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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:52

Le coût des conflits au Moyen-Orient

Publication: Mis à jour: 

 

Cette semaine, tandis que les principaux dirigeants mondiaux se rendent à New-York pour assister à l'Assemblée générale des Nations Unies, nous voyons défiler sans cesse les images de villes ravagées par la guerre au Moyen-Orient et en Afrique du Nord, ainsi que d'exode massif de populations à la recherche d'un sanctuaire et de possibilités de subsister.

Cette région compte plus de 20 millions de personnes déplacées auxquelles s'ajoutent 10 millions de réfugiés -- un désastre sans précédent depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. Il est difficile de se rendre compte de l'immensité des coûts humains de ces conflits.

Les conséquences économiques sont considérables aussi. Une bonne partie du capital productif dans les zones de conflit a été détruite, les pertes de richesses personnelles et de revenus sont énormes, et le capital humain se détériore du fait du manque d'emploi et d'éducation.

Il sera demandé au FMI, ainsi qu'à la communauté internationale, de contribuer à la reconstruction des économies lorsque les conflits prendront fin. Nous avons donc examiné plus en détail les problèmes économiques que ces conflits entraînent, ainsi que les possibilités qui s'offrent aux dirigeants pour gérer le redressement post-conflit.

Permettez-moi de citer trois conclusions importantes d'une étude des services du FMI qui a été publiée aujourd'hui.

Premièrement, le coût économique des conflits est considérable. Outre la perte tragique de vies humaines et les destructions matérielles, la guerre et les luttes intestines dans des pays comme l'Irak, la Libye, la Syrie et le Yémen ont encore augmenté le niveau, déjà élevé, de la pauvreté et du chômage; elles les ont aussi rendus encore plus fragiles, effaçant pour une génération entière les progrès antérieurs du développement. En Syrie, par exemple, le taux de décrochage scolaire a atteint 52 % en 2013 et l'espérance de vie est passée de 76 à 56 ans.

Les conflits ont aussi accéléré l'inflation, dégradé la situation budgétaire et financière, entraîné de graves récessions et affaibli les institutions. En Syrie, par exemple, après quatre années de combats acharnés, le PIB est estimé à moins de la moitié du niveau de 2010, avant le conflit, tandis que l'inflation a bondi à près de 300 % en mai 2015 (dernier mois pour lequel des données sont disponibles). Au Yémen, pendant la seule année 2015, le PIB aurait baissé de 25 à 35 %. Ces chiffres donnent le vertige. Les conflits laissent des traces profondes. Nous estimons que, même avec un taux de croissance annuel relativement élevé (4,5 %), il faudrait plus de 20 ans à la Syrie pour retrouver seulement son PIB de 2010.

Les conflits débordent les frontières nationales. Ils ont de sérieuses répercussions sur les pays voisins tels que la Jordanie, le Liban, la Tunisie et la Turquie ainsi qu'au-delà (voir graphique). Ces pays sont confrontés à des degrés divers à la difficulté d'accueillir l'afflux de réfugiés, mais aussi à l'affaiblissement de la confiance, de la sécurité et de la cohésion sociale. Tout cela pèse sur la qualité des institutions et leur aptitude à entreprendre des réformes économiques indispensables.

chart_lagarde

Deuxièmement, des mesures appropriées peuvent limiter l'incidence immédiate d'un conflit:

  • Sauvegarder les institutions économiques. L'expérience montre qu'en temps de guerre, assurer la continuité des institutions administratives essentielles -- par exemple les agences budgétaires et la banque centrale -- permet le maintien de services vitaux pour la population. Elles versent des salaires, assurent les services de santé et d'autres encore.
  • Fixer des priorités de dépenses. Les conflits aggravent les tensions budgétaires. Les charges de sécurité et de défense augmentent au moment où les recettes chutent. Dans ces conditions, il est indispensable de hiérarchiser les dépenses pour maintenir les services essentiels, dont la fourniture d'abris, qui protègent les plus vulnérables.
  • Assurer la stabilité macroéconomique. Les déséquilibres budgétaires et extérieurs augmentent pendant les conflits, et les banques centrales tendent à jouer un plus grand rôle dans le financement des États et de l'activité économique, comme cela s'est passé au Yémen et en Libye. Il est possible que l'accélération de l'inflation et la baisse des réserves de change qui en résultent exigent de recourir à des instruments non traditionnels et à des mesures administratives pour maintenir un certain degré de contrôle macroéconomique.

Troisièmement, les partenaires extérieurs, dont le FMI, doivent tous aider les pays à faire face aux conflits et, finalement, à en surmonter les conséquences. La priorité est d'atténuer la souffrance humaine et de satisfaire les besoins pressants des victimes des conflits.

Le FMI a largement contribué à cet effort -- par exemple en prévoyant des dépenses pour l'accueil des réfugiés ou des dépenses de sécurité dans nos programmes avec l'Irak, la Jordanie et la Tunisie, et en offrant des conseils et des activités de renforcement des capacités dans toute la région.

Nous espérons aussi catalyser un soutien supplémentaire des donateurs pour les pays accueillant des réfugiés. Lors de la conférence sur l'aide à la Syrie et à la région qui s'est déroulée à Londres en février dernier, les donateurs se sont engagés à financer les activités humanitaires et de développement à hauteur de 5,9 et de 5,5 millions de dollars pour 2016 et 2017-20, respectivement. Même si toutes ces promesses sont tenues, cela ne suffira pas, compte tenu de l'ampleur de la crise. Par ailleurs, tous les financements devraient prendre la forme de dons et de prêts concessionnels pour réduire la charge financière des pays bénéficiaires.

À plus long terme, la priorité est d'accroître l'aide au développement afin de reconstruire les infrastructures et les institutions et, plus largement, de renforcer la résilience économique et sociale de toute la région. Sur ce point aussi, le FMI est prêt à apporter son aide -- avec un arsenal d'outils macroéconomiques et une expérience acquise au fil de nombreuses années de travail dans des zones post-conflit de par le monde.

La communauté internationale a la responsabilité majeure d'aider les pays de la région à faire face cette situation. Nous sommes prêts à jouer notre rôle.

Page d'accueil du blog iMFdirect : http://blog-imfdirect.imf.org/

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:46

En Syrie, l'armée de Bahar Bachar el-Assad déclare la "fin" de la trêve

Publication: Mis à jour: 
SYRIE

 

 

SYRIE - La trêve était fragile, elle est terminée. L'armée syrienne a déclaré lundi 19 la "fin" de la trêve des opérations militaires qu'elle avait décrétée le 12 septembre pour sept jours, en accusant les rebelles de ne pas l'avoir respectée.

