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Thérèse Zrihen-Dvir

Regard d'un écrivain sur le Monde

11 août 2016 4 11 /08 /août /2016 07:34

Terrorisme 45'000 membres de l'EI tués depuis 2014

La coalition dirigée par Washington juge que l'«EI dispose actuellement de 15'000 à 30'000 hommes».

Sean MacFarland, chef de la coalition anti-Etat islamique, a estimé que quelque 45'000 membres du groupe terroriste avaient été tués depuis deux ans. (Mercredi 10 août 2016)

Sean MacFarland, chef de la coalition anti-Etat islamique, a estimé que quelque 45'000 membres du groupe terroriste avaient été tués depuis deux ans. (Mercredi 10 août 2016) Image: Keystone

Quelque 45'000 djihadistes de l'Etat islamique ont été tués en Irak et en Syrie depuis que la coalition anti-EI dirigée par les Etats-Unis a commencé ses frappes en 2014, a affirmé mercredi un général américain. Le groupe extrémiste peine à renflouer ses rangs.

«Nous estimons que sur ces onze derniers mois, nous avons tué environ 25'000 combattants ennemis. Si l'on y ajoute les 20'000 que l'on estime tués précédemment, cela fait 45'000 ennemis de moins sur le champ de bataille», a affirmé le général Sean MacFarland, qui commande la coalition.

Pour le militaire, l'«EI dispose actuellement de 15'000 à 30'000 hommes», mais il juge que le groupe a de plus en plus de mal à étoffer ses rangs et à remplacer les hommes morts au combat.

Progrès sur le terrain

«Le nombre de combattants au front a baissé. Ils ne baissent pas seulement en quantité mais également en qualité: nous notons qu'ils opèrent de façon bien moins efficace que par le passé, ce qui en fait des cibles plus faciles pour nous», a jugé le général.

Le général a fait en outre état d'importants progrès sur le terrain. «On n'entend plus parler d'impasse. C'est parce que depuis un an, avec nos partenaires, nous avons su prendre l'initiative», a dit le général.

«Ce dont nous parlons désormais, c'est de maintenir le rythme de la campagne en Irak et en Syrie. En d'autres termes, nous passons maintenant plus de temps à nous demander ce que nous pouvons infliger comme dommages à l'ennemi que nous ne passons de temps à réfléchir à ce que l'ennemi peut nous faire», a-t-il ajouté.

Outre ses hommes, l'EI a aussi perdu beaucoup de terrain (environ 25'000 km2) en Irak et en Syrie. Mais cette médaille a aussi son revers. Selon de nombreux experts cette pression accrue incite l'EI à appeler ses sympathisants à mener des attaques en Occident et ailleurs. (ats/nxp)

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Le nouvelObs
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7 août 2016 7 07 /08 /août /2016 12:44

La nouvelle question juive : dialogue entre BHL et Jean Daniel

7 août 2016

Antisémitisme, Bible, Shoah, Israël, diaspora, retour à Jérusalem : à l’occasion de la sortie de “l’Esprit du judaïsme”, Bernard-Henri Lévy a dialogué avec le fondateur de “l’Obs” à qui l’on doit “La Prison juive”. Un débat historique, philosophique, politique, qui est aussi une dispute métaphysique, mené par l’historien des religions Jean-François Colosimo. Cet article a été initialement publié le 6 février 2016 dans l’Obs.

 

Allons donc au commencement, à la Bible, puisque, d’emblée, vous divergez sur ce point originel: l’Election est-elle une bénédiction ou une malédiction?

Bernard-Henri Lévy. Pour y voir clair, il faut écarter, pour commencer, des siècles d’un malentendu auquel la glose chrétienne aura grandement contribué. Que l’Election ne soit pas un cadeau, c’est certain.

Jean Daniel. Sur cela au moins nous serons d’accord.

B.-H. L. Mais elle est encore moins un privilège. La tentation existe? Peut-être. Mais elle est rejetée par la Torah: profitant d’une énième montée de Moïse en haut du Sinaï, Coré, son cousin, réunit le peuple pour lui déclarer que «toute l’assemblée est sainte». Vous savez comment l’histoire finit. C’est la terre qui, au retour de Moïse, ouvre sa bouche et engloutit tout cru et tout vivant Coré. La pensée juive déteste toutes les manifestations d’orgueil à ce sujet. C’est même, dans la littérature talmudique, un péché de la même gravité que celui de Sodome.

J. D. Mais que l’Eternel en personne oblige ses élus au bien, et plus encore à mériter la sainteté, n’y change rien ! En fait, il les enchaîne dans une élite supérieure. Il y a comme une double peine: la condamnation à l’appartenance est divine, originelle, irrémédiable; l’échec à se montrer fidèle à l’Alliance est inévitable. Car Dieu promet la terre et, dans le même temps, veut qu’elle ne soit habitée que par des prêtres et des témoins! L’histoire tumultueuse de la Bible est celle de cette contradiction. Yahvé veut que le Juif soit exemplairement parfait alors que lui seul peut l’être. Sur ce paradoxe tragique, mais aussi absurde, cruel, lui-même d’ailleurs, je le note, refuse de s’expliquer.

B.-H. L. D’abord, l’Eternel n’«oblige» à rien, il propose, il laisse libre. Mais, surtout, l’idée d’une «élite supérieure», d’un peuple plus proche de Dieu, plus saint que les autres, et qui en nourrirait je ne sais quelle vanité nationale, rien n’est plus étranger au génie du judaïsme. Plutôt que d’Election, les textes parlent de Segula, qui signifie en hébreu «trésor» et, en particulier, «trésor des rois». Pas de Dieu, des rois.

Ce que vous nommez l’Election désigne un rapport, non à Dieu, mais aux nations. Lequel? Eh bien, d’être leur accompagnateur, leur aiguillon. Les Juifs sont, à la lettre, le trésor des nations. Ils sont une part de leur richesse. Ils en sont une part, non maudite, mais bénie. Ils sont ce que j’appelle leur «universel secret».

J. D. Certes, en créant le Dieu unique et en allant jusqu’à se considérer comme «le trésor des rois», les Juifs se sont imposé un destin dont ils ont proposé l’impossible grandeur à l’humanité. Mais c’est un destin carcéral.

B.-H. L. Comment cela, carcéral ? De Jésus à Lustiger, l’histoire est pleine de Juifs qui ont choisi de sortir du judaïsme, cette «religion» (j’hésite sur le mot car il a d’abord une signification chrétienne) où l’apostasie fait le moins question.

J. D. Vous ne pouviez prendre meilleur exemple. J’ai mené un long dialogue avec Jean-Marie Lustiger sur le crucifié de l’Evangile dont la figure, à l’époque, me hantait. Mais aux funérailles du cardinal, selon ses dernières volontés rédigées de sa main à Jérusalem, le kaddish, la prière pour les défunts de la synagogue, a été récitée sur le parvis de la cathédrale. Oui, je dis bien une sorte de prison volontaire, car si l’on peut sortir du judaïsme, de la religion juive, on ne saurait sortir de la judéité, du peuple juif.

B.-H. L. Eh oui. Comme tout chrétien qui se respecte, Lustiger restait juif! Cela dit, regardez l’histoire de la Haskalah, des Lumières juives. Elle est pleine de Juifs qui ont souverainement décidé, sans que personne les en empêche, de rompre leur appartenance ancestrale et de se fondre dans le monde. Vous invoquerez l’exception? Parlons alors de tous ceux qui, après la guerre, ont estimé, comme mes parents, que le prix à payer était trop fort et que la malédiction, comme vous diriez, était trop souvent au rendez-vous pour que l’on continue de s’encombrer de ce fardeau!

J. D. Y ont-ils réussi ? Le souci identitaire de leur descendance indique que non. Vous évoquez vos parents et vous savez la relation singulière qui me lie à votre père: nous sommes nés le même jour de la même année, le 21 juillet 1920, quasiment au même endroit, lui à Mascara, et moi, à Blida.

