qui ne serait pas le reniement absurde, impossible, immature, de la vie « d’avant », mais l’enrichissement rétroactif de cette vie antérieure à l’aune d’une expérience inédite pour moi, éloignée de tout contreplaqué, de tout dogme, de tout enfantillage, de tout emprisonnement, de toute lâcheté, de toute arrogance, de toute influence, de toute ressemblance, de toute facticité, de toute Église, de tout carcan bête, de tout rabâchage, de tout bachotage : j’attends cela de ce que je nomme « judaïsme ». À tort, sans doute. Mais sans doute aussi à raison.
§. – Faire mon entrée dans la sincérité.
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5 septembre 2016 1 05 /09 /septembre /2016 07:14

Conversions massives de l¹islam au christianisme dans le monde

 

 

Il y avait environ dix millions d’anciens musulmans convertis au christianisme dans le monde en 2010 selon une étude de l’Interdisciplinary Journal of Research on Religion, contre moins de 200 000 en 1960. En Iran, où les convertis étaient moins de 500 à l’époque de la révolution islamique, ils pourraient être aujourd’hui entre 300 000 et 500 000. Les autorités islamiques iraniennes s’en inquiètent et le père Pierre Humblot (photo), qui vivait en Iran depuis 45 ans et a la nationalité iranienne, a dû quitter le pays en urgence pour sauver sa peau. C’est désormais à Paris qu’il continue son œuvre de conversion en langue perse (voir ici l’entretien avec le père Humblot sur le site Aleteia). Selon l’étude citée plus haut, il y aurait 450 000 anciens musulmans convertis aux États-Unis, 380 000 en Algérie, 600 000 au Nigéria, 60 000 en Arabie saoudite, 45 000 en Bulgarie, 25 000 au Royaume-Uni, 15 000 en Allemagne et 12 000 en France, et surtout 6,5 millions en Indonésie !

Ces chiffres sont bien sûr des estimations, car beaucoup se cachent et toutes les Églises ne donnent pas volontiers leurs chiffres de baptêmes de musulmans. Les Églises officielle d’Orient craignent des représailles de la part des autorités musulmanes ou des attaques de radicaux mahométans. Les nouveaux baptisés sont battus, chassés de leur famille, torturés ou menacés de mort, car le Coran ordonne de tuer ceux qui abandonnent l’islam, qualifiés d’apostats, et l’islam interdit le prosélytisme des autres religions sur les territoires qu’il occupe. La plupart des convertis rejoignent les Églises protestantes, plus courageuses dans leur mission d’évangélisation, et plus rarement l’Église catholique ou orthodoxe. Mais même si les statistiques sont approximatives, il ne fait aucun doute que la vague de conversions prend de l’ampleur à la fois dans le monde musulman et en Occident.

Même dans notre Europe largement déchristianisée, il y a des baptêmes de masse, comme à Hambourg où 196 anciens musulmans afghans et iraniens ont reçu le baptême avant Pâques cette année. Autre exemple : la paroisse évangélique luthérienne de la Sainte-Trinité à Berlin-Steglitz compte 750 membres parmi lesquels environ 500 anciens musulmans qui se sont convertis au christianisme en Allemagne ! Nombre d’entre eux sont issus de familles iraniennes aux racines chrétiennes. Leurs ancêtres avaient été forcés d’adopter l’islam et, une fois en Allemagne, ils ont voulu revenir à leur religion, qu’ils pratiquaient parfois secrètement dans des églises organisées dans des domiciles privés en Iran. D’autres cherchaient tout simplement une alternative plus crédible à l’islam (source : l’hebdomadaire catholique polonais Gość Niedzielny).

Dans un entretien pour l’hebdomadaire catholique italien Tempi, le journaliste libanais Camillie Eid explique les raisons de ces conversions toujours plus fréquentes dans les pays musulmans : « Avant, les régimes parvenaient à freiner la diffusion de la Bonne Nouvelle en empêchant le prosélytisme et la distribution de l’Évangile, mais aujourd’hui, avec Internet, il est beaucoup plus facile de découvrir les contenus du christianisme. (…) Jusqu’à il y a dix ans, de nombreux musulmans vivaient aux côtés de chrétiens dans leur pays d’origine, mais sans avoir accès à la Bible. Lorsqu’ils découvrent l’Évangile de l’amour et de la vérité, cela les pousse à essayer de trouver d’autres réponses face à un islam toujours plus répressif.Découvrir que Dieu est amour est révolutionnaire»

C’est très paradoxal, poursuit-il en réponse à une autre question du journaliste du Tempi, car tandis que « de nombreux occidentaux sont attirés par l’idéologie de mort au point de tout laisser pour aller combattre aux côtés de l’État islamique, ceux qui ont subi la violence du fondamentalisme islamique et la soumission sans raison aux ordres de la loi coranique changent face aux commandements de l’amour. Mais beaucoup le font à partir du Coran. Sentant que Jésus ne peut pas être qu’un prophète, ils sont intrigués et le redécouvrent en tant que Dieu dans l’Évangile. »

Le journaliste ne croit pas trop au fait que les conversions en Europe parmi les immigrants clandestins puissent être motivées par la tentation d’obtenir ainsi plus facilement le statut de réfugié, car ces convertis sont persécutés par les musulmans et risquent leur vie. Triste constatation, il dit connaître des personnes auxquelles l’Église catholique a refusé le baptême et qui se sont donc tournées vers une Église protestante.