"L'armée syrienne annonce la fin du gel des combats qui a débuté à 19H00 le 12 septembre conformément à l'accord Etats-Unis/Russie", a-t-elle indiqué dans un communiqué publié par l'agence d'Etat Sana. Ce texte accuse les groupes rebelles de "n'avoir pas respecté une seule disposition" de l'accord.

Depuis quelques jours, le président syrien Bachar al-Assad accuse les Etats-Unis d'avoir commis une "agression flagrante" en menant samedi 17 un raid contre son armée à Deir Ezzor, dans l'est de la Syrie. Dans cette atmosphère délétère, les tirs ont repris dans la ville d'Alep, divisée depuis quatre ans entre quartiers rebelles et gouvernementaux, et des combats ont lieu à la périphérie de Damas.

Quant à l'acheminement de l'aide humanitaire vers les villes assiégées, il se fait au compte-goutte et rien n'était prévu lundi pour approvisionner les quartiers rebelles d'Alep, pourtant une priorité absolue selon l'accord de cessez-le-feu.

La trêve devrait donc se terminer lundi 19 vers 19 heures.

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19 septembre 2016 1 19 /09 /septembre /2016 15:42

Un suspect arrêté dans l'enquête sur l'explosion de Chelsea et les autres bombes trouvées à New York et dans le New Jersey

Publication: Mis à jour:

EXPLOSION CHELSEA

 

 

ÉTATS-UNIS - La chasse à l'homme aura tenu les Américains en haleine pendant plusieurs heures. Les forces de l'ordre ont finalement arrêté lundi 19 septembre le suspect recherché dans l'enquête sur les attaques du week-end à New York et dans le New Jersey.

La police de New York avait lancé plus tôt dans la journée un avis de recherche contre cet homme de 28 ans, Ahmad Khan Rahami, qu'elle voulait interroger à propos de l'explosion d'une bombe à New York samedi soir qui a fait 29 blessés dans le quartier de Chelsea.

Le maire de la ville Bill De Blasio, interrogé sur la chaîne de télévision CNN, avait précisé que l'homme pouvait "être armé et dangereux". Ahmad Khan Rahami est d'origine afghane, naturalisé américain, et réside dans le New Jersey, État voisin de New York.

"Nous avons besoin que les gens nous aident. Quiconque aurait des informations sur cette affaire, il nous les faut maintenant", a déclaré le maire de New York Bill De Blasio sur ABC.

Des sources proches de l'enquête ont indiqué à NBC News que l'homme pourrait être celui apparaissant sur les vidéos de caméra de surveillance de New York, après l'attaque de samedi soir. "D'autres preuves" portent à croire que l'homme est lié à cette attaque. Un e source policière a ainsi indiqué à NBC News que l'homme "ne faisait rien pour se cacher virtuellement".

Cet avis de recherche est lancé après un week-end qui a vu plusieurs attaques se produire aux États-Unis. Le FBI a d'ailleurs confirmé lundi que l'homme était recherché dans le cadre des enquêtes sur New York et de Seaside Park, dans le New Jersey, où une bombe a également explosé samedi sans faire de victime. Une source policière a indiqué à Fox News que les engins explosifs utilisés à New York et à Seaside Park ont été fabriqués par la même personne.

La police n'a pas précisé si le même homme pouvait également être recherché après la découverte dimanche soir d'engins explosifs à Elizabeth, toujours dans le New Jersey, mais la connexion entre les différents événements semble de plus en plus probable. L'avis de recherche concernant Ahmad Khan Rahami indique en effet que sa "dernière adresse connue" est située à Elizabeth. Fox News indique que son domicile, où une opération de police a été menée lundi matin, se situe à moins de 2 km de l'endroit où ont été découverts les engins explosifs.

Cocotte minute et illuminations de Noël

Plus d'une dizaine d'engins explosifs ont été trouvés à New York et dans le New Jersey en moins de 24 heures. En début d'après-midi samedi, une bombe artisanale a explosé, sans faire de victimes, dans la ville de Seaside Park, à une vingtaine de kilomètres de New York dans le New Jersey, sur le parcours d'une course à pied organisée par les US Marines, à laquelle participaient des centaines de coureurs. Elle n'a pas fait de victimes car la course avait été retardée. Trois autres bombes à retardement ont été retrouvées sur place, qui n'avaient pas fonctionné.

Dans la soirée, une autre bombe a fait 29 blessés dans le quartier très fréquenté de Chelsea, à New York. La police a trouvé une deuxième bombe artisanale, qui n'a pas explosé, près du lieu de l'explosion à Manhattan. Selon la chaîne de télévision CNN, les enregistrements de vidéosurveillance obtenus par les autorités montrent un même homme près du lieu de l'explosion et près de la bombe qui n'a pas explosé.

 

"Le gouverneur (Andrew Cuomo) et le maire de New York (Bill de Blasio) examinent la poubelle dans laquelle a été placée la charge explosive à Chelsea"

Comme celle qui a été actionnée quelques rues plus bas, elle était composée d'une cocotte minute, munie d'un téléphone à clapet, d'illuminations de Noël, de matière explosive et remplie de fragments métalliques, selon le quotidien New York Times, citant dimanche soir des responsables des forces de sécurité.

Ce type de bombe, très répandu, a déjà été utilisé lors des attentats du marathon de Boston en avril 2013, qui avaient fait trois morts et 264 blessés.

Dimanche soir, plusieurs engins explosifs ont encore été trouvés dans un sac à dos aux abords de la gare d'Elizabeth, dans le New Jersey, État limitrophe de New York, aux abords d'une gare qu'empruntent les passagers qui se rendent à l'aéroport de Newark, à moins de 30 kilomètres de Manhattan. Selon l'agence américaine AP, les engins explosifs seraient au nombre de cinq. L'une des bombes a explosé au moment où un robot démineur les examinait.

"La première attaque terroriste d'envergure depuis le 11 septembre"

Cinq personnes ont été arrêtées dimanche soir, sur le pont Verrazano Bridge à New York, en lien avec l'explosion de Chelsea, mais aucune n'a été inculpée.

Les autorités n'ont pour l'heure pas confirmé que ces attaques ou tentatives d'attaques avaient été coordonnées, mais cette série de découvertes relance le débat sécuritaire dans la campagne présidentielle entre la démocrate Hillary Clinton et le républicain Donald Trump. La première a demandé lundi plus d'efforts en matière de renseignement, expliquant que la menace terroriste était "réelle, notre détermination aussi". "Nous allons devoir être très durs", a quant à lui réagi Trump sur Fox News lundi matin: "Nous avons été faibles, notre pays a été faible. Nous avons laissé entrer des dizaines de milliers de personnes".