B.-H. L. Raison pour laquelle j’ai pu parler de vous deux comme de «jumeaux stellaires».

J. D. Nous n’avons jamais eu l’occasion, votre père et moi, de discuter de mes thèses sur la quête concrète de l’universel. L’Election, signe d’aristocratie ou signe d’infamie? La question a poursuivi ces Juifs des Lumières. Ils en portent toujours la marque.

B.-H. L. Pourquoi « la marque »? La gloire, plutôt. La gloire des Juifs!

J. D. La marque, au sens où Spinoza voit dans la circoncision la vraie continuité du peuple juif. La moniale juive Edith Stein, la disciple de Husserl, qui au carmel priait pour «le salut de l’Allemagne», a fini gazée. Vous soulignez, à raison, l’embarras de deux mille ans de pensée occidentale, chrétienne puis sécularisée, à ce propos.

Mais vous savez aussi la tentative de résolution de Sartre: c’est le regard de l’autre, l’antisémite, le bourreau, qui fait le Juif en élevant les murs de la prison juive. Interprétation libératrice, mais aussi provocatrice ! Elle a suscité, en retour, la revendication d’un judéocentrisme aussi systématique que l’antisémitisme. Je refuse d’essentialiser l’un et l’autre, de les constituer en métaphysiques.

B.-H. L. Je n’ai jamais compris, cher Jean, votre idée de «prison juive». Votre livre est beau, douloureux. Il aurait pu être écrit par un hégélien de gauche de la fin du xixe siècle. Je peux même imaginer un Rosenzweig, la fameuse nuit de Kippour 1913 où il manque de sortir définitivement du judaïsme, habité par quelques-uns de vos thèmes. Mais, soyons francs, je ne me reconnais en rien dans votre conception de l’être-juif.

J. D. Vous rejetez mon livre dans le passé, c’est de bonne guerre. Mais moi je vous projette dans un rêve épique entre Don Quichotte et Disraeli [Premier ministre britannique du XIXe siècle]. Votre livre aurait été impossible sans la Shoah et sans Israël qui déterminent la judéité que vous y défendez. C’est en effet une plaidoirie que vous dressez, en tissant votre trajectoire personnelle dans la destinée juive pour fonder vos engagements.

Voulus pour le bien, ils ne sont toutefois pas allés sans mal, comme en Libye. Vous vous défendez habilement en invoquant le modèle prophétique auquel vous vous identifiez. Mais pourquoi le génocide des Juifs, pourquoi l’Etat des Juifs, pourquoi les Juifs? Ces questions, vous n’y répondez pas ou a priori, au nom du mystère d’une condition qui n’a, à mon sens, d’autre valeur que d’être mystère.

Au sein de cette dialectique de la singularité et de l’universalité qui vous occupe mais aussi vous oppose, que penser de ce que l’on a nommé l’unicité de la Shoah ?

B.-H. L. Que dit l’antisémitisme paré de ses habits neufs? Qu’il s’agirait d’un crime obscur, sans trop de vérité historique, exagéré, qualifié d’unique pour culpabiliser les peuples, leur demander une réparation infinie et s’instituer en religion de l’humanité. Oui, ce négationnisme des «incertains» montre l’enjeu crucial que représente l’unicité.

J. D. Mais pas au point de la séparer totalement de la question d’Ivan Karamazov chez Dostoïevski: «Si Dieu existe, pourquoi tolère-t-il une seule larme d’un seul enfant?» La réponse de la Bible et de la philosophie sur le mal est qu’il y a contradiction entre l’innocence et la liberté.

B.-H. L. Si ce n’est que l’événement est trop abyssal pour ne pas ruiner les traditions théologiques ou philosophiques visant à justifier l’existence de ce mal.

J. D. J’en conviens. Il y a bien, historiquement, un avant et un après-Auschwitz. Les explications juives ou chrétiennes habituelles ne suffisent plus: ni celle d’une juste punition divine soutenue par le rabbin Eleazar Shach ni celle d’une assimilation des victimes du nazisme à Jésus en Croix proposée par Paul Claudel.

B.-H. L. La première est épouvantable ; la seconde, disons… commode.

J. D. Je n’aurais pas dit autrement. Mais, pour moi, à la nouveauté de l’événement répond la nouveauté du discours. Dieu lui-même en sort modifié pour Hans Jonas, la synagogue doit se faire mutique pour Emil Fackenheim, il est trop tard pour le Messie selon George Steiner… L’abîme d’inhumanité appelle un motif transcendant pour rendre compte d’un fait de l’histoire, quitte à l’y dissoudre: l’unicité.

B.-H. L. Non ! C’est une question non pas théorique mais factuelle. La Shoah, je consacre de nombreuses pages à détailler pourquoi, précisément, elle est un crime unique, sans précédent ni équivalent. Cela dit, cette singularité n’est pas en contradiction avec son universalité mais elle en est la condition. Mesure de l’inhumain, étalon de l’horreur, sa mémoire fonctionne comme un «avertisseur d’incendie» au sens de Walter Benjamin.

J. D. La contextualisation serait ici indispensable. Mais en regard des génocides arménien, tsigane, khmer ou rwandais, l’exception de la Shoah tient, selon moi, à cette prodigieuse théologie négative que les Juifs se sont sentis sommés de produire afin de conserver leur destin.

B.-H. L. Soyons, là aussi, concrets. La Bosnie, le Rwanda, le Darfour, la Syrie: chaque fois, regardez bien, les premiers lanceurs d’alerte, les premiers et, souvent, les plus acharnés à détecter le crime contre l’humanité et à le dénoncer ont été des femmes et des hommes qui avaient la Shoah au coeur. Et, inversement, combien de fois n’ai-je pas entendu les Bosniaques, les Rwandais ou, aujourd’hui, les Kurdes emprunter, quand ils appellent la communauté internationale à l’aide, une langue où la Shoah fait office de référent suprême? Je répète: c’est parce qu’elle est unique que la Shoah est universelle et que sa lumière noire, sa hantise, éclaire tous les peuples souffrants du monde.

J. D. Ce qui ne réduit pas, mais souligne en quelque sorte l’ambiguïté du rôle qu’a pu prendre l’action – et plus encore la rhétorique – humanitaire dans les affaires internationales. Il en ressort trop souvent une sorte d’activisme qui ne laisse sa place ni à l’histoire ni à la culture, et qui a pour effet négatif d’encourager une sorte de course à la victimisation.

B.-H. L. Il y a, en effet, deux voies possibles. La compétition victimaire qui est la maladie de l’époque et aussi, par parenthèse, un pilier du nouvel antisémitisme. Et, en face, la solidarité des ébranlés, chère à Jan Patocka et dont le paradigme, loin d’atténuer l’exception de la Shoah, la suppose.

J. D. A moins, j’y reviens, de rechercher l’autre exception, plus profonde, d’où proviendrait le caractère exceptionnel du génocide des Juifs d’Europe. Ni les Bosniaques ni les Darfouris n’ont théorisé à ce point leur malheur et, à vouloir le faire, ils le traduiraient, comme vous le soulignez, dans une autre langue que la leur.

B.-H. L. Pourquoi pas ? La Torah, après tout, parle la langue de l’Homme, de tous les hommes, pas seulement des Juifs! Tenez, une page du Talmud parmi d’autres : la différence entre Adam, le premier-né, et Edom [ou Adom], l’éternel rival, est à la fois infinitésimale et maximale, à peine une lettre de différence, un vav, mais qui se porte en rouge, matrice d’une guerre sanglante, prête à ne jamais cesser si les hommes n’y mettent un terme.

J. D. Votre science des textes est profonde mais elle ne saurait me convaincre, pardonnez-moi, car elle me ramène, si je puis dire, à ma prison. L’idée que je rejette plus fortement encore, c’est que la Shoah, de fait innommable, peut-être impensable, aurait eu, en vertu de sa pure négativité, un sens secret et finalement bénéfique ainsi que le soutiennent les dévots inconditionnels de l’Etat juif.