 
Youtube : le père Humblot présente son œuvre en Iran Eglise chaldéenne de Téhéran
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2 septembre 2016 5 02 /09 /septembre /2016 04:50
Attention ! Moudjahidine du Peuple iranien
 

Voilà que l’on reparle de Massoud Radjavi, chef des Moudjahidine du Peuple (OMPI), un groupe armé d’opposants iraniens cherchant à prendre le pouvoir à Téhéran depuis plus de 30 ans.

Disparu de la scène politique et médiatique depuis la chute de Bagdad, on avait un peu oublié Radjavi. Une rumeur le donnait pour mort sous les bombardements américains. Mais, ses partisans, s’ils assurent qu’il est en vie, sont évasifs quand on leur demande où il se trouve. Il serait, disent-ils, « à son poste de combat, dans la clandestinité » ou, selon la page Wikipédia rédigée visiblement par un rédacteur de l’OMPI : « avec ses troupes, au cœur du danger ».
Des transfuges croient que sa femme Maryam – qu’il a placée à la tête de son organisation – l’a évincé, voire fait assassiner. Qui croire ?

Le rusé prince Turki

Le 7 octobre 2015, auditionné par le sénateur américain Joseph Manchin (D) lors d’une réunion du Comité des forces armées intitulée « L’influence iranienne en Irak et le cas du Camp Liberty », le colonel Wesley Martin – ancien commandant militaire du Camp Achraf, base irakienne où près de 3.000 membres de l’OMPI ont été sous protection de l’armée US jusqu’en 2012 – a déclaré que Massoud Radjavi a été blessé lors d’une attaque en Irak, et que selon ses informations, « il est en France ». Son témoignage est à prendre avec des pincettes quand on sait que ce haut responsable de l’anti-terrorisme en Irak est aujourd’hui un des lobbyistes attitrés de l’OMPI…

Alors, faut-il croire le prince Turki al-Fayçal, ancien chef des services secrets saoudiens, qui a déclaré le 9 juillet dernier – au Bourget, près de Paris – à la stupeur des arabophones invités à la réunion annuelle de l’OMPI, que Massoud Radjavi était mort.
Cette annonce malicieuse, prononcée à deux reprises, n’a pas été traduite par l’interprète de l’organisation visiblement embarrassé, mais reçue « 5 sur 5 » par sa femme Maryam qui venait de rendre un vibrant hommage à son mari comme s’il était toujours en vie. Son visage, jusque-là radieux, s’est brusquement fermé.

Occultation mineure !

Le mystère de la disparition de Massoud Radjavi était-il éclairci pour autant ? Eh bien non.
Al Alam, la chaîne satellitaire iranienne en langue arabe, a révélé, le 25 août dernier, qu’un avion américain devait évacuer le secrétariat personnel de Radjavi et son médecin personnel vers l’Albanie, laissant entendre que Radjavi pourrait se trouver à bord ou être exfiltré de la même façon. Ce transfert serait motivé par la menace d’une attaque sur le Camp Liberty par l’Intifada de Chaaban, une organisation du nom de l’insurrection chiite de 2001 en Irak.
C’est dans ce camp militaire situé près de l’aéroport de Bagdad, où ont été emprisonnés plusieurs hauts dirigeants baasistes, que les Moudjahidine ont été regroupés sous la protection du HCR (Haut- Commissariat des Nations Unies pour les réfugiés),

Si Radjavi n’était pas parmi les passagers de l’avion US ou dans un prochain vol charter, il faudrait que Maryam justifie son absence prolongée autrement que ne l’ont présentée – selon des repentis – des dirigeants de l’OMPI à certains membres de l’organisation : Dieu a «occulté » leur « chef vénéré » pour le protéger de ses ennemis – en référence à l’occultation mineure dont ont bénéficié plusieurs imams chiites – et qu’il réapparaitra quand l’heure sera venue de renverser la République islamique !

Pas étonnant qu’avec ce genre de confidence fumeuse, –sous le sceau du secret – l’OMPI passe pour une secte politico-religieuse avec Massoud pour gourou.