"C'est probablement la première attaque terroriste d'envergure depuis le 11 septembre" à New York, a ainsi estimé l'ancien chef de la police Bill Bratton sur NBC.

Ce débat est aussi ravivé par l'attaque perpétrée samedi soir dans le Minnesota, où un homme a blessé neuf personnes à l'arme blanche dans un centre commercial avant d'être abattu, une attaque revendiquée le lendemain par le groupe jihadiste État islamique.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 16:47

Ce sac en arabe est une belle réponse humoristique à l'islamophobie

Meanwhile in a Berlin metro.... The text on the bag reads:

"This text has no other purpose than to terrify those who are afraid of the Arabic language."

TENDANCE – "Ce sac n'a pas d’autre but que d'effrayer ceux qui ont peur de l'arabe". Cette phrase a fait le tour des réseaux sociaux. Publiée mardi 16 août par un journaliste sur Facebook, une photo montre un homme dans le métro de Berlin qui arbore un sac de toile sur lequel est écrit cette phrase, traduite de l’arabe.

Très rapidement, sa photo est devenue virale. Moins de 24 heures après sa diffusion, l’image a été partagée des dizaines de milliers de fois.

 

Ce sac est l’oeuvre du studio graphique Rock Paper Scissors installé à Haïfa en Israël qui crée et produit des vêtements et des accessoires. Pour Sana Jammalieh et Haitham Charles Haddad qui vendent ce sac 20 shekels (4,6 euros), l’objectif est de réintroduire la langue arabe dans le quotidien des Palestiniens de Haïfa, troisième ville d’Israël qui abrite une grande communauté arabe.

"C'est notre langue, ce que nous sommes, et nous pensons qu’elle devrait faire partie de notre paysage urbain", expliquent-ils au média australien SBS. L’arabe est une des deux langues officielles du pays avec l'hébreu.

Le slogan a pour but d'ironiser sur les peurs des gens tout en dénonçant un climat islamophobe dans le monde. "Aujourd’hui, chez nous, quiconque porte un t-shirt écrit en arabe porte aussi un message politique", ajoutent-ils.

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18 août 2016 4 18 /08 /août /2016 16:41

Les renseignements livrent à Donald Trump ses 1ers dossiers confidentiels pour le préparer à la présidence

DONALD TRUMP
Les renseignements livrent à Trump ses 1ers dossiers top secrets pour le préparer à la présidence | Reuters

ÉTATS-UNIS - Donald Trump s'est rendu mercredi 18 août dans les locaux du FBI à New York pour assister à sa première réunion d'informations top secrètes, une étape par laquelle doivent passer les candidats qui pourraient accéder à la Maison Blanche.

Selon NBC et le New York Times, le candidat républicain était accompagné pour l'occasion du gouverneur du New Jersey Chris Christie et le général à la retraite Michael Flynn. De quoi laisser à penser que ces deux proches du milliardaire pourraient faire partie de l'administration Trump s'il venait à l'emporter le 8 novembre prochain.

La première des deux à trois réunions prévues avant l'élection était organisée par le bureau du directeur du renseignement américain mais s'est déroulée dans les locaux du FBI pour des raisons de sécurité, explique ABC. Les bureaux de Manhattan du Federal Bureau of Investigation disposent en effet de salles sécurisées nécessaires pour ce type d'échanges confidentiels.

Ces séances, qui ont pour but de préparer les candidats à la fonction suprême en cas de victoire à l'élection de novembre, détaillent en majeure partie l'état des menaces mondiales qui pèsent contre les États-Unis. Hillary Clinton, actuellement en campagne dans l'Ohio (nord-est du pays), devrait y participer dans les semaines à venir.

La priorité: une transition sans heurt entre les deux présidents

Si certains dossiers confidentiels sont abordés, ABC assure que ces briefings ne sont pas l'occasion de divulguer les secrets les plus importants du pays, en particulier en ce qui concerne les différentes sources de renseignements, les méthodes employées ou les opérations en cours.

Voir Donald Trump accéder à ce type d'informations sensibles avait particulièrement inquiété de nombreux démocrates, y compris Barack Obama, alors que le milliardaire se vantait en plein meeting début août d'avoir visionné des images militaires prouvant le paiement à l'Iran d'une rançon de 400 millions de dollars.

Une affirmation, fortement démentie par Washington et sur laquelle Trump avait fait marche arrière quelques jours plus tard, qui avait mis en avant l'impulsivité du candidat. Lors d'une conférence de presse, le président américain avait lancé que pour accéder au Bureau ovale il fallait savoir "se comporter comme les présidents et pouvoir assister à ces briefings sans en révéler le contenu".

Les renseignements ont cependant assuré de n'avoir aucun doute sur la tenue de ces réunions, l'important étant de préparer les candidats potentiels pour que la transition se fasse sans heurt et qu'il était possible de mener ces briefings tout en protégeant les informations les plus sensibles. 

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 12:37

Comment oser instrumentaliser Dieu?

 

a religion peut-elle devenir en ce siècle une arme de guerre ? Le peut-elle sans se dénaturer, sans perdre par là même sa dignité première qui consiste à détacher l'homme de sa matérialité quotidienne pour le mettre au contact d'un autre règne, d'un autre ordre, le spirituel. Ce qui veut dire que tout mouvement, toute idéologie qui méconnait cette vérité de base perd eo ipso le droit de parler au nom d'une religion. Il ne parle plus qu'au nom d'une idéologie qui usurpe les oripeaux du sacré...

En ce XXIe siècle où les tensions communautaires sont exacerbées, il importe de rappeler que toute religion digne de son nom est amour, que la divinité qui la garantit, est une divinité d'amour qui réprouve le meurtre commis en son nom. Quand on fait de la religion une arme on sombre dans l'idéologie, donc dans l'irréligion. Et ce sont toujours des religieux qui se rendent coupables de tels méfaits. Que la morale la plus élémentaire, celle qui est enfouie au fond de tout cœur authentiquement humain, rejette sans appel. On n'a jamais parlé de l'universalité de la loi religieuse mais bien de l'universalité de la loi morale et donc de l'éthique. Souvenons nous de l'épitaphe que Kant, l'auteur de la Religion dans les strictes limites de la raison s'était choisie : "le ciel étoilé au-dessus de ma tête et la loi morale gravée dans mon cœur". A elle seule, cette phrase pèse bien plus que le Décalogue qui interdit, entre autres, de tuer. Et c'est le plus important.