B.-H. L. Aucun Juif sérieux ne parle ainsi. Aucun. Religieux ou laïques, peu importe : tous s’accorderaient à vous répondre que cette histoire de Shoah «bénéfique» est un outrage à la mémoire.

J. D. Je veux le croire, et comme vous je le crois. Mais d’où vient que les Juifs seraient tous sérieux?

Ce qui ouvre au troisième objet de ce débat et qui n’est autre qu’Israël. La question est-elle là d’ordre d’abord ontologique ou d’abord politique? Ou, si l’on préfère, sacrée ou profane?

B.-H. L. Bien sûr, politique. Et même doublement politique. Car il y va d’un double salut. Celui des Juifs, de tous les Juifs, y compris des plus réticents à l’endroit de la politique d’Israël: pour tous, Israël est un recours, un refuge possible et, donc, une source de force. Mais aussi celui des Palestiniens qui estiment, à tort ou à raison, que l’existence même d’Israël est responsable du retard de leur accomplissement national. Je ne crois pas cela. Mais je ne doute pas qu’ils aient droit à un Etat et je fais mien l’impératif du partage de la terre que recommandaient, il y a douze ans, les promoteurs du plan de Genève et que prône aujourd’hui l’association JCall.

J. D. Ce n’est pas Israël qui est en question, c’est ce qu’Israël a fait de lui-même.

B.-H. L. Connaissez-vous un pays au monde qui vive, comme on dit ces temps-ci, en «état d’urgence» depuis le jour de sa naissance et qui s’en tire, finalement, si bien? Démocratie intacte. Liberté de la presse absolue. Une minorité arabe qui, guerre ou pas, jouit de tous les droits des citoyens, avec, en prime, un nombre de députés au Parlement à faire pâlir d’envie les apôtres français de la diversité.

J. D. Juif de solidarité, je ne saurais être un inconditionnel d’Israël comme vous le réclamez de tout Juif. J’ai pourtant été exalté par l’ambition de ces jeunes constructeurs d’un Etat et d’une langue. Alors que j’étais engagé dans la lutte pour l’indépendance de l’Algérie, Kateb Yacine, enthousiasmé comme moi par Ben Gourion, me disait:«Nous marierons les pamplemousses de Jaffa et les oranges de Blida.» Oui, mais c’était avant 1967, avant que l’héroïsme de Tsahal n’enivre les Israéliens d’une exubérante insolence qui les fait mépriser depuis les Palestiniens.

Allez demander à ceux des Territoires ce qu’ils pensent, au quotidien, de votre formidable tableau. De surcroît, la guerre elle-même a changé de visage, de part et d’autre. La théologisation du politique, qui est planétaire mais que connaît particulièrement cet épicentre des Révélations, absolutise désormais le conflit…

B.-H. L. On demande régulièrement aux 20% d’Arabes israéliens ce qu’ils pensent de ce «tableau»: dans leur écrasante majorité, ils ne voudraient pour rien au monde vivre ailleurs qu’en Israël! Alors, après, concernant ce que vous appelez la «théologisation»… je parlerai plutôt de la dimension ontologique de l’affaire – et c’est toute la question du messianisme. Le sionisme, par rapport à ce messianisme, est-il un accomplissement? Une hérésie, comme disent certains religieux? Une étape, comme le pensait Gershom Scholem dans sa correspondance des années 1920 avec Franz Rosenzweig qui préféra, lui, rester en Allemagne?

J. D. Et vous-même ?

B.-H. L. J’aurai tendance à dire : un pas de côté, un écart – la question messianique restant, après comme avant la fondation d’Israël, une question ouverte…

J. D. D’autant plus que la Bible dit la terre «promise» au sens qu’elle est prêtée pour constituer un peuple exemplaire là où Theodor Herzl voulait fonder une nation comme les autres. Insoutenable contradiction… C’est tout le dilemme de Leo Strauss qui, par fidélité à Spinoza, se convertit au sionisme athée: nous restons juifs, dit-il, parce que nous l’avons été et afin de le rester. Mais on peut inverser cette tautologie et, dès lors, la condition juive ne se distingue en rien de la condition humaine. Au retour à la terre, je préfère le retour à l’Alliance et à son exigence: Israël n’a d’autre vrai choix que d’être exemplaire.

B.-H. L. L’erreur de Leo Strauss, à mes yeux, est d’enfermer le judaïsme dans cette alternative: Spinoza ou l’orthodoxie. N’y a t-il pas une troisième position qui est celle de Maïmonide, c’est-à-dire de la bête noire et des orthodoxes et des spinozistes? C’est la thèse de mon livre. Et c’est pourquoi je défends, à la fois, le sionisme irréligieux et un esprit du judaïsme libéré de la «mauvaise langue» de l’ordre politico-social.

Le questionnement sur la philosophie peut être infini. Mais vos échanges se nourrissent de références au fait religieux. C’est un profit du renouveau des études juives. Mais, là encore, faut-il parler d’une renaissance spirituelle ou d’un retour identitaire?

J. D. Dès lors que la religion prend une influence temporelle et politique écrasante, les incroyants commencent à se comporter, sans l’assumer, comme des croyants. L’invention juive du Dieu unique a engagé une culture du commentaire infini qui est celle des sages du Talmud mais qu’illustre aussi l’oeuvre littéraire de Kafka. Que cette redécouverte contemporaine aboutisse trop souvent à une sorte de fondamentalisme qui couvre de herses la clôture de l’identité juive est malheureusement un signe des temps.

B.-H. L. Il est vrai que le judaïsme, c’est le commentaire infini. Mais cette infinité est un incroyable vaccin, au contraire, contre le fondamentalisme qui vient du littéralisme, du refus du commentaire. De son arrêt. Du culte d’une lettre figée, répétée. Le Talmud fait l’inverse. C’est son esprit qu’il faudrait injecter dans le moteur bloqué des religions et, en particulier, car il faut appeler les choses par leur nom, de l’islam. Je crois à l’islam des Lumières. J’ai passé une grande part de ma vie à me battre pour lui et avec lui. Mais je crois que ce qui, justement, manque à l’islam pour retrouver ses propres lumières, c’est une vraie machine à lire, interpréter, interpoler les textes sacrés. Un Talmud musulman.

J. D. Ce que je dénonce est la clôture sur soi. Car de deux choses l’une : soit l’on est dans le questionnement de la relation entre la foi et la raison et, à l’instar du grand penseur médiéval Maïmonide, on entre en dialogue avec l’hellénisme, le christianisme, l’islam; soit l’on est dans le credo quia absurdum est, le pari pascalien, l’adhésion à une pure Révélation qui fait sa part à l’irrationalité et, dans ce cas, la pratique, la piété, la prière l’emportent sur l’intelligence, laquelle accepte d’ailleurs de démissionner.

B.-H. L. De nouveau, vous christianisez le judaïsme. Il est très beau, ce renoncement à entrer dans le mystère du tombeau ouvert au jour de Pâques. Mais rien n’est plus étranger, là encore, à l’esprit du judaïsme qui, pour moi, n’est pas la foi, mais l’étude. Ce qui est demandé au Juif, ce n’est pas de croire, mais de savoir et de comprendre. Voyez le Gaon de Vilna [rabbin lituanien du XVIIIe]: entre une âme paresseuse qui croit sans se donner la peine de comprendre et un studieux qui se donne cette peine mais qui doute et s’adresse à un ciel vide, il préfère, et de loin, le studieux…

J. D. Mais êtes-vous sûr, vous-même, de ne pas intellectualiser ce qui est d’abord une pratique? Que peut être alors un retour aux seuls textes, sinon le risque d’entretenir une reconstruction identitaire à partir d’une transmission imaginaire ? Vous en disconviendrez, je le comprends.