Virages idéologiques à 180°

Le feuilleton Radjavi n’est pas terminé. Il est intéressant à suivre dans la mesure où cette disparition, ou non, conditionne l’avenir de l’OMPI. Cela dit, le plus étonnant est ailleurs : dans la faculté qu’a cette organisation d’effectuer des virages idéologiques à 180° et de s’allier sans état d’âme à n’importe qui, pouvant servir ses intérêts.

J’ai rencontré Massoud Radjavi à deux reprises à Auvers-sur-Oise au début des années 80. Il y résidait avec Abolhassan Bani Sadr, premier président de la République islamique, dont il avait épousé la fille. On le disait islamo-marxiste, anti-impérialiste et antisioniste.

Pendant la guerre Iran-Irak et les 13 ans d’embargo qui suivirent la Première guerre du Golfe, je me suis entretenu à plusieurs reprises, à Paris et à Bagdad, avec des membres de l’OMPI. J’ai même eu l’occasion de visiter la base Achraf. Outre leur haine viscérale de la République islamique d’Iran, ils collaient à la ligne anti-américaine et anti-israélienne du parti Baas et de toux ceux qui s’opposaient à une nouvelle agression de l’Irak. Quel ne fut pas mon étonnement d’apprendre, après le renversement de Saddam Hussein, que l’OMPI avait viré de bord, s’était alliée aux néoconservateurs et à l’AIPAC, le lobby pro-israélien américain.

Manipulations en tous genres

Que s’est-il passé lorsque les troupes américaines ont encerclé le Camp Achraf ?
Certes, les Moudjahidine – alors considérés comme terroristes aux Etats-Unis – ont dû remettre leurs armes. Des agents du Pentagone et du Mossad, arrivés avec les GI’s, auraient donné le choix au noyau dirigeant de l’OMPI entre la collaboration avec leurs services secrets sur le dossier iranien, ou l’arrestation et des procès pour terrorisme à n’en plus finir.

Des journalistes américains d’investigation ont ensuite soulevé le voile cachant leurs nouvelles activités :

Seymour Hersh a révélé dans le Newyorker, en avril 2012, que le JSOC (Joint Special Operations Command) entraînait depuis 2005 des volontaires de l’OMPI sur une base militaire du Nevada.
    
Gareth Porter d’Inter Press Service (IPS) a démontré que le rapport contenant les « preuves » que l’Iran cherchait à se doter de la bombe atomique a été «fabriqué» par le Mossad et les Moudjahidine du Peuple. Il a ajouté que l’OMPI et le CNRI (Conseil National de la Résistance en Iran) collaborent étroitement avec le Pentagone et la CIA et qu’ils utilisent « une multitude d’organisations paravent pour mener des opérations de propagande et de manipulation, en vue de préparer l’opinion à une action militaire américano-israélienne contre l’Iran ».
    
En janvier 2012, cette manipulation a abouti à l’assassinat de deux savants iraniens impliqués dans le programme nucléaire de leur pays. Selon le quotidien israélien Haaretz les meurtres auraient été commis par des terroristes de l’OMPI avec l’aide du Mossad.

Bien qu’inscrite sur la liste des organisations terroristes par les Etats-Unis en 1997 et par l’Union Européenne en 2002, l’OMPI a toujours poursuivi ses activités en Occident, sans trop de tracasseries. On comprend pourquoi son nom a finalement été retiré de la liste noire.

Profession : hypocrites…

L’intervention du prince Turki à la conférence annuelle des Moudjahidine signifie qu’ils sont passés de la coupe de l’Irak du temps de Saddam Hussein sous celle, cette fois, de l’Arabie Saoudite et cela ne présage rien de bon. Cette nouvelle alliance – ou subordination – les met au service d’un royaume féodal wahhabite, corrompu, qui considère les chiites comme des mécréants à annihiler. Elle explique ainsi les nombreuses défections qui se sont produites dans les rangs des membres de l’OMPI libérés de 13 ans d’enfermement au Camp Achraf, puis Liberty.

Il faut être musulman pour bien comprendre la signification du mot Monafiqin – hypocrites – c’est-à-dire gens se disant croyants, mais faisant l’inverse de ce que dicte le Coran. Cette accusation colle à la peau des Moudjahidine depuis qu’elle a été portée contre eux par l’imam Khomeiny.

Pour ce qui nous concerne, force est de constater que le comportement des Moudjahidine du Peuple, au moins depuis les guerres du Golfe, est amoral. La définition de l’hypocrisie dans le dictionnaire Larousse est la suivante: « Attitude consistant à dissimuler son caractère ou ses intentions véritables, à affecter des sentiments, des opinions, des vertus qu’on n’a pas, pour se présenter sous un jour favorable et inspirer confiance ».
 Elle leur convient à merveille.

Par Gilles Munier (en collaboration avec Hamed Ghashghavi à Téhéran)

Source: France-Irak-Actualité.

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