Dans Totalité et infini (Dieu) le philosophe français Emmanuel Levinas évoque la lumière du visage d'autrui, autrui qui nous regarde sans ruse ni faux-fuyant et dont l'expression nous implore silencieusement de cesser notre joyeuse prise de possession de l'univers ; ce regard désarmé incarne l'injonction citée ci-dessus ; tu ne tueras point...

Depuis le Moyen Age la pensée humaine a été confrontée à cette difficile cohabitation entre deux vérités : celle des Ecritures, plus ou moins correctement comprises, et celle de la spéculation philosophique. Même l'Europe chrétienne a dû se plier à ce difficile exercice : unité ou dualité de la pensée ? Dieu d'Abraham ou Dieu d'Aristote ? Même un théologien aussi puissant que Thomas d'Aquin ou Albert le Grand ont dû composer avec cette double allégeance : la foi et la raison... Il est vrai que d'après un verset du livre de l'Ecclésiaste, les deux ont été remises à l'humanité par un seul et même berger. Partant, elles ne s'opposeraient qu'en apparence et seraient condamnées à s'entendre.

On attribue généralement quoiqu'abusivement le mouvement libérateur et consolateur des Lumières au seul XVIIIe siècle, le siècle de la Raison. Mais on commettrait une lourde erreur en omettant les Lumières du Moyen Age, celles de Maître Eckhart, de Thomas d'Aquin, de Maimonide et d'Averroès : tous, absolument tous, on victorieusement résisté au fanatisme religieux, plaçant au-dessus de la Révélation, ou à ses côtés, une approche humaniste qui inspirera la conscience morale de l'individu, une conscience promue au rang d'arbitre suprême. Avant d'agir, l'homme, croyant ou incroyant, examinera par lui-même les conséquences morales de son action : agit-il avec raison, conformément aux devoirs dictés par sa conscience morale ? C'est ainsi qu'il doit agir, s'il veut respecter le caractère universel de l'éthique, laquelle ne statue jamais de distinction entre les bonnes et les mauvaises croyances mais entre les bonnes et les mauvaises actions.

On l'oublie souvent mais un certain nombre de textes religieux inspirés par la Bible, les Evangiles ou le Coran, ont fait souche dans nos sociétés contemporaines et que même le droit romain, dit le père de tous les droits, y a pioché indirectement.

L'exemple le plus emblématique de ces multiples emprunts se trouve dans le chapitre XVIII du livre d'Ezéchiel, le prophète d'Israël qui accompagne son peuple en exil à Babylone. Ce devin dut faire face à un vaste mouvement d'opinion qui s'était cristallisé autour d'un apologue assez subversif à l'encontre de Dieu : Les pères ont mangé des raisons amers mais ce sont les dents des enfants qui en furent agacés... On retrouve le même adage dans le livre de Jérémie, un prophète plus âgé qu'Ezéchiel. Qu'est-ce à dire ? C'est très simple : les exilés se plaignaient de la chose suivante : ce sont nos pères qui se sont rebellés contre Dieu mais ce sont nous, les fils, les innocents qui en supportons les conséquences. Nous sommes punis à leur place !

Dans sa réponse d'une grande clarté et d'une pédagogie exemplaire, Ezéchiel jette les bases de ce que les historiens et les anthropologues nommeront l'individualisme religieux. En d'autres termes, les pères ne paieront pas pour les péchés des fils ni les fils pour les péchés des pères. Seule l'âme pécheresse aura des comptes à rendre. Et ce n'est pas un philosophe païen de la Grèce antique qui a découvert ce principe moral qui gît au fondement même de toute vie morale...

Les philosophes-herméneutes des trois monothéismes ont montré que penser en s'adressant à l'ensemble du genre humain revenait à philosopher. C'est la raison pour laquelle les meilleurs d'entre eux ont conceptualisé les enseignements de leurs Saintes Ecritures : ils ont partout montré, voire démontré que l'humanité est partout la même, bien que sa culture soit diverse et variée. Averroès l'a fait, lui qui a repris sans problème l'héritage culturel et intellectuel de l'hellénisme tardif ; il fut rejoint ou précédé en cela par son contemporain juif, natif, comme lui, de Cordoue, qui érigea la pensée d'Aristote en arbitre suprême de sa spéculation. Chez Maître Eckhart, des spécialistes aussi éminents que Kurt Flash ont décelé une profonde influence des écrits de Maimonide et d'Averroès... Intéressant : un musulman et un juif, contrebutent à l'établissement de la mystique rhénane si intrinsèquement chrétienne !

Mais ce sont les penseurs musulmans du Moyen Age qui ont le plus et le mieux, et bien avant les autres, illustré cet humanisme qui doit devenir le frère jumeau de la foi : Abou Bakr ibn Tufayl (ob. 1185) dans son roman philosophique Hayy ibn Yaqzan (Vivant fils de l'éveillé). Dans cette épître d'une rare beauté, le médecin-philosophe de Marrakech nous présente un humain qui n'a jamais rencontré de congénère avant l'âge adulte, qui n'a jamais été catéchisé mais qui a pu s'élever à la sagesse contemplative de Dieu et de l'univers en comptant exclusivement sur ses propres forces. Donc sans révélation divine ni tradition religieuse.

Rendez vous compte ! A la fin du XIIe siècle, un médecin, amoureux de la sagesse et de la paix, pratique une si profonde critique des traditions religieuses ; en milieu chrétien il faudra attendre quelques siècles pour qu'arrivent l'humanisme et la réforme, préalables à un retour généralisé aux sources du savoir...

Je finirai par une citation, non pas de Spinoza qui a pourtant rédigé son Traité théologico-politique pour dénoncer justement les empiétements de la fausse religion, mais de Gottlob Ephraïm Lessing, l'ami de Moïse Mendelssohn, l'auteur de Nathan le Sage. Il met dans la bouche de Dieu cette phrase immortelle : je n'ai jamais souhaité que tous les arbres de la forêt aient la même écorce... Ce qui signifie que les hommes sont peut-être différents les uns des autres mais que leur humanité, leur vraie matière, (leur vrai bois) est partout la même...

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28 juillet 2016 4 28 /07 /juillet /2016 12:32
Jean-Christophe Lagarde Headshot

Allons nous perdre la guerre contre la barbarie?

 

Après les attentats de 2015, ceux qui ont été évités ou ont échoué en 2016, et ceux qui malheureusement viennent encore de nous frapper à Nice et à Saint-Etienne du Rouvray, c'est la question que chaque citoyen, chaque responsable politique, chaque relais médiatique devrait se poser.