B.-H. L. Comment cela, «reconstruction identitaire»? J’ai horreur de cette fascination morbide de l’identité. Tout ce que j’ai pensé depuis des décennies, je l’ai pensé à l’ombre de maîtres, qui voyaient dans cette philosophie de l’identité une philosophie de flics (Sartre), un mensonge (Foucault), un geste de haine (Lacan), une violence, enfin, envers le nonidentique (Levinas). Ces maîtres, vous les connaissez aussi bien que moi. Je n’ai pas changé d’avis, bien au contraire, dans cet essai sur le judaïsme.

J. D. Ce n’est pas moi, c’est notre cher Emmanuel Levinas, le seul Juif parmi nos inspirateurs communs, qui disait, laçant les phylactères avant de réciter l’office: «Tout le judaïsme se tient là-dedans.» C’est un indépassable qui vaut pour l’ensemble des religions.

B.-H. L. Mais c’est le même Levinas qui décentre le Sujet et fait passer l’Autre avant lui : l’exact contraire de toutes ces histoires identitaires!

L’actualité fait que, face au nouvel antisémitisme, certains de nos compatriotes juifs pensent à l’alya. Qu’avez-vous chacun à leur dire?

J. D. A moins d’une menace précise, urgente, fatale, je ne conçois pas qu’un Français juif quitte la France et je ne vois pas d’obligation à ce qu’il se rende alors en Israël. Quel surcroît de conscience, d’affection et de patriotisme lui rendrait tolérables là-bas les souffrances jugées insupportables ici? Or les révélations sur le meurtre de Rabin, qui ont suggéré l’implication d’un véritable Etat dans l’Etat et qui ont choqué un Israélien sur deux, prouvent que toute idéalisation est illusoire.

B.-H. L. Il y a une souffrance, au moins, qui lui sera épargnée s’il fait son alya, c’est celle de cet antisémitisme endémique, parfois enragé, qui revient en France! Cela étant dit, je ne pense pas, moi non plus, qu’il faille partir. Et d’abord parce que les Juifs ont, comme on dit, fait la France. Eh oui! Quand vous enquêtez, comme je l’ai fait, sur la naissance de la langue française, sur l’origine de la France comme idée, sur l’archéologie de notre notion de République ou de souveraineté, vous voyez, à chaque pas ou presque, la prégnance de cet esprit, de ce génie du judaïsme.

J. D. Dans ce qu’il a eu de lien peut-être inné, certainement acquis avec le génie propre de la France. Pourtant certains partent…

B.-H. L. Oui. Parce qu’il y a des quartiers entiers où un enfant se fait casser la gueule quand il porte une kippa. Alors, pour ces familles, oui, Israël représente un asile, une promesse et une réponse au retour des temps sombres.

J. D. Sauf que ce nouvel antisémitisme est de répercussion, lié au conflit.

B.-H. L. L’antisémitisme a toujours été «de répercussion». Il répercutait, quand il était à dominante catholique, les bêtises sur le peuple déicide. Il répercutait, à l’époque des Lumières, la volonté, inverse, d’en finir avec le monothéisme et ses sources. Et il répercutait, au temps de l’affaire Dreyfus, un discours fruste, et imbécile, sur la lutte de classes.

J. D. Si ce n’est que, jusque-là, il visait les Juifs dans leur être et que les Israéliens sont dans le faire. C’est peut-être l’innovation la plus importante. Pendant des siècles la haine a poursuivi les Juifs pour ce qu’ils étaient. Aujourd’hui on les conteste pour ce qu’ils font.

B.-H. L. Non ! Le nouvel antisémitisme, celui qui présente les Juifs comme un peuple diabolique exploitant un crime exagéré (négationnisme), complice d’un Etat assassin (antisionisme) et captant à son profit le capital mondial de souffrance disponible (concurrence victimaire), les vise, lui aussi, dans leur être. Il y a là une bombe atomique morale dont l’explosion, si on ne la désamorce pas, sera terrible.

J. D. Je dirai plutôt, en toute amitié, que l’urgence est aussi à ce que nous imitions ici la lutte héroïque que les intellectuels, les penseurs et les artistes ont entreprise en Israël en faveur de la paix et contre les héritiers de l’assassin d’Itzhak Rabin, l’un des plus grands hommes de notre temps.

Propos recueillis par Jean-François Colosimo

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Le nouvelObs
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20 juillet 2016 3 20 /07 /juillet /2016 05:25

TURQUIE. Erdogan derrière le coup d'Etat ? Les arguments à la loupe

La théorie est largement défendue à travers le monde.
Mais les tenants du complot développent des arguments qui,
pour beaucoup, ne tiennent pas.

échec de la tentative de coup d’Etat a été qualifié de "don d’Allah" par le président Recep Tayyip Erdogan. Et il est vrai qu’il tombe à pic pour lui : il lui permet de procéder aux purges dont il rêvait depuis longtemps, notamment dans l’armée, et de durcir encore son régime. Il n'en fallait pas plus nourrir, notamment sur les réseaux sociaux via le hachtag #theatrenotcoup" -, une théorie du complot qui voudrait qu’Erdogan lui-même ait manigancé le putsch avorté : une sorte de version turque de l’incendie du Reichstag. Ou tout du moins qu'il en ait eu connaissance.

Depuis les Etats-Unis où il a trouvé refuge, son ancien allié devenu ennemi juré, Fethullah Gülen, a démenti toute implication dans l’opération et laissé entendre qu’il pourrait s’agir d’une manipulation :

"Il y a une petite chance, une possibilité que ce soit un coup monté."

Voici dix arguments avancés par ceux qui évoquent un complot ourdi par le pouvoir. Beaucoup ne tiennent pas la route. Aucun scénario n’est encore à exclure bien sûr, mais celui d’un certain amateurisme des putschistes doublé d’une habile récupération par le président est jusque-là privilégié par les observateurs les plus sérieux. 

1"Erdogan est celui qui en tire le plus d’avantages"

ARGUMENT. On ne sait toujours pas précisément qui a ordonné cette opération et pourquoi tant de militaires ont risqué leur vie dans une aventure aussi désespérée. Les motivations affichées par les putschistes ("restaurer une vraie démocratie") sont très floues. Mais à la question "A qui profite le crime ?", la réponse  est claire : il profite à Recep Tayyip Erdogan. Avec le contrôle de l’armée, il a désormais en sa possession tous les rouages de l’Etat. Il profite de l’occasion pour mettre sous les verrous à nouveau des juges, procureurs et autres personnalités. Surtout, depuis qu’il est passé de Premier ministre à président, Erdogan rêve de transformer le régime politique de son pays en régime présidentiel fort. L’occasion est trop belle, la voie est libre.

REPONSE. En manque de voix au Parlement pour faire voter une telle réforme constitutionnelle, Erdogan a en effet annoncé son intention de passer par la voie référendaire. Et il a acquis une popularité renouvelée depuis le coup d’Etat manqué. Mais le fait qu’il soit le plus grand bénéficiaire du coup d’Etat raté n’en fait pas forcément l’instigateur.

De plus, l’affaiblissement de l’armée dans cette affaire n’est pas forcément une bonne nouvelle pour lui, compte tenu de la situation tendue dans le sud-est du pays à majorité kurde.

Par ailleurs, Erdogan n’a pas eu que des motifs de réjouissance : il a perdu son ami le publicitaire Erol Olcak, tué par les putschistes, ainsi que son fils de 16 ans, alors qu’il protestait contre le coup d’Etat sur un pont du Bosphore à Istanbul. Erdogan était en larmes à ses funérailles, dimanche.

Recep Tayyip Erdogan en larmes aux funérailles, dimanche 17 juillet, du publicitaire Erol Olcak. (KAYHAN OZER / ANADOLU AGENCY)

2"La liste des arrestations était prête à l’avance"

ARGUMENT. La rapidité avec laquelle 3.000 arrestations ont été menées dans l’armée et la justice, après le coup d’Etat de samedi montre que des listes de noms étaient déjà dressées. Même le commissaire de l'UE chargé des questions d’élargissement, et notamment de la candidature de la Turquie, Johannes Hahn, le constate :  "Il semble au moins que quelque chose ait été préparé. Les listes étaient prêtes". Ajoutant : " Je suis très inquiet. C’est exactement ce que nous craignions."

REPONSE. Il est évident qu’Erdogan et le renseignement (le MIT - Milli Istihbarat Teskilati) qui lui est loyal, tenaient à jour des listes d’officiers et de juges considérés comme dangereux pour le régime. Le fait que ces listes aient été prêtes ne signifie pas que le coup d’Etat était prévu. Erdogan mène des purges depuis plusieurs années contre ses adversaires politiques à l’intérieur de chaque administration (police, justice…) et dans les médias pour se débarrasser notamment des "gülénistes". Et il cherche depuis deux ans à poursuivre ce "travail" dans l’armée.

3"La probabilité que soit déclenché un  tel coup était quasi nulle"

ARGUMENT. Le politologue Jay Ulfelder, spécialiste des coup d’Etat, a bâti un modèle pour calculer la probabilité d’une tentative de putsch. Il se base sur divers critères : conditions économiques, état des libertés publiques, état du système de santé, menaces extérieures, etc. Selon lui, la probabilité d'un coup d’Etat en Turquie était seulement de 2,5% : une chance sur 40. Ce qui plaçait la Turquie au 56e rang des pays dans lesquelles un tel événement pouvait survenir… 

REPONSE. Une chance sur 40, ce n’est pas nul.

4"Le coup était très mal préparé"

ARGUMENT. Pour reprendre l’euphémisme du Secrétaire d’Etat américain John Kerry : "Cela ne semble pas avoir été un épisode brillamment préparé et exécuté". Comme lui, la plupart des commentateurs ont noté le caractère brouillon de l’opération, qui contraste avec le "professionnalisme" des  coups d’Etat passés :

  • Aucun leader connu n’a été mis en avant ;
  • Aucun groupe de la société civile, aucun parti politique ne s’est manifesté en appui ;
  • Plusieurs heures ont passé avant de prendre les grands médias ; 
  • Les avions ont tiré sur le peuple et sur le Parlement ; 
  • Seul véritable fait d’arme : la prise de deux ponts à Istanbul. 

REPONSE. Les auteurs de l’opération n’ont certes pas suivi la recette du coup d’Etat réussi. Mais encore une fois, cela peut-être mis au compte d’un amateurisme… ou d’un manque de chance. D’ailleurs, ce coup d’Etat était-il si nul ? Selon des responsables turcs cités par le "Guardian", l’impression d’amateurisme n’est pas juste : le coup était bien organisé et aurait été à deux doigts de réussir.

  • A Ankara, le ministre de l’Intérieur avait été invité à une rencontre avec des militaires après 17 heures, un piège pour l’arrêter plus facilement (trop occupé, il avait finalement  annulé).
  • Le responsable du contre-terrorisme a été invité à une "réunion" au palais présidentiel. Il a été retrouvé les mains liées derrière son dos, une balle dans la nuque.
  • Erdogan, qui était en vacances à Marmaris, n’a quitté sa résidence hôtelière que 20 minutes avant que des soldats putschistes ne descendent, par des cordes, d’un hélicoptère des forces spéciales.
  • Erdogan a pris un jet privé, deux F-16 ont "accroché" leur radar de tir sur lui. Ils n’ont pas tiré quand le pilote du jet leur a dit qu’il s’agissait d’un vol de Turkish Airlines.
  • Selon des ministres, seule l’intervention d’Erdogan via l’application Facetime de son smartphone, suivie des appels lancés par les imams du pays, ont permis de retourner la situation, le peuple descendant alors dans les rues.

 

5"Les putschistes ont négligé les médias"

ARGUMENT. Les auteurs du coup d’Etat ne se sont pas assuré préalablement du soutien de certains médias. Ils ont mis plusieurs heures avant d’atteindre les télévisions, et l’incompétence de leur intervention aux sièges de celles-ci a été jugée presque comique. Surtout, ils ont laissé tranquilles les journaux pro-Erdogan.

REPONSE. L’absence de média "complices" peut tenir de la nécessité de maintenir le secret, ce qui est extrêmement difficile. Les putschistes ont mis deux heures avant de saisir la télévision d’Etat TRT, ce qui n’est pas si déraisonnable. Par ailleurs, contrôler la parole à l’heure d’internet est bien moins aisé qu’avant : Erdogan a pu s’adresser à son peuple via Facetime. Quant aux journaux, ils ne sont généralement pas prioritaires dans un coup d’Etat : la télévision est un média incomparablement plus puissant.

6"Aucun général de haut rang n’était impliqué"

ARGUMENT. La plupart des dirigeants de l’opération étaient des colonels de rang moyen.

REPONSE. Cela reste à démontrer. Une demi-douzaine de généraux, soupçonnés d’avoir participé à la conspiration, ont été arrêtés :

  • Akin Ozturk, général 4 étoiles, qui a dirigé les forces aériennes jusqu’en 2015 et qui a siégé ensuite au Conseil militaire suprême. Il est considéré comme "l’un des cerveaux" ;
  • Erdal Ozturk, commandant de la troisième armée ;
  • Adem Huduti, commandant de la seconde armée ;
  • Avni Angun, commandant de la garnison de Malatya ;
  • Bekir Ercan Van, commandant de la base aérienne turque d'Incirlik, que les Etats-Unis et l'Otan utilisent pour leurs missions ;
  • Mehmet Disli, frère d’un ancien député d’AKP (il aurait donné l’ordre aux chars de bloquer les ponts d’Istanbul).

7"Les putschistes ne sont pas allés chercher Erdogan"

ARGUMENT. Les putschistes ont réussi à capturer le chef d'état-major des armées, mais n’ont fait aucune tentative sérieuse pour détenir Erdogan ou tout autre haut responsable politique.

REPONSE. L’argument, employé par beaucoup, à raison, comme une étrange manière de mener un coup d’Etat, semble toutefois démenti depuis dimanche. Selon le quotidien turc indépendant "Hürriyet" et la chaîne Al-Jazeera, il y aurait bien eu ce jour-là une tentative de tuer ou de capturer le président turc Recep Tayyip Erdogan. Le commandant de la Première armée Ümit Dündar aurait contacté Erdogan vendredi soir, environ une heure avant le début du coup d’Etat, pour l’informer que des putschistes se dirigeaient vers l’hôtel où il séjournait à Marmaris, laissant le temps au président de s’échapper avant que les soldats ne prennent d’assaut son lieu de villégiature. Un récit confirmé par le chef du bureau d’Al-Jazeera à Istanbul, Abdul Azim Mohammed, qui a décrit l’arrivée sur place de trois hélicoptères des forces spéciales de l’armée.

Le chef d'état-major par intérim Ümit Dündar le 16 juillet lors d'une conférence presse. (VELI GURGAH / ANADOLU AGENCY)

8"Erdogan était déjà en plein contrôle de l’armée, comment ce coup aurait-il pu réussir ?"

ARGUMENT. L’idée d'entraîner l’armée dans cette aventure était complètement folle : Erdogan a réussi à domestiquer l’armée en nommant des fidèles à sa tête, en durcissant son action contre le PKK, en se réconciliant avec la Russie et Israël…

REPONSE. Il est clair que les putschistes ont très mal calculé le soutien qu’ils pourraient recevoir du reste de l’armée. Mais celle-ci n’est pas inféodée à Erdogan : elle garde une grande autonomie vis-à-vis du pouvoir civil et se considère toujours comme la gardienne de la constitution et de l’intégrité du territoire.

9"Ce ne serait pas la première fois qu’Erdogan serait victime d’une tentative de coup d’Etat dont la réalité est contestée"

ARGUMENT. En 2003, de nombreux militaires ont été accusés d’avoir fomenté une "opération coup de masse" visant l’AKP, le parti d’Erdogan. Mais il est apparu au fil des procès que la preuve principal de ce prétendu complot avait été fabriquée. En 2014, la justice a mis fin aux poursuites. Mais le "faux coup" a joué son rôle : les gradés les plus vigoureusement laïcs ont été écartés de leurs fonctions.