Et la réponse est hélas que c'est devenu possible.

Pourtant, il n'y a aucun risque que les barbares de Daech n'envahissent notre territoire national. Pourtant ils sont militairement en train de perdre un à un les bastions d'où ils propagent leur idéologie nihiliste et d'où ils préparent leurs attaques contre le monde civilisé. Pourtant, leur recrutement recule et leurs moyens d'actions terroristes deviennent de moins en moins organisés et de plus en plus diffus.

Mais pourtant, après chaque attentat on voit dans les réactions (ou l'absence de réaction) politiques, on mesure dans le déchainement des excités sur les réseaux sociaux, on entend des réflexions dans la population qui montrent que nous entrons chaque jour un peu plus dans le piège que nous tend l'ennemi.

Nous sommes un grand peuple, nourri par une longue histoire, fort de valeurs universelles qui ne sont contestées que par des marginaux, disposant d'une puissance économique et militaire sans commune mesure avec cet ennemi, cette idéologie politique qui se cache derrière le dévoiement d'une religion.

Cet ennemi sait pertinemment qu'il n'a pas les moyens de nous affronter et de l'emporter. Alors sa seule chance, sa seule véritable stratégie c'est que nous nous affrontions nous-mêmes.

Et cela c'est hélas devenu possible. Car ce grand peuple français que nous constituons n'est plus dirigé au moment même où nous sommes attaqués dans une guerre dont nous ne sommes pas coutumiers, dont on n'explique pas les causes et pour laquelle nos dirigeants ne mobilisent pas notre Nation qui a pourtant tous les ressorts pour vaincre. Et c'est hélas la responsabilité de la majorité en place comme de l'opposition. Je devrais dire des oppositions.

Le pouvoir en place se contente d'une lutte policière en dedans, d'une guerre militaire en dehors et de commémoration et de compassion chaque fois qu'on nous frappe. L'opposition démocratique, à l'approche de la présidentielle, a commencé à chercher des responsables de nos maux, au lieu de participer à l'élaboration de solutions. Quant à l'extrême droite, elle s'abandonne avec délice à ses rêves de guerre civile ou de religion en espérant que le pays s'y laissera entraîner. Sur ce dernier point les réseaux sociaux sont effrayants.

Pourtant, il suffit de connaître et comprendre la stratégie de l'ennemi pour la combattre et la vaincre en évitant de s'en faire les complices involontaires, les acteurs de notre propre défaite. Ils veulent nous diviser, créer une guerre de religion, une guerre civile chez nous, comme ils ont su le faire avec succès chez eux. Il ne tient qu'à nous, à chacun d'entre nous, à nous tous qui portons ce beau titre de citoyen de conserver la tête froide là où le but de chaque attaque est de nous la faire perdre. Il ne dépend que de nous (et je sais que c'est difficile, pour moi y compris, devant tant d'images d'horreurs barbares) de réfléchir au meilleur moyen de les combattre au lieu de réagir avec nos sentiments légitimes. Il n'est qu'en nous ce pouvoir de résilience (c'est à dire de résister ensemble aux chocs, à surmonter ces épreuves qu'on nous inflige) dont dépendra uniquement notre défaite ou notre victoire.

Pour faire grandir notre résilience au fur et à mesure des attaques que nous subissons, les acteurs politiques de la majorité comme de l'opposition ont une lourde responsabilité : définir et partager une stratégie de guerre. Une stratégie commune, partagée, d'autant plus que des échéances approchent et qu'une alternance est possible. Or notre stratégie, notre effort de guerre ne doivent pas être interrompus, affaiblis ou modifiés en fonction de résultats électoraux. Ce serait le meilleur cadeau à faire à nos ennemis qui n'ignorent rien de nos débats, de nos faiblesses.

Or de stratégie, dans cette guerre, la France n'en n'a pas. Si on ne peut pas reprocher au Chef de l'Etat chaque attentat, car tous ne sont et ne seront pas évitables, le peuple français a besoin que le Président de la République devienne un véritable chef de guerre. Qu'on l'aime ou qu'on ne l'aime pas, François Hollande est le Chef de l'Etat, le chef des Armées, le père de la Nation pour encore presqu'un an. C'est à lui que revient le rôle d'établir une stratégie, de la faire partager et de mobiliser la Nation derrière elle. Il a le devoir d'expliquer à chaque Français pourquoi nous livrons cette guerre afin que nos morts prennent du sens. Il a la responsabilité de mobiliser les citoyens pour leur permettre d'être acteurs de notre sécurité collective au lieu de n'être que spectateurs et victimes potentielles des massacres. Il est seul à pouvoir montrer que la France n'est pas seule à être attaquée mais qu'elle l'est parce que nous avons laissé grandir de lourdes failles éducatives, sociales et morales dans notre pays.

Pour gagner, nous ne pouvons nous contenter de renforcer les lois anti-terroristes, même si c'est utile. Pour l'emporter, nous ne pouvons éviter le débat idéologique de la supériorité de notre vision humaniste et émancipatrice de la société face à une barbarie nihiliste. Pour vaincre, il faut une stratégie globale; militaire hors de nos frontières, une politique sociale, religieuse, policière à l'intérieur de notre territoire et un combat idéologique assumé face à l'obscurantisme.

C'est faute de cette stratégie partagée que j'ai demandé un débat au Parlement à la rentrée pour que nous en dressions une, enfin.

A l'heure où Daech constate ses revers militaires qui le conduiront à sa perte, on voit aussi que la stratégie d'attentats s'accélère, se diversifie, se généralise dans l'espoir de nous diviser, de faire éclater notre société.

Il est donc urgent que notre effort militaire soit intensifié en Irak, en Syrie, au Sahel afin de ne laisser aucun sanctuaire, aucune ressource logistique et médiatique à ces attaques. Il est primordial de se fixer des priorités, parmi lesquelles un accord avec la Russie et l'Iran sur l'avenir de la Syrie (même si celui-ci ne nous plaît pas), afin d'assurer une sortie politique à une future victoire militaire là-bas. Il importe aussi qu'on clarifie sur qui compter dans ce combat tant, par exemple, la Turquie qui est censée être notre alliée est ambiguë face à cet ennemi.

Il est indispensable que nos policiers, nos gendarmes, nos militaires, soient soutenus en permanence par les Français, et pas seulement lors d'attentats. Il est essentiel de constituer une Garde Nationale pour permettre à tous les citoyens volontaires de participer à notre sécurité collective au lieu de ne pouvoir que subir et de voir monter la colère. Elle permettrait de mieux sécuriser ces milliers de moyens de transport, d'installations industrielles, de centre commerciaux, d'écoles, de lieux de culte, que nos admirables forces de l'ordre ne peuvent suffire à protéger. En même temps, elle canaliserait l'énergie et la générosité dont les français font preuve après chaque attaque.

Il est urgent que les passerelles entre nos services de renseignements français, mais aussi avec les autres pays alliés soient améliorées. Il est nécessaire de hiérarchiser la réponse apportée aux individus fichés "S" en fonction du degré de dangerosité estimé, et d'expulser tout étranger qui présenterait un risque pour la paix civile. Dans le même temps, il faut avoir le courage de restreindre les libertés de nos concitoyens qui font allégeance à l'ennemi ou participent à sa propagande, y compris en interdisant le retour en France de ceux qui sont partis rejoindre Daech. C'est aussi le rôle de l'Etat, ainsi que je l'avais demandé au Président de la République en janvier 2015, d'obtenir, voire d'imposer, l'organisation d'un Islam de France afin d'avoir enfin des interlocuteurs fiables et réguliers.

Il est important qu'aient lieu dans chaque école, dans chaque entreprise ou administration, dans chaque commune des explications et des débats pour expliquer les causes de cette guerre, les raisons pour laquelle nous la livrons, la stratégie ennemie et la notre, c'est à dire le devoir de chacun. Il est tout aussi important que la sphère médiatique, particulièrement à l'heure de l'information permanente, reconsidère son rôle dans ce combat, cède moins à la sensation et se recentre sur l'explication, car elle partage, au delà de ses intérêts commerciaux, ces valeurs fondamentales que nous défendons.

La liste serait encore longue de ce que nous avons à faire, notamment pour résorber les fractures sociales et éducatives qui fournissent aux barbares de la chair à canon qui a souvent grandi ici, cependant que les candides et les démagogues disent vouloir nous protéger par des douaniers. Mais ce débat, ce partage d'une stratégie est désormais urgent. Sinon les Français peuvent perdre la tête et, tel un taureau face à la "muleta", se précipiter là où les tueurs nous attendent.

C'est parce que je refuse les polémiques stériles et indécentes qui font le jeu ennemi, c'est parce que j'ai confiance dans l'intelligence et la force de notre peuple pour peu qu'on lui explique, que j'appelle à ce débat sans procès entre nous, seulement à la recherche de nos solutions.

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7 juillet 2016 4 07 /07 /juillet /2016 09:38

 

Elie Wiesel a marqué nos vies de par son inlassable action pour défendre les droits de l'homme de par le monde

 

"Ceux qui ne connaissent pas l'histoire s'exposent à ce qu'elle recommence", disait Elie Wiesel, rescapé des camps d'Auschwitz et de Buchenwald. Ce fut l'engagement d'une vie, de toute sa vie, qu'il a passée à arpenter le monde pour mettre des mots sur l'innommable, l'indescriptible, l'indicible vie des camps où ont péri ses parents et sa sœur, et avec eux six millions d'âmes.

Dans La Nuit, il a témoigné avec des mots si forts et si touchants de la cruauté des camps, la faim, le froid, la torture, mais aussi l'obstination à ne pas perdre sa dignité d'homme et la culpabilité de n'avoir su ou pu accompagner son père au crépuscule de sa vie. Il y raconte cette nuit qu'il n'oubliera jamais, le silence et les volutes de fumée, l'obscurité qui recouvre le monde car elle a déjà recouvert le cœur des hommes. Il en tire une obligation de vigilance, un devoir, non pas seulement de mémoire, mais d'attention aux signaux faibles du monde, comme un écho au verset du Prophète Isaïe: "Veilleur, où en est la nuit? Veilleur, où donc en est la nuit?" (XXI, 11).

Parce que la peur ne l'a jamais quitté, qu'un jour, le monde oublie ou ne banalise la Shoah, Elie Wiesel a dédié sa vie à l'éducation des jeunes générations, à la transmission de ses souvenirs et de ses plus grandes craintes, pour que plus jamais personne ne vive l'enfer de son adolescence, et peut être pire encore, afin que personne ne sombre dans l'indifférence envers celui qui est nié, où que ce soit, dans sa dignité humaine.

Elie Wiesel, qui étudiait le Talmud, avait écrit en 1982 dans Paroles d'étranger: "Dieu se veut à l'origine de tous nos actes et à leur dénouement aussi. Il est à la fois question et réponse". Aussi ne puis-je m'empêcher de citer un passage talmudique qui nous enseigne qu'un juge ne doit pas être trop vieux, car il ne doit pas oublier la difficulté d'élever des enfants. Elie Wiesel avait cette capacité incroyable d'écouter et de jauger le monde, ses bienfaits comme ses travers, sans pour autant le juger, car il avait toujours le désir de nous élever.

J'ai eu le bonheur d'échanger avec lui à Reims, lors de sa venue à l'école de commerce pour une conférence et, plus encore, de retrouver pour lui et avec lui les chants de chabbat de sa jeunesse en yéchiva que Emeric Deutsch m'avait transmis. Et je l'ai vu s'ouvrir comme un livre et raconter, avec toujours un mot particulier pour chacun, anciens comme plus jeunes, et même les enfants, qu'il aimait tout particulièrement rencontrer dans les maisons de l'OSE (Œuvre de Secours aux Enfants) qui l'avait accueilli après-guerre et à laquelle il est resté fidèle bien que vivant aux Etats-Unis, en acceptant notamment de donner son nom à la maison de Taverny.

C'est là, en cette maison, qu'avec la direction et ses camarades de l'OSE, nous avons voulu lui rendre mardi dernier le seul hommage qui lui convienne, celui de l'étude. Dire ce que nous lui devons, c'est le rendre toujours présent à nos questions, à nos doutes et à nos espérances. Mais lorsque nous avons chanté, à faible voix et juste avec les anciens qui avaient partagé sa remontée à la vie, le niggun, la mélopée si prenante des mariages hassidiques qui nous venait de son monde d'hier, nous savions qu'Elie Wiesel continuerait de nous murmurer au cœur et à l'âme sa sagesse et sa force.

Elie Wiesel était certes écrivain, mais il a surtout marqué nos vies de par son inlassable action pour défendre les droits de l'homme de par le monde. "Messager de l'humanité" comme l'avait qualifié le comité Nobel qui lui remit le si prestigieux et mérité Prix Nobel de la Paix en 1986, nommé Messager pour la Paix par l'ONU en 1998, il fut un grand militant de la paix et un défenseur hors du commun des valeurs humanistes universelles.