En 2013, après la brouille avec son ancien allié Fethullah Gülen, Erdogan l’a accusé de fomenter un coup d’Etat, en manipulant la justice. Cette dernière a en effet engagé des poursuites pour corruption contre plusieurs proches et parents du leader d’AKP. Un dossier semble-t-il solide, que le président tente encore d'étouffer. Erdogan a alors engagé des purges contre les gülenistes, dans l’administration judiciaire et policière. Il a tenté de faire de même dans l’armée en 2015, mais celle-ci a alors protégé ses membres.

REPONSE. Ces deux épisodes sont des manipulations qui n’ont pas grand chose à voir avec la tentative de coup d’Etat du week-end dernier, qui s’est traduite par des morts bien réels.

10"Il accuse les gülenistes, qui n’avaient pourtant pas de motivation"

ARGUMENT. Erdogan a immédiatement désigné son ancien allié Fethullah Gülen, devenu sa bête noire, comme le cerveau de l’affaire. Commode : le mouvement est victime depuis plusieurs années d’une véritable chasse aux sorcières de la part du régime notamment dans les administrations. En mai, Erdogan a d’ailleurs officiellement désigné le mouvement de Fethullah Gülen comme "organisation terroriste". Le mouvement Hizmet est très affaibli en Turquie.

L'iman et opposant au régime d'Erdogan Fethullah Gülen dans sa résidence de Pennsylvanie, aux Etats-Unis. (Thomas URBAIN / AFP)

REPONSE. Pourtant, une hypothèse existe. Les gülenistes avaient pu avoir eu vent des fameuses listes dressées par Erdogan et de son intention de jeter en prison tous ceux y figurant. Selon une rumeur, la prochaine réunion du Conseil militaire suprême, prévue pour août, devait procéder à une purge dans l’armée. Il n’est donc pas absurde d’imaginer un coup désespéré pour empêcher ces arrestations programmées. Cette hypothèse aurait le mérite d’expliquer l’insuffisante préparation du coup d’Etat.

Céline Lussato et Pascal Riché

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11 avril 2016 1 11 /04 /avril /2016 07:49

Et si Israël raflait le marché de l’Internet de l’espace?

Le projet Sky Fi, développé par une équipe israélienne, prévoit d’envoyer 60 nanosatellites pour fournir Internet à toute la planète. Un enjeu de taille : rapporter le marché de l’Internet de l’espace, ça peut rapporter très gros.Raz Itzhaki Tamir sky fi

Dans la course pour fournir un accès mondial à Internet, chacun y va de son gadget : Google imagine des ballons géants, Facebook parie sur les drones tandis qu’en Israël, ce sont les nanosatellites qui font rêver les scientifiques.

Sous sa kipa, le docteur Raz Itzhaki Tamir affiche un grand sourire. Vingt ans qu’il travaille dans la recherche aérospatiale dont dix consacrées aux nanosatellites pour finalement aboutir au projet Sky Fi :

« Une constellation de nanosatellites qui pourra fournir Internet partout dans le monde. Je veux dire vraiment partout, des bateaux aux avions en passant par les coins les plus reculés de l’Afrique. »

Avec près des deux tiers de la population mondiale qui n’a pas accès à Internet, le projet a de quoi séduire.

 

Comme le montre la vidéo ci-dessus, cela signifie envoyer en orbite 60 de ces nanosatellites à 900 km de distance de la Terre. Beaucoup plus près qu’un appareil géostationnaire ordinaire, généralement posté à plus de 35 000 km. « Plus près, ça veut dire beaucoup moins d’énergie dépensée pour que le signal atteigne la Terre », souligne le docteur.

Argument de poids : le coût

Des nanosatellites plus près et moins lourds (entre 3 et 6 kilos pour le prototype israélien) : la mise en orbite est donc considérablement moins chère.

« En moyenne, pour un satellite lambda, il faut débourser entre 50 et 60 millions de dollars, alors qu’un nanosatellite coûte moins d’un million. »

Un « faible » coût très attractif sur le marché des télécommunications. Si attractif que la start-up n’est pas la seule à imaginer un accès internet via l’espace. Des géants comme OneWeb ou Elon Musk (entre autres casquettes fondateur de Paypal et Tesla) construisent des projets similaires.

Mais le scientifique israélien n’est pas inquiet pour la concurrence. D’après lui, son laboratoire a quelque chose que les autres n’ont pas : déployée à la manière d’un parachute, l’antenne de Sky Fi est modulable. Qu’est-ce que ça change ?

« Ça fait une énorme différence. Notre antenne est faite dans une matière spéciale qui peut changer de forme, s’adapter ou se corriger en fonction des besoins. »

Pour résumer, donner de la flexibilité à l’antenne, cela permet d’augmenter la précision de la transmission du signal. Une précision qui améliore considérablement la qualité du signal. Sky Fi n’aurait donc besoin « que » de 60 nanosatellites pour couvrir l’intégralité de la planète quand ses concurrents directs parlent de 600 à 700 appareils. De quoi faire de belles économies.

« L’avenir d’Internet, c’est l’espace »

Reste à savoir qui, de ses concurrents ou de Sky Fi, se lancera à la conquête de l’espace le premier. « Si tout se passe bien, la construction de notre prototype sera finalisée avant la fin de l’année et la première mise en orbite est prévue pour mi-2017 », espère le scientifique.

L’enjeu est de taille : rafler le marché de l’Internet de l’espace, ça peut rapporter très, très gros. Raz Itzhaki Tamir revient tout juste des Etats-Unis avec son équipe, « et des contrats sont en cours d’élaboration ». De grandes institutions et des pays sont intéressés d’après lui, même s’il se refuse à donner les noms de ses futurs clients. Que ce soit son laboratoire ou non qui devienne leader en la matière, le docteur en est persuadé : « L’avenir d’Internet, c’est l’espace. »

Source rue89.nouvelobs.com

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 04:12

Pourquoi Donald Trump peut encore gagner

 

Même s'il n'est arrivé que deuxième lors du caucus de l'Iowa, le milliardaire populiste reste le grand favori pour remporter le New Hampshire et l'investiture républicaine.

Le candidat républicain Donald Trump, lors d'une interview en novembre 2015. (Joshua Lott/AFP)Le candidat républicain Donald Trump, lors d'une interview en novembre 2015. (Joshua Lott/AFP)
 

Son huitième meeting ! Bob Delisle les épingle amoureusement, comme un entomologiste, ses papillons : trois dans le Massachusetts, cinq dans le New Hampshire. Celui de Lowell (MA), où 8.000 personnes ont poireauté plus d'une demi-heure dans un froid sibérien pour voir Donald Trump. Celui de Claremont (New Hampshire), où l'attente avant de se mettre au chaud a dépassé une heure. Celui d'aujourd'hui au lycée de Concord (NH), où près de mille fans se sont gelé les pieds, au beau milieu d'un jour férié, avant de pouvoir pénétrer dans le gymnase. "J'essaie d'aller à autant de réunions électorales de Trump que possible, confie ce jeune retraité qui a fait mille boulots avant de poser son sac. Chaque fois, il me donne la pêche."

Trump l'a ferré dès le premier jour avec son discours sur l'immigration, mais c'est avec autre chose qu'il l'a séduit. Un sentiment plus complexe, plus diffus : la nostalgie. Bob confie :

Je rêve de l'Amérique que j'ai connue quand j'étais gamin. La ville où je vivais à l'époque, c'était le paradis. Pas une vie facile, non, il fallait bosser. Mais il y avait des usines, du boulot. Personne ne se souciait de rien. C'est après que le pays est parti en vrille..."