Si sa mémoire et ses engagements ont été unanimement salués, nous pouvons garder en nous le souvenir d'un homme simple, émouvant et au grand cœur, ainsi que des formules, dont lui seul avait le secret. Celle que je conserve pieusement est: "Le contraire de l'amour n'est pas la haine, mais l'indifférence", que je cite très souvent, tant elle résonne dans mon esprit, tant elle m'inspire et m'oblige au quotidien.

Son histoire nous a bouleversés, son courage et sa simplicité aujourd'hui nous obligent, car nous sommes tous un peu ses enfants. "Celui qui écoute les témoins devient témoin à son tour" a écrit et répété Elie Wiesel. Il nous faut poursuivre inlassablement et aussi humblement que lui son œuvre et raconter toujours et encore la Shoah, car nous tous qui l'avons écouté, admiré et estimé, sommes dorénavant, collectivement, ses témoins.

Puissions- nous être dignes de son témoignage,
Puissions-nous prendre le relais et transmettre à notre tour,
Puisse la mémoire du Mensch Elie Wiesel être bénie.

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 12:12

Quatre citations d'Elie Wiesel vérifiées par la science et la philosophie

 

 

PSYCHOLOGIE - Ce samedi 2 juillet, quelques heures après l'annonce de la mort du prix Nobel de la Paix Elie Wiesel, Barack Obama lui a rendu hommage en parlant de l'une des "grandes voix morales de notre temps, et de multiples façons, de la conscience du monde". Il a aussiprécisé que son influence avait durablement marquénotre époque: "en tant qu'écrivain, conférencier, militant et penseur, il fut l'un de ceux qui ont changé le monde plus en tant que citoyen du monde que ceux qui ont gouverné."

Une plongée dans les écrits d'Elie Wiesel suffit à démontrer que cet hommage n'est pas exagéré. Nous avons choisi quatre citations de l'auteur de "La Nuit". Des citations comme des leçons de vie qui à l'éclairage de la philosophie, de la psychologie ou encore des neurosciences, prennent tout leur sens.

wiesel fanatisme

 

Comment le fanatisme se distingue de la foi? C'est par le doute. Sans doute, la croyance devient une certitude, un savoir. Le fanatique sait, il est sûr de ce savoir. "Tandis que le croyant vise l’amour de Dieu, rappelle le magazine Psychologies, le fanatique lui, sait qu’il est l’élu. Il recrée la réalité d’après ses seules convictions. Ce qui lui donne un sentiment de toute-puissance."

L'avis de la philosophie. C'est d'ailleurs ce qu'écrivait le philosophe Pascal dans son ouvrage, Propos sur des philosophes: "Il y a quelque chose de mécanique dans une pensée fanatique, car elle revient toujours par les mêmes chemins. Elle ne cherche plus, elle n'invente plus. Le dogmatisme est comme un délire récitant. Il y manque cette pointe de diamant, le doute, qui creuse toujours."

wiesel histoire

En 2014, Jacques Fredj, le directeur du mémorial de la Shoah était interrogé sur la difficulté des enseignants à traiter cette période de l'Histoire. Or, explique-t-il, il existe "un avant et un après" pour les élèves. Ils "mûrissent et certains a priori tombent. Car lorsqu’on aborde l’histoire des juifs, on en vient forcément à parler de l’antisémitisme aujourd’hui. Donc parler de la Shoah contribue à lutter contre le racisme et l’antisémitisme".

L'avis des neurosciences. Biologiquement, la connaissance laisse une vraie empreinte dans notre cerveau, elle est bonne conseillère pour nos futures prises de décision. En 2009, des chercheurs ont montré que notre expérience, notre passé nous aidaient réellement à prendre des décisions complexes lorsque celles-ci se fondaient sur des informations incertaines. Apprendre de nos erreurs change concrètement les circuits cérébraux et nous permet de catégoriser rapidement ce que nous avons sous les yeux, de prendre une décision et de réagir de la meilleure façon.

Et pourtant, individuellement et collectivement, nous répétons souvent les mêmes erreurs. Comme l'explique le philosophe Charles Pépin dans PhiloMag, si nous faisons toujours les mêmes erreurs, c'est que "cette répétition nous procure une jouissance inconsciente. [...] Nous semblons en effet assez doués pour retrouver cette situation professionnelle humiliante ressemblant comme deux gouttes d’eau à celle dont nous avons déjà souffert, pour revivre le même genre d’impasses sentimentales avec le même genre de personnes… Comme si c’était plus fort que nous. Mais à quoi revenons-nous au juste? Au connu, même si ce connu n’est pas glorieux, même si ce connu nous fait de la peine, même si nous y étouffons. Il faut croire que nous y étouffons d’une manière qui ne nous déplaît pas tant que cela, nous déplaît en tout cas moins que l’inconnu, moins que le nouveau, moins que la vie."

wiesel souffrance

Il existe une douleur empathique. C'est en observant d'autres primates que des neuroscientifiques ont fait la découverte de nos "neurones miroir", des cellules cérébrales qui s'activent quand nous sommes face à un congénère qui fait certaines actions. Face à une personne qui souffre, nous souffrons avec lui grâce à elles, comme face à une personne euphorique. Quiconque a déjà expérimenté la douleur d'un coup dans les testicules, ressentira l'agonie d'un joueur de football touché à cet endroit-là, et ressentira aussi la joie de ce joueur quand il gagne et son excitation à jouer.

L'avis de la psychologie. Par ailleurs, cette douleur empathique peut avoir des effets bénéfiques. Outre la désagréable sensation qu'elle engendre chez chacun, elle agit également comme une sorte de "colle sociale" qui assure une cohésion et une solidarité dans le groupe comme l'a montré une étude publiée en 2014. "Nos recherches montrent que la douleur est un ingrédient puissant pour produire du lien et de la coopération entre ceux qui partagent des expériences douloureuses" explique Brock Bastian de l'Université de New South Wales en Australie, co-auteur de cette étude.

neutralite wiesel

La neutralité n'empêche pas la violence, ni n'apaise un conflit lorsqu'il est déclaré.

L'avis de la psychologie. Pour le prouver, David Riviera, un professeur de psychologie américain spécialisé dans l'étude de ce qu'il appelle les "micro-agressions" s'est intéressé à l'homophobie à l'école. En 2011, un lycée du Minnesota aux Etats-Unis a fait parler de lui car dans son règlement intérieur, il était spécifié que les professeurs et le personnel devaient rester "neutres concernant les orientations sexuelles des élèves". Or, comme dans la plupart des établissements, des "micro-agressions" à l'égard des personnes appartenant à des minorités sexuelles avaient lieu. Comme le montre David Riviera, la volonté de neutralité de l'équipe dirigeante a autorisé "un environnement hostile à se développer." En voulant laisser le débat sur la sexualité hors de l'école, l'école a en fait laissé les harceleurs et oppresseurs agir. "Rester neutre en présence de violence n'est pas approprié et ne devrait pas être toléré".