Toujours favori malgré sa déconvenue à l'issue du premi

 

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 04:08

CALAIS Un général de l'armée française, qui participait à une manifestation islamophobe interdite, arrêté ce samedi à Calais

 

https://www.youtube.com/watch?v=0hIKwsQgcUI

Le général de Corps d'Armée Christian Piquemal, qui a commandé la légion étrangère de 1994 à 1999 et a longtemps présidé l'Union nationale des parachutistes (UNP), a été arrêté ce samedi à Calais lors de la manifestation interdite du mouvement islamophobe Pegida.

Il avait rédigé un communiqué annonçant sa venue à Calais, révolté par l'interdiction préfectorale. Dans la soirée, la députée FN Marion Maréchal-Le Pen a dénoncé une interpellation "injuste et brutale" sur son compte Twitter, tandis que Gilbert Collard parlait de "honte".

Quelques échauffourées ont éclaté à la mi-journée à Calais entre les forces de l'ordre et environ 150 personnes réunies à l'initiative du mouvement islamophobe hostile aux migrants. Les autorités avaient interdit ce rassemblement.

Selon la préfecture, une vingtaine de personnes ont été interpellées et envoyées au commissariat pour examen de leur situation et leur éventuel placement en garde à vue. Vers 14h30, les manifestants se sont dispersés dans le calme.

Dans un communiqué, la maire LR de Calais Natacha Bouchart a salué "le remarquable travail" de la police : "Je ne saurais accepter que Calais soit le terrain de jeu des extrémistes, d'un côté ou d'un autre, et force doit rester à la loi." Un militant antifasciste a également été interpellé alors qu'il essayait d'apposer un drapeau d'extrême gauche sur la statue du Général de Gaulle, a-t-elle indiqué.

Le mouvement allemand Pegida (acronyme pour "Patriotes européens contre l'islamisation de l'Occident") avait appelé à manifester dans plusieurs pays d'Europe ce samedi.

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7 février 2016 7 07 /02 /février /2016 04:03

SOMALIE. L'explosion à bord du vol Daallo a bien été causée par une bombe

 

Après avoir un temps évoqué un problème de "pression d'air", le gouvernement somalien s'est vu contraint de valider l'hypothèse de l'attentat.

A quelques minutes près, les conséquences auraient été bien plus dramatiques. "A peu près 15 minutes" après son décollage de Mogadiscio le 2 février, un A321 de la compagnie locale Daallo, en route pour Djibouti, était frappé par une explosion qui laissait un trou béant dans son fuselage. L'explosion n'avait heureusement pas endommagé le système de navigation, ce qui avait permis au pilote serbe de ramener d'urgence l'appareil à l'aéroport.

Interviewé par la presse de son pays, ce dernier avait immédiatement prononcé le mot de "bombe". Mais le gouvernement somalien, sans attendre les résultats de l'enquête, avait assuré qu'un problème de pressurisation devait être à l'origine de l'explosion... avant d'admettre la thèse de l'attentat ce samedi.

"Des recherches supplémentaires conduites par des experts somaliens et internationaux ont confirmé que l'explosion qui avait eu lieu à bord de l'avion de Daallo n'était pas due à un problème technique mais à une bombe destinée à détruire l'appareil et tuer tous les passagers", a déclaré Ali Ahmed Jama, le ministre somalien des Transports et de l'Aviation, lors d'une conférence de presse à Mogadiscio.

Les forces de sécurité ont arrêté des personnes suspectées d'avoir été impliquées" dans cet attentat, a-t-il ajouté.

L'explosion a fait un mort, un passager probablement aspiré dans le vide au moment de la déflagration. Deux autres passagers ont été légèrement blessés, précisent les autorités somaliennes. Si l'explosion était survenue à plus haute altitude, le bilan serait probablement bien plus lourd.


(Awale Kullane/AP/SIPA)

Un aéroport à haut risque

Après l'incident, les mesures de sécurité à l'aéroport de Mogadiscio, déjà entouré de murs pour empêcher des attentats à la voiture piégée, avaient été renforcées : des forces de police supplémentaires ont également été déployées aux abords et les contrôles ont été renforcés à l'intérieur.

L'aéroport international Aden Adde, du nom du premier président somalien, est devenu une véritable forteresse depuis que s'est installée à proximité immédiate la principale base de l'Amisom, la force de 22.000 hommes de l'Union africaine en Somalie, qui aide le fragile gouvernement somalien dans sa lutte contre les shebab, affiliés à Al-Qaïda.

Chassés depuis mi-2011 de Mogadiscio, puis de leurs principaux bastions, les shebab mènent régulièrement des opérations de guérilla et des attentats-suicides contre des cibles gouvernementales ou l'Amisom.

L'attentat contre l'avion de la compagnie Daallo n'a pour l'heure pas été revendiqué. Vendredi matin, trois personnes sont mortes dans un attentat à la bombe qui visait le véhicule d'un employé à la sécurité de l'aéroport de la capitale. Rien ne permet cependant de relier cette attentat à l'explosion à bord de l'avion.

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13 décembre 2015 7 13 /12 /décembre /2015 04:44

La femme voilée du métro, c'est moi : je ne le laisserai personne tuer qui je suis

 

Édité par Rozenn Le Carboulec 

Une femme portant un foulard dans un escalator (Flickr/Steven Marsh/CC)

 

Fesses, seins, cuisses, bourrelets, abaya et foulard recouvrant le tout. Voici le personnage. Wagon d’un métro parisien. Le décor est planté. Il n’en faut pas plus à un homme, un soixante-huitard en mal d’exotisme pour commencer sa rêverie orientaliste.

 

Les regards inquisiteurs, j'ai l'habitude

Je suis ce personnage. Je prends régulièrement les transports en commun, je suis une femme et je porte le foulard. Ce sont peut-être des détails pour vous, mais pour certains, cela veut dire beaucoup.

Aux risques de harcèlement sexuel que court toute femme prenant les transports en commun, s’ajoute celui de l’agression islamophobe pour la femme visiblement musulmane que je suis. Le succès de la campagne #VoyageAvecMoi n’est pas du au hasard. Nous avons peur, et à raison.

Les regards moqueurs, inquisiteurs, curieux, rageurs, accusateurs, j’ai l’habitude.

 

Je dois choisir : beurette tapageuse ou poseuse de bombes

Mais ce jour là, dans ce wagon de la ligne 4, le regard de cet homme sur moi est particulier, insistant, chargé d’envie, d’inimité et d’aigreur.

Ce regard-là, je le connais. Le regard qui déshabille en même temps qu’il incrimine. Le regard de la peur, de la haine, du fantasme. Je le fascine, je le sais. Il s’interroge. Sous ma tunique, bombe ou bombe sexuelle ? Je suis la vivante allégorie de l’inaccessible. Voudrait-il me perquitisionner ?

Attraction, répulsion, frustration de ce corps soustrait à ses regards. De ces délices qui lui sont refusés. Ce corps qui lui échappe, et qu’il aimerait, je le sais aussi, posséder et soumettre à sa volonté. Enrageant, piquant, excitant. Ce regard a la violence du temps béni des colonies ("4 filles dans mon lit…") et de ses dévoilements comme instrument de soumission de la puissance française.

Ce regard me somme de choisir : "beurette sonore et tapageuse" ou poseuse de bombe en abaya. Sainte ou putain. Ce regard finalement, en plus de vouloir me déposséder de mon corps, veut me refuser d’être ce que je suis.

 

Peut-être pense-t-il "chez nous, on ne vit pas en djellaba"

Il quitte des yeux mon corps pour observer mon sac. Lui balancer au visage le contenu pourrait sinon le rassurer, au mieux le sortir de sa torpeur tellement dégoulinante qu’elle coule vers moi. Tiens, mon livre d’Angela Davis dans mon sac, pourrait le sortir également des clichés dont la lecture de Simone de Beauvoir n’est pas parvenue à libérer.

Incapable de me considérer du même pays que le sien, sans doute m’imagine-t-il déjà des terres des "lapideurs de couples adultères et des coupeurs de mains voleuses". Peut-être, pense-t-il, comme Marion, que "chez nous, on ne vit pas en djellaba".