Il en va de même pour le silence. Après la tuerie d'Orlando, de nombreuses voix se sont élevées pour dénoncer le silence de certains hommages aux victimes sur le caractère homophobe et transphobe de cette tuerie. Dans une émouvante tribune, Darnell L Moore, un journaliste américain pour Mic., s'est insurgé, rappelant que "le silence peut être violence, c'est pourquoi nous devons parler de la tuerie d'Orlando. [...] Le silence nourrit le type de culture qui transforme chacun d'entre nous en des personnes qui s'en prennent aux personnes LGBT. Le tireur isolé qui a tué 49 personnes au Pulse a été façonné par notre culture. Si nous restons silencieux devant cette vérité, nous aurons plus de raisons encore de nous lamenter dans le futur."

Difficile de faire un choix dans les citations d'Elie Wiesel tant elles résonnent toutes. En voici quelques unes supplémentaires pour poursuivre la réflexion:

"Un être humain est libre, non quand l'autre ne l'est pas, mais quand l'autre l'est aussi."

"À Auschwitz, dans les cendres, s'éteignirent les promesses de l'homme."

"La paix n'est pas un don de Dieu à ses créatures. C'est un don que nous nous faisons les uns aux autres."

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3 juillet 2016 7 03 /07 /juillet /2016 12:04
Michaël de Saint-Cheron Headshot

Nous pleurons Elie Wiesel

Cette nuit j'apprenais la mort d'Elie Wiesel né en 1928. Il fut mon ami et mon maître de trente-trois ans, maître de la mémoire indicible d'Auschwitz-Birkenau où il fut déporté à 15 ans mais il fut aussi le chantre de la célébration biblique, juive, hassidique, la spiritualité de son enfance autant que le chantre de la fraternité entre les peuples. D'où son prix Nobel de la paix de 1986.

Trente-trois années d'une amitié rare avec lui depuis 1983. Il fut l'ami, le maître, le compagnon de mon retour au judaïsme. J'eus la chance d'avoir sa confiance et son amitié et de pouvoir publier sept livres avec et sur lui.

Elie Wiesel, c'est un livre, La Nuit, écrit d'abord en yiddish puis en français grâce à sa rencontre providentielle avec François Mauriac qui en écrivit la préface et l'envoya à Jérôme Lindon.

Mauriac avait prophétisé ou en tout cas espéré que le succès du livre soit aussi important que celui du Journal d'Anne Franck. Grâce à Opra Winfrey, le livre se vendit soudain en 2006 à 6 millions d'exemplaires même si en France depuis 1958, il n'a pas dépassé les 150.000 exemplaires vendus...

Wiesel avait choisi la langue française pour parler, pour écrire surtout, car après les camps où il perdit ses parents et sa petite soeur Tzipora et tant d'autres membres de sa familles et amis, il fut recueilli en France par l'OSE. Il partit en 1956 pour New York. L'accueil par l' organisation juive de secours aux enfants eut une importance capitale dans son retour à la vie.

Elie Wiesel eut un destin tout à fait exceptionnel. Sans le bac et sans diplôme universitaire aucun, son oeuvre, son don de la parole, sa rencontre providentielle à New York avec le rav Saul Lieberman, furent ses portes vers une carrière universitaire et universelle qu'il n'aurait jamais faite en France.

Quarante livres, professeur à Boston Univerity dès 1976 en Humanities comme disent les anglo-saxons, il fut le premier à être nommé Chairman de la Commission présidentielle de l'Holocauste à Washington sous Carter.

Elie Wiesel donna à partir de ces années-là aux victimes de la Shoah le sens de la dignité et leur rendit l'honneur. Pour lui toutes les tragédies, tous les génocides étaient uniques et incomparables.

Il courut le monde pour témoigner et dénoncer les génocides, les haines. Il voulut qu'Israël reconnaisse le génocide arménien malgré ses liens avec la Turquie.

Mais Elie Wiesel était aussi un chantre de la fraternité entre les peuples. Après son prix Nobel et son amitié avec Mitterrand, Jack Lang réussit à créer pour lui l'Académie universelle des cultures sous la présidence de François Mitterrand en 1992. Celle-ci vécut douze ans puis disparut faute de moyens.

Elie était le mystique quand Primo Levi était le scientifique: leur deux regards sur la Shoah et sur l'univers concentrationnaire était complémentaire dans la différence.

Un dernier mot. Peu de rescapés d'Auschwitz-Birkenau eurent un parcours comparable à celui d'Elie Wiesel dans les honneurs mais aussi dans l'inimaginable procès qui lui fut fait dans les années 2000. Un juif hongrois mit en doute sa déportation et son témoignage. Les réseaux nationalistes et révisionnistes ont demandé à Wiesel de montrer son tatouage sur le bras gauche. Infamie immonde faite à l'un des témoins les plus nobles de l'extermination du peuple juif.

Un dernier mot. Elie Wiesel était un mystique et aussi un chanteur à la voix qui saisissait. J'eus le grand honneur d'organiser en France le premier colloque consacré à son oeuvre à Cerisy la Salle en 1995 (Une parole pour l'avenir, Odile Jacob, 1996). Avec le grand biologiste François Gros, secrétaire perpétuel honoraire de l'Académie des Sciences, et tous les amis qui étaient présents comme Ariane Kalfa, le professeur Jasmin, Jacques Le Goff, le grand rabbin Sirat, Judith Ertel et beaucoup d'autres, nous n'oublierons pas les chants qu'il nous chanta le vendredi 7 juillet, lors du dîner shabbatique. Aucun d'entre nous n'oubliera sa voix lorsqu'il chantait les chants de son enfance hassidique.Elie Wiesel était un Mensch, c'était une grande âme.

Aujourd'hui, sa vie posthume commence. A nous de faire que les jeunes rencontrent son oeuvre et s'en nourrissent comme elle nous aura nourris. C'est pour eux que Josette Keiserman présidente de l'association Handicap Amitiés Culture Elie Wiesel à Marseille, demanda à la comédienne Guila Kessous, artiste pour la paix de l'Unesco d'enregistrer pour les éditions Gallimard en 2015 le texte de La Nuit. Longue vie à l'œuvre et à la mémoire d'Elie Wiesel!

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