 

Je ne le laisserai personne tuer qui je suis

Il fini par descendre précipitamment du wagon, les mains moites, le souffle aussi court que l’esprit et l’air inquiet. J’aurais aimé lui dire que je ne lui demande pas de m’aimer, ni même de me comprendre. Je demande, non, j’exige le respect. Le respect de mon être, de mon paraître. Le respect de mon droit à la liberté de conscience, le respect de ma dignité. Le respect de mon droit à disposer de mon corps librement.

J’ai, je le dis sans fierté, le courage d’être différente, d’être moi. Le courage de ne pas avoir peur de l’autre parce qu’il est autre. Je suis, moi, la vraie Vaillante. Je suis la guerrière qui se bat pour avoir le droit d’être. Le combat que je mène est celui de tous les instants dans cette société gangrenée par le racisme, l’islamophobie et le patriarcat. Plus qu’une nécessité, c’est pour moi une question de survie.

Je ne le laisserai personne, par son regard ou par ses mots, tuer qui je suis ; la femme, la citoyenne française et la croyante.

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17 septembre 2015 4 17 /09 /septembre /2015 10:29

La France de demain - "Salon musulman du Val-d'Oise" : les femmes à l'honneur ? Non, communautariste et sexiste

LE PLUS. Ce week-end a lieu, au Parc des expositions de Pontoise, le "Salon musulman du Val-d'Oise". Au programme de ces journées animées notamment par des conférences et des ateliers cuisine : "la femme à l'honneur". À l'honneur, vraiment ? C'est plutôt l'inverse, dénonce un collectif dont font partie le sociologue Valéry Rasplus et la philosophe Nadia Geerts.

Édité par Rozenn Le Carboulec  

 Le "Salon musulman du Val-d'Oise" a lieu les 12 et 13 septembre 2015 au Parc des expositions de Pontoise (capture)

 

Du 12 au 13 septembre se tient au Parc des expositions de Pontoise, la troisième édition du "Salon musulman du Val-d’Oise". Cette manifestation, censée mettre "la femme à l’honneur", organise sur ces deux jours, outre des cours de cuisine et un défilé de mode musulmane, une série de sept conférences dont la majorité est axée sur la relation entre la femme et l’islam. 

 

Première surprise, neuf hommes et seulement une femme vont intervenir.

 

Deuxième surprise, les "orateurs de renom" (en fait des prêcheurs fondamentalistes) invités font preuve d’une vision très particulière du rôle de la femme dans la société.

 

La misogynie des codes et des mœurs

 

Petit florilège :

 

"La femme vertueuse, c’est celle qui obéit à son mari" ou "La femme, elle ne sort de chez elle que par la permission de son mari", déclare Nader Abou Anas, imam d'une mosquée du Bourget.

 

"La femme toute entière est nudité, elle doit être préservée, respectée, honorée et cachée", assure Rachid Abou Houdeyfa, imam de la mosquée de Brest, qui déclare encore : "La femme vertueuse, c’est celle qui sort de chez elle avec sa pudeur, avec son honneur, avec son hijab".

 

"Parmi les causes qui font répandre la fornication, le fait que les femmes aient refusé de mettre un hijab", selon Mehdi Kabir.

 

"Il n’y a pas une femme qui se parfume, et sort dans la rue pour que les hommes sentent son odeur, sans qu’elle soit considérée auprès de son seigneur comme fornicatrice", affirme Hatim Abou Abdillah, imam d'une mosquée de Maisons-Alfort.

 

Les femmes à l’honneur ? Tout ceci ne nous rappelle-t-il pas les moments historiques où les femmes, considérées comme mineures et irresponsables, étaient soumises à la misogynie des codes et des mœurs ?

 

La femme musulmane exclue de la communauté universelle

 

Cette vision patriarcale et profondément machiste est en totale contradiction avec les valeurs de liberté, d’égalité et de fraternité qui sont à la base de notre société issue de l’esprit des Lumières.

 

De liberté parce qu’elle enferme la femme dans un statut social de soumission auquel elle ne peut échapper. D’égalité, car dans cette vision du monde hiérarchique la femme dépend de l’homme, mari, père ou frère. De fraternité car elle exclut la femme musulmane de la communauté universelle pour l’assigner et la restreindre à sa communauté religieuse.

 

Qu’un tel événement se produise dans un lieu, le parc des expositions de Cergy-Pontoise, appartenant à une collectivité locale ne pose pas de problème à la mairie de Pontoise, tenue par Philippe Houillon (Les Républicains), qui considère qu’il s’agit d’un événement "organisé par une société commerciale, louant pour l’occasion le parc des expositions, à vocation commerciale, à la société qui l’exploite. Il s’agit d’une opération privée dans laquelle la Mairie n’a pas à se prononcer".

 

La complicité d’élus de la République

 

Face à ce processus communautariste et sexiste, dont se nourrissent les ethno-identitaires de tout poil, les faux laïcs et vrais anti-musulmans, les extrémistes culturalistes, il est bon de nous rappeler qu’il y a 45 ans sortait "Le Torchon brûle", premier journal féministe ayant porté la voix du MLF, mouvement qui a permis de faire évoluer le statut des femmes notamment en leur permettant de disposer librement de leur corps.

 

Un dessin du journal du Mouvement de libération des femmes (MLF)

 

L’un des dessins de ce journal montrait deux personnages exprimant leur amertume : "Avant la femme savait rester à sa place". Il est juste insupportable de constater que, 45 ans plus tard, on essaie de la remettre à "sa place" avec la complicité d’élus de la République, alors qu’il reste tant de progrès à faire pour arriver à une égalité réelle entre femmes et hommes, et ainsi mettre les femmes et Marianne à l’honneur.

 

En tant que citoyennes et citoyens, nous demandons à ce que le gouvernement et les élus, représentant le peuple, fassent en sorte qu'il ne soit plus possible à l'avenir d'organiser en France des manifestations grand public allant à l'encontre des valeurs de la République dont nous sommes tous, collectivement, les héritiers et les gardiens. 

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20 août 2015 4 20 /08 /août /2015 10:54

 

#Italie L'Etat italien met aux enchères cinq ports touristiques, dont celui de Capri

 

L'Etat italien met aux enchères cinq ports touristiques, dont celui de Capri, pour un total de 2.500 places de bateaux et une valeur estimée à au moins 50 millions d'euros, révèle jeudi le quotidien "Il Corriere della Sera".

Ces cinq marinas - Portisco (Sardaigne), Arechi (sud de Naples), Trieste (nord-est), Roccella Jonica (Calabre) et Capri - sont gérées par Invitalia, une société dépendant du ministère de l'Economie.

Les offres devaient être déposées avant le 13 juillet, mais l'Etat a prolongé la procédure jusqu'à la fin du mois d'août.

Pour Capri, et ses 300 places de bateau, c'est la commune, déjà propriétaire de 51% des parts du port, qui se porterait acquéreur des 49% restants.

Avec ses 589 anneaux, la marina de Portisco, située sur la Costa Smeralda, la partie la plus chic de la Sardaigne qui attire les grands yachts entre Porto Cervo et Porto Rotondo, pourrait en revanche être reprise par un entrepreneur privé.

Selon le quotidien économique Il Sole 24 Ore, les ports touristiques italiens, occupés à moitié, sont à la traîne par rapport à leurs voisins français, grecs et croates, pleins à 90%.

Néanmoins, 57 ports, représentant 22.650 places, sont en construction en Italie, où plus de 85.000 emplacements au total sont déjà disponibles.

A son arrivée au pouvoir en février 2014, le gouvernement de Matteo Renzi (centre-gauche) avait annoncé vouloir privatiser un grand nombre d'entreprises publiques, dans le but de récupérer 10 milliards d'euros.

L'an dernier, l'Etat avait ainsi placé en Bourse une partie de Fincantieri (chantiers navals) et de Rai Way (télécommunications). Poste Italiane (poste) devrait suivre en octobre.

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Published by PIMPRENELLE POURPRÉE - dans Le nouvelObs
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